Vol. 52, N° 4 Avril 1971
L'apprentissage de
l'indépendance
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Parmi ceux qui termineront leurs
études cette année, il n'en est pas un qui ne
soit impatient de voler de ses propres ailes et de faire son
chemin dans la vie.
Mais pour voler de ses propres ailes, il faut avoir autre
chose dans l'esprit que le désir de voler. Il importe
d'en savoir assez pour réussir à voler seul.
C'est pour cela que les jeunes fréquentent l'école,
l'université et l'église ; c'est pour cette
raison aussi que leurs aînés, s'ils sont sages,
continuent de s'instruire par la lecture et l'observation.
Dans notre monde en mutation, les connaissances acquises ne
sont jamais suffisantes.
Nul ne jouit d'une indépendance complète en
ce sens que tout ce qui se passe en dehors de sa personne
le laisse totalement indifférent. L'indépendance
doit s'accompagner de la connaissance des événements,
de l'obéissance intelligente à certaines lois
de la vie et de la fidélité à certaines
habitudes d'humanité.
Le conseil « Soyez vous-même », donné
il y a mille ans, est devenu dans le langage moderne :
« Réalisez-vous vous-même ». Certaines
personnes cherchent à attirer l'attention en étalant
à profusion leurs qualités, comme le marchand
qui se croit obligé d'entasser tout ce qu'il a à
vendre dans sa vitrine ou comme la maîtresse de maison
qui essaie de faire entrer tout son jardin dans un vase à
fleurs.
Quel est votre caractère propre, votre trait distinctif,
votre point fort ? Voilà ce qu'il faut montrer
et développer. Il se peut qu'un homme trouve l'arithmétique,
la rédaction ou la menuiserie difficile. Cela n'est
pas plus extraordinaire que le coureur de fond à qui
il est impossible de courir un cent mètres en moins
de dix secondes. Ce qui importe, c'est de trouver sa qualité
maîtresse et d'en assurer le plein épanouissement.
Il convient cependant de suivre avec prudence le conseil
de concentrer son attention sur ce que l'on sait bien faire.
Si vous êtes habile à jouer de la guitare, vous
risquez d'être casse-pieds en en jouant trop souvent
ou trop longtemps. Il est sage de diversifier vos intérêts,
afin d'acquérir de nouveaux talents et de vous occuper
de choses qui élargissent votre vie, même si
vous n'atteignez jamais à une habileté au-dessus
de la moyenne.
L'occasion de briller se présentera infailliblement
à l'homme qui accroît sa compétence, qui
meuble son esprit de données utiles et qui a le désir
et l'énergie de se lancer à la poursuite d'un
objectif.
Volonté et ambition
Quel est le grand impératif de la vie, la force qui
nous pousse à vouloir voler de nos propres ailes ?
C'est une piètre ambition que celle de réussir
à se tirer d'affaires tout seul dans l'unique but de
se faire admirer.
Un traité de pathologie sociale range parmi les principaux
désirs du commun des hommes : les expériences
nouvelles, la sécurité, la sympathie et la considération.
Comme tout cela paraît borné et égoïste
à côté de l'ambition d'apporter une contribution
féconde à l'aventure humaine. Nul ne connaît
le plus grand bonheur qu'il lui soit possible d'atteindre
s'il ne peut se dire : « Je suffis à mes
besoins dans la caravane humaine. » C'est là une
satisfaction que ne peut remplacer aucun rang social, aucun
niveau de vie, si élevé soit-il.
Quiconque se tracasse au sujet de son peu de progrès
dans la vie sociale ou des affaires ferait bien de prendre
quelques minutes pour trouver la réponse à la
question suivante : « Quels sont mes mobiles ? »
La motivation est parfois la passion de réussir, de
monter jusqu'au sommet d'une montagne et d'apporter sa pierre
au cairn qui s'y trouve, ou encore l'ardent désir de
rendre service, comme dans l'exercice d'une profession, ou
enfin l'aspiration à ajouter quelque chose à
la beauté de la vie par la pratique des arts.
Ce qui importe par-dessus tout, c'est de travailler de façon
intelligente à atteindre son objectif par ses propres
moyens. Un objectif fort simple pour tout le monde consiste
à se réaliser dans toute sa plénitude,
à s'élever du passable à la perfection,
des rêves de la jeunesse aux réalisations de
l'âge mûr. Les succès applaudis par le
public ou rémunérés par l'entreprise
laisseront dans votre bouche un goût amer si vous savez
que vous auriez pu faire mieux. Thomas Fuller écrivait
en 1640 : « Le bien n'est pas bien lorsqu'il est
le fait de ceux dont on attend beaucoup mieux ».
Faire parade de son ambition - comme un Tarzan qui se bat
la poitrine et crie son défi à toutes les bêtes
de la forêt - n'aboutit pas à grand-chose. Il
faut se mettre à la poursuite de son but, ayant en
tête des idées constructives sur son lieu de
destination et les moyens de s'y rendre.
Il n'est pas moins important de prévoir les conséquences
de son ambition. Celle-ci peut devenir une déesse des
plus malfaisantes, exigeant le sacrifice absolu de toutes
nos facultés et de toute notre énergie. Une
honorable moyenne peut être ce qui convient à
certains hommes. Ils n'ont pas les qualités voulues
pour briller au premier rang. Peut-être ne désirent-ils
pas le pouvoir, le prestige ou la fortune. On serait malavisé
de pousser ces personnes à essayer d'obtenir quelque
chose qui ne ferait pas leur bonheur. Elles doivent cependant
s'efforcer de réussir aussi bien dans leur rayon que
le leur permettent leurs dons naturels.
Importance des normes
Pour choisir, opter, décider, l'homme a besoin de
normes d'appréciation. Il ignorera peut-être
comment faire certaines choses, mais il remédiera à
cette lacune en étudiant et en essayant d'acquérir
la compétence nécessaire dans son métier.
Ce qui est beaucoup plus grave, c'est l'ignorance malsaine
qui consiste à n'avoir aucune notion de la perfection.
De là l'opinion funeste selon laquelle il importe peu
que l'on fasse du travail médiocre.
Celui qui s'efforce d'exceller dans le champ d'action qu'il
a choisi prendra plaisir à le faire avec ses qualités
et son dynamisme naturels plutôt qu'en comptant sur
les autres. En faisant appel à la fois au travail,
à l'enthousiasme, au savoir et à la compétence,
un homme peut atteindre au génie, ce qui est un fait
bien personnel.
La solidité de votre aplomb et le succès qui
accompagnera vos efforts dépendront de la force de
votre volonté et de votre persévérance.
On peut affirmer que la capacité de poursuivre un travail
jusqu'à la fin est la condition sine qua non de
la réussite. Après avoir entrepris, il faut
aller jusqu'au bout. On dit que quatre-vingt-dix pour cent
des ratés sont des lâcheurs.
Il faut du courage pour faire le premier pas et continuer
sa route. Les timides évitent parfois le risque de
l'échec du seul fait qu'ils ne l'encourent pas.
Si vous êtes ambitieux vous prendrez des risques calculés,
mais vous vous consolerez à la pensée qu'un
échec relatif dans la réalisation de grandes
choses vaut mieux que la honte de n'avoir rien tenté.
L'admiration du courage ne doit pas nous entraîner
dans le piège de la folle témérité.
Les hommes courageux ne prennent pas tous de gros risques.
Mettant le risque et le profit en balance, ils s'aperçoivent
que la douceur et le sang-froid valent mieux que la fougue
et l'agitation. Les grands portraitistes et les grands sculpteurs
représentent le plus souvent leurs personnages dans
une attitude de calme et de sérénité
et non pas sous des traits de catcheurs ou d'Amazones.
La personnalité
Un homme doit croire en lui-même. Voler de ses propres
ailes c'est avoir confiance dans son aptitude à accomplir
une tâche dont l'issue est souhaitable mais incertaine.
On peut accroître sa confiance en soi-même en
prenant de l'intérêt à quelque chose de
valable et en y vouant ses efforts. C'est là le contraire
de l'habitude insipide d'imiter les actes et les particularités
des autres.
Les rodomontades et le bluff sont de piètres moyens
de développer son assurance. Il arrive cependant que
le bluff soit profitable. Cet artifice permit un jour à
Napoléon de faire capituler les Autrichiens devant
une armée quatre fois moins nombreuse que la leur.
Mais si le bluffeur manque son coup, son embarras et sa honte
seront grands.
La confiance en soi est un élément nécessaire
de la personnalité, qui est le caractère propre
de chacun. L'un des biens les plus précieux de l'homme,
le caractère est le lien qui unit les habitudes et
les actes de l'individu et qui fait leur force et leur valeur.
Celui qui a une personnalité antipathique a vite
mauvaise réputation. Dans l'Italie ancienne on aurait
dit de lui, « il a du foin sur les cornes », par
allusion à la coutume d'attacher du foin aux cornes
des taureaux dangereux afin d'avertir les gens de s'en éloigner.
Chacun peut améliorer sa personnalité en tenant
compte des réactions des autres envers lui et en observant
ce qui lui déplaît chez les autres. On apprendra
ainsi que la superficialité et l'insipidité
sont tout aussi répugnantes que la vantardise et la
suffisance, et que l'égocentrisme ne contribue pas
au charme de la personnalité.
Certaines personnes, comme certaines maisons, ne sont que
devanture. Leur façade imposante masque un intérieur
banal. Pour paraître grand, il ne suffit pas de se hausser
sur la pointe des pieds. Il faut se sentir grand, avoir en
soi les qualités et les valeurs que l'on veut afficher
au-dehors.
Les attraits extérieurs, comme l'affabilité,
la courtoisie, l'empressement à obliger, ont certes
leur importance, mais la personnalité est l'ensemble
des qualités internes qui font l'individualité
d'une personne et la différencient de toutes les autres.
Naturellement, le caractère et la personnalité
ne peuvent prendre pied que si le jardinier leur a préparé
un lit de savoir. Mais, diront peut-être certains, l'étude
est une telle corvée. Il se peut, en effet, qu'elle
soit fastidieuse dans ses divers éléments, mais
l'acquisition de la science est un peu comme l'emploi d'une
machine à additionner. On presse une foule de touches
sans rapports apparents et rien ne se passe... jusqu'à
ce qu'on appuie sur la touche « total » et que l'on
obtienne une réponse utile.
Le savoir s'acquiert de bien des façons. L'attrait
et la qualité d'une photographie peuvent résulter
du don naturel qu'a le photographe de discerner les possibilités
du sujet, ou encore être le fruit de l'étude
et de l'application. L'important pour celui qui est ambitieux,
c'est de reculer les limites de son ignorance dans toutes
les directions et par tous les moyens possibles.
On peut se fixer des connaissances dans l'esprit et les
avoir toujours à portée de la main en gravant
certains proverbes et certaines maximes dans sa mémoire.
Ces principes généraux, qui nous servent de
guides ou de règles, sont des outils commodes à
avoir sous la main. Certains les écartent en tant que
« pures lapalissades », mais les lapalissades ne
sont pas forcément négligeables du simple fait
qu'elles sont bien connues. Une maxime n'est pas une loi à
observer servilement, mais un mémento ou une mise en
garde qui surgit dans notre esprit au moment opportun.
Le savoir demande à être utilisé avec
enthousiasme, c'est-à-dire avec « une ardeur passionnée »,
selon le dictionnaire. Une définition plus pratique,
pour les besoins de tous les jours, nous enseigne que l'enthousiasme
est l'intérêt allié à l'énergie.
Si un travail paraît morne et pénible, la seule
résolution de le considérer comme intéressant
suffit parfois à lui donner de l'attrait. On peut même
faire plus encore en appliquant une nouvelle technique à
la tâche ou à son exécution.
L'originalité, dans les petites comme dans les grandes
choses, est une qualité à développer.
C'est, en réalité, un bon moyen de se convaincre
que l'on vole de ses propres ailes. Aux choses anciennes,
donnez une forme nouvelle. Les auteurs dramatiques et les
poètes n'ont pas la prétention d'inventer toujours
des intrigues inédites, mais ils recherchent l'originalité
dans le traitement et le développement du sujet.
Nos rapports avec les autres
Mais un problème se pose : comment se distinguer
des autres et pourtant se faire accepter par eux ? Voler
de ses propres ailes ce n'est pas s'abstenir de tout contact
avec les autres. Une bonne partie de la couleur, du pathétique,
de la saveur et de la variété de la vie ne se
trouve que dans la société de nos semblables.
L'ambition de tout homme devrait être pour une part
de vouloir rendre service à ses amis. C'est dépouiller
la vie d'une partie de son agrément que de ne jamais
s'intéresser à des choses qui n'ont pour soi
aucune importance pratique. L'indifférence à
l'égard des difficultés des autres est un signe
de mesquinerie. Nous devons essayer de comprendre les pensées
et les désirs des jeunes et des moins jeunes, de ceux
qui vivent à un palier économique ou social
différent du nôtre. Leur milieu est autre, et
il ne faut pas s'attendre qu'ils voient toujours les choses
du même oeil que nous.
Dans tous nos rapports avec les autres, nous constaterons
que les bonnes manières aplanissent la voie à
la compréhension et que l'amabilité, la douceur
et la bonne volonté favorisent la bienséance
et la paix dans la société.
L'amabilité et la bienséance veulent que l'on
évite d'être mesquin et abject, d'abuser de sa
situation, de recourir aux personnalités dans les discussions,
de juger injustement les autres. Elles tiennent compte des
droits et des sentiments des personnes envers lesquelles nous
n'avons pas d'obligations. Ces qualités se révèlent
dans la délicatesse qui nous incite à dire du
bien de l'activité des autres.
Que voulez-vous ?
Le besoin le plus profond de tout être humain est
celui de se réaliser en un tout harmonieux. Ce qu'il
attend de lui est le facteur décisif de ce qu'il fera
de lui-même. Cela exige que l'on regarde dans son esprit
afin de mesurer la grandeur et la force et toute l'étendue
de ses aptitudes. Il faut aussi apprendre à connaître
ses faiblesses pour mieux s'appliquer à les corriger.
Après avoir étudié ses qualités
et ses talents, il s'agit, dans une seconde démarche,
de faire des plans. Se demander quelle est la hauteur de sa
taille c'est en somme se demander à quelle distance
on peut voir devant soi. Tout le monde n'est pas en mesure
de se payer des enquêteurs et des ordinateurs. Chacun,
en somme, doit explorer lui-même le terrain, observer
ce qui s'y passe et faire son appréciation.
C'est à ce moment qu'il convient d'établir
des lignes directrices pratiques, fondées sur la certitude
que si la vie doit valoir la peine d'être vécue,
il faut soi-même faire en sorte qu'il en soit ainsi.
Il serait facile de nous en remettre à quelqu'un d'autre
du soin de nous tracer un plan d'action ou de pensée,
mais si nous nous laissions aller à le faire, nous
n'aurions jamais la satisfaction de nous dire : « J'ai
été moi-même ; j'ai volé de
mes propres ailes. »
Une fois votre destination fixée et votre itinéraire
choisi avec soin, mettez-vous en route. La vitesse n'est pas
tout ; le plus important à ce stade est de vous
assurer que vous êtes sur la bonne voie et que vos préparatifs
de voyage sont faits. La devise scoute « Soyez toujours
prêt » conserve toute son utilité dans l'élaboration
des plans.
Être prêt ne signifie pas qu'il faille apprendre
une série de règles immuables. Comme l'écrit
un scout : « le scoutisme doit aider les jeunes
à vivre dans un monde de changement, à vivre
dans l'incertitude et pourtant à agir avec assurance.
Il doit les aider à se préparer à modifier
les enseignements d'hier à la lumière des connaissances
d'aujourd'hui, afin qu'ils puissent s'engager avec confiance
dans le monde de demain. »
Adopter une attitude positive
L'homme maître de lui-même sait qu'une attitude
négative envers la vie freine le progrès. Il
est absurde d'être non conformiste à seule fin
de paraître différent des autres. « Les
asiles d'aliénés de notre pays sont remplis
de gens que l'on peut ainsi cataloguer », affirmait un
jour le président du Brooklyn College dans une
allocution de collation des grades.
Par contre, être indépendant, voler de ses
propres ailes ne veut pas dire être indifférent
ou neutre. Une attitude franchement constructive est essentielle.
Un esprit négatif et chicanier ne saurait enfanter
une idée lumineuse ou une oeuvre appréciable.
Vient un temps où l'on doit aventurer ses convictions
dans l'action. C'est le moment d'agir de façon positive,
de faire quelque chose, de s'engager. Il y a un proverbe sicilien
qui dit : « Rien ne sert de passer sa vie à
creuser si l'on ne plante pas d'oliviers. »
C'est aussi le moment de partir à la recherche de
l'expérience. S'il y a tant de profondeur et de pittoresque
dans L'Histoire de la France dans le Nouveau Monde de
Francis Parkman, c'est qu'il ne s'est pas contenté
de remuer les papiers des archives, mais qu'il a suivi les
traces des explorateurs français, campé dans
la forêt et vécu parmi les Indiens.
On n'a rien de valable sans peine, mais il faut aussi qu'un
souffle vital anime nos efforts. Il est possible que, dans
le secteur public comme dans le secteur privé, les
mobiles d'action de certains hommes soient de faire de l'argent,
d'atteindre la gloire ou d'exercer le pouvoir, mais il existe
une quatrième aspiration, plus enrichissante que toutes
celles-là : le désir de faire du bon travail,
d'apporter sa contribution au progrès de son industrie
ou de sa profession.
Quelques obstacles
Les jeunes peuvent éprouver un sentiment de frustration
s'ils ont l'impression que leurs parents, leurs maîtres
et leurs camarades cherchent à les associer à
un idéal qu'ils ont choisi pour eux. Leur révolte
devant cet état de choses pourra les pousser à
exagérer les tribulations et à grossir les restrictions
dont ils se disent victimes, puis à se joindre aux
manifestations et à recourir à la bizarrerie
en signe de protestation ou d'opposition. À l'esprit
qui se laisse dominer par un sentiment de frustration il peut
paraître légitime de brûler la maison parce
que le mobilier de la salle de séjour ne lui plaît
pas.
L'inquiétude intérieure a été
le prologue de toutes les grandes actions et de toutes les
initiatives fructueuses, mais l'inquiétude en soi ne
mène à rien. Elle doit s'accompagner du désir
de l'orienter, de lui donner une forme distincte, de la faire
servir à des fins constructives. L'essentiel est de
savoir s'il est possible de modifier la situation pour la
rendre maniable, de changer sa position à soi de façon
à tirer parti de la situation.
Tout homme a par moments l'impression de ne pas être
à la hauteur. Il n'est pas de carrière remarquable
qui n'ait connu ses heures d'insuccès. N'est-il pas
beaucoup plus honorable de faire des erreurs que d'éviter
d'en commettre en ne faisant jamais rien. Ce qu'il faut alors,
c'est se servir de son intelligence pour se remettre dans
la bonne voie. Clarence Chamberlin, premier pilote d'avion
dans l'histoire à franchir l'Atlantique avec un passager
à son bord, nous en fournit un exemple. Ayant dévié
de sa route à un moment donné, il piqua sur
un navire pour en voir le nom, repéra celui-ci dans
la rubrique de navigation d'un journal qu'il trouva sous le
siège de son appareil, calcula la position du navire
et mit le cap sur l'Europe.
Les obstacles et les revers sont des choses qu'il convient
d'accepter avec un haussement d'épaules et d'affronter
de pied ferme. Essayer de les contourner en rampant, c'est
abdiquer sa virilité.
Avoir de la maturité
L'homme qui vole de ses propres ailes est passé de
la dépendance de l'adolescent aux obligations du citoyen
adulte.
Un homme n'a pas atteint à la maturité tant
qu'il essaie de résoudre en enfant les problèmes
de l'âge mûr ou de se satisfaire des expériences
de l'adolescence. La maturité suppose une évaluation
intelligente des déceptions, des mésaventures,
des échecs et des mécomptes, de même qu'une
appréciation pondérée des réussites.
On ne peut se soustraire à la responsabilité
de la maturité en citant la théorie de Marx,
selon laquelle les actes de l'homme sont conditionnés
par la classe à laquelle il appartient, ou la doctrine
de Freud qui veut que tout ce que fait un homme soit soumis
à des influences prénatales et de jeunesse auxquelles
il ne pourrait rien.
La responsabilité est la rançon inévitable
de l'indépendance. L'homme qui est libre d'agir comme
il lui plaît est responsable de ce qu'il fait. Un esclave
n'est pas responsable, mais dès qu'il devient un homme
libre il assume non seulement la liberté, mais aussi
des devoirs envers lui-même, sa famille, sa collectivité,
son pays.
Il ne suffit pas de s'affranchir, il faut se développer.
La croissance est une marque caractéristique de la
vie, et croître c'est changer. Le sage ne considère
son état actuel que comme l'ébauche d'un tableau
à terminer.
Fierté et modestie
Heureux celui qui ne se laisse pas enivrer par les choses
qu'il vient à posséder. L'homme qui parvient
à la célébrité doit porter les
honneurs avec douceur, magnanimité et sans arrogance.
Gardez-vous de laisser vos succès vous gonfler la
tête, surtout si l'étroitesse de votre auréole
risque de vous donner des migraines. Rappelez-vous la vanité
de celui qui disait : « Les génies sont des
gens insupportables. Il suffit de demander à ma famille
combien je suis difficile à vivre. »
Voler de ses propres ailes, c'est chercher à être
soi-même, à vivre une vie féconde. Au
bout de l'an ou à la fin de votre vie, vous voudrez
avoir l'impression d'être presque parvenu au but que
vous visiez et que vous étiez en mesure d'atteindre.
Ainsi donc, la voie est libre. Ceux qui réussissent
à la parcourir ne s'arrêtent pas aux attraits
accessoires et s'abstiennent des activités qui ne contribuent
pas à faciliter leur arrivée à destination.
Ils ne font pas attention aux panneaux qui tendent à
les aiguiller vers les impasses de la facilité et des
plaisirs. Volant de leurs propres ailes, ils fixent eux-mêmes
leurs objectifs, livrent leurs combats et remportent leurs
victoires.
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