Août 1955 Le mot propre
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Les mots les plus simples, convenablement
choisis et heureusement disposés, possèdent
le pouvoir magique d'exprimer nos sentiments et de transmettre
nos idées.
Chaque mot que nous écrivons emporte un message.
Savoir dire ce qu'il faut pour obtenir le résultat
voulu ne sert pas seulement à revêtir nos rapports
commerciaux ou sociaux d'une certaine élégance
littéraire, c'est une fonction essentielle de la vie ;
notre seul moyen de contact intellectuel avec notre entourage.
Nous avons porté notre système de communication
à un haut degré de perfection technique. Nous
sommes capables de converser avec l'autre bout du monde et
de faire renvoyer un rayon de radar à la lune. Mais
nous n'arriverons à jouir de ces merveilles que si
nous apprenons à mieux nous entretenir les uns avec
les autres de questions comme la bombe atomique.
Dans le domaine social et économique nous avons besoin
de pouvoir converser librement et intelligemment si nous voulons
que nos bonnes idées soient convenablement exprimées
et qu'elles portent fruit. Nous avons tous éprouvé
le sentiment de savoir des choses d'une très grande
importance, mais de constater que les mots nous manquent quand
il s'agit de les exprimer.
Comparez l'effet et le charme d'une lettre dont les mots
expressifs vous expliquent clairement ce que vous attendez,
avec la lettre d'un homme qui a la paresseuse habitude d'employer
des mots vagues qui nous forcent à deviner ce qu'il
a voulu dire et, par conséquent, ne produisent pas
l'effet voulu.
La première chose à se demander en commençant
de dicter le matin ou en s'installant pour écrire à
un membre de la famille, n'est pas « quels mots vais-je
employer ? », mais bien : « Pourquoi vais-je
écrire cette lettre ? Pour ma propre satisfaction ?
Pour que la copie au carbone fasse une bonne impression sur
mon chef ? Pour expliquer mes idées à celui
à qui j'écris ? »
Les mots servent à exprimer des idées. Un
sermon, une excuse pour se disculper, un article comme celui-ci,
une décision juridique ou une cause, une lettre à
ses parents, une soumission pour une commande d'un million
de dollars : ce ne sont là que des mots. Mais
ce sont des mots que leurs auteurs ont arrangés de
manière à leur faire produire le résultat
désiré.
Le mot propre
Il y a deux manières de juger la qualité des
mots : par leur aptitude à exprimer exactement
ce que nous voulons dire, et par leur son ou leur apparence.
Il y a des mots dont on se sert dans le conversation mais
qu'on n'écrit pas ; d'autres, qui font très
bon effet par écrit, paraissent trop recherchés
dans la conversation.
Très souvent, le choix d'un mot n'est pas dicté
par le dictionnaire mais par le jugement de celui qui écrit.
Il ne faut pas être très instruit pour savoir
qu'un mot banal ou vulgaire choque l'oeil ou l'oreille dans
un texte plus ou moins officiel. On sent instinctivement,
par la force de l'habitude, quand un mot est déplacé.
Mais il ne faut pas devenir trop difficile. C'est certainement
un avantage de savoir qu'un mot est dérivé du
latin ou du grec, ou de toute autre source, mais il n'est
pas nécessaire de connaître la généalogie
d'un mot avant de l'employer. Il suffit qu'il exprime ce que
nous voulons dire, qu'il soit de mise et qu'il sonne bien.
Il y a des règles qui régissent le choix des
mots, mais elles ne sont pas absolues. En général,
il est bon de ne pas employer deux mots pour rendre une idée
quand un seul suffit. Par exemple, ne pas dire « aimer
mieux » au lieu de « préférer ».
Mais il ne faut pas pour cela ne jamais dire « aimer
mieux » quand on le préfère à l'autre.
De même, la phrase précédente aurait pu
commencer par « généralement » qui,
avec un seul mot, est plus lourd que « en général »
qui en a deux. C'est une affaire de goût et d'oreille.
Ce qu'il faut éviter surtout dans la prose, c'est
la périphrase, c'est-à-dire, dit le Petit Larousse
« le procédé qui consiste à exprimer
par plusieurs mots ce qu'on aurait pu dire en un seul :
la ville Lumière, pour Paris ; le roi des oiseaux,
pour l'aigle ; l'astre de la nuit, pour la lune ».
Admirons toutefois cette superbe périphrase de Bossuet
pour désigner le confessionnal : « Ces tribunaux
qui justifient ceux qui s'accusent. » En somme, la même
pensée devient faible ou forte, selon le nombre de
mots qu'on emploie pour l'exprimer.
Prenez cette phrase : « Les pensées élevées,
celles qui ennoblissent et exaltent l'homme, ont leur origine
et leur source au fond de votre coeur. » Ce n'est pas
trop mal, mais cela n'a rien de saisissant. Voyez maintenant
comment La Bruyère a rendu cette idée :
« Les grandes pensées viennent du coeur. »
Définitions
On a dit que la plupart des disputes seraient immédiatement
terminales si l'un des adversaires prenait le temps et avait
le courage de dire exactement et brièvement ce qu'il
entend par les mots employés dans la discussion.
En effet, quand deux personnes discutent face à face
ou par lettre, elles finissent par s'entendre quand chacune
d'elles arrive à comprendre ce que l'autre veut dire.
Tant qu'elles s'en tiennent à leurs propres idées
sans se donner la peine de se rendre compte si ces idées
correspondent à celles de l'autre, elles n'arrivent
qu'à s'exaspérer et à fatiguer leurs
dactylographes.
Il n'est pas nécessaire de définir tous les
mots, mais seulement ceux qui ne sont peut-être pas
clairs pour l'une ou l'autre personne, et il est bon de faire
des dessins ou de tracer des plans qui aident à faire
comprendre ce qu'on veut dire.
Mais la définition ne prouve pas qu'on a raison.
Elle n'est pas vraie ou fausse, sauf dans les circonstances.
Un auteur en donne un exemple amusant. « Si je définis
l'homme comme un bipède sans plumes, alors, d'après
ma définition, un poulet plumé est un homme. »
Les définitions sont utiles comme points de départ.
Elles nous évitent des discussions qui ne mènent
à rien. Elles empêchent les pauvres esprits de
devenir ennuyeux et, quand nous nous en servons dans nos raisonnements,
elles nous aident à rester dans la bonne voie.
Le vocabulaire
Plus vous avez de mots dans votre vocabulaire, mieux vous
êtes capable de vous exprimer simplement, et de comprendre
sans effort ce que l'on vous dit.
On n'a pas besoin de tous les mots de la langue pour exprimer
ses idées. Shakespeare, qu'on cite toujours dans ce
cas, n'en a employé que vingt-cinq mille dans ses ouvrages,
et il est douteux que Racine et Corneille à eux deux,
en aient employé beaucoup plus.
Les idées simples que représentent quelque
17,000 mots du dictionnaire, ne suffisent pas à faire
un écrivain. Celui qui connaîtrait ces 17,000
mots pourrait bien être incapable de tracer une phrase ;
car le talent ne consiste pas à se servir sèchement
des mots, mais à découvrir les nuances, les
images, les sensations qui résultent de leurs combinaisons.
Les mots changent avec le temps, et nous sommes obligés
de modifier l'idée que nous nous en faisons pour marcher
de pair avec notre époque. Si la langue était
immuable, si les mots ne prenaient pas de nouveaux sens, et
si les événements ne nous forçaient pas
à en créer de nouveaux, nous ne serions même
plus capables de penser. En effet, comment pourrait-on expliquer
les théories d'Einstein dans la langue d'Euclide ou
d'Aristote, ou donner des ordres aux ouvriers d'une usine
d'automobiles en latin, ou même négocier un emprunt
à la banque en français du XVIIe siècle.
Les mots sont faits pour exprimer les sentiments et les expressions
d'une époque, et pour communiquer les idées
qui en découlent. D'où leurs changements et
leurs transformations.
En même temps que les mots changent, la langue évolue,
et nous n'écrivons plus aujourd'hui comme on écrivait
au XVIIe siècle. « Le style, disait Mme de Staël
au XVIIIe siècle, doit subir des changements par la
révolution qui s'est opérée dans les
esprits et dans les institutions ; car le style ne consiste
point seulement dans les tournures grammaticales ; il
tient au fond même des idées, à la nature
des esprits. Le style des ouvrages est comme le caractère
d'un homme ; ce caractère ne peut être étranger
ni à ses opinions, ni à ses sentiments ;
il modifie tout son être. »
Joubert précise encore la question : « Si,
sur toutes sortes de sujets, dit-il, nous roulions écrire
aujourd'hui comme on écrivait du temps de Louis XIV,
nous n'aurions point de vérité dans le style,
car nous n'avons plus les mêmes humeurs, les mêmes
opinions, les mêmes moeurs. » Le style est non
seulement la manière d'exprimer nos pensées ;
c'est une création de forme par les idées et
une création d'idées par la forme. L'écrivain
crée même des mots pour indiquer un rapport nouveau.
Le style est une création perpétuelle :
création d'arrangements, de tournures, de ton, d'expressions,
de mots et d'images.
Le rapprochement, l'emploi de certains mots, leur donne
une magie spéciale, une poésie particulière,
une signification nouvelle.
Guy de Maupassant a dit quelque part : « Les mots
ont une âme. La plupart des lecteurs et même des
écrivains ne leur demandent qu'un sens. Il faut trouver
cette âme, qui apparaît au contact d'autres mots,
qui éclate et qui éclaire certains livres d'une
lumière inconnue, bien difficile à faire jaillir.
Il y a, dans les rapprochements et les combinaisons de la
langue écrite par certains hommes, toute l'évocation
d'un monde poétique que le peuple des mondains ne sait
plus apercevoir ni deviner. »
En résumé, le style est l'effort par lequel
l'intelligence et l'imagination trouvent des nuances, des
rapports, des expressions et des images, dans les idées
et les mots ou dans la relation qu'ils ont entre eux.
Les mots sont des étiquettes
Le langage n'est pas une science, mais simplement un outil
pour s'instruire. Les mots ne sont pas des choses, mais ce
sont des étiquettes que nous mettons sur les choses
pour les reconnaître facilement.
Dans l'antiquité, les mots avaient un pouvoir magique.
Il suffisait de dire « Sésame, ouvre-toi »
pour faire ouvrir la porte de la caverne où les quarante
voleurs entassaient leur butin. À cette époque,
il existait un lien beaucoup plus étroit et plus réel
entre le mot et la chose ou la personne qu'il désignait.
Aujourd'hui ceux qui prennent la peine de réfléchir
à ce qu'ils disent et à ce qu'ils écrivent
se rendent compte du danger d'accepter l'étiquette
pour la chose même, d'employer la même étiquette
pour deux choses ou deux idées différentes,
ou d'employer des étiquettes différentes pour
les choses qui se ressemblent.
En apprenant à parler aux enfants, il bon d'employer
la formule « on appelle ceci », « on appelle
cela » telle ou telle chose en montrant un objet :
par exemple, « on appelle ceci une épingle, mais
on appelle cela un bouton. » Un moment de réflexion
nous montre qu'en effet c'est beaucoup plus exact que de dire :
« ceci est une épingle et cela est un bouton ».
Un mot n'est pas une chose ; c'est le nom d'une chose.
Les signes que nous traçons sur le papier ne sont pas
des autos, des machines, des tables, des employés,
de la tristesse et du bonheur, mais simplement le nom par
lequel nous désignons ces choses. Les mots que nous
alignons les uns après les autres ne sont qu'une piste
qui permet au lecteur de suivre la marche de nos idées.
Plus les mots sont clairs, plus le lecteur a de chances de
ne pas se perdre en route.
Notre manière de penser et d'écrire dépend
entièrement de notre vocabulaire. Il est en effet impossible
de penser clairement à une chose dont on ne sait pas
le nom. Chaque nom représente une idée simple,
et chaque nom que nous ajoutons à notre vocabulaire
accroît le nombre de nos idées. Un philosophe
a dit : « Peut-on vraiment savoir ce que c'est qu'un
pigeon sans savoir que c'est un pigeon ? ... si
on est incapable de le désigner autrement que sous
le nom d'oiseau, on est loin de le connaître. »
Il y a plus de deux milliards d'êtres sur cette terre
auxquels nous appliquons le mot « homme ». Ils varient
énormément sous le rapport de la couleur, de
la taille, de l'âge, des habitudes et des connaissances,
mais ils présentent des similarités qui rendent
le mot « homme » applicable à tous. Il est
important, quand on veut désigner un groupe ou un individu,
d'en nommer les particularités. Nous disons qu'un tel
s'appelle « John Smith » et que c'est un « Anglais »,
ou bien nous faisons des distinctions sous le rapport de l'éducation,
de la religion, de la profession, ou des manières.
Tout cela est utile, mais il ne faut pas oublier que ce ne
sont là que des étiquettes commodes, qui ne
révèlent pas toute la vérité.
Le style
Le style est la manière propre à chacun d'exprimer
sa pensée par l'écriture ou la parole. Par l'écriture,
chez l'écrivain, et par la parole, chez l'orateur.
C'est l'expression, l'art de la forme, qui rend sensibles
nos idées et nos sentiments ; c'est le moyen de
communication entre les esprits.
Qu'il s'agisse de composer une ode ou d'essayer d'apaiser
un client mécontent, celui qui écrit s'efforce
invariablement de rendre son idée aussi claire que
possible.
Être clair, c'est très bien, mais il s'agit
d'être clair d'une manière agréable, et
cela dépend entièrement du choix des mots que
nous employons.
Dans un bijou, on fait la part de la valeur intrinsèque
et du travail. Une statuette en or de Benvenutto Cellini vaut
bien plus que son pesant d'or ; un diamant taillé,
bien plus qu'un diamant brut. Dans le style, on distingue
le fond et la forme. Le fond, ce sont les matériaux,
les pensées, la substance, le sujet. La forme, c'est
l'expression et l'habillement des idées. On perfectionne
son style par la lecture des bons auteurs, et il n'y a pas
de mal à chercher à les imiter, mais seulement
dans la mesure de nos moyens.
La simplicité est admirable, mais là encore
il ne faut pas pousser les choses trop loin. D'ailleurs la
simplicité exige beaucoup de travail, témoin
La Fontaine qui n'a atteint l'inimitable naturel de son style
qu'à force de labeur. Il raturait sans cesse et refaisait
jusqu'à dix ou douze fois la même fable, comme
on peut le voir par ses manuscrits. En cherchant à
écrire simplement, il faut, autant que possible, éviter
les expressions toutes faites. La marque du bon écrivain,
c'est le mot propre et la création de l'expression.
Trois qualités
Les trois qualités à cultiver pour bien écrire
sont : la précision, la clarté et la simplicité.
Quand nous avons recueilli tous les renseignements nécessaires
à l'appui de ce que nous allons écrire, nous
sommes en mesure de trouver le mot propre qui rend exactement
notre idée.
Notre but étant de nous faire comprendre, il faut
nécessairement que nous nous exprimions clairement.
La clarté découlera en quelque sorte de la peine
que nous avons prise pour assimiler notre sujet, car, dit
Boileau : « ce que l'on conçoit bien s'énonce
clairement. »
Nous courons souvent le risque d'être mal compris
quand nous employons des mots abstraits comme fraternité,
paix, prospérité, etc. Ce sont des mots qui
représentent des idées, mais nous avons affaire,
dans nos lettres et nos conversations, avec des gens qui sont
intéressés par des réalités.
Pour être bien compris, il est important d'écrire
ou de parler avec des mots à la portée de notre
auditoire. On ne parle pas aux enfants comme aux grandes personnes,
et un article de journal ne contient pas des mots savants
comme une dissertation ou une thèse. Les philosophes,
Bergson entre autres, se piquent d'écrire pour le grand
public. Mais Emile Faguet déclarait avoir lu et relu
les livres de M. Bergson sans jamais en avoir rien compris.
Prendre beaucoup de peine pour écrire simplement
semble favoriser la paresse du lecteur aux dépens du
travail de l'auteur. Mais si on veut se faire comprendre,
on n'a pas d'autre choix. Et si on se moque d'être compris
ou non, pourquoi se donner la peine d'écrire.
Si nous avons à employer un mot peu usité,
prenons soin de l'éclairer par le contexte. Il arrive
souvent, dans les affaires ou la vie privée, d'avoir
à expliquer une situation embrouillée. C'est
alors qu'il faut fouiller dans son esprit, ou dans un recueil
de synonymes, pour trouver le mot propre.
Vous serez probablement surpris d'apprendre le résultat
d'une enquête instituée par la Société
d'hygiène de la Floride pour s'assurer si les malades
comprenaient bien une vingtaine de mots employés en
matière d'hygiène. Sur 100 personnes interrogées,
seulement 46 connaissaient le sens de « citrus fruit » ;
seulement 33 avaient une certaine idée de ce que « nutrition »
voulait dire, et le mot « maternity » n'évoquait
qu'un certain genre de robe pour la plupart des malades du
sexe féminin.
Soyez explicite et concret
Un texte explicite a beaucoup plus de chances d'être
compris. Tachez que vos noms et vos verbes expriment exactement
ce que vous voulez dire et ce que vous désirez qu'on
fasse.
Tant que nous nous en tiendrons à des généralisations
et à des abstractions au lieu de mots concrets qui
se rapprochent le plus possible de la réalité,
dit un manuel de style, nous ne serons jamais que des écrivains
de deuxième ordre.
Souvent nous n'avons pas le choix, mais si nous sommes obligés
d'employer un mot abstrait, il est presque toujours possible
de l'éclairer par des mots concrets. Une lettre ou
un récit n'est en somme qu'une description, or, pour
être vivante, la description doit être matérielle.
Le maître de la description matérielle, c'est
Homère.
En nous relisant, nous nous apercevrons si la tendance à
faire usage d'abstractions est causée par la négligence
ou la timidité. C'est justement parce qu'ils sont vagues
que les mots abstraits sont si employés. La précision
demande beaucoup de travail, et il est parfois dangereux d'être
trop précis.
On sait que Flaubert est un des écrivains qui ont
le plus travaillé leur style. Il n'était jamais
satisfait tant qu'il n'avait pas trouvé le mot propre.
Il avait écrit, par exemple, dans le Festin des Barbares :
« La joie de pouvoir enfin se gorger à l'aise
éclatait dans tous les yeux » qu'il a remplacé
par « La joie de pouvoir enfin se gorger dilatait
tous les yeux. »
Le travail du style
Les mots sont forts ou faibles, selon la précision
avec laquelle ils accomplissent leur besogne. Le mot dynamique
n'est pas nécessaire dans toutes les occasions. Par
leur emploi trop fréquent, des mots comme urgent, danger,
crise, désastre, fatal, grave et essentiel finissent
par perdre leur force. On est alors tenté de leur accoler
une épithète, et on tombe dans le style d'Hollywood
où tout est colossal.
Pour écrire clairement, avec précision et
avec grâce, évitons les adjectifs superflus.
Quand nous ajoutons un adjectif, demandons-nous soigneusement
s'il est bien utile.
Beaucoup de maisons de commerce ont trouvé qu'une
annonce dans un style facile et naturel, dont la simplicité
fait parfois sourire les concurrents, produit généralement
d'excellents résultats.
Si nous prenons des exemples dans la vie privée au
lieu du monde des affaires, nous constatons qu'un mot simple
et connu est de beaucoup préférable à
un mot plus prétentieux. En effet, un accueil chaleureux
vaut mieux qu'une réception cordiale ; l'amitié
vaut mieux que la bonne intelligence, l'amour que la charité,
et le bonheur que la félicité.
Ce qu'il y a de plus important à se demander au sujet
d'un mot, est s'il fait aussi bien et aussi clairement l'affaire
qu'un autre.
Nos lettres et nos rapports n'ont pas besoin d'être
des chefs-d'oeuvre littéraires pourvu qu'ils soient
soignés. Écrivons de la manière qui convient
à notre sujet et au but que nous nous proposons, trouvons
le mot propre pour exprimer notre idée, évitons
les exagérations et n'oublions pas que les mots ne
sont que des étiquettes, que ces étiquettes
doivent avoir pour le lecteur le même sens qu'elles
ont pour nous, et disons-nous chaque matin, en commençant
de dicter, qu'on peut éviter la monotonie dans les
rapports et les lettres d'affaires.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
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