Vol. 49, N° 4 Avril 1968 Voir loin
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Tout ce que nous faisons maintenant
influe en définitive sur le cours de notre vie. Les
écologistes nous disent que pas une feuille ne tombe
dans la forêt ni une goutte de pluie dans l'océan
sans que les conséquences de ces phénomènes
se répercutent indéfiniment dans le temps et
dans l'espace.
Au Canada, les jeunes gens ont amplement l'occasion de profiter
du présent pour préparer leur avenir. Ils disposent
à cette fin de l'instruction et de riches possibilités,
et ce qu'ils seront demain, grâce à ces avantages,
ils sont déjà en train de le devenir.
Nul ne peut dire aux autres comment vivre pour bien se tirer
d'affaire en fin de compte, mais il est possible de dégager
certains principes qui peuvent aider les jeunes à l'apprendre
par eux-mêmes. Chose certaine, la vie ne s'offre pas
à nous comme valant la peine d'être vécue ;
il faut la rendre digne de l'être. Cela exige toute
l'ardeur dont on est capable. Avec de l'idéal, on peut
faire ce qu'on veut de sa vie, à condition d'avoir
de bons instruments, de bons matériaux et de la détermination.
Savoir ce qu'on veut
Il est étonnant de constater combien peu d'obstacles
se dressent sur la route de l'homme qui a de l'ambition. Beaucoup
naturellement désirent certaines choses, mais seuls
ceux qui travaillent pour les obtenir prennent part à
la course. L'homme qui se contente de toucher son salaire
et de revenir à la maison à temps pour regarder
son émission préférée de six heures
à la télévision ne court pas dans le
stade ; il se cache lui-même la lumière
et se demande pourquoi sa vie est si terne.
L'ambition n'est pas un don exceptionnel accordé
aux uns et refusé aux autres. Elle s'acquiert en appliquant
son imagination à découvrir ce qui devrait être.
Elle incite l'homme à l'esprit sain à rechercher
des possibilités de faire valoir ses talents.
Un effort s'impose pour atteindre les bienfaits supérieurs
que la vie nous offre. Manger, boire, dormir, jouer, tout
cela est accessoire à la vie. Sous ce rapport, nous
ne nous distinguons pas de la brute.
Avoir un but, voilà ce qui donne un sens à
l'activité humaine. On ne peut bien jouer au football
sans savoir où se trouve la ligne de but. De même,
on ne peut jouer le jeu de la vie humaine sans avoir de justes
aspirations, qui nous amènent à accomplir des
choses durables. C'est le philosophe William James qui a dit :
« La grande utilité d'une vie, c'est de l'employer
à quelque chose qui subsistera après elle. »
Une ambition très louable est d'essayer de battre
ses records antérieurs ; de se surpasser soi-même.
L'un des plus grands obstacles que l'on puisse opposer au
progrès est de se leurrer soi-même en imaginant
que l'on a fait de son mieux. Il ne faut pas prendre les rêves
chimériques pour des réalités.
La Cité céleste, dont il est question dans
Le Voyage du pèlerin de John Bunyan, n'est pas
une ravissante cité de rêve, mais un lieu réel
où l'on parvient en triomphant du danger, des fatigues
et des fausses séductions. Pendant tout son voyage,
le pèlerin est animé par ses espérances.
Ce qu'il faut pour réussir, c'est avoir des aspirations,
acquérir des connaissances, être enthousiaste
et travailler. Votre goût pour les résultats
à long terme atténuera les peines et les difficultés
nécessaires pour les atteindre, mais il faudra mettre
toute l'ardeur de vos efforts dans chaque tâche que
vous entreprendrez.
Cherchez-vous la renommée ?
Peu de gens se suffisent à eux-mêmes. Ils ont
besoin que l'on apprécie ce qu'ils font. Il ne s'agit
pas nécessairement de l'acclamation publique, qui déplaît
à certains. Ce que chacun désire, c'est que
l'on comprenne ses buts et ses efforts, que l'on partage avec
lui le sentiment que le travail de ses mains, qu'il soit beau
ou utile, a de l'importance.
La recherche de la renommée n'est pas une ambition
ignoble, mais qu'est-ce que la renommée ? À
l'entrée du jardin des Tuileries, à Paris, se
trouve une sculpture représentant une femme montée
sur un cheval et embouchant la trompette ; cette oeuvre
d'art s'appelle « La Renommée ». Entendre
la fanfare des applaudissements, voir son nom à l'enseigne
lumineuse d'un cinéma ou sur la jaquette d'un livre,
ce sont sans doute des signes de notoriété !
Mais derrière les ovations, le néon, et la vedette,
il doit y avoir une oeuvre solide, et c'est là la réalité
qui doit compter à vos yeux.
Feuilletez les pages de l'histoire et voyez combien peu
de ceux dont les noms étaient naguère sur toutes
les lèvres ont survécu à l'épreuve
de la qualité ; combien minime est aujourd'hui
leur célébrité qui était hier
si grande. Le rang, la pompe, les titres et les splendeurs
sont illusoires. Comme l'écrit Plutarque au sujet de
César : « Il n'a cueilli aucun autre fruit
qu'un vain nom et une gloire odieuse ».
Qu'est-ce que le bonheur ?
En fin de compte, c'est le bonheur que nous recherchons.
Si quelqu'un vous demande si vous êtes heureux, ne cherchez
la réponse ni dans la somme de vos biens matériels,
ni dans votre enveloppe de paie, ni dans votre notoriété,
mais dans votre travail. L'homme éprouve plus de bonheur
à créer des choses qu'à en posséder
ou à en recevoir gratuitement, si délectables
soient-elles.
Goethe écrit dans son Wilhelm Meister :
« L'homme qui naît avec un talent qu'il est appelé
à utiliser trouve son plus grand plaisir dans son utilisation. »
Quant à la grandeur, ne croyez pas un instant que
la distinction tombe du ciel : il faut la mériter.
Le succès n'est pas une fin en soi, mais un accessoire
qui s'ajoute à une tâche bien faite. Il est la
récompense de celui qui sait cerner une situation et
s'appliquer par ses efforts personnels à résoudre
un problème.
Pour être considéré comme grand, l'homme
doit collaborer à quelque chose. Aucune action ayant
sa fin en elle-même ne peut concourir à la grandeur.
L'homme qui désire être grand s'est donné
pour tâche de laisser après lui un certain enrichissement
à l'humanité. En agissant ainsi, il a la fierté
d'accomplir quelque chose, d'appartenir à l'élite
de ceux qui font oeuvre utile.
Pourquoi attendre ?
Le principal avantage d'être jeune, c'est d'avoir
le temps d'apprendre, mais il n'est pas nécessaire
d'attendre l'âge viril pour agir si l'on a une bonne
idée. Beaucoup de jeunes gens frais émoulus
de l'école secondaire se plongent jusqu'au cou dans
le travail de toute leur vie. Certains s'emparent d'une idée
que l'on croyait morte depuis longtemps ou à laquelle
on n'avait jamais songé, et qui s'anime soudain entre
leurs mains.
Le Dr William Carleton Gibson, professeur d'histoire de
la médecine et des sciences à l'Université
de la Colombie-Britannique, a écrit un livre qui doit
être une source d'encouragement pour les jeunes. Dans
cet ouvrage intitulé Young Endeavour, l'auteur
traite de la contribution apportée au progrès
des sciences par les étudiants en médecine au
cours des quatre derniers siècles.
Beaucoup de choses apprises dans les premières années
de la vie se révéleront utiles un jour ou l'autre,
même si elles ne sont pas immédiatement transformables
en biens ou en services. Telles sont les lois qui régissent
les phénomènes. La vie n'est pas une guerre
de coups de clairon, de ronflements de moteurs et de brillants
étalages, mais une application ou une modification
patientes, persistantes et ingénieuses des lois connues
en vue de faire face à de nouvelles situations et de
résoudre de nouveaux problèmes.
L'existence ainsi comprise est comme un appareil photographique ;
elle vous prend tel que vous êtes. Il vous faut donc
savoir ce que vous êtes, et un peu d'auto-appréciation
s'impose. Vous devez pouvoir vous dire franchement la vérité
à vous-même sur vos capacités, vos ambitions,
vos goûts, ainsi que sur le degré et la force
de volonté que vous possédez.
Si vous ne le faites pas, vous ne parviendrez peut-être
pas à construire un cadre assez grand pour recevoir
le tableau que vous êtes capable de peindre. Tout comme
une huître ignore la valeur de la perle qu'elle renferme,
vous traverserez peut-être la vie avec des avantages
inexploités.
Le but que vous poursuivez en voulant mettre une image de
qualité dans le cadre de votre vie est votre propre
satisfaction. Vous devez être un critique plus sévère
que ceux qui portent un jugement sur votre oeuvre. Vous voulez
accomplir quelque chose de valable, et vous y arriverez en
faisant preuve d'intelligence dans votre appréciation
de vous-même, de l'initiative voulue pour entreprendre
ce que vous vous croyez capable de réaliser et d'un
intérêt soutenu dans ce que vous faites.
Dans votre auto-appréciation, n'acceptez pas de restrictions
à moins d'être sûr qu'aucun moyen ne s'offre
à vous pour vous frayer un passage par la réflexion
et l'effort.
Si vos années de jeunesse sont déjà
terminées, il est encore temps de faire une nouvelle
appréciation de vous-même. Il n'y a pas de raison
pour que le désir de se perfectionner s'éteigne
avec la jeunesse. Un critique musical disait, il n'y a pas
longtemps, au sujet de Pablo Casais et de ses 91 ans :
« Chaque année de sa miraculeuse vieillesse, Pablo
Casais connaît un renouvellement, un élargissement
héroïque de l'esprit humain. »
Savoir et expérience
Il est plus important en définitive d'avoir un haut
niveau d'intelligence qu'un haut niveau de vie.
L'amour de l'étude trouve une vigueur nouvelle dans
le plaisir qu'elle procure. Cela est particulièrement
vrai pour l'homme qui reconnaît que l'instruction n'est
pas simplement la voie à suivre pour gagner sa vie,
mais la porte du savoir qui fait la valeur de la vie.
Le principal but des études secondaires ou universitaires
est d'acquérir les matériaux qui vous permettront
de poursuivre votre but dans la vie. Tout le reste est secondaire.
Vous aborderez ensuite la pratique. À l'école,
vous avez appris les principes universels ; l'expérience
vous enseignera à les appliquer à des cas particuliers.
L'expérience n'est pas nécessairement une
attente passive des événements. Le mot vient
du latin « experiri », qui veut dire essayer. L'expérience
s'acquiert notamment par l'expérimentation.
Habituez votre esprit à classer les faits et à
relier les faits nouveaux aux anciens, afin de disposer au
besoin d'un ensemble cohérent de matériaux de
réserve. Profitez de tous les exemples instructifs ;
vous apprendrez ainsi à faire face à la complexité.
Mettez vos expériences à contribution. Wagner
a composé plusieurs opéras, mais s'il n'avait
pas eu à affronter une tempête en traversant
la mer du Nord, il n'aurait peut-être jamais pensé
au « Vaisseau fantôme ».
Prendre conseil équivaut à acquérir
de l'expérience sans revivre les événements.
Il y a une certaine puérilité chez l'homme qui
refuse de rechercher et de prendre les sages avis que lui
donnent ceux qui savent à quoi s'en tenir.
Entrez en lice
Personne ne peut gagner une course ou une épreuve
sportive quelconque sans participer au concours. On ne décerne
pas de médaille à ceux qui se contentent de
s'asseoir sur les lignes latérales et de dire comment
il faudrait jouer.
Vos débuts seront peut-être modestes, mais
il n'est commencement si petit qu'une application soutenue
ne finisse par rendre grand. C'est ici que réside l'avantage
de l'initiative : penser à quelque chose de valable
et le mettre en branle.
Une chose qu'il importe de faire assez tôt dans l'élaboration
de vos plans d'avenir est empruntée aux sciences, à
l'économie et à la sociologie : vous devez
établir un équilibre satisfaisant entre les
fins que vous désirez atteindre et le prix que vous
êtes prêt à y mettre. Les jeunes gens qui
entrent dans le monde du travail négligent souvent
d'analyser toute la situation. Comme les amoureux, ils se
laissent captiver par les avantages prétendument supérieurs
qui s'offrent pour les séduire.
Ce n'est pas une preuve de réalisme que de se limiter
à avoir un but élevé. Vous devez vous
assurer dans toute la mesure du possible que vous trouverez
ce que vous voulez vraiment sur les hauteurs que vous avez
l'intention de gravir. Il y a un avantage indéniable
à se ménager des choix. Examinez plusieurs voies
afin de prendre la bonne et ayez une vaste vue stratégique
dans laquelle vous utiliserez des plans tactiques perspicaces.
Le fait de tracer la route de votre vie telle que vous la
voyez actuellement constitue déjà un départ
pratique. Vous serez étonné par les nouvelles
possibilités qui se dévoileront. Selon le Dr
P. B. Meadawar, prix Nobel de médecine en 1960 :
« La plus grande libération de la pensée
réalisée par la révolution scientifique
a été de donner aux êtres humains le sens
de l'avenir dans ce monde ».
Persévérez
Vous ferez chaque pas avec toute la sagesse dont vous êtes
capable, sagesse faite d'attention aux circonstances, des
données recueillies auprès des autres et dans
votre expérience personnelle, le tout examiné
avec soin à la lumière de vos désirs
et de votre milieu. À chaque étape, vous devez
mériter le droit non seulement de progresser, mais
de rester où vous êtes. Napoléon résume
ainsi la question des aptitudes : « Les outils à
celui qui sait s'en servir. »
Toute progression exige une certaine adaptation à
des situations nouvelles. Si vous voulez accomplir quelque
chose de grand et de durable, il est important de rester ouvert
aux changements. Peut-être même devrez-vous étudier
soigneusement les possibilités de changer d'orientation.
C'est là une question à bien examiner, compte
tenu de votre but initial dans la vie, de l'évolution
des circonstances et des faits nouveaux que vous avez appris.
Changez de direction après avoir mûrement réfléchi
n'est pas un recul, mais un progrès fondé sur
l'expérience et des connaissances plus vastes.
Vous devrez vous appliquer à persévérer
dans tout ce que vous entreprenez. La réussite exige
que vous poursuiviez sans cesse votre but. Les gens qui ont
du succès dans votre entourage n'ont pas atteint leur
but en butinant de fleur en fleur à la recherche de
la nouveauté et à la poursuite du plaisir, mais
en persistant dans la voie qu'ils ont choisie.
C'est une erreur capitale que de confondre le manque de
fermeté et la souplesse. L'esprit qui pèse des
motifs et des plans différents modifie sa direction
suivant l'attrait des buts antagonistes. Vous devez vous appliquer
avec une certaine ténacité à bien accomplir
votre tâche quotidienne, mais cette application pourra
se transformer en une agréable persévérance
grâce à votre imagination.
Tout cela exige de la patience. La patience n'est pas une
vertu passive. Elle est le fruit du désir intelligent
d'obtenir quelque chose de bon à la longue et de la
volonté qui sait attendre tout en s'efforçant
d'y atteindre. Dans les montagnes, dit un philosophe allemand,
le plus court chemin est d'aller de pic en pic, mais il faut
pour le suivre avoir les jambes longues.
Acceptez les adversités
La route n'est pas barrée simplement parce que vous
n'avez pas réussi à avancer dans un domaine
particulier. Ne cessez pas de croire dans ce que vous voulez
sans avoir une excellente raison, admise après avoir
longuement réfléchi sur tous les faits et consulté
un bon conseiller. Au pis aller, vous rassemblerez les fragments
de votre plan et vous analyserez et mettrez à profit
les leçons de votre échec. Le désappointement
sera peut-être un remède salutaire, qui vous
poussera à de nouveaux efforts. Nous connaissons le
cas d'un jeune homme qui, ayant échoué en 12e
année, sut se ressaisir et mériter la médaille
d'honneur à sa sortie de l'université. Ce ne
sont pas tant les choses qui arrivent qui importent que vos
idées à leur sujet, et vous pouvez toujours
maîtriser vos idées même si vous ne pouvez
pas maîtriser les événements. Le prince
Philip disait dans une allocution : « Je me rappelle
plusieurs expéditions où j'étais misérablement
mal à l'aise, ennuyé, trempé, malade,
désolé et fourbu ; prêt à
tout lâcher. Chose curieuse, plus ces expéditions
ont été pénibles, plus le souvenir m'en
est cher. Dans la vie, on ne regrette que les fois où
l'on a abandonné la partie. »
Tout le monde est exposé à rencontrer des
adversités, mais celles-ci peuvent servir à
stimuler nos efforts. Vous éprouverez certaines incertitudes.
Comment le sculpteur sait-il qu'une statue se cache dans le
bloc de marbre ? La voyant dans son esprit, il enlève
du marbre avec son ciseau et son marteau jusqu'à ce
que le chef-d'oeuvre en jaillisse. Naturellement, s'il n'avait
pas essayé, on ne pourrait pas lui reprocher son insuccès,
et cela peut être une satisfaction pour les âmes
timorées.
Vous vous buterez aussi à des problèmes. Y
a-t-il autre chose qui donne plus de sel à la vie ?
Ce qu'il faut faire, ce n'est pas d'aborder les problèmes
avec énervement, mais en apprécier immédiatement
les dimensions. Quelle importance le problème a-t-il
en soi ? Dans quelle mesure sa solution dans un sens
ou dans l'autre peut-elle influer sur les ambitions de votre
vie ?
Vous ne rechercherez pas les conflits et le dérangement,
mais vous ne les fuirez pas non plus. Tout cela est normal
dans notre monde, et il faut s'en accommoder. Il est impossible
de progresser dans le gouvernement, les affaires ou une profession
sans courir de risques. Il faut parfois cesser de prendre
des précautions pour atteindre un résultat précis.
La profondeur d'esprit est très utile dans toutes
les situations qui se présentent. Il ne suffit pas
de s'en tenir à la surface des choses. En faisant le
tour d'un objet - ce qui est fort bien - on en obtient une
vue complète de l'extérieur. Mais ce n'est qu'en
pénétrant à l'intérieur de l'objet,
qu'on en arrivera à le connaître à fond
et à le comprendre.
Cela favorise le développement de l'intelligence.
La sélection naturelle du plus apte à survivre
n'a pas cessé avec la publication de la théorie
de Darwin. Il est possible que la sélection par l'instinct
et l'adaptation ait fait place à la sélection
par l'intelligence.
Nous sommes peu empressés à reconnaître
la nécessité du développement intellectuel,
qui, contrairement au développement physique, suppose
une activité volontaire. L'enrichissement de l'esprit
est une tâche sans fin. Même si vous êtes,
pour le moment, dans un emploi où vous n'avez qu'à
exécuter les ordres et à faire de la copie,
il convient d'exercer votre intelligence. L'homme ne s'encroûte
pas dans la médiocrité s'il entretient en lui
le goût de l'aventure intellectuelle. Le monde où
nous vivons est aussi varié que merveilleux ;
il nous offre le moyen d'échapper à la banalité
et l'occasion de nous mouvoir avec aise dans le vaste royaume
des idées.
Voler de ses propres ailes
Puis vient la maturité. La maturité implique
la capacité de voler de ses propres ailes. Vous connaissez
maintenant à fond le train quotidien de l'existence.
C'est le moment de mettre de côté les enfantillages
comme l'incapacité d'apporter un intérêt
soutenu à une tâche jusqu'à ce qu'elle
soit terminée. Cette attitude appartient à l'époque
de votre existence où l'instant présent était
le seul qui comptait vraiment et où vous ne vous rendiez
que vaguement compte de l'importance de l'avenir.
Il faudra tempérer par un peu de philosophie et de
réflexion votre hâte juvénile de vous
affirmer vous-même avant de pouvoir passer de l'impétuosité
à la sérénité. Vous parviendrez
ainsi à la maturité d'esprit, à la maturité
de sentiment et à la maturité d'action.
S'il y a déjà longtemps, cette année,
que vous avez terminé vos études, il n'est pas
nécessaire de vous reporter à votre jeunesse
comme au continent perdu de l'Atlantide. Votre jeunesse a
eu son utilité, et vous profitez de ses enseignements
dans votre maturité. Elle a été irréfléchie,
mais elle vous a donné du discernement ; elle
a été impétueuse, mais elle vous a préparé
à donner des conseils ; elle a été
inconstante, mais elle vous a rendu apte à entreprendre
des choses durables.
La maturité du jugement, à laquelle tout le
monde aspire, est la somme du savoir, enrichie et prolongée
par l'expérience et les connaissances nouvelles. Elle
n'étouffe pas nécessairement vos ambitions ;
mais elle est souple, adaptable, sagace et assez sûre
d'elle-même pour courir les risques qui semblent mériter
de l'être. Vous apprendrez, grâce à elle,
à distinguer entre la réalité et l'imaginaire,
à déceler l'absurdité, à rejeter
les fausses doctrines et à vous comporter d'une façon
assez sensée pour qu'il ne soit pas nécessaire
de vous imposer des contraintes.
Ayez confiance en vous-même
Avoir confiance en vous-même dès maintenant,
c'est là la condition essentielle de votre succès
et de votre bonheur futurs. Vos études actuelles, votre
travail actuel, vos projets actuels sont d'une importance
capitale pour votre avenir.
La vie est une lutte perpétuelle, et il serait manifestement
peu sage de compter que les choses iront toutes seules. Rappelez-vous
ce que disait Richard Plantagenet, duc de York : « Je
ne peux pas être votre roi avant d'être couronné. »
Ce qui est très encourageant, c'est de penser que
vous ne mériterez pas votre place dans la vie par la
faveur des autres, mais uniquement par l'orientation intelligente
de vos efforts.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
de la collection du Bulletin RBC sont disponibles sur notre
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