Décembre 1950 La recherche de la beauté
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La beauté est une nécessité
de la vie de chaque jour tout autant que le pain. Si nous
voulons que nos vies soient plus qu'une simple existence,
il faut plus qu'un chèque de salaire hebdomadaire,
trois repas par jour et un toit sur nos têtes. Il faut
aussi de la nourriture pour le cerveau, les yeux, l'esprit
et l'âme.
La pensée de la beauté, son expression et
son amour ont toujours existé dans les cerveaux d'hommes
de tous les siècles. Des écrivains et des artistes
ont passé leur vie à saisir et à immortaliser
le beau en phrases et en peinture ; les hommes du Moyen-Âge
ont érigé des monuments qui durent encore à
la beauté et à la gloire de Dieu par la construction
de grandes cathédrales ; les gens les plus ordinaires
ont été inspirés et grandis par la beauté
dans leur vie physique et spirituelle.
Remontant à plus de 25,000 ans, lors de la première
époque des cavernes, des peintures sur leurs murs,
en France et en Espagne, montrent le désir des hommes
de créer et de s'élever ainsi au-dessus des
contingences quotidiennes de la lutte pour la vie. Nous aussi
nous luttons dans un monde anxieux - et si des peuples ont
besoin d'une puissance extérieure pour échapper
à l'emprise des inquiétudes et des alarmes,
ce sont bien les nôtres actuels. Nous sommes cependant
plus fortunés que nos ancêtres, car nous bénéficions
de la culture et de la sagesse accumulées au cours
des siècles.
Qu'est-ce que la Beauté
Nous employons le mot « beau » des douzaines de
fois par jour, pour décrire toute chose, à partir
d'une mode nouvelle jusqu'au coucher de soleil, mais qu'est-ce
en réalité que la beauté ?
De grands penseurs l'ont définie de diverses manières,
dont nous pouvons citer quelques-unes. L'une des mieux connues,
qui eut une influence considérable, est de Platon :
« La Beauté est la splendeur de la vérité »,
et l'écho s'en retrouve dans ces lignes de Keats, dans
son « Ode sur une Fontaine Grecque ». « La
Beauté, c'est la vérité, la vérité,
c'est la Beauté, - voilà tout ce que tu connais
de la Terre et tout ce que tu as besoin de savoir ».
Molière, dans l'une de ses brillantes comédies,
alla jusqu'à recommander la beauté comme force
de civilisation. Le maître de musique, dans « Le
Bourgeois Gentilhomme » ; demande : « N'est-il
pas vrai que la guerre procède d'un besoin de concorde
parmi les hommes ? » et ajoute que si tous les hommes
apprenaient la musique, ce serait peut-être le moyen
de les mettre d'accord et d'apporter la paix universelle au
monde.
Ruskin, dans « La Vérité et la Beauté, »
disait encore : « Tout objet matériel qui
peut nous procurer du plaisir dans la simple contemplation
de ses qualités extérieures, sans effort direct
et défini de l'intelligence, est beau de quelque façon,
ou à un degré quelconque ». Mais la plus
simple définition de la beauté, parmi beaucoup
d'autres, est peut-être celle donnée par St.
Thomas d'Aquin : « Ce qui plaît, lorsqu'on
le voit. »
Nous vivons dans un monde où abonde la beauté,
mais parfois nous sommes trop absorbés en nous-mêmes,
par nos problèmes et la poursuite de nos efforts, pour
l'y découvrir. Nous remarquons rarement une petite
générosité ou une simple fleur ;
ce sont les grands gestes ou le gros bouquet qui soulèvent
notre admiration.
Mais la beauté est tout autour de nous, dans la poésie
et la peinture, dans nos vastes forêts et dans nos propres
jardins, dans les rues des villes, les bureaux d'affaires
et les usines, dans la vie des Saints et des hommes ordinaires.
Sentir cette beauté enrichit l'imagination et rend
le monde plus intéressant.
Un récent éditorial d'un journal de Montréal
attirait l'attention sur trois genres de beauté.
Premièrement, il y a la beauté des sens, la
joie qui provient de la beauté des couleurs, des lignes,
des formes et des tons. Un deuxième aspect de la beauté
existe dans la compréhension des origines et de l'existence
de la Nature jusque chez les êtres humains. Cela constitue
la science. La troisième forme de beauté repose
dans la recherche de la signification des jolies choses que
nous voyons, et de ce qu'elles expriment. Plus profondément
et plus loin nous allons dans la recherche de la beauté,
plus haut nous nous élevons, au-delà du physique
et du sensuel, vers les sphères spirituelles.
Nous sommes tous nés susceptibles de voir la beauté,
mais lorsque nous étions enfants nous étions
probablement plus étroitement alliés aux simples
beautés du monde qui nous entourait. Le velouté
de la fourrure d'un petit chat, l'éclat d'une feuille
d'automne, la fraîcheur de la première neige,
tout cela était pour nous des sources de plaisir et
d'admiration. Mais le temps passe, d'esprit et de coeur nous
devenons plus compliqués, nous perdons cette première
appréciation de la beauté, nos yeux ne sont
plus aussi ouverts aux simples choses qui nous ont déjà
donné tant de joie, et notre regard devient moins alerte
et avide de voir. Nous perdons un peu de notre goût
naturel pour la simple beauté, et avec lui s'en va
aussi un peu de notre bonheur.
La Beauté et le Bonheur
La beauté contient la semence du bonheur - le désir
le plus cher de tout être humain. Le bonheur et la beauté
sont étroitement unis. Dans notre vie sociale nous
tâchons de rendre plaisant ce qui nous entoure, nos
manières et notre conversation. Nous ne voulons pas
exposer la partie la plus sombre de nos vies à la vue
d'autrui. Dans les livres que nous lisons, dans les films
et les pièces que nous voyons, nous espérons
toujours une fin heureuse et nous sommes quelque peu désappointés
et déçus si les choses ne « finissent pas
bien ». En jouissant de la beauté nous augmentons
notre propre bonheur.
Cette recherche et ce goût de l'amour du beau ne sont
pas un privilège spécial, le fait de quelques-uns
ou au pouvoir seulement d'une classe quelconque. La beauté
est nôtre pour en jouir sans argent et sans prix - une
joie, une récompense que chacun peut obtenir. Elle
n'a rien à faire avec l'habileté technique,
la richesse ou une éducation supérieure.
Nous ne pouvons pas tous créer de la beauté
ni être au service de l'art pur. Peu d'entre nous peuvent
écrire un grand poème, peindre un chef-d'oeuvre
ou jouer sur la scène. Mais chacun de nous est capable
de susciter de la beauté sous une forme ou une autre,
et de l'apprécier, encore plus grandement. Une femme
sortant un pain bien cuit du four, un homme ramassant les
légumes du jardin qu'il a si bien entretenu, une mère
racontant une histoire à ses enfants, et un employeur
créant une atmosphère sympathique de travail
pour ses employés - ce sont là des choses qui
créent de la beauté. La beauté peut être
assez modeste, mais elle ne peut jamais être insignifiante,
si elle ajoute à l'enrichissement et à la dignité
de la vie humaine.
On a dit très justement que la beauté naît
dans l'oeil de celui qui la découvre. Et n'est-il pas
réconfortant de savoir que du fait de ce phénomène,
chacun de nous peut être suprêmement beau à
la vue d'une autre personne ! Mais dans aucun autre domaine,
peut-être, ne rencontre-t-on une telle latitude de choix
ou d'expression individuelle que dans l'amour de la beauté.
Ce qui parait beau à l'un peut ne pas l'être
aux yeux de l'autre - et nous avons là la mesure du
goût.
Le Critère de la Beauté
Dans tous les arts il a toujours existé une divergence
d'opinion en ce qui concerne le beau.
Eric Newton, le critique anglais, dont le livre, « La
signification de la Beauté » ; vient
d'être publié, disait il y a quelques années
qu'il n'y a pas de réel critérium de beauté,
parce que la beauté n'est que l'expression de l'enthousiasme
esthétique de l'artiste. Si une personne partage cet
enthousiasme et qu'une autre ne le partage pas, le premier
trouve le travail magnifique, et l'autre laid. Quand nous
disons qu'il y a de la beauté dans une image, ce que
nous voulons dire exactement est que la disposition particulière
des couleurs et des formes cause un état d'esprit en
nous qui nous la fait trouver belle.
Un objet ne peut pas être beau s'il ne cause de plaisir
à personne. Une beauté à laquelle tous
les hommes sont à tout jamais indifférents n'en
est pas une. Pour être beau, un objet doit communiquer
quelqu'idée, il doit révéler quelque
chose à quelqu'un d'autre que la personne qui l'a créé.
Dans notre choix du beau, la connaissance familière
du sujet joue un grand rôle. Nous chérissons
tous des scènes et des souvenirs qui « frappent
notre vue », nous fortifient et nous élèvent,
et sur eux est basé notre choix futur du beau. Ces
objets de beauté, tout comme une grande tendresse,
une claire pensée ou une foi profonde, sont des possessions
éternelles.
Nous ne pouvons pas, naturellement, retenir tout dans notre
propre réserve personnelle de beauté. Quelque
chose que nous avons trouvé éclatant de beauté
une fois peut avoir perdu son intérêt pour nous
plus tard ; cela est vrai pour les gens et les peintures,
les livres et les souvenirs. Il y a là une intéressante
variation. À mesure que le temps passe, que nos expériences
deviennent plus vastes et plus variées, nous pouvons
retourner à certains caractères d'art et y découvrir
de nouvelles beautés et de nouvelles valeurs que nous
n'y voyions pas au cours des années précédentes.
Où Trouver la Beauté
Où pouvons-nous chercher la beauté ?
Où pouvons-nous espérer être récompensés
de notre recherche ?
L'art peut parfois nous désappointer et nous embrouiller,
mais la Nature, jamais. L'effet de la beauté naturelle
est de nous élever à un plus haut niveau. Nous
ne pouvons pas regarder une scène naturelle, une rivière
sinueuse, une montagne couverte de neige, ou un pré
vert et gracieux, sans nous sentir bien loin de notre petitesse
personnelle.
Quelquefois, nous manifestons une indifférence presque
barbare envers les beautés de la nature. L'homme qui
voyage en automobile avec le seul désir de couvrir
tant de milles par jour, qui arrive à destination avec
des souvenirs vagues et confus de la campagne à travers
laquelle il a passe en vitesse, non seulement ignore une source
de détente physique, mais se prive du baume le plus
vivifiant pour ses yeux et son esprit.
Même un habitant de la ville marchant rapidement dans
une rue encombrée peut découvrir quelque moment
de beauté naturelle. Souvent un rayon de soleil frappant
la tour d'une église, une forme étrange et intéressante
de nuages ou le dessin délicat d'un vieil arbre peuvent
éclairer notre journée si occupée d'un
moment de pure jouissance.
L'une des plus belles photographies que nous ayons jamais
vues était celle d'un poteau électrique se découpant
sur un ciel nuageux ; elle était intitulée
« La Puissance et la Gloire ».
Art, Beauté et Vie
Plus on est près de la nature, plus l'art devient
instinctif. Il a été dit que l'art est la chose
que nous désirons tous, parce qu'il est l'expression
de la joie de l'homme dans son travail. La ligne, la forme,
la couleur et le son jouent tous un rôle dans l'étendue
de nos horizons mental et spirituel, stimulant nos sens et
notre imagination. L'art est le travail de tout l'esprit de
l'homme... ce n'est pas quelque chose d'étranger à
la vie, mais le moyen par lequel nos besoins vitaux sont parfaitement
satisfaits.
Avant l'ère industrielle, il y avait plus d'occasions
pour l'expression créative dans les limites du travail
quotidien de l'homme. L'artisan, fabriquant soigneusement
à la main, avait un légitime orgueil de toute
son oeuvre artistique. Aujourd'hui, avec la fragmentation
de la production mécanisée, il n'y a pas cette
sensation satisfaisante de création.
Étant donné que plusieurs d'entre nous n'obtiennent
plus cette joie artistique du travail journalier, il nous
faut la découvrir ailleurs, - dans le développement
de notre culture en nos moments de loisir.
Et que cela devienne de plus en plus courant, se voit dans
l'intérêt sans cesse grandissant porté
a l'éducation des adultes. Des hommes et des femmes
de tous les âges se réunissent en groupes dans
tout le pays pour écouter de la belle musique, pour
étudier les grands livres, pour se perfectionner dans
le travail manuel - pour apprendre plus encore sur le sujet
ou le travail vers lesquels leur goût personnel les
dirige.
Il est intéressant d'apprendre de l'Université
McGill que vingt-cinq pour cent des cours complémentaires
qui y sont donnes sont culturels. La même proportion
se trouverait ailleurs, bien certainement. C'est là
un symbole de notre désir, en cet âge, de ce
qu'on appelle imparfaitement « les plus grandes choses
de la vie. »
Il est vrai que nous ne pouvons pas tous devenir célèbres
dans les arts. Mais un homme n'est pas artiste seulement par
ce qu'il écrit ou crée, mais par ce qu'il ressent
aussi. Avoir de l'imagination et du goût, et aimer ce
qu'il y a de mieux, provient vraiment de son amour naturel
du beau.
La vie moderne est une épreuve d'énergie,
exigeant plus que jamais de la vigueur, de la réflexion
et du caractère. Lorsque, de plus, nous apprenons à
jouir de la beauté telle que nous la recherchons et
la trouvons, nous contentons presqu'inconsciemment un instinct
qui, en d'autres temps et en d'autres circonstances, trouverait
son expression dans la création de belles oeuvres.
La Beauté en Affaires
De la beauté en art à la beauté en
affaires peut sembler une transition soudaine, mais la beauté
joue un rôle bien important dans le monde du commerce.
Dans presque toutes les marchandises à vendre il doit
y avoir un attrait pour l'oeil et l'oreille. Les annonces,
les étalages, les vitrines et les affiches, tout autant
que les produits eux-mêmes, tendent tous vers cet effet,
et créent ainsi le désir de posséder
ces marchandises. Tout, à partir des automobiles jusqu'aux
couvertures de livres et aux emballages de bacon, est conçu
pour séduire le sens esthétique du consommateur
en plus de lui plaire dans un ordre de considérations
plus pratiques.
L'une des premières choses à soigner pour
attirer l'acheteur éventuel est l'emballage d'un article.
On y attache tant d'importance qu'une inspection des emballages
au Canada a été faite récemment par des
représentants du Board of Trade d'Angleterre et de
l'Organisation Britannique de Recherche pour le Commerce d'Exportation.
Le but principal de cette enquête était d'aider
les manufacturiers anglais à préparer l'emballage
de leurs produits, en conformité du goût des
consommateurs canadiens.
L'étude de la question a démontré que
les dessins anglais étaient souvent considérés
comme trop anciens et sans attrait pour la vue -, spécialement
à cause du manque de couleur. On a découvert
que le goût canadien préférait la simplicité
dans le dessin et pour celui-ci les couleurs vives, de préférence
le bleu, le rouge et le vert.
La Couleur dans nos vies
La couleur a toujours joué un rôle de premier
plan dans le choix de ce qui nous attire. Un numéro
récent de « C.I.L. Oval » intitulé
« Le Monde de la Couleur » dit en résumé
la puissance et l'influence des couleurs. Dans le monde de
la nature et de la science, dans nos foyers et dans nos usines,
dans l'art et dans l'expression de l'émotion en littérature,
ainsi que l'a démontré Hugh MacLennan, la couleur
a une place prédominante dans nos vies. Nous pouvons
l'employer dans la présentation de la marchandise moderne
et pour rendre notre existence plus gracieuse et plus attrayante.
Nous savons qu'il y a certains objets de couleur qui nous
procurent du plaisir, et d'autres qui jurent, tout comme une
fausse note en musique. Le développement de cette sensibilité
et la possibilité d'augmenter la gamme des couleurs
ont créé un art nouveau, utilisant les coloris
comme la musique le fait des sons.
La couleur peut amener des changements psychologiques. Les
hôpitaux choisissent des couleurs qui tendent à
créer une atmosphère de calme et de détente ;
les écoles et les usines emploient des couleurs pour
stimuler l'activité et l'efficacité ; la
sécurité industrielle peut être aidée
par une peinture spéciale des bâtisses et de
la machinerie.
Nous voyons ainsi que les affaires ont besoin de la beauté
et en bénéficient, mais en notre siècle
les affaires jouent également un autre rôle...
celui de bienfaiteur des arts.
Dans les temps éloignés, le rôle de
mécène était assumé par des hommes
cultivés et riches ou occupant de hautes situations.
Puis, au moyen-âge, l'Église a supplanté
en grande partie le bienfaiteur privé. Elle a employé
les meilleurs talents dans la construction de cathédrales
et de monastères, et encouragé les arts de la
peinture, de la sculpture, de l'orfèvrerie et de la
joaillerie. Ce n'est que l'influence et le patronage de l'Église
dans le domaine de l'art qui ont permis à l'artiste
européen, et par lui, à l'ensemble de la culture
européenne, de survivre.
Plus tard, en Angleterre, par exemple, des rois, tels que
Henri VIII et Charles 1er, furent les mécènes
de grands artistes dont Hans Holbein le Jeune et Van Dyck.
Et au 18ème siècle c'était une tradition
établie pour les familles nobles et importantes de
rivaliser entre elles dans la possession de collections d'art
et dans l'encouragement donné aux meilleurs artistes
en faisant appel à leurs talents.
L'apogée de cet heureux patronage fut atteint au
18ème siècle ; le 19ème en a vu
le déclin, et le 20ème, avec ses impôts
élevés et ses droits de succession, a assisté
à sa presque complète disparition.
Et ici, avec d'excellents résultats et pour l'artiste
et pour le mécène, est apparue l'industrie.
L'Imperial Chemical Industries, en Grande-Bretagne, est l'exemple
d'un parrain industriel des arts, avec ses annonces exécutées
par des artistes renommés. Une de leurs séries,
appelée « Portraits d'une Industrie »,
qui représentait des travailleurs actuellement employés
par la compagnie, eut tellement de succès qu'après
avoir servie pour fins de publicité, elle partit en
tournée de deux ans dans des galeries artistiques municipales
à travers l'Angleterre et l'Écosse. La Canadian
Pulp and Paper Association ayant recours à des artistes
tels que A. J. Casson, Thoreau, MacDonald et A. Y. Jackson,
pour interpréter ses opérations industrielles,
a contribué grandement au développement de l'art
au Canada.
La Beauté au foyer
Les affaires peuvent employer et cultiver la beauté
sur une grande échelle, mais chacun de nous peut créer
une atmosphère de grâce et de charme dans le
centre plus restreint de son propre foyer. Nous sommes loin
désormais de l'architecture ornementale surchargée,
des couleurs sombres et des lourdes tapisseries de l'ère
Victorienne, et la tendance moderne est à la lumière,
à l'espace et à la couleur dans tout ce qui
nous entoure.
Il y a sans cesse, avec toujours plus d'utilité,
infiniment plus de grâce dans les articles de maison.
On en est venu à considérer comme une nécessité
la beauté fonctionnelle dans tous les bons dessins
d'articles fabriqués pour usage journalier. Récemment,
au Canada, on a reconnu un caractère professionnel
au dessinateur industriel. L'Association des Dessinateurs
Industriels Canadiens a été formée, et,
en 1948, un Comité National Industriel de Dessin. Il
est composé de manufacturiers, de détaillants,
d'officiers enquêteurs, d'éducateurs et de dessinateurs,
coopérant tous avec enthousiasme pour s'assurer que
l'industrie canadienne sera en mesure de répondre à
nos désirs grandissants pour des articles plus attrayants,
et pour rivaliser, outre-mer avec les produits les mieux conçus
des autres pays.
Des milliers d'appareils domestiques, économisant
le travail manuel, sont maintenant sur le marché. Lorsqu'ils
furent inventés, plusieurs d'entre eux étaient
d'un mécanisme compliqué, difficiles à
manipuler, et d'apparence font peu attrayante. Le dessinateur
industriel s'est efforcé d'augmenter leur simplicité,
leur facilité d'opération, et leur beauté.
Ces principes s'appliquent au dessin de toutes choses, du
grille-pain au tracteur. Comme le dit Donald Buchanan, secrétaire
du Comité National de Dessin Industriel, « Un
bon dessin dans les articles manufacturés signifie
une combinaison de simplicité, de bonnes proportions
et d'utilité fonctionnelle ».
La Puissance de la Beauté
Il est vrai que nous pouvons créer une atmosphère
de beauté et de grâce avec la multitude des marchandises
que l'ingéniosité et les méthodes modernes
ont sans cesse accrue et perfectionnée, mais la première
semence de la beauté repose en nous-mêmes.
Si nous cultivons les nombreux attributs de la beauté,
dans nos relations avec nos familles et nos associés,
nous pouvons obtenir un bonheur et un contentement spirituel
tels que nulle possession matérielle n'est capable
de nous donner. Écouter et comprendre, voir et apprécier,
être d'esprit ouvert et de coeur généreux,
c'est non seulement une bénédiction pour nous-mêmes,
mais encore pour tous ceux dont les vies touchent aux nôtres,
même de bien loin. En embellissant notre existence sociale
et familiale, nous pouvons tous devenir des artistes dans
la vie.
Nous pouvons nous cultiver intellectuellement et spirituellement
pour voir le maximum de beauté... dans le monde de
la nature, de l'art et chez les êtres humains. Par cette
éducation esthétique, nous parviendrons non
seulement à ce sentiment de solidité et d'initiative
qui est peut-être la fondation même du bonheur,
mais à une joie et à une signification nouvelles
de la vie.
C'est une vérité fondamentale que rien n'entre
dans la beauté que ce qui est bon. Dans ce sens le
plus large du mot, la beauté - son désir, sa
recherche et sa contemplation - a civilisé le genre
humain.
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