Vol. 44, N° 12 Décembre 1963
La protection
de nos bassins hydrographiques
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Aucun facteur n'exerce une influence
plus décisive que l'eau sur la vie des hommes, et chaque
goutte d'eau que nous utilisons provient en définitive
de nos bassins hydrographiques.
C'est pour avoir mal compris cette vérité
que nous déplorons aujourd'hui la perte de millions
d'acres de terrain, la diminution marquée des récoltes,
la multiplication des inondations, la mort de nombreux troupeaux,
l'apparition de nouveaux déserts à la surface
du globe, la destruction de plages magnifiques, l'altération
de la qualité de l'eau que nous buvons et sa pollution
d'une façon dangereuse pour notre santé.
« L'homme, écrit William Vogt dans Road to
Survival, est le seul organisme connu qui détruise
pour vivre le milieu indispensable à sa subsistance. »
Les parasites ont tendance à agir ainsi, mais leur
pouvoir de destruction est limité par leur manque d'intelligence.
L'homme, au contraire, se sert de son esprit pour anéantir ;
il se glorifie de sa « conquête » impitoyable
des régions sauvages, comme s'il avait affaire à
un ennemi ; son emblème distinctif est devenu
le bulldozer.
Ce n'est que dernièrement que nos spécialistes
de la nature ont réussi à nous faire comprendre
que si nous voulons survivre, ou tout au moins relever notre
niveau de vie, il nous faut établir des relations saines
et harmonieuses avec le monde animal, végétal
et minéral qui nous entoure.
Jusqu'ici, nous avons considéré la conservation
comme une chose à laquelle le cultivateur était
tenu pour accroître la quantité et la qualité
de ses récoltes ; mais le temps est maintenant
venu pour chacun de nous de la concevoir comme un élément
essentiel de notre emprise sur la vie.
Il nous arrive parfois de nous alarmer devant les effets
immédiats de l'absence de mesures de conservation,
comme la saleté de l'eau potable, la malpropreté
des plages, la rareté de l'eau d'arrosage, etc. Mais
nous ne connaîtrions pas ces ennuis, si les générations
antérieures avaient su ce que nous savons et avaient
fait quelque chose pour les empêcher.
Cinquante ans ont passé depuis qu'un Secrétaire
à l'Agriculture des États-Unis, adressant une
directive des plus clairvoyantes aux agents forestiers, leur
disait de remplir leurs fonctions « pour le plus grand
bien du plus grand nombre à longue échéance. »
L'histoire des civilisations disparues montre d'une façon
tragique ce que l'avenir nous réserve si nous continuons
à abuser de nos ressources en eau. On a retrouvé,
enfouie sous les sables du désert d'Arabie, une ville
opulente, qui fut peut-être la résidence de la
Reine de Saba. Elle a été abandonnée
il y a des milliers d'années parce qu'une perturbation
quelconque se produisit dans le cours des fleuves qui l'arrosaient
et que l'eau vint à manquer. L'érosion pour
sa part s'est chargée de détruire ou de saper
toutes les civilisations méditerranéennes, anciennes
et actuelles, depuis Athènes et Rome jusqu'aux plaines
fertiles de l'Afrique du Nord, où florissait jadis
la célèbre Carthage.
« Mais, dira-t-on, ces choses se sont passées
il y a fort longtemps et bien loin de nous. Cela ne peut pas
nous arriver. » Qu'on se rappelle alors le spectacle
navrant qu'offraient les provinces des Prairies dans les années
trente avec leurs fermes délaissées, leurs squelettes
de bovins, leurs clôtures recouvertes de sable et les
espoirs anéantis des hommes et des femmes qui avaient
voulu y établir leurs foyers. Il suffisait de rouler
dans les nuages de poussière qui enveloppaient certaines
régions de la Saskatchewan, en 1937, non seulement
pour éprouver certains malaises corporels, mais aussi
pour se sentir le coeur et l'esprit malades de tristesse et
d'abattement.
Aujourd'hui, la population du globe s'est accrue, les usages
de l'eau se sont multipliés et sa consommation par
habitant a pris des proportions démesurées.
Au début de l'ère chrétienne, notre planète
nourrissait une population d'environ 250,000,000 ; à
l'arrivée des Pèlerins sur nos bords en 1620,
le chiffre était passé à quelque 500,000,000 ;
et en octobre, cette année, on annonçait que
la population mondiale se chiffrait approximativement à
3,180,000,000. En l'an 2000, d'après Aldous Huxley,
6 milliards d'humains s'attableront chaque matin pour le petit
déjeuner.
Au cours des trois derniers siècles, le Canada qui
se composait à l'origine de quelques centres de peuplement
disséminés sur le littoral de l'Atlantique et
le Bas-Saint-Laurent, où vivaient dans des conditions
primitives 3,215 colons, est devenu une nation d'envergure
continentale aux richesses et aux ressources considérables
et d'une population de près de 20 millions d'habitants.
Malheureusement, cette expansion s'est accomplie dans une
indifférence à peu près totale à
l'égard de la conservation de l'eau, ressource la plus
nécessaire à la vie, à l'agriculture
et à l'industrie.
Qu'est-ce qu'un bassin hydrographique ?
Salomon et les anciens philosophes prétendaient que
les sources étaient alimentées par la mer, grâce
à des canaux souterrains. Ce n'est que vers 1650, que
l'on commença à établir une relation
entre la quantité d'eau que renferment les cours d'eau
et les puits et la quantité de pluie qui tombe sur
la région où ils se trouvent. Nous savons aujourd'hui
que l'on ne peut étudier les fleuves sans se pencher
sur les terres qu'ils traversent. Nous nous sommes enfin aperçus
que la qualité des forêts et la qualité
du sol sont en fonction de la qualité et de la quantité
de l'eau.
Ceci nous amène à l'aire de drainage ou surface
de captation des eaux, généralement appelée
aujourd'hui le bassin hydrographique, c'est-à-dire
le territoire naturel où s'opère d'une façon
continuelle la réception, la concentration et la distribution
de nos réserves d'eau. Sa superficie peut varier de
quelques milliers à des centaines de milliers d'acres.
Pour peu que nous sachions l'administrer avec sagesse, ce
réseau plus ou moins vaste nous assurera un flot constant
et maximum d'eau claire, propre et de haute qualité.
Un bassin hydrographique bien entretenu gardera son eau
pendant toute l'année. Les racines de ses arbres et
de ses autres plantes, ses feuilles mortes et sa couche arable
retiennent beaucoup d'eau dans leur masse spongieuse. Une
partie des eaux demeurent aussi dans le sous-sol, mais une
grande quantité pénètre encore plus avant
dans la terre, où elle forme des rivières et
des lacs souterrains.
Dans un bassin hydrographique où il tombe 24 pouces
de précipitations sur le sol, une surface de dix pieds
carrés seulement reçoit environ 6.25 tonnes
d'eau par an. Une acre en reçoit 2,178 tonnes. Dans
la répartition bien ordonnée de cette énorme
quantité d'eau, chaque morceau de terrain, que ce soit
un pied carré, une acre ou un mille carré, joue
un rôle d'une importance vitale.
Pourtant, s'il est un produit peu apprécié
et que l'on gaspille sans le moindre remords, c'est bien l'eau.
Beaucoup de villes et de villages dont les réserves
d'eau n'inspiraient aucune inquiétude il n'y a que
quelques années encore, constatent aujourd'hui que
la rareté commence à leur interdire toute expansion.
Les cultivateurs doivent creuser des puits de plus en plus
profonds.
L'interruption du cycle
Jamais auparavant le cycle de l'eau n'a été
soumis à des bouleversements aussi graves en présence
de tant de millions de spectateurs indifférents. Il
s'agit là de l'action la plus préjudiciable
de l'homme civilisé sur son milieu ambiant.
Avant la venue des Européens, un équilibre
mutuel s'était établi, au sein de la nature
sauvage, entre les eaux, les terres, les plantes, les forêts
et la vie animale. Dans ce tout harmonieux, chacune des parties
contribuait à l'ordre et à la protection de
l'ensemble et bénéficiait en retour de cet ordre
et de cette protection communes. Ainsi, les rivières
et les fleuves roulaient leurs flots limpides, froids et constants,
et emportaient, sans entrave, jusqu'à la mer le surplus
d'eau qui restait une fois qu'il avait été pourvu
aux besoins des réservoirs naturels et à ceux
de la vie animale et végétale.
Mais nous avons rompu notre contact avec la nature en voulant
nous cacher, avec un faux sens de la sécurité,
derrière nos géniales inventions mécaniques.
Nous savons moissonner, moudre le grain et faire du pain avec
les machines et l'électricité, mais nous ne
pensons pas au fait que les matières dont se compose
un pain d'une livre ont consommé près de deux
tonnes d'eau. Nous cultivons d'immenses champs de maïs,
mais nous oublions que pendant la période de croissance
une acre de mais dissipe 3,000 tonnes d'eau, soit l'équivalent
de 15 pouces de pluie.
Il est bien légitime de cuire du pain et de manger
du maïs, et le passage des peuplements clairsemés
d'autrefois à la population de plus en plus dense d'aujourd'hui
et la consommation de quantités de plus en plus grandes
de ces denrées auraient certes pu s'accomplir sans
pertes ni dommages si seulement on avait fait preuve de sagesse
et de prévoyance. Au contraire, nous avons supprimé
les obstacles naturels, de sorte que loin de parvenir jusqu'au
réservoir d'eau souterrain, les précipitations
dévalent avec une telle rapidité les flancs
de nos collines et les pentes de nos champs de blé
et de maïs qu'elles n'ont même pas le temps de
pénétrer jusqu'aux racines. Au lieu de nourrir
nos récoltes, elles grignotent le sol et l'emportent
vers des endroits où il est inutilisable.
Retarder l'écoulement
Le principe séculaire du grand moulin hydraulique
de la nature est facile à comprendre. Le rôle
de l'homme consiste à employer et aménager dans
la mesure où cela lui est possible un flot d'énergie
émanant du soleil. Ce flot ou cycle, nous en percevons
l'un des aspects concrets dans la circulation des eaux dans
l'univers : nuages - pluie - terre - rivières
- mer - nuages, et ainsi de suite à l'infini.
La pluie qui tombe sur les pentes dénudées
d'une colline se creuse des canaux à même le
sol et se précipite vers le plus proche cours d'eau
qui se jette dans la mer. C'est là qu'il importe d'abord
de la capter et de la retenir. La quantité d'eau emmagasinée
dans le sol dépend de l'état du sol et de la
couverture herbacée et forestière du bassin
hydrographique. Lorsque les collines boisées sont dépouillées
par le feu ou par la hache, lorsque les hauts pâturages
sont exploités à outrance, lorsque les terres
en culture sont érodées, l'eau de pluie s'écoule
à la surface durcie du sol sans remplir son office.
Le seul moyen d'avoir de l'eau en abondance est d'en interrompre
l'écoulement.
Il peut sembler ridicule de penser que le port de Montréal
doive un jour se transporter ailleurs, mais cette éventualité
a été évoquée par M. Jacques Simard
lors d'une conférence sur l'aménagement en octobre
1963. Le majestueux Saint-Laurent pourrait devenir anémique
et malade, incapable de répondre aux nécessités
de la navigation, aux besoins en force hydraulique et aux
multiples exigences industrielles et intérieures d'une
partie du continent en plein essor économique. « Il
y a dans cette aire de drainage, a dit le président
de Cadres professionnels Inc., M. André Gagnon, deux
pays, huit États et deux provinces qui groupent une
myriade de villes et d'entreprises pour lesquelles il s'agit
d'une question de vie ou de mort ... il nous reste à
peine 40 ans pour trouver de nouvelles sources d'eau. »
Pendant que l'on prend des mesures réparatrices pour
renforcer le bassin du Saint-Laurent, certains ont émis
l'idée que nous pourrions détourner l'Harricanaw
de la baie d'Hudson vers le lac Huron, au prix approximatif
de 200 millions de dollars. Cela permettrait de déverser
dans les Grands Lacs 13,000 millions de gallons d'eau par
jour, soit six fois plus que la quantité drainée
par Chicago.
Par où commencer ?
L'un des facteurs essentiels de la conservation de l'eau
est sans contredit nos forêts.
On distingue d'ordinaire trois phases dans l'histoire forestière
d'un pays industriel. La première est marquée
par l'exploitation intensive et souvent effrénée
des forêts vierges. Elle est habituellement suivie d'une
période de dépendance croissante à l'égard
des importations étrangères, comme celle qui
sévit actuellement aux États-Unis. Vient enfin
la troisième étape, pendant laquelle on s'efforce
de réorganiser ou de reconstituer les ressources forestières.
Mais à côté des problèmes purement
commerciaux que pose cet état de choses, nous commençons
à discerner les effets néfastes du déboisement
sur le climat et le débit des cours d'eau. « Les
forêts, dit un économiste, exercent une action
décisive sur la distribution de l'eau et constituent
un moyen de protection irremplaçable contre la destruction
des sols. Les montagnes privées de leurs arbres sont
une menace nationale. » En d'autres termes, les forêts
ne sont pas seulement une source de bénéfices,
elles intéressent au premier chef la vie de la société.
La violation des lois naturelles qui régissent l'étendue
de la couverture forestière est l'un des exemples les
plus tragiques de la folie humaine devant la sage ordonnance
de la nature.
Nous avons fait reculer la forêt par le feu, la hache
et le bulldozer, et nous avons utilisé la houe et la
charrue là où il ne devait se trouver que des
arbres. Dans notre course au défrichement, nous avons
oublié que les forêts forment des ensembles vivants
d'arbres, d'arbrisseaux et autres végétaux qui
jouent un rôle nécessaire dans l'évolution
dont nous nous considérons comme la plus haute manifestation.
Notre destin est intimement lié à celui de
la forêt. Au Canada, la nature nous a gratifié
des espèces d'arbres les mieux adaptées aux
besoins de l'homme. Parce que notre climat offre des conditions
de croissance si favorables que nous sommes assurés,
dans la plupart des régions boisées, de voir
surgir une seconde pousse après la coupe, il semble
bien que notre patrimoine forestier soit amplement suffisant
pour subvenir à tous nos besoins si nous savons être
de bons intendants.
Quatre-vingt-dix pour cent des terres forestières
du Canada appartiennent à la Couronne, et la loi oblige
les compagnies exploitantes à présenter des
plans d'aménagement des coupes qui leur sont concédées.
Cette prescription est importante à cause de l'élément
temps qui intervient dans le repeuplement des forêts
exploitées. L'homme qui abat un arbre n'envisage les
choses qu'en fonction de sa propre vie et ne se préoccupe
pas toujours de savoir s'il y aura un autre arbre pour le
remplacer dans cinquante ou cent ans, mais l'État,
lui, voit beaucoup plus loin.
Pour l'État, la forêt a aussi d'autres fonctions
que celle de fournir des produits commerciaux. Voilà
pourquoi il estime qu'il est dans l'intérêt général
du pays de concilier les rôles opposés en apparence
de la surface forestière, afin que la coupe du bois
nécessaire à nos marchés ne nuise pas
à nos bassins hydrographiques et que la trop grande
densité des forêts ne mette pas obstacle à
l'écoulement de l'eau indispensable pour l'irrigation
et la production d'énergie électrique.
L'aménagement des bassins hydrographiques
Nous devons respecter les lois et les principes fondamentaux
qui régissent l'ensemble du monde vivant si nous voulons
réussir à sauvegarder la vie humaine. Les arbres,
l'herbe, les arbrisseaux, le sol et les êtres vivants
qui les habitent font partie d'un vaste tout, cohérent
et équilibré. C'est là le principe sur
lequel doit reposer l'aménagement des bassins hydrographiques.
Les lois de la nature nous imposent des restrictions et
des devoirs. Que cela nous convienne ou non, que cela soit
politiquement avantageux ou non, l'eau continuera de descendre
les pentes et sa puissance de destruction augmentera avec
le volume d'écoulement ; l'eau deviendra impure
si nous y déversons des impuretés ; les
nappes aquifères s'appauvriront si nous continuons
à en pomper l'eau sans leur permettre de se refaire.
Pour nous guider dans ce domaine, il nous faut une norme,
c'est-à-dire quelque chose pour juger de l'état
de la terre après avoir modifié tel ou tel de
ses éléments. C'est pourquoi les associations
de conservation et de protection de la nature, et tous ceux
qui s'occupent des ressources naturelles insistent pour que
certaines parties du pays demeurent des « régions
sauvages ». Cela permettrait de maintenir dans leur état
primitif certaines terres où l'on éviterait
de construire des routes ou des installations qui ne sont
pas nécessaires à leur protection. L'homme pourrait
y voir à l'oeuvre toutes les forces de la nature vivante.
L'étude de ces réserves nous fournirait les
règles de base voulues pour l'aménagement de
nos bassins hydrographiques.
L'aménagement est devenu indispensable si nous ne
voulons pas être obligés de recourir au rationnement.
Au lieu d'installer des compteurs sur nos robinets, nous ferions
mieux d'en accroître l'approvisionnement en créant
les conditions de conservation qui s'imposent dans nos bassins
hydrographiques.
Cette action ne saurait certes se limiter à quelques
mesures d'urgence. Elle doit tendre à régler
et à répartir l'emmagasinage et la distribution
de l'eau selon les besoins de notre population sans cesse
grandissante. Il faut tenir compte de tous les facteurs :
l'herbe, les racines des arbres, les feuilles, les filets
d'eau, les neiges des hautes cimes, les pluies d'été
et l'assainissement des marécages, la suppression du
gaspillage, le rendement actuel et futur, car tout a son importance
dans cette entreprise capitale.
Dans un bassin hydrographique bien aménagé,
les forêts et les prairies seront conservées
ou accrues suivant les besoins. La coupe du bois se fera de
manière à causer le moins de dommage possible
à la couverture du sol forestier et à laisser
croître amplement de jeunes arbres. L'agriculture recourra
à des méthodes qui empêchent l'érosion
et augmentent le pouvoir d'absorption du sol. L'épuration
des eaux usées, domestiques et industrielles, sera
mise à contribution pour combattre la pollution. La
vigilance permettra de maîtriser à temps les
incendies dus à des causes naturelles, et la loi sévira
contre les auteurs des incendies allumés par malveillance
ou négligence. Le pâturage des troupeaux sera
organisé de façon à éviter la
destruction de la végétation et le compactage
du sol.
Qui doit s'en charger ?
À cause de l'ampleur de la tâche, la protection
de nos bassins hydrographiques exige l'intervention des gouvernements
et leur étroite collaboration. Le Québec et
l'Ontario doivent agir de concert pour résoudre les
problèmes de la Vallée de l'Outaouais ;
la coopération interprovinciale et nationale s'impose
dans le cas des bassins fluviaux du Fraser, du Columbia, de
la Saskatchewan, du Nelson et du Saint-Jean. Quant au bassin
du Saint-Laurent, son aménagement appelle à
la fois des mesures internationales et interprovinciales.
Les petits bassins, que nous pourrions appeler « locaux »,
réclament l'action conjuguée des particuliers,
des municipalités et des conseils de comté.
On ne fait que commencer à bien comprendre l'importance
du bassin hydrographique par rapport à la conservation
et à l'expansion des ressources aquifères et
à agir en conséquence. Le cultivateur qui entreprend
le reboisement d'un flanc de colline et qui dispose ses champs
en terrasse ou en bandes suivant les lignes de niveau ne fait
pas seulement une chose qui lui est utile personnellement,
il accomplit un devoir envers tous ceux qu'il y a entre lui
et l'océan.
Les ouvrages importants, comme les grands barrages, les
digues et les gros travaux de régénération
dépassent les cadres de l'aménagement des bassins
locaux. Si l'Acte de l'Amérique du Nord britannique
a réservé certains domaines de l'utilisation
des eaux aux autorités fédérales, la
charge de les réglementer et d'en assurer le développement
incombe en grande partie aux gouvernements provinciaux. Il
ne faut pas en conclure cependant que la politique doive intervenir.
Ce n'est qu'en accordant notre attention, non pas à
l'aspect purement politique, mais à l'aspect biologique
du problème humain des réserves d'eau que nous
parviendrons à atténuer et à abréger
les temps difficiles vers lesquels nous nous acheminons actuellement.
Le devoir de chaque citoyen
L'eau a une telle importance dans la vie que la question
de sa conservation et de sa distribution doit dominer les
limites géographiques de la propriété
privée, des comtés et des provinces, les frontières
politiques des pouvoirs fédéraux et provinciaux,
de même que les domaines purement économiques
de l'agriculture, de l'exploitation forestière et de
l'industrie. Si des conflits d'autorité mettent obstacle
à l'action et à l'initiative, nous perdrons
notre patrimoine par déshérence, car, au-dessus
de toutes les frontières, il y a la loi naturelle,
dont les édits sont indiscutables.
Tout ce qu'il y a à faire doit avoir son point de
départ dans l'esprit des citoyens. « Il y a lieu
de nous demander, a dit un éminent biologiste, si l'homme
parviendra à comprendre avant de se détruire
lui-même en détruisant son milieu. »
Le moins que l'on soit en droit d'attendre de la part des
particuliers conscients de leurs responsabilités que
nous voulons être, c'est qu'ils se renseignent sur le
problème et qu'ils élèvent la voix pour
exiger la conservation de la plus précieuse de nos
ressources matérielles : l'eau.
Peut-être conviendrait-il d'aborder cette entreprise
en nous inspirant de l'exemple des Indiens Pueblos du Taos
qui portent des chaussures à semelles souples afin
de toujours sentir la terre sous leurs pieds.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
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