Avril 1950 Citoyens du monde entier
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Le simple fait de vivre sur la
terre pose de nombreux problèmes à la race humaine
et nos problèmes se compliquent à mesure que
nous vivons plus longtemps et que nous devenons plus nombreux.
Nous sommes comme des locataires qui n'ont pas le choix de
déménager ailleurs, et à ce titre, il
convient de mettre notre maison en ordre et de nous entendre
avec nos voisins.
Seule la génération maintenant arrivée
à l'âge mûr s'est quelque peu préoccupée
de ses relations avec les peuples d'un autre continent. Avant
ces derniers quarante ans, les gens n'avaient qu'une vague
idée des pays au delà de la mer. Nous ne sommes
pas encore habitués à nous sentir solidaires
des autres pays, et en conséquence nous ne songeons
guère qu'à des palliatifs quand la nouvelle
d'un évènement extérieur nous force à
l'action.
Nous sommes inévitablement liés au sort des
autres nations. Chacun de nous subira l'effet des événements
qui se préparent en Europe. Les efforts pour activer
le relèvement économique, la lutte pour améliorer
les conditions sociales, et les tentatives de la Russie pour
dominer le continent, tout cela intéresse le sort des
Canadiens.
Il serait facile de faire une liste des sujets de mécontentement
dans le monde et de décrire notre impuissance à
leur égard. Mais il vaut beaucoup mieux examiner pourquoi
le monde est dans un si piteux état et de chercher
un moyen de restaurer l'ordre mondial, de retrouver la foi
dans notre destinée, et croire de nouveau à
la vérité, la liberté, la justice et
la tolérance.
Mais il faut éviter en cela la tentation de proposer
des remèdes faciles à avaler. Beaucoup de gens
qui font venir le vétérinaire quand leur chat
est malade se croient parfaitement capables de guérir
les maux dont souffre le monde. En réalité,
les prescriptions abondent au point de nous faire perdre la
tête. Un soldat américain, pour citer un exemple,
a renoncé à sa qualité de citoyen des
États-Unis pour prouver qu'il était citoyen
du monde entier. Nous ne voyons pas bien comment cela pourrait
aider à créer un réel internationalisme.
Il ne faut pas non plus compter sur les doctrines égalitaires.
Inutile de croire qu'il est possible d'abaisser ou de relever
le niveau de l'humanité pour nous rendre tous « égaux ».
Notre croissance est inégale en tant qu'individus aussi
bien que nations. Nous nous sommes adaptés de diverses
manières à différentes conditions d'existence.
La vache est un animal de boucherie au Canada, mais c'est
un animal sacré dans d'autres pays.
Les Torontoniens dans leurs maisons en pierre, briques ou
charpente de bois ; les Esquimaux dans leur igloos ;
les Arabes dans leurs demeures avec cour intérieure,
ont tous adopté différents moyens pour se protéger
des intempéries. L'avion, le train, l'automobile, le
pousse-pousse, le chameau, le cheval et la charrette ne sont
que des variations des moyens de transport.
De même que les hommes ont trouvé différentes
méthodes de surmonter les difficultés physiques,
ils sont arrivés à résoudre de plusieurs
façons leurs problèmes moraux et spirituels.
Dans certaines civilisations, par exemple, un homme est jugé
par l'argent qu'il gagne ; dans d'autres, par les actes
qu'il accomplit gratuitement pour rendre service à
ses semblables.
Il ne serait pas bon que nous ayons tous les mêmes
idées, les mêmes goûts, les mêmes
aspirations. À tout aimer au même degré
on finit par être blasé par tout. Heureusement,
nous avons tous nos goûts et nos préférences.
Mais ce que nous ne devons pas oublier est que tout en conservant
la diversité qui nous caractérise en tant qu'individus
et nations, nous avons besoin de l'unité qui nous procurera
un milieu international dans lequel nous pourrons vivre dans
la sécurité et le confort.
Qu'est-ce qu'une nation ?
Les nations les plus avancées sous le rapport politique
sont celles où l'État est une collectivité
de citoyens, une association pour le bien commun.
Pour être un état indépendant à
ce sens démocratique, il n'est toutefois pas nécessaire
d'avoir toujours une politique et des opinions différentes
de celles de tous les autres états. C'est faire preuve
d'immaturité que d'être désagréable
et contrariant pour faire montre d'indépendance.
Aucune nation ne peut continuer longtemps à accepter
les avantages de son association avec les autres nations sans
en accepter également quelques responsabilités.
Nous autres Canadiens, nous jouissons d'avantages comme nation
indépendante, comme État de l'Amérique
du Nord, comme membre du Commonwealth et comme une des Nations
Unies. Nos intérêts et nos obligations s'étendent
à toutes les parties du monde.
Nos meilleurs penseurs estiment que nous pouvons conserver
tout ce qui est essentiel à la liberté de notre
existence nationale et participer en même temps aux
affaires internationales. Il faut être bon patriote
avant d'être bon internationaliste, parce que seuls
les hommes fidèles à leurs devoirs sociaux et
nationaux sont capables de remplir fidèlement leurs
obligations internationales. Marc-Aurèle a exprimé
cette idée dans ses Pensées par ces mots :
« Ma ville et mon pays, en tant que Marc-Aurèle,
c'est Rome ; mais en tant qu'homme, c'est le monde entier. »
Tous ceux qui pensent comme lui sont découragés
par les menaces continuelles à la paix. Le citoyen
intelligent, le représentant des clubs de service,
des groupes religieux, des syndicats ouvriers, des sociétés
domestiques et scolaires, etc., ne désire pas voir
le nationalisme se répandre. Il sait que ce sont les
ambitions nationalistes qui font naître les guerres.
Et il sait qu'une guerre, même lointaine, peut devenir
une guerre mondiale, dans laquelle il sera engouffré.
Quelques personnes, même au Canada, songent à
rester neutres en cas de guerre. À ces gens-là,
M. Saint-Laurent a dit dans un discours : « Même
si 12,999,999 des 13,000,000 de Canadiens dans notre pays
voulaient rester neutres, ce serait impossible. » Comme
la Belgique dans les deux dernières guerres, notre
situation géographique nous entraînera certainement
dans le conflit.
Que faut-il faire ?
Alors, que pouvons-nous faire ?
Il faut étudier la géographie. Non pas la
géographie des noms de capitales, fleuves, montagnes,
caps, etc., mais la géographie des peuples et de leurs
attaches à leur sol. Nous avons besoin de comprendre
les gens des autres pays et d'apprendre en quoi ils diffèrent
de nous.
Nos écoles peuvent beaucoup faire pour nous aider
à nous comprendre les uns les autres. Elles peuvent
servir de pont entre les nations. Mais quelques pays ont un
long trajet à faire avant d arriver à un point
de rencontre. En Égypte, 85 pour cent des gens au-dessus
de 10 ans ne savent ni lire ni écrire ; dans l'Inde,
91 pour cent.
Il faut également tenir compte du milieu familial.
Les bons effets de l'école seront perdus si les parents
infectent l'esprit de leurs enfants des préjudices
qui rendent tant de personnes incapables d'apprécier
les qualités de quiconque n'appartient pas a leur classe,
leur milieu, leur parti politique ou leur pays.
Ce qu'il faut faire
Chacun de nous a beaucoup de moyens à sa disposition
pour arriver à penser internationalement. Les meilleurs
et les plus intéressants consistent à lire intelligemment,
non pas seulement les descriptions des paysages de pays étrangers,
mais des coutumes des habitants, de la manière dont
ils vivent et de leur culture.
La correspondance entre écoles, d'école à
école ou d'écolier à écolier,
offre un moyen naturel de s'instruire. Les instituteurs devront
veiller à n'en pas faire seulement un thème
en langue étrangère ; les lettres doivent
contenir des nouvelles et des renseignements sur la vie des
enfants.
On pourrait créer un « Musée de collaboration
humaine », avec de nombreuses succursales. Les objets
exposés dans ses vitrines montreraient que les progrès
scientifiques et techniques de notre époque dépendent
de la collaboration mondiale. On y verrait que les résultats
d'une expérience faite par un Écossais permettent
a un Français de formuler une théorie dont l'application
est élaborée en Angleterre et mise en pratique
au Canada.
La place du Canada dans le monde
Le Canada est un pays d'avenir. Qui peut prédire
quel rôle il jouera un jour dans l'histoire du monde ?
Aujourd'hui, c est un pays neuf et vierge, une sorte de Terre
promise pour tous ceux qui sont las des luttes et des intrigues
des vieux pays.
Le Canada est principalement fier de la manière dont
ses fils conservent leur individualité tout en assumant
leur part de responsabilité. Un nouveau film, préparé
par les chemins de fer Nationaux du Canada et intitulé
« L'héritage canadien » dit à bon
droit : « Le Canada n'est pas un creuset ».
Nous ne versons pas les gens des autres pays dans le même
moule.
Nous encourageons ceux qui viennent s'établir chez
nous à pratiquer ici leurs arts et leurs talents, de
manière à faire du Canada le meilleur pays au
monde pour vivre une vie saine, variée et heureuse.
La façon de faire preuve de loyauté envers une
institution, que ce soit la famille, la collectivité,
la nation ou toute la race humaine, n'est pas simplement de
jouir de ses avantages mais de contribuer à son bien-être.
Nous sommes fiers, naturellement de nos vastes richesses
naturelles. Elles nous fournissent en abondance les matières
premières que nous façonnons selon la mesure
de nos divers talents et de notre esprit d'invention. Mais
nous ne pouvons pas exister sans le reste du monde.
Nous sommes arrivés à un point important dans
notre histoire comme nation indépendante. Pour conserver
notre prospérité intérieure il faut,
bon gré mal gré, que nous fassions partie du
réseau international.
Nous avions raison de croire, jusqu'à ces dernières
années, que notre éloignement nous préservait
des soucis et des malheurs du vieux monde.
Mais notre éloignement n'existe plus. Nous ne sommes
pas des ermites. Nous sommes à la fois un pays de l'Atlantique,
de l'Amérique du Nord et du Pacifique. On pourrait
même dire : et du Pôle nord. Un de nos anciens
premiers ministres a dit : « D'autres pays ont trop
d'histoire, nous avons trop de géographie. »
Nos plus proches relations
Quoi que l'avenir nous réserve, on peut vraiment
dire que si on arrive jamais à découvrir une
formule pratique de régime mondial, ce sera dans un
laboratoire d'essais politiques du genre du Commonwealth britannique.
Le succès du Commonwealth est un bon augure de la possibilité
d'un régime mondial fondé sur la liberté
et la bonne foi internationale.
Voyez la manière dont le Commonwealth a résolu
les problèmes de petits groupes vivant sur un pied
d'égalité avec les gros. Il respecte les associations
politiques naturelles ; il tolère soigneusement
des systèmes sociaux et des moeurs qui diffèrent
profondément ; il trouve l'individualisme tout
naturel.
C'est en réalité cette attitude envers les
nations et les individus du Commonwealth qui en font l'unité.
C'est le sentiment d'avoir besoin les uns des autres qui cimente
toutes les parties du Commonwealth.
Dans un monde où tant de pays vivent dans la crainte
continuelle d'un gros voisin, le Canada a de la chance d'avoir
à ses frontières une puissante nation qui partage
nos idées de liberté. Nos droits à l'égard
des États-Unis sont mieux protégés qu'ils
ne pourraient l'être par la force des armes, parce qu'un
règlement par la force signifie soumission à
la volonté du plus fort, tandis que nos accords sont
basés sur la loi ou sont le résultat d'arbitrage
ou d'entretiens amicaux.
Aux yeux des Européens, accoutumés comme ils
le sont aux perplexités de la politique internationale,
la politique extérieure du Canada paraît excessivement
simple. On peut dire sans crainte que si l'opinion publique
de toutes les nations exerçait la même mesure
de contrôle sur la politique extérieure qu'au
Canada, aux États-Unis ou en Angleterre, nous serions
plus près d'établir une paix permanente sur
la terre.
Cet intérêt de la part du public exige la nécessité
d'expliquer les événements et les difficultés
au plus grand nombre de gens. Nous avons agrandi le champ
de nos connaissances depuis quelques années. Nous sommes
mieux en mesure qu'auparavant de choisir notre voie. Mais
les problèmes se compliquent de plus en plus et il
faut que nos connaissances et notre compréhension des
affaires marchent de pair avec eux.
Nous avons un grand nombre de moyens de nous renseigner
et de combattre l'idée mystérieuse et sinistre
qu'on se faisait autrefois des affaires extérieures.
Il y a entre autres la Canadian Association for Adult Education
et l'Association des Nations Unies. Il y a des articles dans
tous les journaux et magazines, et le magazine Affaires
Extérieures donne chaque mois un compte rendu intéressant
des affaires du Canada et de sa politique extérieure.
Nos diplomates prennent plus souvent la parole, et les discours
de l'hon. L. B. Pearson, secrétaire d'État aux
Affaires extérieures, sur la situation internationale,
sont des modèles de clarté et de simplicité.
L'idée d'un seul monde
Au delà des intérêts nationaux et régionaux
luit l'espoir d'une collaboration internationale pour le bien
de tous les peuples. Le monde des êtres humains est
un seul monde, parce que tous les êtres humains sont
semblables par nature, quel que soit leur pays de naissance
ou l'endroit ou ils vivent.
Le monde ne peut pas être uni par une constitution
ou une charte, si grandiose qu'elle soit. Il ne pourra l'être
que lorsque les hommes et les femmes insisteront pour que
les gouvernements remplissent leurs obligations internationales.
Il existe de bonnes raisons matérielles pour que
tous les peuples de la terre se fassent entendre.
Nous avons besoin de collaboration économique entre
tous les pays, parce que l'unité naturelle d'activité
économique n'est plus la famille, le village ou l'État,
mais toute l'humanité.
Le commerce entre les nations est essentiel pour que tout
marche bien dans le monde. Si tout le commerce et les moyens
de transport s'arrêtaient, même pour un mois seulement,
des millions de personnes mourraient de faim.
Les nations qui produisent en abondance ont besoin de nouveaux
débouchés. Nous ne pouvons pas forcer nos gens
à manger tout notre excédent de blé,
pommes de terre, poisson, viande, bacon et beurre ; à
utiliser toute notre production de bois à pulpe et
de papier, d'aluminium et de nickel, de fourrures et d'or.
Le Canada a été forcé de créer
une économie qui dépend du monde extérieur.
Le montant du salaire de chacun de nous dépend des
affaires que nous faisons avec l'étranger.
Nous importons des marchandises de 110 pays et en exportons
à 122. Pour 1949, le chiffre de nos importations est
de $2,761 millions, et celui de nos exportations $2,993 millions.
La disparition de ce commerce, ou une sérieuse interruption,
aurait de désastreux effets sur chaque famille de travailleur
au Canada.
C'est pourquoi le président de la Banque Royale du
Canada a dit cette année à l'assemblée
des actionnaires : « En vérité, la
prospérité intérieure du Canada dépend
de la façon dont nous arriverons à résoudre
le problème complique du commerce extérieur.
Et, en fin de compte, notre prospérité intérieure
et l'avenir du commerce international même dépendent
de la façon dont toutes les nations finiront par s'entendre
pour revenir à un commerce multilatéral libre
de restrictions de change, de pactes bilatéraux et
de tout le bataclan de contrôle administratif. »
Il y a beaucoup à faire
En vue de la logique inéluctable de ceux qui préconisent
la collaboration internationale, que devons-nous faire ?
Il est facile de dire que si toutes les nations étaient
aussi raisonnables que les deux démocraties de l'Amérique
du Nord, elles pourraient facilement arriver à s'entendre.
Mais nous ne pouvons pas imposer la démocratie aux
étrangers, et c'est à peine si le quart de la
population du globe jouit d'un gouvernement démocratique.
Il y a des pays peuplés de millions d'habitants ignorants,
illettrés, et opposés au droit de vote.
Le plus dur de la tâche à accomplir par ceux
qui sentent la nécessité d'une entente internationale
consiste à faire comprendre à assez de gens,
dans tous les pays, qu'il ne s'agit pas de créer une
sorte d'état suprême, mais un organisme international,
pour sauver l'humanité.
Le meilleur moyen d'y arriver est d'y aller comme nous le
faisons tous les jours à la maison ou dans nos affaires :
un peu chaque jour selon nos moyens. Tous les efforts individuels
ou collectifs pour arriver à un accord international
finiront par porter des fruits.
Des organismes internationaux comme les églises,
les syndicats ouvriers, les associations d'hommes d'affaires,
les clubs de service, les sociétés coopératives
et agricoles, les organismes féminins, ainsi que des
sociétés professionnelles, scientifiques, humanitaires
et autres font déjà beaucoup dans cette voie.
Nous devons une dette de reconnaissance à ces gens
qui ont l'intelligence et la vision de discerner les intérêts
qu'ils ont en commun.
Officiellement, comme de juste, ce sont les Nations Unies
qui sont notre espoir. Le monde, effrayé de son ombre,
souhaite ardemment une sécurité par laquelle
tous les États auront en commun le souci de la paix
et du bien-être de chacun.
Les Nations Unies ne jouent pas encore un rôle entièrement
efficace mais que ceux qui ne sont pas satisfaits trouvent
quelque chose de mieux. À défaut de collaboration
au moyen d'un organisme de ce genre, il n'y a pas d'autre
choix que l'anarchie, dans laquelle chaque nation cherche
à assurer sa sécurité par la force des
armes ou par des alliances, jusqu'au moment où elles
sont toutes avalées par la plus puissante.
Il a fallu longtemps pour forger les premiers outils de
pierre, et les Nations Unies, qui sont un outil de paix, sont
depuis peu de temps à l'oeuvre. Elles font un on travail,
mais leur rôle ne sera réellement efficace que
lorsque quelque événement imprévu en
aura fait comprendre au monde entier la nécessité
et la valeur.
Peut-être que dans ce cas, comme en toutes choses,
ce sont les petits qui devraient mettre la machine en train.
Si un assez grand nombre de particuliers répétaient
sans cesse aux représentants des Nations Unies :
« Dépêchez-vous de vous unir », peut-être
que cela aiderait.
Peut-être également faudrait-il déployer
en lettres de feu dans chaque ville et village, sur toutes
les tribunes législatives et sur tous les pupitres
des instituteurs la première phrase de la Charte :
NOUS, PEUPLES DES NATIONS UNIES, SOMMES RÉSOLUS
à préserver les générations futures
du fléau de la guerre.
Nécessité d'un idéal
Nous sommes tous enclins à être exaspérés
par notre impuissance en face de la situation actuelle du
monde. Les déclarations de foi des hommes ne concordent
pas avec leurs actions ; nous ne pouvons pas comprendre
les désaccords et les veto. Il semble parfois que les
peuples de la terre ne peuvent manquer de se détruire.
Nous avons l'impression d'habiter un monde qui tourne de plus
en plus lentement autour d'un soleil mourant.
La crise actuelle n'est pas tant le résultat de la
lutte entre nationalités que de celle entre les hommes.
Nous ne sommes pas victimes d'une implacable destinée,
mais de notre ignorance des principes élémentaires
de collaboration.
Nous sommes, peut-être trop près du sol, et
avant que nous soyons convaincus du besoin de paix et de collaboration,
peut-être faudra-t-il que nous soyons soulevés
de terre, comme Antée par Hercule.
En résumé
Nous n'aurons qu'une vague idée du monde nouveau
tant que nous ne l'observerons pas avec des idées nouvelles
de connaissances géographiques, de réalités
économiques et de vision spirituelle.
Nos anciennes civilisations ne sont pas mortes parce que
c'était leur destin, mais parce que leurs propres peuples
les ont laissé mourir volontairement ou par apathie.
Nous, dans le monde occidental, avons encore en nous un peu
d'étincelle créatrice, et si Dieu nous donne
la grâce de la transformer en flamme, rien sur la terre
ne pourra nous empêcher d'établir quelque jour
le genre de société humaine dans laquelle tous
les hommes trouveront bon de vivre.
Mais ne nous attendons pas à des miracles. Nos améliorations
sociales, comme nos progrès personnels, viennent en
petites doses. Nous ne pouvons guère dire : « Je
vais faire de moi un autre, homme. » Nous pouvons dire
seulement : « .Je vais me corriger de cette mauvaise
habitude et adopter celle-ci qui est meilleure. » De
même, dans cette société mondiale, le
progrès consistera de tout petits pas en avant.
Nous ne pouvons pas rester plus longtemps indifférents
à ce qui se passe dans le monde, mais point n'est besoin
de ne rien faire et de nous tordre les mains avec désespoir.
Si nous regardons autour de nous, nous pouvons voir dans les
yeux des gens bien intentionnés la conviction qu'avec
de la bonne volonté, de la résolution et du
travail, nous arriverons certainement à notre but.
Prenons comme devise les mots de Marc-Aurèle adaptés
à notre époque : « En tant qu'individu,
mon pays est le Canada ; mais en tant qu'homme, je suis
citoyen du monde entier. »
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
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