Vol. 38, N° 4 Avril 1957
La conservation de
notre sol
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Au cours de millions d'années,
la nature a établi un certain équilibre entre
les règnes animal, végétal et minéral.
Elle a lié entre eux les divers éléments
qui forment la surface de la terre en entrelaçant les
radicelles des brins d'herbe de nos prairies et les racines
des arbres de nos forêts. Les feuilles dont elle se
dépouille en automne retournent au sol d'où
elles étaient sorties.
Mais les hommes ont labouré les prairies et défriché
les forêts. Ils ont rompu l'équilibre de la nature.
Aujourd'hui, notre terre est malade.
Nous avions des ressources en abondance lorsque nos ancêtres
sont venus s'établir dans notre pays. Mais nous avons
fait comme les personnages d'un thé chez des fous dans
Alice au pays des merveilles : quand il n'y avait
plus de thé ni de gâteaux aux places qu'ils occupaient
autour de la grande table, le chapelier et le lièvre
de mars allaient s'asseoir à d'autres places. Lorsque
Alice demanda ce qui arrivait quand ils revenaient au point
de départ, le lièvre de mars proposa de changer
de sujet.
Nous avons lutté à longueur de siècle
pour arracher la terre à la nature, mais notre conquête
a été désastreuse. La nature ne se soumet
pas volontiers à la conquête, et on peut lire
aujourd'hui le triste récit de notre « victoire »
dans la dégradation des terres agricoles, l'ensablement
des pâturages et le dépeuplement des campagnes.
Point n'est besoin d'aller chercher des exemples dans les
déserts de l'Asie Mineure, où l'on comptait
jadis 500 villes florissantes, soutenues par une excellente
agriculture ; il suffit de faire une heure de voiture
à l'extérieur de n'importe quelle ville canadienne
pour découvrir les premiers indices de l'épuisement
de notre sol.
Il serait injuste de blâmer nos premiers colons, comme
on le fait si souvent. Ils n'avaient pas nos connaissances
scientifiques. Leur seul moyen de survivre était peut-être
d'abattre les arbres afin de pouvoir cultiver la terre. Il
fut un temps où l'on croyait que les terres forestières
étaient destinées à l'agriculture. Et
il y eut des époques, au début de la colonie,
où les vivres étaient difficiles à trouver.
Mais c'est là de l'histoire ancienne. L'eau et le
vent ont dépouillé de sa couche fertile la terre
laissée sans protection, et, si cette destruction s'est
poursuivie jusqu'à nos jours, c'est à notre
négligence et non pas à l'action de nos aïeux
que le mal est imputable.
Une partie de nos terres en labour n'auraient jamais dû
être livrées à la charrue, et nous devrions
les rendre à la forêt et aux herbages. Certaines
de nos terres agricoles ont besoin d'être reconstituées
organiquement si l'on veut qu'elles continuent à assurer
le bien-être de leurs propriétaires. D'autres
réclament des soins pour pouvoir échapper à
la ruine. Tout notre sol demande à être exploité
avec prudence et méthode.
Et en quoi, direz-vous, cela concerne-t-il les citadins ?
Tout simplement en ceci que la prospérité de
l'agriculture est une condition essentielle de la bonne marche
des affaires, du commerce et de l'industrie, et de la santé
de la population.
L'érosion humaine
Que représente en fait pour nous-mêmes la détérioration
de la terre ? L'un des résultats auxquels aboutit
le manque de conservation est d'abaisser le niveau de la vie
et d'entraîner cette érosion humaine qui se manifeste
dans les diverses maladies par carence et la faim dissimulée.
On peut concevoir que si le gaspillage du meilleur de la terre
se continue au rythme actuel, nous aurons bientôt à
faire face non pas à la lutte pour les marchés,
mais à la lutte pour la nourriture.
La santé est tellement importante pour nous qu'il
serait sage de notre part de dépenser un peu plus pour
connaître notre sol et veiller à ce qu'il soit
florissant, et de dépenser un peu moins pour nos maladies,
qui ne sont souvent que les signes extérieurs d'une
insuffisance vitale du sol, ignorée dans bien des cas.
En considérant la santé, on court le risque
de se tromper si l'on sépare les hommes des animaux
et des plantes. Tous font partie intégrante du même
cycle de nutrition qui régit toutes les cellules vivantes.
Le tapis de verdure de la terre est l'une des principales
sources de la nourriture que consomment le bétail et
l'espèce humaine.
Cette idée universelle de l'unité de la nature
est un champ d'étude relativement nouveau. Dans son
rapport au gouvernement de l'Ontario, une commission d'enquête
sur la conservation disait, en 1950, qu'il existait aux États-Unis
neuf centres où s'effectuaient des recherches sur les
relations entre le sol et la santé humaine, tandis
qu'au Canada on n'avait encore fait que très peu de
chose dans cet important domaine.
La science a maintenant tourné les yeux vers une
voie qui conduit peut-être à l'amélioration
de la race humaine. Les plantes jouent le rôle d'intermédiaires ;
elles tirent de la terre avec leur sève des substances
chimiques et les changent en composés dont se servent
les animaux pour constituer leur chair, leur sang et leurs
os. En faisant porter leur effort sur la production d'aliments
d'une haute valeur nutritive, les savants poursuivent un noble
but.
La conservation
La conservation consiste à employer nos ressources
naturelles avec sagesse et mesure. Elle n'est pas l'affaire
des hommes de science seuls ni des cultivateurs seuls, mais
notre affaire à tous.
Pour le cultivateur, la conservation se fait par des méthodes
mécaniques, comme le labourage, pour ralentir l'écoulement
de l'eau, ou par des méthodes chimiques, c'est-à-dire
l'incorporation dans le sol de matières qui en accroissent
la fertilité. Dans l'application de ces procédés,
le cultivateur reçoit des directives détaillées
du Ministère de l'Agriculture, à Ottawa, de
son ministère provincial et de son agronome.
Quand la terre perd sa fertilité, il y a certaines
mesures peu compliquées à prendre : apport
d'engrais et de matière organique ; pratique des
cultures herbagères ; assolements et rotations.
Pour sauver le sol, il est nécessaire de retenir l'eau
de pluie, de retarder l'écoulement des eaux, de freiner
l'érosion par le vent, de recourir à la végétation
et aux moyens de conservation mécaniques.
La plupart des méthodes de conservation sont assez
simples. Elles consistent seulement à adapter les opérations
agricoles ordinaires à la voie de la nature. Il ne
s'agit pas de remettre tout notre pays en herbe et en forêt,
mais nous devons utiliser l'herbe et les arbres aux endroits
voulus et aux moments opportuns.
Les hauteurs sont particulièrement vulnérables,
parce que c'est là que commence le ruissellement de
l'eau. Aussi la première chose à faire pour
combattre l'écoulement et l'érosion est-elle
de créer un puissant écran d'herbe ou d'arbres
pour retenir et absorber l'eau des pluies à la partie
supérieure des pentes.
Quelle est exactement la gravité de cette question ?
Elle constitue l'un des grands problèmes du jour.
Les autorités du Canada central, qui ont le souci
de la conservation, procèdent actuellement à
un inventaire en vue de régénérer et
protéger la terre sur laquelle les premiers colons
blancs s'établirent en 1842, il y a tout juste 115
ans.
M. Georges Maheux, de l'Université Laval, disait
au cours d'une réunion de la Société
Royale, en juin dernier, que le Canada a besoin d'un programme
de conservation pour mettre fin au « gaspillage alarmant »
de nos ressources naturelles.
Et M. B. T. Dickson, qui fit ses premières études
aux universités Queen et McGill, affirmait à
l'Académie américaine pour l'avancement des
sciences : « Nous devons aujourd'hui nous demander
s'il sera possible, malgré toutes les connaissances
technologiques dont nous disposons, de subvenir aux besoins
alimentaires de la population avec les sources d'approvisionnement
existantes.
Il n'en reste que les deux tiers
Nous avons dépassé le stade où nous
considérions les plantes et la végétation
comme des ressources inépuisables, mais nous ne comprenons
pas encore parfaitement à quel point la couche arable
peut être périssable. Sur les pentes des Vosges,
le sol que l'eau a entraîné dans la vallée
pendant la saison de culture est soigneusement recueilli dans
des hottes, au cours de l'automne et de l'hiver, et rapporté
à dos d'homme dans les champs, où on le remet
en place. Des autorités en la matière affirment
que les États-Unis, qui ont édifié leur
civilisation sur neuf pouces de terre arable, ont déjà
perdu le tiers de ce sol.
Il n'y a pas lieu cependant de voir les choses en noir ;
nous n'avons aucune raison d'abandonner la partie. On nous
a trop bien avertis pour qu'il nous soit possible d'écarter
la question comme n'étant pas digne d'attention, mais
nous devons nous rappeler qu'elle exige une attention active.
Ce que nous demandons à la terre, c'est qu'elle serve
de base au niveau de vie le plus élevé possible
pour la population canadienne. À notre époque
de technologie, nous sommes portés à compter
sur notre ingéniosité pour compenser notre gaspillage.
Mais les technologues eux-mêmes doivent manger, et nous
ne sommes pas encore sûrs qui la synthèse permettra
de répondre aux besoins essentiels de l'alimentation.
Quoi qu'il en soit, si nous n'avons pas su sauver nos sources
naturelles d'aliments, qui nous dit que nous aurons la sagesse
de faire bon usage de nos sources chimiques.
Il reste cependant que nous pouvons nous servir de la technologie
pour accroître les ressources agricoles en augmentant
le rendement du sol.
Quelques indices
Une grande partie de notre sol est marquée de cicatrices
profondes, preuves évidentes de notre négligence
à appliquer des mesures de conservation. Mais il est
d'autres signes, qui n'apparaissent qu'aux yeux de l'observateur :
les centaines d'acres de récoltes rabougries résultant
de la perte de fertilité subie par le sol.
L'érosion par l'eau attaque surtout les terres en
pente. L'eau entraîne le sol par couches (érosion
en nappes), le sillonne de petits ruisselets (érosion
en ruisselets) ou y creuse de profonds ravins (ravinement).
L'érosion par le vent ronge les plaines comme les pentes.
Toutes deux sont dues à la destruction de la couverture
végétale.
En remplissant un seau de l'eau qui s'écoule d'un
champ en culture et en la laissant reposer, on constate que
la boue ainsi recueillie contient jusqu'à 25 p. 100
de sol véritable. Prenons un exemple précis :
le débit maximum de l'écoulement de l'eau le
long des arêtes boisées d'une section de la région
des Appalaches, durant un peu plus de trois ans, n'a été
que de six pieds cubes par seconde et par mille carré,
tandis qu'il a été de 403 pieds cubes par seconde
et par mille carré sur les terres agricoles abandonnées
et de 785 pieds cubes sur les pâturages ravinés.
Dans une autre section d'expérimentation, les pertes
se sont révélées encore plus alarmantes.
Avec une quantité de pluie annuelle de 35 pouces, sur
une pente de 8 p. 100, l'eau a arraché 69 tonnes de
sol en un an dans un champ entièrement dénudé
par la culture, alors que dans un champ protégé
par une récolte à grande densité, les
pertes n'ont été en moyenne que de .3 tonnes.
Les spécialistes de l'étude du sol estiment
que dans un champ complètement mis à nu par
la culture il ne faut que 16 ans pour voir disparaître
sept pouces de sol de surface, mais qu'il faudrait 3,900 ans
à un champ protégé pour perdre la même
couche superficielle.
Ces exemples n'ont pas seulement un intérêt
abstrait ; ils mettent au grand jour un problème
aussi réel que vital. Un relevé de l'érosion
du sol et de l'utilisation de la terre, fait par le Collège
d'agriculture d'Ontario et la Ferme expérimentale centrale,
sur une étendue de 22,000 acres, dans le comté
de Durham, a permis de déterminer sous forme de statistiques
dans quel état se trouvent actuellement des terres
agricoles jadis considérées comme bonnes. Soixante-trois
p. 100 du terrain a subi une certaine érosion, ainsi
répartie : érosion légère,
27 p. 100 ; érosion moyenne, 24 p. 100 ;
érosion sérieuse, 6 p. 100 ; érosion
très sérieuse, 6 p. 100.
La goutte de pluie
Les chansons et les histoires nous ont appris dès
notre enfance à considérer la goutte de pluie
comme un bienfait. C'est peut-être pour cela qu'il nous
a été si difficile de croire qu'elle pouvait
détruire notre sol.
Chaque goutte de pluie qui tombe sur la terre dénudée
agit à la façon d'une bombe miniature. Elle
fait jaillir des particules de sol au point d'impact. Elle
tient le sol en suspension, favorisant ainsi son érosion
par l'eau de ruissellement. Elle tasse la surface et forme
une espèce de croûte qui rend l'infiltration
à peu près impossible.
Cette imperméabilisation de la surface nuit à
l'aération, détruit la vie des vers et entrave
l'action microbienne à l'intérieur du sol. L'érosion
due au battage du sol par la pluie peut arracher et emporter
les petites substances organiques si importantes pour la santé
de la terre. Selon le rapport présenté au gouvernement
de l'Ontario, « un pouce de pluie peut déplacer
100 tonnes de sol par acre ».
L'effet exercé par le choc des gouttes de pluie est
confirmé par les essais effectués à la
Ferme expérimentale centrale à Ottawa. La répartition
et l'intensité des tempêtes de pluie sont des
facteurs beaucoup plus importants que la quantité totale
de l'eau tombée. Au cours d'une saison de culture,
on a enregistré une perte de 28.7 tonnes de sol par
acre dans un champ de maïs situé sur une pente
de dix pour cent, tandis que l'année suivante, avec
une précipitation totale presque identique mais plus
étalée, la perte subie dans le même champ
n'a été que 2.3 tonnes par acre. Une autre expérience
a révélé que durant les périodes
des pluies les plus intenses, l'eau qui coule à la
surface des terrains arides représente de 75 à
95 p. 100 de la tombée de pluie.
Utilisation abusive de la terre
Il ne faut pas en conclure que tout le mal causé
par l'érosion vient de la pauvre petite goutte de pluie.
Elle n'est vraiment nuisible que lorsqu'elle tombe brutalement
sur un sol dépouillé par l'homme du manteau
protecteur dont la nature l'avait recouvert.
Quelques-unes des terres forestières que nous avons
déboisées sont impropres à la culture ;
seules quelques familles à bout de ressources y tirent
tout juste de quoi vivre d'un sol érodé que
rien ne saurait rendre fertile. Certaines terres ont été
égouttées d'une façon peu judicieuse,
et leur exploitation, même si elle était très
bien conduite, ne permettrait pas à leurs propriétaires
de se procurer les nécessités de l'existence.
Enfin, un certain nombre de terres ont souffert du « sur-pâturage »,
de sorte que la sécheresse et l'érosion par
l'eau y causent maintenant des ravages considérables.
Le mauvais usage des sols est le fruit de l'ignorance et
de l'indifférence. Les efforts consacrés actuellement
à faire l'inventaire de notre sol suffiront sans doute
à remédier au premier de ces maux ; quant
au second, on peut le guérir par l'éducation
et, au besoin, par la réglementation.
Conscient de la nécessité de recueillir des
renseignements sur les sols, le Canada a institué,
vers 1941, une commission nationale de prospection et de classification
des sols. Les provinces font des relevés approfondis
des comtés, bassins hydrographiques et autres divisions
territoriales. Le ministère de l'Aménagement
et du Développement de la province d'Ontario a publié
plusieurs études sur la conservation, préparées
en collaboration par le Collège d'agriculture d'Ontario
et la Ferme expérimentale centrale du Canada. Au début
de cette année, le Sénat a chargé un
comité de 26 membres de faire une enquête générale
sur l'utilisation des terres au Canada.
Quelle sera l'utilité pratique de ces inventaires
de notre sol ? La mise à profit des constatations
auxquelles ils aboutiront contribuera sans doute à
assurer un meilleur peuplement des terres, à fournir
aux cultivateurs de précieux renseignements pour l'exploitation
de leurs fermes et à guider les gouvernements provinciaux
dans la constitution de réserves forestières.
Les recherches sur les sols permettront de déterminer
l'espèce, le rendement et la qualité des plantes
que l'on peut récolter, selon diverses méthodes
d'exploitation, dans différentes sortes de sol.
Jusqu'à ces derniers temps encore, les cultivateurs,
les horticulteurs et les sylviculteurs apprenaient à
connaître le sol en procédant par tâtonnements,
avec tout ce que cela comporte d'échecs et de soucis.
Aujourd'hui, les spécialistes de l'étude du
sol formulent des théories et donnent des avis sur
le comportement des sols dans diverses circonstances.
Mais ce que l'inventaire et le savant découvrent
et nous présentent comme de bonnes choses, il faut
que les particuliers le mettent en pratique. La prise de conscience
personnelle est le commencement de la conservation, et seul
un sens actif de la responsabilité collective peut
en assurer le plein succès.
Les principes de la conservation trouvent un excellent milieu
de diffusion dans les mouvements comme celui des sociétés
de conservation, des clubs 4-H, des cercles de jeunes naturalistes,
etc. Les scouts canadiens ont adopté la conservation
pour mot d'ordre en 1956. Plus de neuf millions d'enfants,
au Canada et aux États-Unis, appartenaient aux clubs
Audubon en 1952.
Oeuvre de collaboration
Il est plus facile de prêcher la conservation que
de l'appliquer. L'enseignement, les recherches et l'organisation
ne sont pas suffisants. Il faut les compléter et les
mettre à exécution au moyen de programmes d'action.
Nous ne pourrons conserver effectivement nos ressources
si chacun agit à sa guise et dans son seul intérêt
sur sa parcelle de terrain. La conservation est une tâche
nationale, provinciale et sociale en même temps qu'un
problème personnel.
Pour ne mentionner qu'un exemple du caractère social
de la conservation, songeons au fait que les bornes de la
nature ne coïncident pas toujours avec celles des propriétés
foncières. L'unité de base où doit s'exercer
la conservation est souvent une vallée qui peut compter
jusqu'à une centaine de fermes. Un bon programme, fondé
sur le travail en terrasses ou les courbes de niveau, ne peut
pas respecter les clôtures.
Les exigences de la nature ne cadrent pas non plus avec
les limites des diverses branches du savoir. Les chercheurs
de plusieurs disciplines scientifiques - économistes,
biologistes, botanistes, chimistes, physiciens, agronomes
et plusieurs autres - doivent mettre en commun leurs découvertes
et leurs recommandations. Les méthodes de conservation
concertées qui en résulteront ne seront pas
l'oeuvre d'un homme ni d'une discipline, mais d'un groupement
ou d'un ensemble.
Un programme d'action
Cet exposé du problème de la destruction du
sol et de ses causes ne veut pas être une chambre des
horreurs destinée uniquement à nous faire frissonner.
S'il nous présente un tableau plutôt sombre de
la situation, c'est pour mieux nous faire voir les obstacles
que nous avons à vaincre pour faire un bon usage de
notre sol.
Il est temps que les Canadiens commencent à pratiquer
l'économie du sol. Les terres vierges que l'on trouvait
encore au Canada il y a un siècle constituaient une
très riche réserve, mais elle est maintenant
bien entamée.
Le travail de conservation accompli au cours des vingt-cinq
dernières années semble peu de chose à
côté de tout ce qui reste à faire, mais
il est encourageant. Nous avons agi comme des adolescents
nés de parents riches et indulgents, mais nous commençons
à faire preuve de sagesse et de prévoyance.
Nous devons conserver les avantages acquis, changer les
méthodes qui se sont révélées
inutilement coûteuses et dangereuses, et maîtriser
les forces nouvelles ou nous assurer leur concours.
Il convient que l'opinion publique appuie tous les efforts
entrepris en faveur de cette oeuvre vitale. Il serait peut-être
bon aussi que les doyens des facultés d'agriculture
de nos universités tiennent des colloques pour faire
un examen approfondi et objectif des besoins, des méthodes
et des solutions. Ce serait rendre un grand service au pays,
un service qu'aucun autre groupe ne pourrait nous assurer
avec le même désintéressement. Leurs conclusions
seraient acceptées par la majeure partie de la population
et pourraient servir à diriger le travail de collaboration
national, provincial ou municipal.
La tâche de maintenir l'harmonie de la nature et de
la rétablir lorsqu'il y a lieu mérite certes
que nos hommes de science y consacrent leurs meilleurs talents
et que chaque Canadien s'efforce d'en comprendre l'importance
et d'en assurer le succès.
Nous avons tous des intérêts dans cette entreprise,
car il y a moins loin que nous ne le pensons entre la goutte
de pluie qui fait jaillir le sol sur le sommet pelé
d'une colline et la perte d'une ferme tout entière.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
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