Vol. 45, N° 4 Avril 1964 L'heure du départ
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Lorsqu'un navire est sur le point
de quitter le port et de faire route vers la haute mer, il
hisse le pavillon de partance. De même, chaque printemps,
à travers tout le Canada, on peut, en imagination,
voir flotter sur nos universités et nos collèges
des centaines de pavillons semblables, qui nous annoncent
que des étudiants vont bientôt s'embarquer sur
l'océan de la vie.
Ils ont reçu dans ces établissements une instruction,
que l'on peut comparer à une série de cartes
marines. Le savoir en soi ressemble, en effet, à une
carte de navigation : il n'a de valeur que dans la mesure
où il nous sert à conduire notre barque avec
intelligence et discernement.
Il importe de savoir tenir le gouvernail, car on ne peut
pas aller partout en même temps. La vie est un voyage
au long cours, où les escales sont nombreuses. Pour
le mener à bonne fin, il s'agit en somme de bien piloter
son embarcation sur les petites routes qui vont d'un port
à un autre.
Si l'homme a réussi à faire les progrès
que nous connaissons depuis son apparition sur la terre, c'est
parce qu'il a obéi à une impulsion fondamentale,
à un désir continuel de dépassement,
à l'esprit d'initiative qui le pousse sans cesse à
découvrir ce que lui cache l'horizon.
Tous les jeunes doivent s'attendre qu'un jour viendra où,
au lieu de côtoyer prudemment le rivage sans jamais
s'aventurer à perdre terre, il leur faudra donner un
coup de barre et gagner hardiment le large. Mais cela suppose
qu'ils auront eu la prévoyance de se munir des cartes
requises et d'apprendre à les utiliser à bon
escient.
Ce n'est pas à dire qu'il soit toujours nécessaire
de voguer loin des côtes pour connaître l'aventure.
Point n'est besoin de franchir le passage du Nord-Ouest ou
d'aller en Océanie. Il y a partout des entreprises
audacieuses à portée de la main pour ceux qui
sont plein d'ardeur et qui ne craignent ni l'effort ni les
difficultés.
S'ancrer dans un emploi, s'amarrer à un quai et refuser
de quitter ce havre pour continuer à nous perfectionner,
c'est renoncer à l'épanouissement de nos aspirations
les plus nobles.
L'ambition
Le jeune homme et la jeune fille qui quittent l'école
sont pour ainsi dire des générateurs d'énergie
prêts à entrer en action ; il s'agit pour
eux de trouver ce qu'ils vont actionner avec cette énergie.
Certaines personnes sont des êtres mobiles et instables,
toujours en quête d'entreprises éphémères.
Ils ressemblent à Pellinore, ce chevalier du roi Arthur
qui, toujours armé de pied en cap, passa sa vie à
chasser un animal fabuleux.
Ce n'est pas là le genre d'ambition qui vous fera
trouver le bonheur. De fait, sire Pellinore avoua à
Arthur qu'il s'ennuyait à mourir.
Si l'état de chambardement qui existe aujourd'hui
dans le monde a engendré l'incertitude et la tension,
il a également créé des possibilités
aussi réelles qu'intéressantes, et ouvert de
nouvelles perspectives pour les jeunes. L'avenir est riche
de promesses pour ceux qui entrent dans la carrière
avec les connaissances et les dispositions voulues.
L'essentiel est d'avoir un but. Si vous vous embarquez pour
un port que l'on peut atteindre, vous pourrez toujours poursuivre
votre route vers un autre, mais si vous tenez votre coffre
à cartes fermé et si vous mettez le cap sur
une île imaginaire, vous êtes voué à
l'échec perpétuel.
Il existe, dans le monde des professions libérales,
des affaires, des sciences et de la technologie, un conseil
qui pourrait être très utile aux jeunes gens
animés d'ambition et c'est celui-ci : trouvez
une place vide et déployez-y vos talents. Il y a sûrement
un endroit où votre présence ou votre collaboration
sont utiles. Mesurez vos possibilités d'action, et
que votre ambition soit d'accomplir le travail que vous êtes
le mieux en mesure de faire, là où il est nécessaire,
puis mettez-y toute votre âme.
Dans sa célèbre conférence, intitulée
Acres of Diamonds, qu'il prononça pour la première
fois en 1870 et qu'il devait répéter des milliers
de fois en réponse à d'innombrables invitations,
Russell Conwell répétait souvent ce mot d'ordre
à ses auditeurs : « Faites ce que vous pouvez
avec ce que vous avez sous la main, là où vous
êtes aujourd'hui ». Il voulait dire par là
que la grandeur d'âme et ses bienfaits sont à
la portée de quiconque voit les besoins qui existent
autour de lui et s'applique à y pourvoir.
Le sens du mot « ambition » mérite considération.
L'homme qui a l'âme généreuse tient à
être et non seulement à paraître excellent.
Il veut non pas qu'on le mette en montre comme un monument
dans un parc, qui demeure toujours au même endroit,
mais faire des progrès et apporter sa contribution
à la vie de la société.
L'ambition à elle seule ne suffit pas. Il y a beaucoup
de besogne à abattre au cours du voyage. Il faut nous
attacher à réaliser nos ambitions avec patience,
vigilance, sagacité et détermination. La seule
autre solution serait de se coucher au fond de la barque et
de se laisser emporter au gré des éléments.
Faire quelque chose, ce n'est pas simplement obtenir un
avantage quelconque. C'est d'abord et avant tout accomplir
une oeuvre, mener une entreprise à bonne fin. Cela
suppose un but constant et un effort incessant, ainsi qu'un
certain art dans l'emploi des moyens. Mais ce qui compte surtout,
c'est le sentiment de réaliser quelque chose de vraiment
utile, c'est la fierté avec laquelle l'artisan ou l'artiste
regarde le fruit de son labeur ou de son génie.
Faire son choix
L'un des plus grands privilèges de l'homme, c'est
la faculté de choisir. Mais pour choisir judicieusement,
il vous faut savoir distinguer entre ce qui est important
pour vous et ce qui ne l'est pas.
Les jeunes gens encore aux études diront peut-être :
« Comment saurais-je ce que je veux être ?
Mon emploi n'est peut-être pas encore inventé. »
En moins d'un siècle, les carrières offertes
aux jeunes gens et aux jeunes filles se sont multipliées
par mille. Il n'y a à peu près aucun talent
qui n'ait aujourd'hui la possibilité de s'exprimer.
Les hauts postes sont plus nombreux que jamais auparavant.
Des entreprises de toutes sortes se développent rapidement,
l'électronique élimine les tâches « machinales »,
les sociétés commerciales se décentralisent,
la recherche crée de nouveaux produits et ouvre de
nouveaux débouchés. Il ne manque pas d'occasions
favorables pour les jeunes que leurs études ont préparés
à la vie, à l'action et à la spécialisation
éventuelle dans l'immense éventail des professions
et des métiers de notre époque.
Nous vivons dans un siècle où il est possible,
même à un jeune homme, d'en savoir plus, quantitativement
parlant, que Platon ou Aristote. La tâche qui nous incombe
est d'accroître la qualité de notre science
en appliquant notre esprit à l'étude des problèmes
de notre temps. C'est la réflexion qui a fait la force
et la supériorité de ces deux grands philosophes
grecs.
Quelle que soit la voie qu'il choisisse, l'étudiant
doit se servir de son intelligence. Les vérités
scientifiques et économiques d'hier, pour lesquelles
nous nous serions fait couper la tête, ne sont pas les
vérités d'aujourd'hui. Ce n'est pas seulement
le patron, mais tous les membres de l'équipe qui doivent
évoluer.
Voilà pourquoi il est si important de profiter pleinement
de toutes les possibilités d'acquérir des connaissances
de base à l'école, afin de disposer d'un choix
aussi vaste que possible. L'idée de quitter l'école
de bonne heure et de prendre rang dans la population des salariés
de notre société florissante peut sembler attrayante
à première vue, mais il importe d'y réfléchir
deux fois.
Il se peut que le salaire immédiat réponde
à tous vos besoins de célibataire, mais, si
vous n'avez pas acquis à l'école les connaissances
nécessaires pour comprendre des problèmes de
plus en plus compliqués et des situations nouvelles,
votre premier salaire représente peut-être un
maximum que vous ne dépasserez guère par la
suite. En tâchant de voir un peu plus loin, demandez-vous
s'il ne vaudrait pas mieux continuer vos études et
repousser la tentation de la voiture, de l'appareil stéréophonique
et de la grande vie au profit de ce qui se révélera
plus avantageux pour vous à la longue.
Ne visez pas trop bas. La médiocrité est terriblement
morne. Vous vous contenterez peut-être pendant quelque
temps d'un emploi stable, de la soirée de quilles hebdomadaire,
d'une auto à tempérament et des sports à
la télévision. On peut s'en satisfaire plus
ou moins longtemps. Mais si l'on est tant soit peu doué,
combien vide paraîtra cette vie lorsque l'âge
fermera brusquement la porte à tout changement d'emploi
ou de situation. Il deviendra alors évident que la
majeure partie de votre existence est déjà écoulée
et qu'il ne reste derrière vous que banalités
et menues besognes quotidiennes.
Mais n'ayez pas peur de commencer modestement. Pour faire
de la prose, des vers ou des lois, il faut d'abord apprendre
l'alphabet. Comme le disait le prince Philippe en parlant
à une association sportive de la formation d'une équipe
de football : « Tout ce qui est nécessaire,
c'est un terrain relativement plat, sur lequel il y a suffisamment
d'herbe et quelques poteaux de but ; si vous trouvez
cela, vous avez déjà la moitié du chemin
de parcourue. Les beaux costumes, vous les endosserez plus
tard. »
Les talents
Il y a trois sortes de talents qu'il faut cultiver :
le talent d'accomplir quelque chose, le talent de s'adapter
aux choses nouvelles et le talent de bien faire les choses.
Il est malheureusement incontestable que la plupart des
humains vivent toute leur vie sans se rendre compte de tous
les talents qu'ils possèdent. Chez certains, il en
est ainsi parce qu'ils n'éprouvent aucun intérêt
véritable pour leur métier. Un homme peut feindre
ou dissimuler de bien des manières, mais il ne saurait
le faire dans son travail.
Il se servira bien de ses muscles pour vivre ; il peinera
pour avoir un toit et du pain sur sa table, mais il n'aura
le coeur à l'ouvrage que s'il s'intéresse à
son travail et s'il aime son métier. Ce n'est qu'à
cette condition qu'il fera habituellement bien ce qu'il a
à faire, qu'il découvrira la beauté du
travail soigné et qu'il se livrera à l'activité
la plus ordinaire comme s'il s'agissait d'un art libéral.
On dira peut-être que la machine a fait tomber le
souci du travail bien fait en désuétude, mais
il n'en est rien. Les machines n'ont pas supprimé la
nécessité de l'habileté individuelle,
mais elles en ont modifié la nature. Au cours des cent
dernières années, la proportion des ouvriers
non spécialisés a connu une diminution constante,
tandis que celle des ouvriers spécialisés parmi
la population active n'a fait qu'augmenter. Au lieu d'ouvriers-artistes,
nous avons maintenant besoin d'ingénieurs-artistes,
d'hommes à la fois habiles et savants.
Il faut aussi tenir compte des nouvelles conditions de milieu,
car le talent ne donne toute sa mesure que s'il est en harmonie
avec les circonstances et la situation existantes. Les affaires
et la technique évoluent avec une telle rapidité
qu'une bonne formation générale est indispensable
pour préparer un jeune homme à faire face à
des situations et à des problèmes entièrement
nouveaux. Des avantages personnels appréciables sont
réservés aux jeunes qui auront mis leurs soins
et leurs efforts à se donner une telle préparation.
Il y a deux mille trois cents ans, Platon écrivait
dans sa
République que le but ultime de l'éducation
est la formation du caractère, et les éducateurs
les plus éminents de notre époque ne tiennent
pas un autre langage. Le mot « caractère »
implique constance et fidélité ; la valeur
d'un homme se mesure à sa manière habituelle
d'agir et de réagir.
Le caractère ne s'acquiert pas en écoutant
des conférences ou des sermons. Il ne résulte
ni de l'obstination ni d'une aveugle soumission aux règles
et à la discipline ; il est le fruit de la force
et de la fermeté que confère l'évaluation
lucide des moyens. C'est la faculté qui permet à
l'homme de souffrir avec patience de faire ce qui lui déplaît
lorsque c'est nécessaire et de s'abstenir de faire
ce qui lui plaît quand le devoir le commande.
Le travail
Une fois votre route tracée, mettez à la voile.
Les idées et les projets ont besoin du souffle tonifiant
de la vie et de la réalité.
Les pontifes de la publicité ont fait quelque part
la géniale découverte que le but de la vie réside
dans le bien-être et le confort. Aussi nous présentent-ils
le travail sous un jour plutôt répugnant. Leur
battage se fonde sur l'idée que le travail est un châtiment,
ce qui évidemment n'est pas tout à fait exact.
Il est parfois bon de se mettre de la cire dans les oreilles,
comme le firent les compagnons d'Ulysse afin de ne pas entendre
le doux chant des sirènes qui voulaient les attirer
dans leur prétendu paradis terrestre.
Il y a toujours quelqu'un pour nous proposer, par voie de
réclame ou de démonstration, une façon
de faire son chemin beaucoup plus facile que celle de l'étude
et du travail. Mais ceux qui partent de rien dans la vie et
qui atteignent à la célébrité
n'y parviennent qu'à force de labeur acharné.
Le succès ne s'obtient pas sans effort ni persévérance.
Ce n'est que par l'action que nous nous intégrons
au monde qui nous entoure ; elle constitue notre unique
moyen de participer à la grande aventure de la vie.
Le monde n'est pas arrivé à son terme ;
il est toujours en train de se faire, et nous sommes les ouvriers
chargés de le construire.
La première chose à faire, c'est d'essayer.
Ce n'est qu'en essayant que vous verrez ce que vous valez
vraiment et que vous prendrez conscience de vos possibilités.
Comme les autres animaux, l'animal raisonnable est destiné
à lutter dans une certaine mesure pour son existence,
et celui qui, à cause de sa fortune ou par paresse,
satisfait sans effort à tous ses caprices, élimine
par le fait même de sa vie un élément
essentiel à son bonheur. Jeremy Taylor, fils entreprenant
d'un barbier, qui devint chapelain de Charles 1er, puis évêque,
affirme sans ambages qu'il n'y a pas d'homme plus misérable
que celui qui n'a pas d'adversités. Et un écrivain
contemporain nous dit, pour sa part, que « la pensée
seule ne peut rien et que l'action est indispensable ».
Essayer par notre travail de réaliser nos ambitions,
c'est encore le plus sûr moyen de connaître la
joie de vivre et d'avoir confiance en nous-même.
Le caractère et la sûreté de soi supposent
des principes. Toute oeuvre qui ne repose pas sur des principes
durables est bien fragile.
Aucun train de vie, aucune fortune, aucun honneur ne saurait
nous faire oublier les quatre désirs instinctifs qui
ont chez nous leur racine dans l'observation des principes :
le désir de vivre content et en paix avec le monde ;
le désir d'être noble et honorable ; le
désir d'être utile, compétent, à
la hauteur des événements ; le désir
de nous sentir important, de jouer un rôle dans la vie.
Les chevaliers de France et d'Angleterre avaient inscrit
tout cela dans leur code de chevalerie, afin de se stimuler
à accomplir des actes d'héroïsme et de
générosité. Ils avaient la conviction
que le courage est admirable, que la fidélité
est une noble vertu, qu'il convient de secourir les affligés
et d'épargner les vaincus.
Mais une pareille grandeur d'âme doit s'appuyer sur
des principes. Il faut pour cela croire aux règles
de conduite fondamentales que vous avez apprises de personnes
que vous respectez et à des sources qui vous plaisent
par leur beauté et leur vérité. C'est
ainsi que vous acquerrez de la discipline personnelle et partant
le respect de vous-même.
Courage et ténacité
Il faut vous habituer à recevoir des coups. Le courage
devient une vertu active et attrayante lorsqu'on le considère
non comme la volonté de mourir vaillamment, mais comme
la détermination de vivre comme il faut. L'homme moralement
lâche, celui qui a peur de faire ce qui est bien à
ses yeux parce que les autres se moqueront de lui ou le désapprouveront
ne fera jamais un homme d'affaires sûr de lui ni un
bon citoyen.
Les grands hommes de l'histoire du monde ont été
de grands courageux. Et il n'est certes pas hors de propos
de rappeler ici la leçon de persévérance
que nous a laissée Christophe Colomb dans le journal
de bord de son premier voyage. Chaque jour l'intrépide
navigateur y inscrivait : « Aujourd'hui nous avons
poursuivi notre route. »
Ce qui caractérise surtout un grand homme, c'est
qu'il y va de tout son coeur. Il a toujours foi dans ce qu'il
fait. Il est enclin à persévérer en dépit
des obstacles, des déboires et des impossibilités.
Il sait qu'il ne suffit pas d'être bien doué
et de profiter des circonstances opportunes, mais qu'il faut
en outre de la détermination et de l'application.
Nos rapports avec les autres
La vie n'est pas une affaire où chacun demeure tranquillement
dans son petit coin. Il doit y avoir des contacts entre les
gens ; non pas seulement des coudoiements avec nos semblables,
mais un commerce intellectuel et spirituel, des échanges
d'idées.
Les jeunes gens qui ne fréquentent que ceux de leur
âge à l'exclusion des grandes personnes, sauf
peut-être leurs parents et maîtres, se privent
d'une foule d'avantages qui leur seraient très profitables.
En se frottant à des adultes auxquels ils ne sont pas
soumis sur le plan de l'autorité, ils élargiraient
leurs horizons et développeraient leur jugement. Rien
n'est plus favorable à la sclérose et à
la déformation que de se confiner dans un cercle d'interlocuteurs
qui ont les mêmes intérêts et qui exercent
le même métier que soi.
Il est bon de savoir accepter les conseils, mais il importe
aussi de savoir les apprécier à leur juste valeur.
On ne demande pas de conseils sur la natation à celui
qui a peur de l'eau. « Si tu vois un homme intelligent,
dit le Talmud, va chez lui de bonne heure et que ton pied
use le seuil de sa porte. »
Gardons-nous surtout de regarder d'un oeil dédaigneux
les gens qui sont à l'extérieur de la clôture
que nous avons érigée autour de notre mode de
vie. Notre navire fera souvent escale dans des pays où
les coutumes, la religion, la culture ne sont pas les mêmes
que dans notre port d'attache. Dans notre intérêt,
comme dans celui de la société, nous devrons
nous entendre avec toute sorte de monde.
Et c'est là un signe de maturité. La connaissance
du monde et de la vie ne s'enseigne pas à l'école,
mais il y a avantage à éveiller en soi, dès
le jeune âge, le désir de les connaître
et la faculté de les apprécier avec sagesse.
La maturité implique un certain empressement à
écouter et à observer, le don de distinguer
le réel de l'illusoire, l'art de discerner et de choisir.
En quittant le port
Au moment où vous prendrez le gouvernail pour cingler
vers la mer, tenez les yeux fixés sur la boussole et
les étoiles afin de ne pas dévier de la route
que vous vous êtes tracée.
Il serait bon, à ce stade, de vous poser certaines
questions, qui vous aideront à tenir le journal de
vos progrès. En voici quelques-unes à titre
d'exemples.
Suis-je sain de corps ; sinon, est-ce que je fais le
nécessaire pour le devenir, sachant que la santé
est l'une des conditions fondamentales du succès et
du bonheur ?
Ai-je examiné mes qualités intellectuelles
en les comparant à celles d'autres personnes dont la
réussite dans les affaires, les carrières libérales
ou les spécialités techniques est incontestable ?
Ai-je réfléchi avec calme aux moyens à
prendre désormais pour assurer l'épanouissement
de ma personnalité ?
Est-ce que je connais assez bien mes qualités pour
en tirer le meilleur parti possible et mes points faibles,
pour pouvoir les consolider ?
Est-ce que je sais quel est mon but dans la vie et ce que
je me propose de faire dans un, deux, ou trois ans ?
Ai-je bien décidé dans mon esprit que tout
ce que j'entreprendrais devrait contribuer à mon bonheur
et que le meilleur moyen d'atteindre ce résultat était
d'accomplir de mon mieux ma tâche du moment ?
Ai-je résolu d'accepter la responsabilité
de la route que je choisis ?
Est-ce que je me rends compte que dans toute entreprise
le travail acharné est la condition essentielle du
succès ?
Suis-je déterminé à demeurer alerte
d'esprit, à continuer à nourrir mon intelligence
par l'étude, afin de me tenir à la page et de
favoriser en moi l'éclosion des idées ?
La vie est un océan dont les flots se chargent souvent
d'abaisser les superbes, de démasquer les flanchards
et de révéler les véritables chefs. Pour
l'affronter sans danger et atteindre le port que vous désirez,
il importe de tenir vos cartes à portée de la
main et bien à jour, de profiter de l'expérience
des autres, de rester fermement attachés à vos
principes, d'accroître vos centres d'intérêt,
de comprendre que les autres aussi ont droit de naviguer sur
cet océan et d'être fidèles à accomplir
votre devoir.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
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