Avril 1952 Le vocabulaire
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Le maître d'Esope, car Esope
était un esclave, lui ordonna un jour de préparer
un festin pour des amis qui désiraient manger ce qu'il
y a de meilleur au monde. Esope n'acheta que des langues qu'il
fit accommoder à toutes les sauces.
Au troisième ou quatrième plat, les convives
s'écrièrent : « Quoi ! encore
de la langue ! » Et Esope, qui avait la sienne bien
pendue, n'eut pas de peine à les convaincre de tout
le bien que la langue était capable de faire. « Eh
bien, » lui dit son maître, « donne-nous demain
ce qu'il y a de pire. » Le lendemain, Esope ne fit servir
encore que des langues, disant que la langue est la pire chose
qui soit au monde, car elle est la mère de tous les
débats, la nourrice de tous les procès ;
que si elle est l'organe de la vérité, c'est
aussi celui de l'erreur et, qui pis est, de la calomnie.
Nous nous en tiendrons, dans ce Bulletin, à l'usage
que nous faisons de notre langue comme organe de la vérité
et de la raison, dans nos rapports journaliers avec nos semblables,
au moyen de la multitude de mots dont nous ne sentons peut-être
pas toujours l'importance, la force et la beauté.
Le siècle dans lequel nous vivons portera sans doute
le nom d'Age atomique, mais nous pourrions tout aussi bien
l'appeler l'Age de la parole. Nous sommes continuellement
inondés par un déluge de paroles et de mots
que répandent la radio, les livres, les journaux, la
correspondance et les orateurs. Nous sommes tellement submergés
par les mots que nous avons souvent la sensation d'être
noyés par eux et emportés par leur tourbillon.
Essayons de lutter contre le courant et examinons froidement
tout ce verbiage.
Notre précieux héritage
C'est le langage qui nous distingue des animaux. Sans le
langage, nous ressemblerions aux chiens ou aux ânes,
et c'est grâce à lui que nous sommes des êtres
humains, capables de bien ou de mal et doués d'une
haute intelligence. Privés du langage, nous serions
incapables de raisonner. Les mots sont les pierres avec lesquelles
nous avons bâti notre civilisation.
Ce sont les gens du peuple comme vous et moi qui font le
langage, car le langage est par-dessus tout démocratique.
Les savants l'enrichissent et le cultivent, mais c'est de
son origine populaire qu'il tire sa vigueur et sa nourriture.
À mesure que nous éprouvons le besoin d'exprimer
de nouvelles idées, le langage grandit, et les nouvelles
idéologies ainsi que les nouvelles conditions d'existence
font naître des mots nouveaux et de nouvelles phrases.
Comme l'a si bien dit un auteur américain, le langage
n'est pas « l'oeuvre abstraite des savants ou des lexicographes,
mais il émane du travail, des besoins, des liens, des
joies, des affections, des goûts de longues générations
d'êtres humains et il est assis sur des bases solides,
tout près du sol. »
Puisque nous, les gens du peuple, sommes les possesseurs
et les créateurs du langage, il convient de nous considérer
héritiers de son glorieux passé, dépositaires
de son présent et gardiens de son avenir. Il nous convient
également d'en bien user.
Ceux qui ont réellement conscience de l'importance
du langage sont mieux à même de l'embellir et
de le renforcer. Un écrivain du siècle dernier
a dit que le langage est l'ambre dans lequel des milliers
de pensées subtiles et précieuses ont été
enchâssées, et qu'il a préservé
des milliers d'étincelles de génie qui, bien
que très brillantes, auraient péri aussi rapidement
que la lueur du tonnerre.
Pourquoi parlons-nous ou écrivons-nous ? Pour
beaucoup de raisons. Pour décrire des objets ou des
événements, exprimer nos sentiments, persuader,
exhorter, expliquer, plaire, faire la causette, et souvent
pour nous sentir moins seuls. Et la principale raison qui
nous pousse à parler ou écrire est de transmettre
les idées de notre esprit à l'esprit des autres.
Les pensées sont des mots
Nous avons besoin de mots même pour nous parler à
nous-mêmes. Nos plus simples idées, comme le
choix d'un restaurant pour déjeuner, l'achat d'une
cravate bleue ou verte, etc., sont formulées dans notre
esprit au moyen de mots. L'auteur qui invente un nouveau mot
est obligé d'en expliquer le sens par d'autres mots
qui nous sont déjà familiers.
Attendu que les mots jouent un rôle si essentiel dans
notre vie, il importe de les étudier avec soin, de
les apprécier à leur juste valeur, d'en faire
le meilleur usage et de comprendre toute leur puissance. Le
langage a été appelé une épée
à deux tranchants, qui peut aider l'homme à
faire des conquêtes, et avec laquelle il peut aussi
se blesser gravement.
La communication est la chaîne qui nous relie à
nos voisins, à nos associés, aux habitants des
autres villes, des autres provinces et de tous les pays du
monde. Les mots, écrits ou parlés, sont les
maillons dorés de cette chaîne.
Le principal objet de la communication est de se faire comprendre.
Rien n est plus infructueux que de se répandre en mots
incompréhensibles pour ceux qui les écoutent.
C'est principalement à cela que nous devons veiller
en parlant ou en écrivant. Si ce que nous disons prête
à double sens ou fait se demander aux gens, « Qu'est-ce
qu'il veut dire ? », nous avons manqué notre
but.
Il y a des mots qui produisent un grand effet sur nous tandis
que d'autres nous laissent indifférents. La puissance
des mots dépend entièrement des images qu'ils
évoquent et n'a rien à voir avec le sens du
dictionnaire.
Il est impossible que deux personnes aient appris le même
mot exactement dans les mêmes circonstances, en même
temps et dans le même milieu. Nous ne pouvons jamais
être une autre personne, de si près que
nous lui ressemblions mentalement, physiquement et intellectuellement,
et il en est de même pour les mots. Les mots les plus
simples comme « table » ou « maison »
éveillent des idées différentes selon
les gens, quoique le sens fondamental soit le même.
Dès qu'un mot pénètre dans notre esprit,
il est coloré par nos propres associations d'idées.
C'est pour cette raison, dit Stuart Chase dans son livre La
Tyrannie des mots, qu'en lisant les classiques grecs ou
latins, nous n'arrivons jamais qu'à en comprendre une
partie du sens, car nous ne pouvons pas nous transporter dans
le milieu où ils ont été écrits.
Faisons-nous comprendre
Voilà une belle occasion de se faire comprendre pour
les hommes d'affaires, les correspondants, les orateurs et
ceux qui veulent devenir bons causeurs. Ils doivent s'appliquer
à choisir les mots qui transmettent exactement et clairement
à l'esprit des gens ce qu'ils ont eux-mêmes à
l'esprit.
Pour atteindre nos lecteurs, il faut les garder constamment
à l'esprit et s'exprimer en mots qu'ils connaissent
et comprennent, dans un langage qui leur est familier.
Autrement, nous perdons notre temps.
En écrivant des lettres d'affaires, par exemple,
il est essentiel d'étudier notre marche, les gens qui
le composent, leurs goûts, leurs désirs et leurs
besoins - et ensuite leur écrire avec des mots qu'ils
aiment et des phrases qu'ils comprennent. Comme dans tous
les actes de désintéressement, cet oubli de
soi-même porte sa propre récompense.
Avec le lecteur fermement à l'esprit et son intérêt
à coeur, comment s'y prendre pour le convaincre ?
Par la clarté et la simplicité, dont nous
avons souvent plaidé la cause dans ces Bulletins.
L'idée et la façon de l'exprimer sont inséparables
car la relation entre elles est celle de cause et effet.
Nous sommes obligés d'analyser, grouper, coordonner
et définir nos pensées pour qu'elles soient
admises par notre intelligence, ou par ceux à qui nous
nous adressons.
La tâche est ardue mais elle
en vaut la peine
Pour gagner nos lecteurs, il importe de leur décrire
et suggérer des choses non pas abstraites, mais concrètes.
Dans notre correspondance commerciale, nos mots devraient
toujours permettre au lecteur de s'imaginer facilement la
proposition, le service ou l'article, avec ses avantages et
ses profits.
Il n'est pas facile d'écrire. Le conseil de Goethe
un jeune écrivain : « Bah ! il suffit
de se cracher dans les mains ! » ne dit probablement
pas tout, mais il donne l'idée de l'effort nécessaire
en plus du talent naturel et du travail cérébral.
Il n'est pas facile non plus d'exprimer exactement ses pensées.
L'exactitude est parfois dangereuse et nous préférons
nous réfugier dans l'obscurité de l'abstraction.
Mais les termes abstraits causent aisément des malentendus,
et il faut les éviter si on veut se faire comprendre.
« On ne peut pas embellir la simplicité, »
a dit Epictète il y a plus de 2,000 ans, et c'est encore
vrai de nos jours.
Il y a des gens qui s'imaginent que l'obscurité dans
le style est un signe de profond savoir et haute intelligence.
Il n'y a pas à nier que l'abus de l'abstraction et
des mots de plus de cinq ou six syllabes, dont les philosophes
et certains auteurs techniques sont si friands de nos jours,
obscurcissent leurs ouvrages au point de n'y plus rien comprendre.
Il paraît qu'Emile Faguet, prié de donner son
opinion sur Bergson, répondit textuellement :
« J'ai lu et relu bien, des fois les ouvrages de M. Bergson ;
mais, faute d'éducation philosophique suffisante, je
n'en ai jamais compris une seule page. » Pas mal, de
la part d'un critique comme Emile Faguet !
D'un autre côté, Bergson a écrit dans
la Revue de Paris : « On peut dire que la philosophie
française s'est toujours réglée sur le
principe suivant : il n'y a pas d'idée philosophique,
si profonde ou si subtile, qui ne puisse et ne doive s'exprimer
dans le langage de tout le monde. » Et alors !
Le choix des mots
D'abord, les verbes. Ce sont les verbes qui font la force,
la résistance et même l'éclat de la parole
écrite. Le style de Bossuet en fournit le meilleur
exemple. Bossuet ne se contente pas d'employer les verbes
ordinaires, il en crée de nouveaux qui surprennent
par leur originalité, leur image, leur sens ou leur
application imprévue. « Seigneur, votre grâce
pleut sur le pauvre comme sur le riche... Versez
des larmes avec des prières. ... »
Admirez ce passage : « La raison nous conseille
mieux ; les sens nous pressent plus violemment ;
c'est pourquoi le bien plaît, mais le mal prévaut ;
la vertu nous attire, mais les passions nous emportent. »
N'abusons pas cependant du verbe dans la même phrase.,
Le traité de Stylistique française de Legrand
dit qu'à la différence du latin et du style
classique, la langue moderne tend à faire prédominer
le substantif sur le verbe, et donne cet exemple au sujet
d'accusés qui s'étaient d'abord refuses à
tout aveu : « Ils cédèrent parce qu'on
leur promit formellement qu'ils ne seraient pas punis, »
et donne à la place : « Ils cédèrent
à une promesse formelle d'impunité. »
Pour que le verbe contribue à la vigueur et à
l'éclat du style, il faut qu'il fasse image. Évitons
par conséquent être, se trouver, il y a.
Par exemple, au lieu de : « Sur le clocher, il y
a un drapeau », disons : « Sur le clocher flotte
un drapeau. » Non pas « Une soupe bien chaude
est sur la table, » mais fume sur la table. Voir
le traité de Stylistique cité plus haut.
L'adjectif
Les Américains abusent des adjectifs et, malheureusement,
nous en faisons aussi une grande consommation. Nous nous imaginons,
en les multipliant, faire preuve d'originalité, traduire
des nuances, créer du nouveau. On raconte qu'un journaliste
disait à un collègue : « Je te joue
douze adjectifs, à choisir par moi dans le dictionnaire,
et tu ne peux plus écrire un article. »
Boileau avait raison de dire : « Il suffit d'énoncer
simplement les choses pour les faire admirer. Le passage
du Rhin dit beaucoup plus que le merveilleux passage
du Rhin. »
Rien de plus détestable que l'épithète
banale, mais l'épithète neuve et imprévue
a beaucoup de charme. Rappelons en passant « le vieillard
harmonieux » de Chénier, « les sons veloutés
du cor » de Chateaubriand, la « pâle Adriatique »
de Musset et bien d'autres.
Le substantif
« Dans le style, » dit Joubert, « le substantif
est de nature et de nécessité ». C'est
à nous de choisir celui qui convient le mieux à
notre idée et qui évoquera, dans l'esprit du
lecteur, l'image nécessaire.
De deux mots ayant le même sens, dit-on en anglais,
prenez le plus court qui est généralement d'origine
anglo-saxonne et par conséquent, mieux dans le génie
de la langue. Oui, mais voilà, le français n'a
pas de mots tirés de l'anglo-saxon et nous n'avons
pas le choix entre « freedom » et « liberty »
pour dire « liberté ».
Il est vrai que le latin nous offre parfois deux mots à
peu près identiques, comme « maison » et
« habitation » auxquels nous en avons ajouté
un troisième « home » d'importation étrangère.
Nous avons bien des mots d'origine grecque, mais le vocabulaire
gréco-français est pour ainsi dire exclusivement
scientifique. Presque tous les nouveaux termes de ce genre
sont tirés du grec, particulièrement en médecine.
Les médecins de Molière parlaient latin ;
aujourd'hui, les nôtres parlent grec, probablement en
l'honneur d'Hippocrate. Témoin le Bulletin du mois
dernier : hygiène, névroses, psychoses,
neurasthénie, etc., sans oublier le dernier-né :
médecine psychosomatique.
Les mots font image
Pour trouver des images, il suffit d'avoir un peu d'imagination.
Naturellement, il n'est pas nécessaire d'être
un Chateaubriand ou un Victor Hugo pour écrire une
lettre d'affaires ou un article de magazine, mais rien ne
nous empêche de rechercher l'originalité, la
grâce et la distinction dans notre style.
Chaque mot et chaque phrase de nos lettres, de nos rapports,
de nos articles ou de nos discours, sont aussi importants
que le coup de pinceau d'un peintre. Pour rendre nos descriptions
réelles et intéressantes, nous n'avons pas besoin
de mots étranges ou mystérieux, de termes techniques,
d'exagérations ou d'inexactitudes. Il suffit de mots
concrets et vivants qui font image.
Au moyen de mots et de phrases agréables à
l'oreille, nous faisons appel aux émotions, nous éveillons
la sympathie du lecteur, et nous gagnons notre point. Nous
sommes alors en passe de devenir artistes du style.
Les métaphores et les comparaisons, quand elles sont
simples et brillantes, aident à faire comprendre nos
idées. Les plus belles images sont toujours des sensations
vraies. Rien n'est plus réel que « cette faucille
d'or dans le champ des étoiles » de Victor Hugo.
Comparer « la lune à un grand morceau de glace
plein d'une lumière immobile, » comme Flaubert,
c'est rendre exactement ce qu'on voit.
Encore faut-il que les images soient assez neuves, sinon
originales. Quand elles ont trop vieilli, elles deviennent
des clichés à peine admissibles dans la conversation.
« Toutes les images vraies et vives », dit Victor
Hugo, « deviennent populaires en entrant dans la circulation
universelle. Ainsi, courir ventre à terre, rire à
ventre déboutonné, être à couteaux
tirés, prendre ses jambes à son cou, etc. ...
autant d'admirables métaphores autrefois, autant de
lieux communs aujourd'hui. » Réfléchissons
avant d'employer une expression banale qui a perdu toute sa
fraîcheur à force de répétition,
et essayons de trouver mieux.
L'argot, admis dans la conversation, est entièrement
déplacé dans une lettre ou un article. Il est,
sans contredit, pittoresque, mais son emploi répugne
généralement aux gens bien élevés.
Il arrive souvent, toutefois, qu'un mot d'argot ou une expression
familière, devienne respectable. C'est qu'alors, comme
nous l'avons dit au début de cet article, il a été
consacré par l'usage, adopté par le peuple,
et il fait partie du langage.
La beauté des mots
Réfléchissons un instant à la beauté
des mots, comme un collectionneur contemple ses trésors.
On parle de « la musique des mots » et, sans être
musiciens, nous pouvons trouver plaisir à entendre
des mots qui sonnent harmonieusement à notre oreille.
L'harmonie d'une phrase dépend de l'assortiment des
mots, comme les pierres dans un collier. Étranges ou
sublimes, amusants ou tragiques à eux seuls, ils produisent
beaucoup plus d'effet quand un artiste de la plume les groupe
habilement.
Songez à une phrase ou à des vers qui vous
sont familiers. Par exemple, ces vers de Victor Hugo :
 |
Un frais parfum sortait des touffes d'asphodèle ;
Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala. |
 |
et analysez le sentiment de plaisir que vous éprouvez
à les réciter. Ce sont des mots bien simples
en soi, mais combien mélodieux dans leur ensemble.
Ne nous laissons pas toutefois enivrer par les mots, car
nous perdrions de vue la clarté à laquelle nous
aspirons.
Un bon écrivain recherche d'abord la lucidité
et la mélodie ensuite.
Étendons notre vocabulaire
Que faut-il faire pour mieux connaître et mieux aimer
notre langue ? Le meilleur moyen est d'enrichir et d'étendre
notre vocabulaire. Plus nous connaissons de mots, mieux nous
sommes à même de les comparer et d'en remplacer
un par un meilleur. Nous avons ainsi un vaste trésor
de mots à notre disposition.
Comment faire pour acquérir ce trésor ?
Par la lecture des classiques et des bons auteurs. Nous faisons
ainsi connaissance avec une grande variété de
mots, de nouvelles tournures de phrase, et toutes sortes d'expressions
pour toutes les occasions et toutes les nuances de sens.
Plus nous connaissons de mots, plus nous devenons difficiles
sur le choix. Celui qui connaît peu de mots est souvent
porté à en employer cinq ou six quand un seul
suffirait. Cela a l'air d'un paradoxe, mais rien n'est plus
vrai.
Il est impossible de faire des amis sans jamais voir personne.
Pour enrichir notre vocabulaire, il faut rencontrer de nouveaux
mots, et pour cela il faut lire, et plus on lit, plus on s'enrichit.
L'enseignement par la lecture
La littérature est le grand-livre de l'histoire intellectuelle
de l'humanité, de ses joies et de ses peines, de ses
espoirs et de ses craintes, de ses aspirations et de ses défaites.
C'est la vie en entier.
Les livres nous permettent, a dit un poète, « de
voir par les meilleurs yeux, d'écouter par les meilleures
oreilles, et d'entendre les voix les plus mélodieuses
de toutes les époques. » Chacun choisit ses livres
comme il choisit ses amis, et son esprit s'élève
ou s'abaisse au niveau de ceux qu'il fréquente.
Passer notre temps à lire des niaiseries dans un
monde qui contient Racine et Corneille, Shakespeare et Shaw,
Chateaubriand et Victor Hugo, c'est choisir un morceau de
verre au lieu d'un joyau.
Lisons les bons auteurs - ne nous contentons pas d'en entendre
parler. Faisons d'eux notre ordinaire, et lisons également
des romans modernes, des magazines et les journaux. Nous apprendrons
ainsi non seulement à mieux connaître le coeur
humain, l'histoire et la géographie, mais nous enrichirons
notre vocabulaire et notre culture littéraire.
Ne négligeons pas le dictionnaire et ayons-y recours
quand nous rencontrons un mot qui nous est étranger.
Quand nous le rencontrerons de nouveau, il nous sera familier.
Commençons ensuite à nous en servir et il fera
bientôt partie de notre bagage.
La pratique
Robert Louis Stevenson savait bien que la facilité
de s'exprimer s'acquiert par la pratique et il dit à
ce sujet : « Quoique j'écrive si peu, je
passe tout mon temps consacre au jardinage en conversations
et correspondances imaginaires. Je n'arrache pas une mauvaise
herbe sans inventer une phrase à ce propos. »
Amusons-nous à comparer l'ensemble des mots à
un grand jardin. Comme les fleurs, ils possèdent parfum,
texture et beauté ; comme les arbres, force, grandeur
et vitalité. Nous sommes les jardiniers chargés
de leur culture.
Cultivons joyeusement ce jardin ; semons soigneusement
la graine des idées et soignons-en tendrement les fleurs ;
n'hésitons pas à arracher les mauvaises herbes
qui menacent d'étouffer notre langue.
Abondante et riche sera notre récolte. Les mots nous
donnent beauté, nourriture intellectuelle et faculté
d'expression ; protestations d'amitié et sentiments
de responsabilité. Ils nous permettent de nous faire
comprendre par nos semblables et de les amener à notre
point de vue.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
de la collection du Bulletin RBC sont disponibles sur notre
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