Décembre 1955 L'art de vieillir
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Jusqu'à ces derniers temps
on regardait la vieillesse comme un sort inévitable
auquel nul ne pouvait rien. Aujourd'hui, grâce aux progrès
de la médecine et à une nouvelle orientation
des idées, au lieu d'attendre avec résignation
l'approche furtive de la vieillesse, nous entrevoyons la possibilité
de trouver dans nos vieux jours un regain d'existence et de
nouvelles joies.
Non seulement après la quarantaine, mais même
avant d'y arriver, les gens commencent à faire des
plans pour rendre leur vie facile, heureuse et agréable
après soixante ans.
Mais il faut s'y préparer. Si nous arrivons au faîte
de la vie vers la soixantaine sans aucun plan d'avenir, la
perspective de la vieillesse nous apparaîtra probablement
sombre et désolante.
Après l'âge mûr, les jours s'écoulent
de plus en plus vite et ils ne nous donnent pas assez de temps
pour les travaux et les distractions dont nous voudrions les
remplir. Cela est dû en partie au fait qu'ayant acquis
de l'expérience et du jugement avec les années,
nous sommes appelés à aider les jeunes gens
et les nouvelles entreprises de nos conseils, tout en essayant
en même temps d'accomplir tout ce que nous avons l'habitude
et l'envie d'accomplir.
Ce qu'il y a peutêtre de plus difficile, c'est
de faire un choix entre les tâches qui s'offrent à
nous à cette époque de la vie au lieu de chercher
à les embrasser toutes.
Nous avons acquis un nouveau sens des valeurs et nous avons
plus de patience. Nous sommes plus aisément satisfaits,
et nos désappointements sont moins cruels qu'à
vingt ans, parce que nous en avons subi beaucoup d'autres.
Longévité
Le mot « longévité » n'est pas employé
depuis très longtemps dans le langage courant. Il y
a 100 ans, un nouveauné en Amérique du
Nord ne pouvait s'attendre à vivre qu'une quarantaine
d'années : aujourd'hui la moyenne de la vie est
de 66.3 ans pour les hommes et de 70.8 pour les femmes.
C'est là que réside la grande différence
entre notre siècle et les précédents.
Autrefois, quelques personnes atteignaient un âge avancé ;
aujourd'hui beaucoup vivent 20 ou 30 ans de plus que la moyenne
d'il y a un siècle. Les mesures hygiéniques,
les découvertes de la médecine et les meilleures
conditions d'existence n'ont certes pas prolongé la
durée possible de la vie humaine, mais elles ont augmenté
nos chances de vivre plus longtemps.
Les résultats ainsi obtenus sont particulièrement
frappants pour les premières années de la vie,
grâce aux victoires de la science sur un grand nombre
de maladies infectieuses, mais des progrès considérables
ont également été accomplis aux âges
où les hommes gagnent leur vie et où les femmes
élèvent leurs enfants. Plus de deux hommes sur
trois qui ont aujourd'hui 20 ans, et plus de quatre femmes
sur cinq du même âge, dépasseront 65 ans.
Le chiffre correspondant n'était que d'un sur deux
environ pour ceux nés avant 1860.
Les tables canadiennes de mortalité basées
sur les statistiques du recensement révèlent
les chiffres suivants :
Durée moyenne de la vie
| |
Hommes |
| Age : |
1931 |
1941 |
1947 |
1951 |
| Naissance |
60.00 |
62.96 |
65.18 |
66.33 |
| 20 |
49.05 |
49.57 |
50.48 |
50.76 |
| 40 |
31.98 |
31.87 |
32.37 |
32.45 |
| 60 |
16.29 |
16.06 |
16.46 |
16.49 |
| |
Femmes |
| Naissance |
62.10 |
66.30 |
69.05 |
70.83 |
| 20 |
49.76 |
51.76 |
53.33 |
54.41 |
| 40 |
33.02 |
33.99 |
35.00 |
35.63 |
| 60 |
17.15 |
17.62 |
18.25 |
18.64 |
On voit qu'en général les femmes vivent plus
longtemps que les hommes. Cela était autrefois attribué
aux différences de travail et d'existence, mais de
nos jours les femmes vivent à peu près comme
les hommes, travaillent à leurs côtés
et sont exposées aux mêmes fatigues et aux mêmes
accidents. Kenneth Walker fait cette remarque intéressante
dans son livre Commentary on Age (publié par
Jonathan Cape, Londres) : « La femme est également
mieux préparée que l'homme à la vieillesse
par son organisation psychologique aussi bien que physique.
C'est une spécialiste en rapports humains et, au contraire
de son mari, elle s'intéresse beaucoup plus aux gens
qu'aux idées. Heureusement pour elle, cet intérêt
ne s'efface pas nécessairement quand elle cesse de
travailler, et en conséquence elle a plus de chances
de s'accommoder de sa nouvelle vie. »
Science et vieillesse
La médecine ne prétend pas avoir découvert
l'élixir de longue vie. Tout ce qu'elle revendique,
et c'est déjà beaucoup, c'est d'avoir diminué
la fréquence de certaines maladies susceptibles de
raccourcir la vie. Nous ignorons encore jusqu'à quel
point les changements organiques qui accompagnent la marche
des ans sont dus à la constitution de l'espèce
humaine, et dans quelle proportion le régime alimentaire,
les infections, les chocs émotifs, le surmenage, la
paresse, la gourmandise, etc., peuvent en être la cause.
Nous ne sommes même pas capables de fixer exactement
la durée normale de la vie, mais les découvertes
scientifiques nous permettront sans doute de vivre plus vieux
que 109 et 112 ans, qui sont les seuls records de longévité
dont nous ayons les preuves plus ou moins certaines d'authenticité.
Le Dr James A. Tobey va jusqu'à dire, dans la Revue
du Massachusetts Institute of Technology : « La
plupart des savants pensent que la mort naturelle n'est jamais
due à la vieillesse. Chaque décès est
attribué à une cause accidentelle comme la maladie
de coeur, la pneumonie, ou une autre affection. »
Les nouveaux problèmes posés par la prolongation
de la vie ont donné naissance à une tranche
de la médecine appelée gériatrie. En
1939, un groupe de savants et de professeurs de médecine
ont fondé le club international de recherches sur la
vieillesse.
Ces recherches ont principalement pour but d'empêcher
l'édifice de nos jours de s'écrouler prématurément
sur notre tête, et de rendre notre vie heureuse pendant
les années de grâce.
C'est à chacun de nous de faire tous ses efforts
pour se procurer une vieillesse vigoureuse et utile, au lieu
d'en laisser uniquement le soin à la collectivité.
Cessons donc à l'instant de nous répéter :
« J'ai plus de 50 ans ; je dois m'attendre aux douleurs
et aux malaises. » Ni malade ni docteur ne devrait s'abandonner
à des idées de défaite, du moins pas
avant d'avoir tout essayé.
Rien ne rend la vieillesse plus malheureuse que l'idée
préconçue que les vieux sont finis et que tout
ce qu'on peut faire pour eux est de les soigner. « Cette
idée de la vieillesse, dit Walker dans son Commentary
on Age, est fausse du point de vue médical, psychologique,
sociologique et, ce qui est encore plus important dans un
régime comme le nôtre, du point de vue économique.
C'est un cri de désespoir. »
En ce qui concerne la santé, le remède est
bien simple : cessez de considérer le traitement
des maladies comme le rapiècement temporaire d'un tissu
usé et occupezvous de conserver le tissu en bon
état pour en faire longtemps bon usage.
Tout le monde, à n'importe quel âge, devrait
se faire examiner périodiquement par un docteur, mais
cela est particulièrement nécessaire à
l'âge mûr. Les personnes audessous de 40
ans négligent généralement ce conseil
en disant qu'il sera temps quand elles en auront besoin. Mais
ce qui leur arrivera après la soixantaine est peutêtre
déjà en cours. Les irritations fréquentes
et mal soignées, les infections, la sousalimentation,
l'obésité, les troubles émotifs, les
poisons, l'alcoolisme, les narcotiques, le surmenage, produisent
une usure anormale du corps.
Toutes les infirmités de la vieillesse ne sont pas
inévitables quand on sait prévoir, et qu'on
donne au docteur la chance de découvrir et de traiter,
les maladies au début et qu'on suit ses conseils. La
santé et la longévité ne nous appartiennent
pas de droit ; ce sont des privilèges. C'est précisément
pourquoi il faut faire un effort pour les mériter.
Pourquoi s'inquiéter ?
Beaucoup de gens s'inquiètent sans autre raison que
celle de se sentir vieillir. Il est parfaitement normal de
penser à ce qu'on aurait pu faire dans la vie, de regretter
les occasions manquées, de revivre les heureux souvenirs,
mais il convient de tourner ensuite les regards vers l'avenir.
Ce qu'il y a de plus dangereux quand on a passé l'âge
mûr c'est de se dire « À quoi bon ? »
Ce qu'il y a de bon, c'est de penser au lendemain, sans s'inquiéter
inutilement. Quel que soit notre âge, la vie continue
sa marche en avant, et nous ne sommes plus en harmonie avec
elle si nous nous accrochons obstinément à une
de ses phases.
Après tout, qu'estce que la vieillesse ?
Chacun de nous la définit à sa manière,
et ses idées changent généralement à
mesure qu'il se fait plus vieux.
Gardonsnous d'appeler « vieille » une personne
qui a vécu longtemps. Ceux qui de bonne heure ont adopté
de bonnes habitudes, appris à s'adapter aux circonstances
et à être philosophes, continueront, en dépit
des ans, à jouir de la vie et de ses bienfaits. Un
homme de 65 ans peut très bien avoir la même
vitalité qu'un homme ordinaire de 40 ans et ne pas
paraître plus vieux sauf en sagesse.
Cela ne veut pas dire que nous pouvons tous espérer
ressembler à Jean Borotra qui jouait au tennis à
Wimbledon à 58 ans, ou à John W. Davis, qui
défendait une importante cause constitutionnelle devant
la Cour suprême des ÉtatsUnis à
la veille de sa 80e année. Mais tous ceux qui, comme
eux, ont pris le soin de conserver leur santé et leur
énergie pendant la jeunesse et l'âge mûr
peuvent, à moins d'accidents, espérer continuer
à réussir jusqu'à la fin dans leur propre
sphère.
La manière de voir venir la vieillesse est une affaire
de bon sens. Il convient de se mettre au diapason de son âge,
de cesser de vouloir paraître plus jeune, de s'adonner
à des tâches plus sérieuses, d'abandonner
la prétention d'être très intelligent,
d'avoir toujours raison et d'être infaillible, et de
consentir à être pris ou refusé selon
son propre mérite. Beaucoup d'hommes d'affaires de
60 ou 70 ans avouent qu'ils sont heureux de ne plus être
invités à faire partie de comités, à
organiser des campagnes et à faire des discours, ce
qui les aurait fortement blessés trente ans auparavant.
Loin de se sentir oubliés, ils apprécient la
liberté de pouvoir se livrer à de nouvelles
occupations.
Ainsi naît chez eux une plus grande tolérance.
Comme le dit Walker, cette tolérance repose sur deux
raisons : d'abord la découverte que nous avons
déjà commis nousmêmes presque toutes
les erreurs que nous condamnons chez les autres, et ensuite
la constatation que les avertissements ou les reproches n'auront
aucun effet sur les jeunes. D'où une nouvelle sérénité
d'esprit.
Nouvel état de choses
Il y a plus de gens âgés aujourd'hui qu'à
toute autre époque de l'histoire, et ce nouvel état
de choses a de quoi faire réfléchir tout le
monde. Mais il n'y a pas lieu de s'en inquiéter. Le
Dr Lawrence E. Ranta, directeur de l'Hôpital général
de Vancouver, a dit dans Canadian Welfare que rien
ne prouve que les personnes de plus de 65 ans offrent à
la société un problème social ou médical
hors de proportion avec les avantages d'une meilleure santé
générale.
Du point de vue économique, les vieux sont provisoirement
un fardeau pour les jeunes, mais ce fardeau diminuera à
mesure que nous améliorerons leur santé et que
nous trouverons les moyens de leur permettre de se rendre
utiles. Un éditorial de MacLean's disait à ce
sujet à la fin de mai : « Nous pourrions
apporter à la solution de leurs problèmes la
même ingéniosité, la même persévérance,
la même patience et le même dévouement,
le même esprit d'entreprise et de découverte
qui ont doté le monde d'un vaccin contre la polio.
Nous pourrions probablement y arriver sans dépenser
un sou de plus et à la longue nous pourrions même
y économiser. »
Il y a des gens qui disent, à la manière d'autrefois,
que les jeunes devraient se charger de leurs vieux parents
comme une sorte de dette d'honneur, mais la situation a changé.
Beaucoup de jeunes couples ne sont pas en mesure de le faire :
leur maison est trop petite, ils ont des enfants à
élever, le coût de la vie augmente constamment.
Un nouvel état de choses a rendu presque impossible
de nos jours l'observation de l'ancienne coutume qui imposait
aux jeunes la garde de leurs vieux parents.
Importance du problème
Le plus important facteur externe de la grande proportion
des personnes âgées dans notre population actuelle
fut la forte vague d'immigration qui atteignit le Canada entre
1881 et 1931. Entre 1901 et 1931, plus de 4 millions et demi
d'étrangers sont entrés dans notre pays, et
la plupart avaient de 20 à 40 ans.
Ajoutez à cela les progrès remarquables faits
au cours d'une ou deux générations par les services
médicaux, les mesures sanitaires, les méthodes
curatives et préventives, ainsi que leur effet sur
les taux de mortalité. On dit que 30 pour cent des
personnes qui atteignent 65 ans doivent la prolongation de
leur vie aux progrès de l'hygiène et de la médecine
depuis leur naissance.
On s'accorde à considérer 35 ans comme l'âge
mûr. En 1921, 67 pour cent des Canadiens avaient moins
de 35 ans, et 33 pour cent 35 ans et plus. En 1951, il y en
avait 61 pour cent audessous de 35 ans et 39 pour cent
audessus. La comparaison entre les personnes plus âgées
est encore plus frappante. En 1921, la proportion des Canadiens
âgés de plus de 60 ans était de 7.5 pour
cent ; en 1951 elle était de 11.4 pour cent. En
1921, seulement 4.8 pour cent avaient plus de 64 ans ;
en 1951, le chiffre était de 7.8 pour cent.
Une publication du Bureau fédéral de la statistique,
en date du mois d'octobre, nous apprend que le taux de la
mortalité au Canada est tombé au plus bas point
en 1954, ce qui faisait la onzième diminution annuelle
consécutive et un déclin de presque 20 pour
cent en un peu plus de 10 ans.
L'âge des décès est également
instructif. Un peu plus de 11 pour cent étaient des
enfants audessous d'un an ; 9 pour cent avaient
de 1 à 40 ans ; 16 pour cent de 40 à 60 ;
44 pour cent de 60 à 80 ; et 20 pour cent plus
de 80 ans. Canadian Welfare estime que tandis que la
population de 65 et plus était de 1,086,000 en 1951,
elle atteindra 1,610,000 in 1971. La Gazette du travail
l'établit à 20,000 de plus en 1971.
Jeunesse et vieillesse
Chaque phase de la vie a sa propre importance et chacune
a les responsabilités et les occupations qui lui conviennent.
Un auteur a dit : « La jeunesse n'a pas la beauté
de la figure d'un vieillard ; la figure d'un jeune homme
est une page blanche. » Mais la jeunesse a des aspirations
et des énergies qui ne sont que des souvenirs pour
les vieux. Notre erreur est d'essayer de combiner les deux.
Le Financial Post a publié un dessin dans lequel
un jeune diplômé et un homme d'un certain âge
regardent une affiche dans un bureau de placement. « On
demande des hommes. Doivent être jeunes et expérimentés ».
Chaque phase de la vie a été dotée
d'une qualité particulière, et c'est à
nous d'en tirer le meilleur parti. Sans nous appesantir sur
le côté triste de la vie, reconnaissons à
chaque époque les avantages et les désagréments
des autres. Lord Beaverbrook a dit, sans abandonner une miette
de son prestige et de la direction de ses affaires :
« Dorénavant je ne vais plus m'occuper d'affaires
sérieuses ; je laisse à d'autres plus jeunes
le soin de porter la lance et la cuirasse. »
La différence d'âge impose des civilités
aussi bien que des devoirs. Si les jeunes doivent respecter
et aider leurs parents, les parents devraient libérer
les enfants de leur tutelle à un âge convenable
et fonder leurs relations sur l'estime mutuelle.
Les jeunes devraient savoir que les vieux ont un fonds de
sagesse et de force morale acquis par une longue pratique
d'adaptation, et qu'ils s'en servent pour combattre les bouleversements
causés par les craintes, les vanités, la cupidité
et l'ignorance auxquelles les jeunes sont en proie.
Mais il ne faut pas forcer les jeunes à écouter
les conseils. Un auteur anglais a dit dans une de ses comédies
il y a plus de deux siècles : « Les vieux
ne donnent de bons conseils que lorsqu'ils ne sont plus capables
de donner le mauvais exemple. »
Vieillesse bien remplie
Il est moins important de vivre quelques années de
plus que de bien en profiter. Beaucoup de gens, et surtout
les professionnels et les hommes d'affaires, déclarent
que les années postérieures à 65 ans
sont plus les intéressantes de leur vie.
Un philosophe a comparé la vie à une broderie
dont, pendant la première partie de son existence,
un homme verrait l'endroit, et pendant la deuxième
partie, l'envers. L'envers n'est pas aussi beau que l'endroit,
mais il est plus instructif ; il montre la manière
dont les fils ont été tissés.
Ce n'est que lorsque nous nous penchons sur notre passé
et que nous contemplons le résultat que nous en comprenons
les causes et les raisons. Nous voyons clair dans des milliers
de choses qui nous paraissaient obscures, et nous éprouvons
la satisfaction d'avoir triomphé de nombreuses difficultés.
La vieillesse possède d'incontestables avantages.
Elle a même des récompenses et des compensations
inespérées. Nous ne sommes plus esclaves des
conventions ; nous discernons ce qui est superficiel
et nous nous attachons à ce qui est important ;
nous prenons plaisir à être patients ; nous
ne sommes plus sujets à la mauvaise humeur ; nous
n'avons plus de désirs obsédants ; nous
ne sommes plus pompeux et vaniteux ; nous sommes soulagés
d'avoir échappé à de nombreux dangers ;
nous sommes arrivés au but de notre carrière.
Cela ne veut pas dire que nous devons nous reposer sur nos
lauriers. D'après une enquête publiée
dans une revue, 64 pour cent des plus grandes entreprises
ont été menées à bien par des
hommes qui avaient dépassé la soixantaine ;
35 pour cent des entreprises de grande envergure sont l'oeuvre
d'hommes âgés de 60 à 70 ans ; 23
pour cent, d'hommes âgés de 70 à 80, et
8 pour cent d'hommes ayant plus de 80 ans.
Sir William Van Horne, constructeur du Pacifique Canadien,
a dit qu'aucun homme n'acquiert la coordination instinctive
des détails nécessaires pour diriger un vaste
réseau avant 60 ans. Et si nous passons du monde des
affaires au siècle de la chevalerie, nous apprenons
que lorsque les meilleures lances de la Chrétienté
étaient Chandos d'Angleterre et Du Guesclin de France,
John Chandos avait plus de 70 ans et était borgne.
Vieillesse active
Nous ne voulons pas passer notre vieillesse à nous
tourner les pouces dans une berceuse ; nous désirons
une place où nous pourrons employer notre force, notre
talent et nos connaissances pour achever notre tâche
ou entreprendre celles que nous n'avons jamais eu le temps
d'accomplir. L'activité nous donne le sentiment d'être
encore utiles.
Notre figure porte peutêtre la trace de tous
les espoirs, de toutes les craintes, de toutes les joies,
de toutes les colères et de tous les désappointements
que nous avons éprouvés dans notre existence,
mais la vie commence toujours à l'endroit off nous
sommes arrivés. Ce n'est pas le moment de nous asseoir
dans le compartiment d'observation et de regarder défiler
le panorama du passé. Il est encore temps d'entreprendre
quelque chose, de faire des plans d'avenir.
Les passetemps ne servent pas seulement à tuer
le temps ; nous pouvons les rendre intéressants,
amusants et rémunérateurs, et les faire servir
de débouchés à notre besoin d'agir et
de nous exprimer. Il faut pour cela en avoir posé les
jalons des années à l'avance de manière
à pouvoir nous y adonner et en remplir les loisirs
de notre vieillesse. Frank Wise, qui a 87 ans, a dit cette
année en exposant ses reliures au concours des bricoleurs
de Montréal : « Je n'ai pas le temps de vieillir. »
Et quand on demanda au colonel Anderson qui, à 91
ans était le doyen des portraitistes des ÉtatsUnis,
quel était son meilleur portrait, il répondit :
« Je ne l'ai pas encore peint. »
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
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