Vol. 55, N° 12 Décembre 1974
L'instruction,
oeuvre de toute la vie
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L'instruction est une tâche
sans fin. Tout ce qu'on fait ici-bas exige une préparation,
et, comme chaque jour est un jour nouveau aux exigences nouvelles,
il faut tous les matins aborder la vie avec des qualités
renouvelées.
L'étude n'est pas une affaire de quelques années,
dont la remise des diplômes marquerait le couronnement
et le terme définitif. Ce serait là laisser
mourir notre esprit. Une affiche illustrée recommandant
la lecture des grands auteurs porte une pierre tombale revêtue
de cette inscription : « Ci-gît l'intelligence
de Monsieur Dupont, qui à 30 ans a cessé de
penser. »
L'enseignement scolaire nous munit d'instruments de pensée
et de méthodes d'action. Il amène l'élève
à reconnaître certains principes de base. Proclamer
alors : « Ça y est ; mes études sont
finies », équivaut à dire en fait :
« J'ai cessé de m'instruire. »
Tout homme doit passer sa vie entière avec lui-même.
Il a donc intérêt, s'il veut être heureux,
à devenir pour lui-même un compagnon de voyage
informé, intelligent et intéressant.
Le présent Bulletin ne vise pas à modifier
le système d'éducation, mais à rappeler
le caractère permanent de l'instruction. Beaucoup ont
des idées sur les changements à apporter à
ce système, mais se montrent réticents lorsqu'il
s'agit de faire des propositions : ils se rappellent
alors que Socrate fut condamné à boire la ciguë
pour avoir tenté de réformer le programme d'études
universitaire de son temps.
Ce qu'on appelle aujourd'hui l'éducation permanente
peut se réaliser dans le cadre des programmes d'enseignement
organisés, ou encore grâce à notre initiative
et à notre volonté. Elle a pour but de nous
permettre de tirer le meilleur parti de nos points forts et
de transformer nos insuffisances en avantages. Son rôle
est de tenir notre esprit en éveil et de nous rendre
capable de nous renouveler.
Cette éducation continuelle est indispensable pour
devenir un homme, un chef de famille et un citoyen utile.
Elle offre aux jeunes, aux parents et aux travailleurs la
possibilité d'évoluer et de vivre valablement
en tant que citoyens du monde.
Le problème actuel
L'un des problèmes centraux des générations
chevauchantes de notre époque est de trouver le moyen
de se tenir informé au milieu de l'étourdissant
tourbillon des événements et des découvertes.
Les éducateurs se sont inspirés de Platon,
mais depuis son temps l'instruction a subi l'influence de
trois nouveaux facteurs : la vaste accumulation du savoir,
la nécessité de gagner sa vie dans un monde
concurrentiel et le développement des sciences appliquées.
L'éducation permanente nous permet de réévaluer
nos habitudes de pensée, nos idées et nos idéaux
en fonction des transformations de notre époque. Elle
nous prépare à affronter le changement et le
sort sans céder trop facilement à la panique.
Elle nous assure où nous sommes, nous indique où
nous allons et nous dit ce qu'il y a de mieux à faire
dans les circonstances.
L'un des rôles de l'éducation permanente est
de nous rendre attentif à la possibilité de
l'imprévu et de disposer notre esprit à y faire
face. Cela nous évitera l'embarras qu'éprouva
le Dr Lardner, de Londres, en 1836. Ce médecin avait
publié une brochure démontrant de façon
concluante qu'il était impossible à un navire
à vapeur de traverser l'océan. Ironie du sort,
c'est à bord du premier navire à vapeur qui
franchit l'Atlantique que cet ouvrage arriva en Amérique.
L'éducation permanente, qui nous adapte à
la marche du progrès et nous prépare à
bénéficier pleinement de la vie, est possible
à tous et souhaitable pour tous. Pour en montrer la
nécessité, qu'il nous suffise de citer le témoignage
de deux hommes éminents dont la capacité et
le jugement ne sauraient être mis en doute. Le président
Abraham Lincoln hésitait à se rendre en Europe,
où les grands hommes d'État désiraient
ardemment reconnaître publiquement sa renommée.
Au sénateur qui le priait d'accepter, il faisait cette
réponse : « Comme vous le savez très
bien, mes premières études ont été
des plus restreintes, et, dans la société où
je me trouverais alors, je serais continuellement exposé,
dans la conversation, à entendre des bribes de grec
ou de latin qui me sont totalement inconnues. » Et sir
Winston Churchill disait dans un discours qu'il prononçait
à Boston : « Je n'ai aucune instruction technique
ni universitaire, et j'ai dû me contenter de recueillir
quelques connaissances le long de la route. »
Avoir de l'instruction
Le recteur de l'Université Columbia, Nicholas Butler,
souligne ces signes caractéristiques de l'instruction :
correction et précision dans l'emploi de la langue
maternelle ; raffinement et aménité des
manières ; capacité et habitude de réfléchir ;
capacité de se perfectionner ; capacité
d'action ou efficacité.
À ces qualités, d'autres ajoutent : une
série de valeurs et le courage de les défendre ;
une meilleure compréhension de la société ;
l'aptitude à regarder le monde et ses problèmes
en face.
Il n'est pas suffisant d'accumuler des faits. Être
instruit c'est avoir acquis un savoir qui a certaines propriétés,
notamment celle de nous permettre de répondre à
ces trois grandes questions : Est-ce bien ou mal ?
Est-ce vrai ou faux ? Est-ce beau ou laid ?
La liberté est l'un des grands bienfaits qu'apporte
l'instruction. Elle accroît notre capacité de
goûter les bonnes choses de la vie. Stephen Leacock
nous dit dans Humour and Humanity qu'il vit un jour
cette inscription au-dessus du portail de la bibliothèque
d'une grande université : « Le savoir repaît
l'homme. » Il conclut que c'était une idée
très indigeste. « Le savoir, dit Leacock, doit
rendre l'homme léger comme l'air, capable de voltiger
comme l'oiseau-mouche parmi les fleurs de la science. »
L'éducation permanente devrait être une progression
des niveaux inférieurs aux niveaux supérieurs
de l'entendement. Ce n'est pas à dire que l'instruction
continuelle vous rendra aussi insouciant que semble l'être
l'oiseau-mouche de Leacock. Elle vous apprendra au contraire
à vous montrer sceptique sur les affirmations sans
preuves à l'appui et à dédaigner les
fausses promesses. Ce sera une espèce de volant régulateur,
qui vous donnera de l'équilibre. Il vous permettra
de garder votre sang-froid lorsque tout le monde autour de
vous perd la tête.
La communication des idées
Cette éducation favorise aussi la compréhension
et la communication des idées. Beaucoup de Canadiens
ont des vues intéressantes qu'ils aimeraient transmettre
aux autres, mais ils n'ont pas le don de les formuler. L'éducation
permanente les aidera à transformer leur bagage d'idées
isolées et décousues en un message cohérent
et compréhensible.
L'art de la communication est à la portée
de toute personne intelligente et travailleuse. Cette perspective
à elle seule suffit à rendre l'éducation
permanente appréciable.
Cette éducation ne consiste pas en un enseignement
méthodique. On n'astreint pas les personnes d'âge
adulte à un programme d'études réglementaire.
Elles sont libres d'explorer ce qui les intéresse :
les mots, pour exprimer leurs pensées ; les champs
et les bois, pour se renseigner sur la nature et l'écologie ;
les causes et les effets des choses qui se passent autour
d'elles. Les êtres et les idées à découvrir
sont innombrables, et il y a de quoi satisfaire tous les goûts.
Pratiquer l'éducation permanente c'est se servir
de son intelligence pour élaborer une théorie
de la vie à sa mesure, fondée sur la connaissance
des possibilités et des limites de la vie elle-même.
C'est discerner l'importance des grandes valeurs que nous
chérissons : la justice, la liberté, la
fidélité, la vérité, le devoir.
Cette éducation avive l'imagination ; donne de
la largeur de vues et ouvre des horizons ; oblige à
faire des choix. C'est le culte de ce genre de formation qui
fait les hommes vraiment cultivés.
La nécessité du savoir
Bien des maux de notre monde sont dus à l'ignorance,
à la confusion et à l'incompréhension
de la relation de cause à effet. Ce n'est pas simplement
parce qu'il y a beaucoup d'illettrés qu'il en est ainsi,
mais parce qu'il y a tant de lettrés qui cessent trop
tôt de s'instruire dans la vie. Ils n'ont pas su persévérer.
Consciemment ou inconsciemment chacun sait qu'il doit avoir
une vue d'ensemble de l'existence pour pouvoir coordonner
ses valeurs, choisir ses objectifs, organiser son avenir et
assurer la cohérence de sa vie. C'est pourquoi il importe
de reculer sans cesse les frontières de son savoir,
non pas pour essayer de démontrer ses opinions, mais
pour en rechercher la vérité.
À chaque tournant du voyage de la vie, la nécessité
du savoir s'impose à notre esprit. Quelque progrès
que nous fassions dans notre vie privée ou de travail,
il est toujours attribuable à l'accroissement de nos
connaissances et à l'ardeur de notre désir d'accéder
à la supériorité.
Celui qui se demande s'il en sait assez sur une question
pour exprimer un avis ou pour agir montre par là qu'il
a de l'instruction. Saint Thomas d'Aquin, surnommé
le docteur angélique, écrit : « L'ange
perçoit la vérité par simple appréhension
alors que l'homme ne connaît une vérité
simple qu'en procédant à partir de données
multiples. »
La science est une base sûre pour conjecturer sur
les faits et le seul fondement solide pour bâtir des
châteaux en Espagne. Elle fait naître de précieuses
dispositions d'esprit. Elle aide à éliminer
l'angoisse lancinante que nous causent les événements.
Elle nous donne de l'assurance devant les problèmes
que nous n'avons pas été spécialement
préparés à résoudre.
Pour être instruit, il faut tenir ses connaissances
à jour. Prenons comme exemple la bibliothèque
bien garnie d'un médecin. On y voit des centaines de
volumes à la couverture bombée par les feuilles
de notes qu'il y a insérées. Abonné à
des revues médicales, le médecin en détache
les articles techniques et les glisse dans ses traités.
Il dispose ainsi des principes de base sur les maladies et
leur traitement de même que des toutes dernières
découvertes et techniques de sa spécialité.
Il se tient au courant ; il s'instruit. Si haut qu'il
s'élève dans sa profession, il ne perdra jamais
l'équilibre, car chaque accroissement de ses fonctions
s'accompagne d'un élargissement de sa base de connaissances.
On apprend beaucoup par l'observation. L'instruction ne
consiste pas à pouvoir lire le mode d'emploi sur un
flacon de médicaments, une boîte de soupe ou
une perceuse électrique. C'est la capacité de
recueillir des observations, de faire des analyses et de prendre
des décisions. C'est l'art de trouver une réponse
aux questions.
L'art de raisonner
De l'acquisition du savoir procède le raisonnement.
La qualité qui distingue l'espèce humaine de
la classe inférieure des animaux est celle de la pensée.
L'activité de l'esprit est indispensable à qui
veut être pleinement homme.
Comme l'écrit Alfred North Whitehead : « L'art
de raisonner consiste à empoigner le sujet du bon bout,
à saisir les quelques idées générales
qui éclairent le tout et à rassembler tous les
faits auxiliaires qui s'y rapportent. » Penser c'est
comparer des choses les unes avec les autres, remarquer en
quoi elles concordent ou diffèrent et les classer selon
leurs affinités et leurs dissemblances.
Ce faisant, vous tirerez profit de l'habitude intellectuelle
de la pensée objective et disciplinée. Il y
a une austère beauté dans la précision
de la pensée, de même qu'une grande satisfaction
dans la recherche et la découverte des solutions. Sophocle
fait dire à un de ses personnages : « Il
n'y a pas de honte, même pour le sage, à apprendre
et à écouter la voix de la raison. »
Pour faire le meilleur usage de notre instruction, nous
avons besoin de principes directeurs comme ceux que nous a
laissés le père de la pensée scientifique
moderne, René Descartes. Le point de départ
de sa philosophie est le célèbre « Je pense,
donc je suis. » Sa méthode se fonde sur les règles
suivantes : 1° L'évidence : ne recevoir jamais
aucune chose comme vraie que je ne la connusse évidemment
être telle ; 2° L'analyse : diviser les difficultés
en plusieurs parcelles et les résoudre une à
une ; 3° La synthèse : réunir les
choses pour monter peu à peu, comme par degrés,
jusqu'à la connaissance des plus compliquées ;
4° Le contrôle : faire partout des dénombrements
si entiers et des revues si générales... que
je fusse assuré de ne rien omettre.
Le raisonnement éclairé engendre la sagesse.
La science et sa mise en pratique en viennent à soulever
en nous un vif dégoût de la prétention
et de l'épate, de la médiocrité de la
pensée ou du raisonnement. Le sage perçoit la
justesse des choses et comprend l'enchaînement des événements.
Comme l'écrit Perrault dans la dédicace de ses
Contes, son esprit a l'avantage de « pouvoir s'élever
en même temps aux plus grandes choses et s'abaisser
aux plus petites. »
Pour l'âge mûr
Grâce à l'éducation permanente, la sagesse
accumulée avec l'âge se raffermira par l'acquisition
d'attitudes et de vues en rapport avec l'évolution
des conditions sociales, économiques et politiques.
Son grand avantage est de nous permettre de nous adapter continuellement
aux changements de notre situation individuelle ainsi qu'aux
exigences et à l'attente de la société.
S'instruire toute sa vie offre la possibilité de
nous élever au-dessus de la moyenne. Le culte de la
médiocrité est un des dangers qui menacent une
démocratie, et l'un des moyens d'éviter cet
écueil est de savoir reconnaître d'emblée
l'excellence partout où elle se trouve et entretenir
le désir d'y atteindre.
La stagnation de l'esprit est le sort le plus redoutable
qui puisse nous échoir avec l'âge, alors qu'une
intelligence qui continue à croître et à
se développer durant de longues années est une
perspective aussi noble qu'encourageante. L'éducation
ininterrompue permet de rester actif à son niveau naturel
le plus élevé et parfois de le dépasser.
L'âge n'est pas vraiment un obstacle pour apprendre
ce que l'on veut ou ce qu'il faut apprendre, mais dans la
seconde moitié de la vie, il n'est plus question de
fréquenter de grand établissement d'enseignement ;
chacun étudie individuellement et de son chef.
Au moment de la retraite, beaucoup d'hommes et de femmes
reviennent à l'instruction, dans laquelle ils entrevoient
l'assurance d'un meilleur mode de vie et la voie de l'épanouissement
personnel. Quel contraste entre cet effort d'adaptation visant
à tirer le plus grand parti possible de la vie et l'attitude
de ceux qui se contentent à la retraite de s'installer
dans l'oisiveté comme des esclaves affranchis grisés
par leur liberté.
Comment faire
Étudier pour élargir ses horizons n'est pas
une tâche à entreprendre dans une atmosphère
de frénésie comme celle qui marquait les jours
chargés où vous tentiez de liquider un arriéré
de travail dans votre bureau ou votre atelier. Le loisir de
poursuivre votre instruction consiste alors à régler
les circonstances pour que l'étude soit possible.
Nous aurions avantage à suivre l'exemple de ce nouveau
retraité, qui confiait à sa femme en prenant
le petit déjeuner : « Hier soir, je me suis
établi un emploi du temps. Si l'on n'a pas un plan
méthodique quelconque, on n'accomplit jamais rien. »
- « Je croyais que tu m'avais dit que nous avions toute
l'éternité pour faire ce que nous voulons. »
- « Ce ne sera pas suffisant si nous ne mettons pas un
peu d'ordre dans nos vies. »
Il y aura des jours où votre premier objectif sera
de surnager et d'autres où parmi les choses bien ordonnées
que vous vous êtes proposé de faire il n'y en
aura aucune que vous voudrez accomplir. Cela est naturel et
ne doit pas être funeste à votre désir
d'étudier. Comme Dorian Gray, dans le roman d'Oscar
Wilde, peut-être êtes-vous « beaucoup trop
intelligent pour ne pas faire des folies de temps en temps ».
Vous reviendrez à votre but et à votre programme,
revigoré sans doute par vos incartades.
Certains voudront poursuivre leur instruction seuls. Emerson
écrit dans son journal : « Je ressens dans
ma solitude une joie que la gaieté de la société
populaire ne saurait communiquer. » Il est presque toujours
possible de se trouver chez soi une petite chambre ou un coin
tranquille où s'asseoir avec un livre ou avec ses pensées.
Le moindre local devient un spacieux cabinet de travail pour
celui dont l'esprit déambule parmi les idées
des grands penseurs.
À ceux qui aiment faire les choses en groupe, les
universités, les écoles et certaines associations
offrent des cours pour adultes, où l'on peut étudier
à peu près tout ce qui nous intéresse.
Que ce soit seul ou avec d'autres, vous éprouverez
infailliblement du plaisir à exercer votre esprit.
Avoir quelques livres
Le moyen le plus facile d'accroître son instruction
- et même le seul pour bien des personnes - est de lire
des livres. Il n'y a pas d'état d'esprit auquel il
soit impossible de trouver un assouvissement ou un remède
approprié si l'on se donne la peine de prendre un volume
sur un rayon de sa bibliothèque.
Au lieu de lire sur des personnages faibles, désorganisés,
confus, malheureux, brouillons et défaitistes, recherchez
la compagnie des grands esprits. Que votre but soit d'assimiler
le fruit de la pensée des autres et d'y ajouter vos
idées personnelles. Il est tout à fait possible
à un homme d'acquérir une connaissance assez
générale des lois de la nature, des événements
de l'histoire et des fondements de la science pour que tout
progrès notable accompli dans un domaine quelconque
soit pour lui intelligible et intéressant à
la fois.
On peut avoir des livres qu'on n'a jamais lus et qu'on ne
lira jamais, mais le seul fait de les posséder est
déjà de la culture. On sait alors que tout ce
qu'il faut faire quand on se sent seul est d'étendre
le bras et de saisir la main d'un ami, ou, si l'on veut savoir
quelque chose, de le demander à ses livres. Chacun
devrait avoir une planchette de rangement portant la mention :
« Livres à lire sur des îles désertes. »
C'est le rayon auquel on aura recours lorsque la vie semble
dénuée d'intérêt ou que les difficultés
nous assaillent.
Les fruits de l'instruction
Parmi les fruits de l'éducation permanente figurent
notamment le choix d'idéaux nouveaux, la formation
du sens des valeurs, l'acquisition du sentiment de la beauté
et l'initiation à l'aventure.
La vie idéale serait le plein épanouissement
de nos facultés les plus nobles dans le domaine de
l'éducation et des arts, ainsi que notre progression
dans la voie de la connaissance religieuse, morale et intellectuelle.
Il y a une satisfaction naturelle à rechercher le vrai
et le grand, que cette recherche porte sur les idées
ou sur les hommes et les femmes. À mesure que votre
instruction avancera, vous vous formerez une philosophie qui
exige en tout l'excellence.
Déterminez quelles sont les choses qui méritent
qu'on s'en soucie. C'est un grand pas vers le bonheur que
de savoir quelles sont les choses qu'il est en notre pouvoir
de faire et de changer et quelles sont celles qui échappent
à notre action et auxquelles nous devons en conséquence
nous adapter.
Les années de retraite, temps propice à la
réflexion, révèlent souvent que les années
de travail ont été un obstacle à la perception
de la beauté. Apprendre à apprécier la
beauté, c'est une fonction essentielle de l'éducation
permanente. Dans son ouvrage intitulé Les Marques
distinctives de l'homme cultivé, Albert Wiggam
écrit : « Je plains l'homme qui ne s'est
jamais passé de dîner pour acheter un recueil
de poèmes, un billet de concert, une statuette, un
petit tableau, un joli tapis ou un joli fauteuil pour son
foyer, ou encore un gentil petit chapeau pour sa femme. »
Enfin, et ce n'est pas son moindre mérite, l'instruction
procure l'ivresse de la découverte. Celui qui discerne
une analogie, un rapport entre les événements
ou les idées, que personne encore n'a décelé,
éprouve la joie de la révélation de l'inconnu.
André Gide, prix Nobel de littérature en 1947,
écrit : « Le sage est celui qui s'étonne
de tout. » Lorsque nous trouvons dans un livre quelque
chose qui provoque la surprise ou l'admiration, ou qui ajoute
à notre connaissance de l'univers, nous sommes libérés
temporairement de l'étouffante étreinte du désabusement
et de l'emprise mortelle du cynisme.
Être instruit c'est avoir appris quoi faire d'une
idée qui entre dans son esprit. C'est savoir la décomposer
pour voir ce qu'elle renferme, la transformer en quelque chose
d'utile et d'agréable, la mettre en ouvre. Si vous
pouvez cela, vous êtes en mesure de vivre les plus belles
aventures de l'âme et de l'esprit.
Vivre une vie féconde
Ce n'est qu'en poursuivant toute la vie ses études
qu'un homme ou une femme peut continuer à mener une
existence féconde. Celui qui s'engage dans cette voie
travaille à son propre épanouissement. Il présume
le moins possible. La simple pensée d'accepter passivement
les idées des autres lui répugne. Les idées
qui lui viennent, il voudra les mettre à l'épreuve,
les appliquer ou en faire des combinaisons nouvelles. Il préférera
rejeter les opinions toutes faites des autres et prendre une
feuille de papier pour y exposer ses vues personnelles.
Il est souvent question des « droits » à
notre époque. Toute personne a le droit de devenir
tout ce qu'elle peut être. Pour elle, l'instruction
a de l'attrait et de la valeur, et on peut l'acquérir
à tout âge. C'est un développement continu
de l'esprit, une illumination incessante de la vie, un éternel
perfectionnement.
Le philosophe latin Sénèque, qui fut précepteur
de Néron, nous a laissé cette recommandation :
« Tant que vous vivrez, continuez sans arrêt à
apprendre à vivre. »
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
de la collection du Bulletin RBC sont disponibles sur notre
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