Vol. 50, N° 8 Août 1969
Le temps de la discussion
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Si l'homme est la seule créature
qui puisse s'attirer des affaires par la parole, il est aussi
la seule qui sache se tirer d'affaire par la conversation.
L'avènement de tout progrès politique, économique
ou social n'est en somme que le résultat d'un long
et intelligent effort de confrontation des idées et
des faits.
Quiconque refuse systématiquement de soumettre ses
opinions à l'épreuve du dialogue sera absolument
incapable de faire face aux exigences de la vie de notre époque.
Chacun, quel que soit le point de vue qu'il soutienne en matière
d'art, de religion, de gouvernement, d'activités commerciales
ou d'éducation, doit reconnaître que l'accroissement
technique de la puissance de l'homme a provoqué une
transformation radicale de notre milieu et nécessite
des laçons nouvelles de penser, de sentir, d'apprécier
et de décider ce qu'il faut faire. La société
idéale à l'âge de la communication totale
est la civilisation du dialogue.
Il serait désastreux pour les valeurs propres à
notre mode de vie que nous cédions devant les forces
techniques qui menacent nos facultés personnelles de
réception et de communication des idées. Nous
pourrions devenir absorbés par la surveillance de nos
appareils économiseurs de temps au point de ne plus
trouver le loisir d'ordonner et d'exprimer nos pensées
et nos idéaux les plus intimes ; nous sommes exposés
à laisser paresseusement les grands moyens d'information
endormir nos esprits par le chant de leurs annonces ou leurs
opinions toutes faites ; nous risquons de nous imposer
silence les uns aux autres dans des salles de télévision
faiblement éclairées au lieu de parler, de discuter
et de nous extérioriser dans la recherche en commun
d'idées et de faits intéressants et vivifiants.
La discussion présuppose que chacun a connu des expériences
susceptibles d'apporter quelque chose de profitable à
l'ensemble des interlocuteurs. Elle reconnaît que l'on
ne possède pas la vérité tout entière,
mais qu'on la cherche, qu'on y aspire et qu'on la découvre.
Le dialogue est le langage de l'esprit aventurier, qui confronte
de nouvelles réalités, cherche à élargir
ses horizons, désire accroître son savoir, tient
à approfondir sa compréhension. Le monologue,
au contraire, est le langage de l'homme de mentalité
primitive qui se prend pour le nombril du monde. Le dialogue
est fécond parce qu'il développe les connaissances ;
le monologue est stérile parce qu'il manifeste la crainte
qu'une croyance ou une opinion ne puisse résister à
la pierre de touche des questions et des réponses.
La conversation
Il est très important pour la plupart des gens de
parler et de se faire entendre, d'exposer leurs problèmes,
de se décharger l'esprit. Une bonne conversation est
l'un des plus grands plaisirs qui existent.
La conversation a quatre buts principaux : transmettre
des renseignements, obtenir des renseignements, persuader
et manifester de l'intérêt envers les autres.
La conversation est la forme la plus simple du dialogue.
C'est par la conversation, sous cette forme, que se sont édifiées,
au siècle de Socrate, les bases de la civilisation
dont nous bénéficions aujourd'hui. C'est à
partir de la conversation que s'est écrit le Nouveau
Testament. C'est aussi la conversation des érudits
et des docteurs d'un monde sans livres qui a permis de faire
refleurir le savoir à la fin de l'âge des ténèbres.
La bonne conversation stimule l'esprit. Même si elle
n'aboutit à aucune conclusion pratique, la conversation
est un exercice profitable, car elle remue les idées
et suscite des vues nouvelles. Mais pour en tirer le meilleur
parti, il faut la concevoir comme une activité intellectuelle,
et non pas comme un simple échange verbal de pensées
banales.
La conversation consiste à la fois à transmettre
et à recevoir des idées. Comme le disait si
bien quelqu'un : « J'aime tant à parler que
je suis prêt à récompenser mes auditeurs
en écoutant à mon tour. » C'est de cet
échange de propos que jailliront, au sein d'un groupe,
des masses d'expériences, d'anecdotes, d'aperçus
nouveaux, de citations, d'incidents historiques, en un mot
toute la gamme des observations diverses que peut éveiller
dans les esprits un sujet de conversation commun.
Il est possible d'amener les gens à exprimer avec
entrain des vues variées sans recourir à un
règlement d'assemblée. Point n'est besoin de
formalités compliquées ; c'est une question
de simple politesse. Ainsi, le brillant causeur n'est pas
celui qui tient ses auditeurs sous le charme, mais celui qui
fait participer tout le monde à la conversation.
La conversation intelligente n'est le propre que d'une société
intelligente. Elle répugne absolument aux esprits étroits
qui sont incapables de dépasser le niveau du terre-à-terre
et des banalités. Est-il quelque chose de plus assommant
que deux personnes qui débitent des mots sur des choses
qui ne les intéressent ni l'une ni l'autre ? La
conversation négligée roulant sur des lieux
communs est aussi improfitable que vaine et déprimante.
Il y aurait de quoi mourir de honte à en écouter
la reproduction sur bande magnétique.
Le dialogue
Le dialogue est une conversation dans un but déterminé.
C'est la seule arme de la raison. C'est une activité
raffinée, démocratique et profitable, et ceux
qui refusent le dialogue adoptent une attitude par trop intransigeante.
Il n'y avait pas de dialogue chez les sorciers primitifs qui
exploitaient les passions des tribus. Le dialogue n'existait
pas non plus pour Staline, qui se gardait de discuter ses
opinions visant à l'extermination ou à la compromission
de ses adversaires.
Les institutions démocratiques et la liberté
politique ne peuvent survivre sans la discussion, la critique
et les débats. Sommes-nous trop occupés à
jouir de la vie pour entamer un dialogue destiné à
permettre la continuation de la vie ? Ou trop ignorants ?
Ou trop insouciants ? Ou trop parasites ? Tout cela
a contribué à la décadence de l'Empire
romain.
Un dialogue n'est ni un vulgaire marchandage, ni une forme
inférieure de négociation. Ce n'est pas non
plus un affrontement entre deux concurrents, mais une conversation
où chacun des interlocuteurs expose des faits et où
chacun d'eux étudie les faits énoncés
par l'autre. C'est un échange d'idées intelligentes
qui fait naître un nouvel ensemble de connaissances.
Il nous fait passer du domaine du baguenaudage bien intentionné
à celui de l'action fondée sur le savoir et
la compréhension.
Le monopole de la conversation est étranger au dialogue.
La balle doit être lancée et relancée.
Il faut donner et recevoir. Les participants espèrent
trouver une solution en examinant la situation sous divers
angles.
Cet exercice révèle la véritable personnalité
de ceux qui s'y livrent. Il dissipe la mystification et dégonfle
l'omniscience ; il démasque la mauvaise foi et
l'égoïsme. Le dialogue atténue les préjugés
et engendre la confiance, marque distinctive des rapports
sociaux entre égaux.
Se placer au point de vue des autres
Savoir écouter avec impartialité des points
de vue différents, c'est un excellent moyen de former
de bons jugements sur les questions en discussion, et il faut
pour cela s'efforcer sincèrement d'envisager les choses
du point de vue de son interlocuteur.
Beaucoup de sujets d'irritation dans la société
proviennent du fait que certaines personnes n'accordent pas
d'attention à des problèmes que d'autres jugent
importants. Il se peut que deux cultures possèdent
des institutions qui paraissent très semblables à
l'observateur extérieur et qu'il y ait, dans les langues
qui leur sont propres, des mots qui se ressemblent tellement
qu'on est porté à leur donner le même
sens, mais les réalités sont différentes.
Lorsque nous séjournons à l'étranger,
nous savons nous adapter aux différences les plus évidentes,
comme celles du vêtement, de la langue et de l'architecture.
C'est dans les petites différences que les choses se
compliquent : le goût du café en Angleterre,
l'heure de la sieste en Italie, le bruit des rues étroites
de Paris, l'appel à la prière des 24,000 minarets
à Bénarès. Pourtant, tout cela fait essentiellement
partie de la vie quotidienne des habitants de ces pays ou
de ces villes.
Ce n'est pas à dire que nous devions approuver tout
ce que nous voyons et entendons. Il est parfaitement possible
de se former une opinion bien à soi et d'y tenir tout
en reconnaissant que ce n'est somme toute qu'un point de vue.
Dans le dialogue authentique, nous respectons les opinions
de notre interlocuteur et nous essayons de presser le bouton
qu'il faut pour qu'il s'ouvre et qu'il nous fasse connaître
le fond de sa pensée. Il est facile et enfantin de
ne voir que ce qu'il y a de faux et erroné dans les
affirmations d'un homme : il faut beaucoup plus d'effort
et d'intelligence pour déceler et admettre la justesse
de certaines de ses idées.
Pour que le dialogue soit efficace, il suffit d'observer
quelques règles fort simples. Ce que l'on considère
très souvent comme dialogue n'est que le tapage que
font des propagandistes en présence. La loi qui préside
aux débats de ce genre est celle des matchs de boxe
et des combats de lutte.
Le dialogue véritable exige une base commune :
un sujet sur lequel les participants sont renseignés
et auquel chacun peut apporter le concours d'une pensée
originale. Cela suppose beaucoup de bonne volonté.
Tout dialogue commence par un acte de foi, c'est-à-dire
par l'hypothèse que les interlocuteurs parleront en
toute honnêteté dans le but de parvenir à
s'entendre et qu'ils feront preuve de magnanimité l'un
envers l'autre.
Une bonne façon d'engager le dialogue consiste à
poser des questions et à écouter les réponses.
Lorsque Napoléon s'aperçut que ses conseillers
se contentaient de faire écho à tout ce qu'il
disait, il s'empressa de les rappeler à l'ordre :
« Vous n'êtes pas ici, leur dit-il, pour me donner
raison, mais pour exprimer vos vues personnelles. »
C'est en comparant des points de vue divers que notre raison
s'achemine vers la vérité. L'étude des
options qui s'offrent à nous augmente nos chances de
découvrir la meilleure solution des problèmes.
Préparez-vous
L'homme qui croit au dialogue ne se présente pas
à la table de conférence les mains pleines d'affaires
à expédier en vitesse, mais la tête remplie
d'idées constructives. Ayant déjà étudié
la question, il n'a pas besoin de perdre du temps à
ergoter sur des vétilles ni à improviser la
marche à suivre. Il apporte une contribution pleine
d'à-propos à la discussion.
En préparant un dialogue, il est bon de faire une
esquisse du sujet traité. Même si plusieurs points
de détail doivent être modifiés au cours
du dialogue proprement dit, il importe d'avoir une idée
claire de vos arguments et de l'endroit où ils doivent
intervenir dans le débat. Il s'agit ensuite de réunir
les matériaux et les faits nécessaires pour
bien plaider votre cause. Disposez vos idées selon
un plan bien ordonné.
Si le dialogue doit porter sur une question importante,
il y a avantage à ce que tous les participants préparent
et fassent circuler une espèce de « livre blanc »
ou d'exposé préliminaire. Ainsi, chacun arrivera
à la table avec une idée d'ensemble du problème
et prêt à débattre la façon même
de concilier éventuellement les idées et les
propositions différentes.
Les « faits » sont non seulement inutiles, mais
dangereux, s'ils ne sont pas exacts. L'inexactitude n'est
pas forcément synonyme de fausseté, mais elle
indique parfois un manque de souci de la précision.
Les faits diffèrent de l'opinion. Songez à
la confusion qui règne dans tant de conversations parce
que les gens envisagent un même ensemble de faits à
des points de vue différents. Ils prennent leurs convictions
pour des preuves et ils insistent sur la vérité
d'une affirmation parce qu'ils croient qu'il en est ainsi.
À vrai dire, ce ne sont pas les choses, mais les opinions
que les hommes s'en font qui causent du tourment à
l'humanité.
Les définitions précises favorisent la compréhension
mutuelle. Veillez à ce que chacun connaisse exactement
le sens de vos paroles. Il est souvent utile de définir
avec clarté les arguments contradictoires, afin de
ne plus avoir à se préoccuper de l'accessoire
au moment critique. Pour atteindre ce but loyalement, il faut
comprendre non seulement les détails techniques, mais
la nature même de ce que l'on propose. Si la question
ne vous semble pas claire, dites franchement : « Alors,
si mon opinion dans ce cas n'est pas acceptable, avez-vous
autre chose à proposer ? » Cette tactique
vous laissera libre de modifier votre position si l'on vous
offre des arguments convaincants.
Assurez-vous que le véritable problème est
bien mis en évidence. Il n'y a pas de solutions aux
problèmes inconnus. « L'exposition d'un problème,
a dit Einstein, est souvent plus essentielle que sa solution. »
Il importe d'analyser les généralités
trop absolues si l'on veut qu'elles aient une certaine utilité.
Les petits problèmes sont plus faciles à résoudre
que les grands, mais il ne faut jamais perdre de vue l'idée
d'ensemble de la question. Ce sont presque toujours des fragments
d'une situation globale que l'on étudie ou que l'on
discute : la guerre du Vietnam, la faim en Afrique, la
pauvreté en Amérique, les missiles dans l'atmosphère.
La première préoccupation de l'humanité
n'est ni la survie de telle ou telle nation ni la lutte contre
la faim, chez certains peuples ; le grand problème
en jeu est celui de la survie de l'espèce humaine.
Ne vous écartez pas de la question
En discutant les petits problèmes dans leur cadre
général, il importe de s'en tenir à la
question. Les véritables éléments de
base d'une bonne composition picturale sont l'unité
et la simplicité. Aucun tableau ni aucun exposé
ne peut avoir de force ou d'utilité si son auteur cherche
à exprimer plusieurs choses à la fois.
Lorsque nous abordons un sujet que nous croyons connaître,
nous sommes, pour la plupart, exposés à en dire
trop. Le centre de la réponse à une question
doit être le sujet même de la question, et la
circonférence ne doit pas être plus grande qu'il
ne faut pour répondre adéquatement à
la question. Les minuties hors de propos ralentissent la conversation
et en provoquent parfois l'arrêt complet. Tout le monde
connaît bien le sentiment de déception que font
naître en nous les personnes qui se perdent en digressions
sans jamais omettre un seul fait inutile.
Le dialogue est une recherche de la vérité.
« L'ange, écrit saint Thomas d'Aquin, perçoit
la vérité par simple appréhension, tandis
que l'homme acquiert la connaissance d'une vérité
simple par une opération portant sur des données
multiples. » La recherche suppose la docilité
d'esprit nécessaire pour s'élever jusqu'à
ce qui reste encore incompris et même jusqu'à
ce qui nous répugne de prime abord. Quand une idée
vient en compléter une autre, il est étonnant
de voir combien souvent une vérité commune se
dégage du dialogue entre personnes qui différaient
d'opinions à l'origine.
Il se peut que certaines solutions paraissent dures, mais
on ne risque rien de vraiment valable à chercher à
connaître la vérité à leur sujet.
Ponce Pilate a mérité la réprobation
de l'histoire, non pas pour avoir posé la grande question
« Qu'est-ce que la Vérité ? »,
mais pour ne pas avoir attendu la réponse.
L'honnêteté dans le dialogue consiste à
faire de son mieux pour connaître et dire la vérité,
à avouer le cas échéant son incertitude,
à ne pas affecter de savoir ce que l'on ignore et à
être franc et loyal.
Le silence est d'or
Il est parfois bon de marquer des pauses dans la conversation.
C'est Mozart qui a dit : « Mes silences sont plus
importants que mes notes. »
Il existe naturellement deux sortes de silence : celui
de l'ignorance apathique et celui de l'attention intelligente.
Se demander ce que l'on peut taire est une règle d'or
en diplomatie, et cette règle joue un grand rôle
dans le tact quotidien qui permet aux gens de mieux s'entendre
les uns avec les autres.
Même si l'on risque de passer pour excentrique, il
est quelquefois sage de garder le silence au cours d'un dialogue.
Un brillant orateur de comités avait coutume d'apporter
aux séances une petite carte qu'il posait, devant lui,
sur la table de conférence. Il y avait inscrit ces
deux mots : « Tais-toi ». James Simpson, le
commis qui devint président de Marshall Field and Company,
fumait des cigares afin d'être sûr de se taire
pendant les conférences. Peut-être imitait-il
en cela les oies migratrices qui devaient survoler le Taurus,
montagne remplie d'aigles. Pour s'empêcher de cacarder,
ces oies tenaient des pierres dans leurs becs, ce qui leur
permettait de passer au-dessus des aigles sans se faire entendre.
Il ne faut pas confondre le silence avec l'art d'écouter.
Dans un dialogue, chaque participant a le devoir d'écouter.
C'est en écoutant attentivement et en posant des questions
pertinentes que l'on obtient les renseignements nécessaires
au cheminement méthodique de l'esprit.
Se borner à écouter poliment ne suffit pas :
il faut s'intéresser à ce qui se dit, s'appliquer
à découvrir ce que l'interlocuteur a dans l'idée.
Cela a aussi l'avantage de l'assurer de votre entière
loyauté et de le prédisposer à adopter
la même attitude.
En écoutant avec attention, on se renseigne parfois
sur des options qui ne sont pas immédiatement apparentes.
Il importe d'écouter les faits tout en s'efforçant
de découvrir ce qu'ils signifient en définitive.
Si vous pensez trop à ce que vous allez dire ensuite,
vous perdez le fil, et la conversation finit par ne plus avoir
aucune suite.
Les mots vifs et irréfléchis ne sont guère
de mise dans le dialogue. La seule interdiction absolue dans
les règles du dialogue est celle qui défend
de perdre son sang-froid, même devant les observations
les plus acerbes et les plus irritantes.
Le dialogue doit-être empreint d'urbanité.
Engagez la conversation sur un ton amical, exposez vos vues
calmement et sans passion. Si vous faites valoir vos idées
avec véhémence, on vous soupçonnera de
tenter à dessein de huer les idées des autres,
car il est dans la nature du savoir et de la conviction de
s'exprimer avec calme et mesure.
Ayez du respect pour la science des autres, dites ce qui
est nécessaire et courtois, parlez de façon
concise, appuyez sur certains faits en augmentant le sérieux
de votre ton et non le volume de votre voix.
Vous aurez parfois à converser avec des gens qui
vous prendront à rebrousse-poil. Concentrez alors votre
attention sur le sujet, dont les faits sont impersonnels.
Même s'il vous est impossible d'y acquiescer, soyez
sympathique aux idées et aux désirs de votre
interlocuteur, de façon que votre désaccord
ne soit pas désagréable.
Le dialogue est plutôt un moyen de rechercher la lumière
qu'un moyen de produire de la chaleur. Il sied mieux aux hommes
à l'esprit mûr que les bruyantes querelles verbales
que se livrent les gamins. Le participant idéal, dans
une conversation ou un dialogue, n'est pas celui qui l'aborde
avec une théorie toute faite qu'il refuse d'abandonner.
Ce n'est pas l'homme qui dit « oui, oui » ou « non,
non », mais celui qui répond d'une façon
intelligente « oui, mais ... » ou « non,
et pourtant ... »
La valeur du dialogue
Pour certaines personnes, il existe tant d'antagonismes
et d'incertitudes dans le monde qu'il semble impossible de
résoudre les divergences d'opinions. Pour d'autres,
la vie est si compliquée qu'elle est dénuée
de sens.
Aucune de ces vues n'est juste. En parlant intelligemment
les uns avec les autres, nous pouvons faire disparaître
les antagonismes. En échangeant des idées, nous
pouvons donner un sens à une vie trop compliquée
pour être comprise sans aide par l'individu. Par le
dialogue, nous connaissons un élargissement d'esprit
qui nous permet de saisir les idées nouvelles et de
concilier l'ancien et le nouveau. Dans le dialogue, nous mettons
à contribution les qualités mêmes qui
distinguent l'être humain des animaux inférieurs :
l'intelligence et la communication des idées.
Beaucoup de Canadiens en sont venus à croire que
le dialogue peut constituer un meilleur cadre que le champ
de bataille pour édifier la nation, réformer
la société et renouveler la collectivité.
L'essence du dialogue, c'est de comprendre qu'il n'existe
pas de réponse unique et définitive à
un problème complexe d'histoire ou de sociologie, mais
seulement des réponses passagères, fondées
sur la connaissance des événements en cours.
Les avis sont partagés même lorsqu'il s'agit
de déterminer en quoi consiste une solution. Certains
se contentent d'un règlement provisoire et sont heureux
de voir se poursuivre un dialogue continuel où chaque
nouveau règlement est un pas vers une solution définitive.
D'autres, qui ont le sens de la permanence, voudraient que
les choses soient réglées une fois pour toutes ;
ils jouent à tout ou rien.
Il semble plus rationnel d'adopter la première ligne
de conduite, de rechercher une doctrine adaptée aux
circonstances de notre temps. Nous ne devons pas oublier que
les époques ne sont pas plus infaillibles que les individus.
Chaque siècle a soutenu des opinions que les siècles
postérieurs ont jugées non seulement fausses
mais absurdes. La voie qui mène au progrès semble
consister à discuter les choses les uns avec les autres,
à échanger et à étendre nos idées,
afin d'assurer notre croissance future. Et c'est là
dialoguer !
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