Vol. 38, N° 12 Décembre 1957
La sauvegarde
de notre liberté
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Le moment semble venu de réaffirmer
les principes de notre liberté. Nous devons cesser
de considérer cette liberté comme une situation
politique acquise dans le temps et érigée en
droit inaliénable. La liberté ne se conserve
que par la vigilance, l'usage et la pratique.
La longue histoire de notre lutte pour la liberté,
depuis la liberté de discussion au parlement d'Ottawa
jusqu'aux élans chevaleresques du roi Canut, est l'histoire
des nobles idées que le courage et l'effort ont fait
passer dans les faits et dans les actes. Cette liberté
a été défendue à travers les contretemps
et les épreuves par des gens toujours en alerte devant
le danger de perdre ce qui avait été conquis
avant eux.
La liberté démocratique a sombré dans
certains pays parce que leurs peuples sommeillaient. On entend
souvent les gens qui ont combattu contre nous dans les dernières
guerres alléguer deux raisons comme excuses :
ils ne se rendaient pas compte de ce qui arrivait à
leur gouvernement et ils ne pouvaient qu'obéir aux
ordres. En vérité, la tyrannie dégrade
à la fois ceux qui l'exercent et ceux qui la souffrent.
Peut-être avons-nous déjà perdu une
partie de notre liberté ? Nous en avons peut-être
fait quelque chose de négatif faute de savoir l'apprécier ;
nous avons peut-être gardé le silence devant
certaines injustices, nous dérobant ainsi à
notre responsabilité d'hommes libres ; nous nous
sommes peut-être laissés séduire par la
sécurité, qui est le contraire de la liberté.
C'est ainsi qu'un pays commence à perdre sa liberté,
et ces premières brèches s'ouvrent imperceptiblement.
Le danger de leur apparition justifie la maxime bien connue :
une vigilance éternelle est le prix de la liberté.
Nous devons renouveler notre confiance de génération
en génération si nous ne voulons pas que la
liberté devienne la proie de la rouille ou qu'elle
nous soit ravie par la ruse ou par les bombes.
Dire que cela ne peut arriver en Amérique du Nord
c'est se leurrer d'une folle illusion. Nous n'avons qu'à
jeter un regard sur la carte du monde pour voir que des pays
qui ont lutté avec encore plus d'acharnement que nous
pour conquérir leur liberté l'ont pourtant perdue
par l'effet de la déchéance, de la spoliation
ou de la violence.
Qu'est-ce que la liberté ?
La question de savoir en quoi consiste la liberté
est une question embarrassante parce qu'elle nous oblige réfléchir
à quelque chose qui nous semble si normal que nous
n'en avons aucune notion claire. Pourtant, ceux qui l'ont
défendue au péril de leur vie et de leurs biens
savaient parfaitement pourquoi ils se battaient. Pour eux,
la liberté n'était pas une chose abstraite,
mais une réalité concrète, vitale et
absorbante.
Le mot « liberté » est en lui-même
un terme incomplet. Ce qu'il importe de savoir, c'est de quoi
nous affranchit la liberté et ce qu'elle nous permet
de faire. Sommes-nous à l'abri de la persécution
et de l'enrégimentation ? Pouvons-nous nous adonner
en paix à un travail qui nous plaît pour atteindre
un niveau de vie convenable et en rapport avec nos aptitudes ?
Sommes-nous libres d'assumer comme les autres notre part des
tâches qui incombent à la collectivité
humaine ? Sommes-nous libres de pratiquer la religion
que nous voulons ? Jouissons-nous de la liberté
de penser, de parler et d'agir comme bon nous semble dans
le cadre des lois que nous avons nous-mêmes édictées
pour assurer l'observation des règles de l'hygiène,
de la sécurité et de la justice.
Et si nous jouissons de ces libertés, les faisons-nous
valoir ? Les chérissons-nous comme un trésor
aussi précieux que l'air que nous respirons ?
Il ne suffit pas de clamer et d'écrire que la liberté
est quelque chose de bon, de grand et de noble. La liberté
est plus qu'un mot grandiloquent : c'est une condition
essentielle de notre vie d'être humain.
Liberté et bien commun
Nous devons avoir un sentiment très vif du caractère
social ou collectif de la liberté. Personne d'entre
nous ne peut se contenter d'être un individu ;
notre nature même exige que nous puissions dire aussi
que nous sommes des citoyens.
Les hommes se laissent facilement tromper par une fausse
espèce de liberté en considérant comme
leur bien propre un droit qui ne leur appartient qu'en tant
que membres actifs de la société. Notre civilisation
est si complexe qu'elle ne peut exister qu'au prix d'un compromis
continuel entre la liberté de l'individu et la liberté
de la société. Ce qui fait la beauté
de notre mode de liberté, c'est que nous conservons
notre personnalité même lorsque nous nous joignons
à nos voisins pour atteindre une chose qui est bonne
pour tout le monde.
Les pays démocratiques ont établi un certain
équilibre dans ce domaine. Notre liberté politique
a ceci de particulier qu'elle restreint certaines libertés
individuelles, avec notre consentement, afin de sauvegarder
la liberté plus générale dont nous disposons
à titre de membres du corps social.
Nous sommes vraiment libres si nous vivons dans un État
indépendant, où nous avons le droit et les moyens
de choisir, de censurer et de changer notre gouvernement ;
dans une société où les lois sont les
mêmes pour tous les citoyens et où les restrictions
imposées à notre liberté personnelle
sont réduites au minimum ; dans un régime
économique qui nous offre la possibilité de
nous assurer un gagne-pain en rapport avec nos talents, nos
désirs et nos efforts ; dans un milieu où
nous pouvons librement affirmer notre valeur et exprimer notre
personnalité.
La nécessité de l'autorité
Un État de ce genre ne peut être édifié
sur l'anarchie. Il exige un gouvernement, et le régime
démocratique est la forme la plus difficile de gouvernement.
Ce n'est pas simplement le règne de la majorité.
Le gouvernement démocratique doit aussi reconnaître
à chaque groupe le droit de se faire entendre, de plaider
sa cause et de recevoir un accueil bienveillant. Le devoir
d'écouter constitue un élément important
de notre système de liberté.
Mais le fait d'établir un gouvernement démocratique
ne signifie pas que nous sommes dès lors déchargés
de toute autre responsabilité. Le gouvernement n'est
rien de plus qu'un groupe de personnes désignées
pour administrer les affaires du pays. Tout comme les actionnaires
d'une entreprise, nous devons exercer un contrôle sur
ceux auxquels nous déléguons des pouvoirs de
gestion.
Le gouvernement par la majorité est parfois désagréable,
oppressif et décevant, mais il n'est jamais intolérable
tant que chaque membre d'une minorité peut librement
modifier l'opinion de la majorité en changeant ses
vues.
Dans une démocratie, le gouvernement responsable
demeure toujours exposé à la menace d'une défaite
future, et ce danger le rend plus empressé à
satisfaire ceux qu'il sert et qui tiennent sa destinée
entre leurs mains. De là, encore une fois, la nécessité
de faire un usage actif de notre liberté personnelle :
ceux qui refusent de participer au gouvernement, directement
ou par leur suffrage, devront peut-être expier leur
faute en vivant sous un gouvernement composés d'hommes
plus mauvais qu'eux.
Ce qu'offre la tyrannie
Comme contraste à cette notion du gouvernement libre,
voyons ce que nous offre exactement un gouvernement tyrannique.
Nous n'aurons que des idées imprécises sur le
totalitarisme, le fascisme, le communisme, l'étatisme
et toutes les autres formes de gouvernement, si nous les bannissons
de notre esprit sous prétexte qu'il est désagréable
d'y réfléchir.
L'étatisme - régime de gouvernement qui fait
de l'État la réalité suprême et
de la personne humaine un simple instrument - se présente
rarement à la population d'un pays sous la forme d'une
doctrine qu'elle a la faculté de choisir parmi d'autres.
C'est une excroissance qui se développe petit à
petit sur le corps politique. Un démagogue ou un chef
de parti apparaît sur les estrades, s'engageant à
guérir tous les maux. Il fait appel à la peur,
à la cupidité ou à la haine. Il promet
une sécurité facile, conforme aux désirs
populaires du moment. Il passe d'un échelon à
l'autre avec astuce, jusqu'au jour où les gens s'aperçoivent
qu'ils sont privés de leur droit de critiquer, de leur
liberté d'action, de leur liberté d'opinion
et des moyens de recours que représentent l'électorat
et les tribunaux indépendants.
Il faut alors choisir entre la conformisme et le martyre,
car il n'y a plus de place pour la liberté. La loi
allemande du 14 juillet 1933 réglait la question en
quinze mots : « Le seul parti politique qui existe
en Allemagne est le Parti ouvrier allemand national-socialiste ».
Les dictateurs ont jugé opportun, dans la plupart
des pays qu'ils gouvernent à l'heure actuelle, de conserver
ou d'établir certaines formules démocratiques,
qui ne constituent en somme qu'une caricature de la liberté.
Ils adhèrent du bout des lèvres aux principes,
mais il n'y a aucune sincérité dans leur régime
politique horriblement mauvais, cruel et destructeur de la
volonté.
Mais, dira-t-on, à quoi peuvent servir ces sombres
considérations dans le cas des Canadiens ? Non
pas certes à les effrayer avec des fantômes,
mais à les prévenir que même ici, de l'autre
côté du globe et protégés depuis
750 ans par le rempart de la Grande Charte, ils doivent se
tenir sur leurs gardes.
Il n'est pas facile de défendre la liberté
de l'individu dans une société dont la conservation
même requiert l'existence, au sein de son gouvernement,
d'une somme considérable de pouvoir, d'organisation
et d'autorité.
La seule sauvegarde de l'essence de la liberté est
une opinion publique éclairée, saine et vigilante.
La liberté ne peut durer si nous élisons des
mandataires pour nous représenter et si nous nous endormons
ensuite dans l'indifférence politique. L'intérêt
actif des électeurs pour le bien du pays obligera le
gouvernement à s'en tenir à son seul rôle
légitime, c'est-à-dire à celui de protecteur
des droits et de la liberté de l'individu. Plus la
part de notre fardeau personnel que nous encouragerons le
gouvernement à porter sera grande, plus nous hâterons
le jour où les gouvernants seront plus forts que les
gouvernés et où l'indépendance cessera
d'exister.
Les chartes de la liberté
La liberté dont nous jouissons a connu de modestes
débuts et une croissance assez lente ; elle n'a
subsisté qu'à force de patience, d'endurance
et de courage. Aussi mérite-t-elle assurément
que nous nous efforcions de la comprendre, de la protéger
et de la faire fructifier.
Bien qu'il ne s'agisse pas à proprement parler d'une
charte, la loi du roi Canut constitue l'une des premières
professions de liberté que nous connaissions. En 1027,
ce monarque commanda à ses conseillers « que désormais
ils ne commettent eux-mêmes ni ne laissent persister
aucune sorte d'injustice soit par crainte du Roi soit par
faveur pour quelque puissant personnage. » Il ordonna
aussi à ses magistrats d'appliquer la loi de la même
façon à tous ses sujets, grands ou petits, riches
ou pauvres.
Cent ans plus tard avait lieu le premier effort visant à
limiter le pouvoir des rois par des dispositions législatives
ouvertement adoptées et proclamées, et c'est
à une femme que nous en sommes redevables. C'était
la princesse anglaise Edith, fille du roi Malcolm d'Écosse,
qui prit plus tard le nom de Mathilde en l'honneur de la mère
du roi et que son peuple devait appeler la « bonne reine
Maud ». Avant de consentir à épouser Henri
1er, elle l'obligea à signer une charte qui garantissait
les droits de l'individu et le retour au pouvoir constitutionnel.
Ce document, accompagné des lois d'Alfred le Grand
et d'Édouard le Confesseur, fut mis en sûreté
en cent endroits différents.
Ces trois chartes, celles d'Alfred, d'Édouard et
de Henri, devaient être le point de départ de
la Magna Charta, la Grande Charte des libertés,
sous laquelle, selon l'expression de lord Macaulay, « commence
l'histoire de la nation anglaise ». Un nouveau sentiment
national s'était affirmé avec l'association
des Saxons et des Normands après la conquête.
Ce sentiment atteignit son apogée sous le règne
de Jean sans Terre, dont les impositions excessives provoquèrent
un soulèvement dirigé par les barons, ayant
à leur tête l'archevêque de Cantorbéry.
La Grande Charte que Jean dut signer à Runnymede
contenait peu de dispositions nouvelles, mais elle avait l'avantage
de réunir et de garantir les principaux droits dont
avaient joui jusque-là les citoyens libres du royaume.
Ce ne sont pas ses détails qui font de la Grande Charte
un document historique, mais le principe, important pour tous
les temps, qui en est la base, savoir que le gouvernement
doit s'exercer selon la loi.
La liste des libertés civiles s'allongea encore grâce
à la Pétition des droits, que le parlement imposa
Charles 1er, en 1628. Un troisième document destiné
à jouer un grand rôle dans l'histoire des libertés
civiles, tire son origine de la révolution survenue
soixante ans plus tard et qui devait aboutir à la déposition
du roi Jacques et au couronnement de Guillaume et de Marie.
Il s'agit de la Déclaration des droits de 1689 en vertu
de laquelle, si le souverain demeure formellement le chef
de l'État, le pouvoir de diriger appartient au parlement.
La liberté franchit l'Atlantique
Au nombre des qualités que les colonisateurs anglais
apportèrent avec eux dans le nouveau monde figuraient
au premier rang l'amour de la liberté et le respect
de la dignité humaine.
Comme l'Angleterre était la seule grande puissance
colonisatrice qui possédait alors un gouvernement représentatif,
il semblait tout à fait normal de s'attendre à
ce que les Anglais établissent un gouvernement du même
genre lorsqu'ils fondaient une colonie. Il y a tout d'abord
l'exemple de la Virginie, où se réunit à
Jamestown, en juillet 1619, la première assemblée
jamais organisée dans une colonie anglaise. En 1620,
les Bermudes créent leur législature, et la
même année se produit l'un des épisodes
les plus dramatiques de l'histoire de la liberté. Une
poignée de réfugiés puritains, cherchant
sur des rivages inconnus un lieu où ils pourraient
vivre selon leurs croyances, signent, à bord du Mayflower,
un pacte par lequel ils conviennent solennellement et mutuellement,
« au nom de Dieu », de « s'associer et de se
constituer en corps civil politique ».
On retrouve aussi des échos manifestes de la Grande
Charte dans les premières constitutions de la Virginie
et du Massachusetts, ainsi que dans la Déclaration
de droits des États-Unis.
Et c'est encore des mêmes principes que s'inspire
le Traité de l'Atlantique Nord, signé il y a
quelques années, par des États « déterminés
à sauvegarder la liberté de leurs peuples, leur
héritage commun et leur civilisation, fondés
sur les principes de la démocratie, les libertés
individuelles et le règne du droit ».
La liberté au Canada
Nous jouissons de nombreuses libertés au Canada,
les unes conquises au temps jadis, les autres instituées
à une époque dont certains d'entre nous se souviennent
encore. Nous avons la liberté de parole, la liberté
de réunion, la liberté religieuse, la liberté
de la presse, la liberté de faire partie des associations
ouvrières ou professionnelles, etc., le tout dans les
limites de la loi du pays, et nous bénéficions
aussi de toutes les libertés individuelles qui découlent
de la Grande Charte.
Et nous jouissons de la liberté non pas seulement
en tant que nation, mais aussi dans le domaine plus général
des affaires mondiales. Le Commonwealth ne vise pas à
l'uniformisation ou à la dénationalisation,
mais au plein épanouissement de la vie et des qualités
distinctives de tous les pays qui en font partie.
Selon le rapport du comité de la Conférence
impériale de 1926, les nations du Commonwealth sont
« des collectivités autonomes de statut égal...
unies par une commune allégeance à la Couronne ».
Et ce document ajoute que les institutions libres constituent
la vie même du Commonwealth, la libre coopération
son principal instrument, et la paix, la sécurité
et le progrès ses objets essentiels. Cinq ans plus
tard, toutes ces conclusions étaient sanctionnées
par le Statut de Westminster.
La liberté du temps présent
La situation actuelle des affaires mondiales nous oblige
à envisager nos libertés d'une façon
pratique et réaliste. Nous devons cesser de regarder
en arrière avec une espèce de nostalgie des
passés ensevelis. Il est vain de rêver d'un retour
à la nature ou à l'état d'innocence qui
existait dans le paradis terrestre avant l'incident de la
pomme. Mais il ne faut pas non plus voir l'avenir tout en
rose ni verser dans un optimisme exagéré.
À ceux qui souhaitent l'avènement d'une Utopie
quelconque, Voltaire indique ce qu'il y a à faire,
dans la dernière phrase de Candide : « Il
faut cultiver notre jardin. » Il n'est pas nécessaire
d'attendre que des millions de gens aient délibéré
sur notre conception de la liberté pour l'insérer
dans leur législation. Nous jouissons dès maintenant
de notre liberté ; à nous de l'employer
avec sagesse et profit, de la chérir et de la protéger.
Ne nous payons pas de mots : il est généralement
plus facile de descendre que de monter. Une fois engagé
sur la pente qui mène au gouvernement absolutiste,
un peuple n'a qu'à lire l'histoire pour connaître
la suite des événements. L'étincelle
de vie de la démocratie et de la liberté de
la personne humaine a tôt fait de s'éteindre
sous le souffle de la violence. Mais, comme le dit si bien
sir William Wallace : « Aucun pays n'est perdu tant
qu'il n'a pas consenti par un acquiescement ignoble à
son propre esclavage ».
L'un des moyens de conserver et d'accroître notre
liberté est de la faire connaître et aimer par
l'éducation. Les dictateurs enseignent la tyrannie.
Ils imposent des convictions et forcent le peuple à
adhérer à une doctrine qui éveille les
bas instincts de l'homme. Ils transforment leurs sujets en
robots tandis que la démocratie en fait des êtres
conscients de leurs responsabilités. C'est là
toute la différence entre un esprit asservi et un esprit
libre.
Il n'existe pas de système de protection automatique
contre la perte de la liberté. Son existence et sa
conservation exigent tout d'abord que nous recherchions la
paix, et, si cela est insuffisant, que nous sachions la défendre.
Comme Périclès le disait aux Athéniens
au moment où leur moral était particulièrement
bas : « Souvenons-nous que la liberté n'appartient
avec certitude qu'à ceux qui ont le courage de la défendre ».
La force de la liberté
Notre position en tant que démocraties est plus forte
que nous ne le pensons, non seulement à cause de notre
haut niveau de vie ou de nos progrès scientifiques,
mais parce que la liberté est très profondément
enracinée dans nos esprits et dans nos coeurs. Si nous
portons continuellement témoignage de notre bonheur
de vivre comme nous le faisons, du plaisir que nous procure
la jouissance de la liberté religieuse, de la liberté
politique et des libertés civiles - liberté
individuelle, liberté de communication et liberté
de réunion - nous ne serons pas pris au dépourvu
devant l'insidieuse pénétration de la tyrannie.
Tout le monde connaît le livre intitulé Lost
Horizon, de James Hilton, ou le film qui en a été
tiré. Or, il y a parmi nous des idéalistes,
des gens qui auraient voulu voir Conway, le héros de
l'aventure, demeurer à Shangri-La et succéder
au grand lama. Un chimérique royaume de la liberté,
lieu de paix et de culture, aurait alors existé dans
la Vallée perdue. Il eût peut-être été
inaccessible, mais on aurait eu la consolation de savoir qu'il
était là, derrière les montagnes, ainsi
que l'espérance de pouvoir y parvenir un jour.
La liberté que souhaitent les pays démocratiques
pour tous les peuples et pour tous les hommes peut paraître
bien lointaine, mais c'est le seul phare qui puisse nous guider
sur les mers inexplorées de l'avenir. Cette liberté
à laquelle sont liées nos libertés nationales
et personnelles est un bien précieux, un but qui mérite
d'être poursuivi.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
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