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Vol. 27, N° 8 Août 1946 Conservation du sol
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Les coulées profondément
ravinées de Banff font admiration des touristes ;
l'étrange beauté des terres maudites du Dakotasud
les séduit ; ils s'extasient à la vue des
colonnes multicolores du Canyon de Bryce, dans l'Utah, et
du manteau scintillant de Jacob, dans le désert de
l'Arizona. Songentils parfois que ce sont là
des terres mortes ? - mortes faute de protection contre
le soleil et la pluie - mortes parce qu'elles ont été
privées d'eau... mortes à jamais comme le deviendront
bientôt des millions d'acres au Canada si l'on ne fait
immédiatement ce qu'il faut pour les protéger.
La lutte contre le désert envahisseur ne connaît
pas de trève. Les anciens pays de l'Orient y étaient
déjà astreints. On y creusait des citernes pour
recueillir l'eau des pluies, on endiguait les rivières
pour capturer l'eau que l'on conduisait dans les champs au
moyen de rigoles. Lorsque le niveau de la rivière était
audessous de celui de la terre arable, on élevait
l'eau au moyen de pompes et de manèges, actionnés
par des hommes ou des chevaux. Quand l'eau coulait sous terre
on allait la chercher en creusant des puits où on la
prenait avec des seaux pour l'irrigation.
Ces anciens plans de conservation et d'irrigation étaient
assez bons si l'on tient compte du fait que les terrasses
et les fossés devaient être construits et creusés
par la main de l'homme mais ils ne souffraient plus aujourd'hui ;
en fait toutes les ressources de la science moderne et de
l'ingéniosité humaine ne seront pas de trop
si nous ne voulons pas être acculés, avant peu,
à la culture « sans terre » des récoltes.
Il y a seulement trois siècles la population du monde
n'était que de 465 millions ; elle est aujourd'hui
de trois milliards. Pour donner trois repas par jour à
toute cette multitude, il faudra tirer de chaque récolte
annuelle de céréales, de légumes, de
bestiaux, de toutes les choses enfin qui entrent dans l'alimentation
de l'homme, 2,775,825,000,000 de repas de plus qu'en l'an
1650, et c'est la terre qui sera appelée à fournir
tout cela.
Soyons réalistes
Présentée ainsi sous forme de repas, cette
question de la conservation du soi prend un aspect plus saisissant ;
elle sort des brumes de l'hypothèse ; elle devient
une question d'intérêt immédiat pour toute
la population, hommes, femmes et enfants. La destruction des
ressources est toujours un mal qui a de très grandes
ramifications, et il n'y a pas de ressource plus importante
que les huit ou dix pouces de la surface du sol. La question
de savoir si le monde pourra continuer à nourrir ses
habitants dans quelques générations dépend
de ce l'on fera pour protéger le sol contre l'érosion.
L'attention s'est portée tout particulièrement
sur l'Ouest du Canada, qui a connu des heures tragiques en
ces dernières décades, mais le besoin de conserver
et de restaurer est tout aussi pressant dans l'Est. L'Île
du Prince Édouard, le jardin du Canada, s'use peu à
peu sous l'action de l'eau. À Charlottetown, pour arriver
à un fond assez solide pour la construction des piliers
d'un pont, les ouvriers ont dû percer à travers
90 pieds de boue. Cette boue était autrefois le revêtement
fertile d'acres qui portaient des récoltes. Au Nouveau
Brunswick, on affirme que la crue des eaux dans le fleuve
StJean charrie en une semaine une quantité suffisante
de limon fertile pour couvrir 3,000 acres de terre d'une couche
d'un pouce. L'Ontario s'émeut, non seulement parce
que la bonne terre est emportée par l'eau et que la
dévastation causée par les terres abandonnées,
qui n'auraient jamais du être ouvertes par la charrue,
augmente sans cesse, mais aussi parce que les rivières,
autrefois poissonneuses, s'épuisent, car le limon empêche
le poisson de se nourrir et de se reproduire.
L'Ouest canadien
La colonisation de l'Ouest canadien a dû surmonter
bien des difficultés depuis 1870, mais aucune de ces
difficultés, à coup sûr, n'était
plus grave que celle résultant de la sécheresse
et de l'érosion.
Trois rapports avaient été présentés
sur les ressources de ces territoire avant son occupation ;
le premier en date était celui du Capitaine John Palliser
en 1857. Ce rapport était nettement défavorable.
« Toute cette plaine », disaitil, « sise
dans ce triangle dont la base repose sur la frontière
des ÉtatsUnis, et dont un côté part
de Brandon et l'autre des lacs Watertown pour atteindre le
sommet près de Saskatoon, est aride. » L'opinion
de Palliser fut confirmée par un géologue anglais,
Henry Y. Hind. Quinze ans plus tard, au cours d'une période
de pluies copieuses, John Macoun présenta un rapport
enthousiaste au gouvernement fédéral. L'étendue
arable, disaitil, couvrait 200 millions d'acres.
La colonisation suivit rapidement, sans plan d'ensemble.
Les chiffres suivants relatifs à la récolte
de blé en 1926 et 1937, sur une étendue à
peu près semblable dans les deux années donnent
une idée de la fluctuation de la production dans cette
terre promise.
| |
1928 |
1937 |
| |
boisseaux |
par acre |
boisseaux |
par acre |
| Saskatchewan |
321,215,000 |
23.3 |
36,000,000 |
2.6 |
| Trois provinces des Prairies |
544,508,000 |
23.5 |
156,800,000 |
6.4 |
L'érosion du sol est un grand problème dans
l'Ouest. Bien des fermes ont été abandonnées
à cause d'elle. Ce n'est pas un fléau nouveau.
Déjà, en 1887, le vent chassait la terre de
la ferme expérimentale d'Indian Head. Le district de
Monarch, dans le sud de l'Alberta, paraît avoir été
le premier à faire des efforts énergiques pour
enrayer l'érosion ; il a même réalisé
de tels progrès dans cette voie depuis 1918 que ce
district est considéré comme l'exemple le plus
frappant que l'on puisse trouver au Canada de la possibilité
de lutter contre ce fléau, même dans une région
où l'on peut s'attendre tous les ans ou presque à
de grands vents.
La terre recouverte d'une bonne couche de végétation
ne s'enlève pas au vent ; elle n'est pas non plus
emportée par l'eau quand les hauteurs sont recouvertées
de forêts qui retiennent l'eau des pluies, et les pentes,
d'herbe ou de plantes qui ralentissent la descente de l'eau.
Mais qu'une parcelle non protégée d'une ferme
soit attaquée par le vent ou l'eau, le ravage gagnera
les champs, les fermes ou les comtés voisins et tout
y passera.
La « mort lente » du sol
L'érosion du sol est une mort lente, aton
dit. Elle est en effet funeste, non seulement à la
végétation des plantes, mais aussi au progrès
humain. Le cultivateur qui voit sa ferme graduellement emportée
par l'eau ou par le vent, qui voit ses récoltes et
ses revenus décroître sans cesse, se décourage,
son moral s'affaiblit.
Une population de cultivateurs heureux et prospères
est la plus grande richesse d'un pays, mais quand le moral
se perd, quand les paysans deviennent apathiques, tout le
pays souffre.
La perte de ce capital représenté par la productivité
du sol est assurément un des risques les plus à
craindre. Il n'y a pas encore bien longtemps, si quelqu'un
avait eu la témérité de prétendre
qu'une ferme devrait être administrée comme une
entreprise commerciale, avec des registres et des comptes,
on l'aurait traité d'insensé, mais les temps
ont bien changé depuis lors.
L'étude de l'administration de la ferme, les relevés
de la production par acre, indiquent très nettement
les détails sur lesquels l'attention doit porter pour
maintenir ou rétablir la fertilité.
Une calamité nationale
Le cultivateur et sa famille ne sont pas les seuls lésés
par l'érosion du sol ; ses effets s'étendent
à toute la collectivité. Les contribuables qui
paient régulièrement leurs impôts sont
nécessaires à la municipalité. Quand
les fonds ne rentrent plus parce que les gens ne peuvent plus
payer leurs impôts, quand il n'y a plus d'argent pour
payer les maîtres d'école, la construction des
chemins et des ponts, et les nombreuses autres initiatives
nécessaires et désirables, toute la campagne
en souffre.
Le niveau de l'embauchage dans l'industrie manufacturière
varie selon le pouvoir d'achat de toute la population, et
il est à noter à ce sujet que les cultivateurs
forment une proportion de 20 pour cent de la population canadienne.
Si le niveau d'existence de 20 pour cent de la population
d'un pays est bas pour une raison quelconque, il est clair
que les conditions d'existence de toute la population et sur
tous les points du pays en souffriront, et que cette détérioration
entraînera fatalement le chômage et la dépression.
On voit donc que la perte constante et criminelle du capital
de la ferme, sous forme de sol productif, n'est que le premier
anneau d'une chaîne d'événements qui intéresse
profondément toute l'économie du pays.
Mais examinons un autre aspect de cette chaîne de
causes et d'effets. Quand la terre part au vent, le coût
de l'entretien des lignes de chemin de fer augmente ;
les grandes routes s'enlisent ; les mauvaises herbes
roulantes retiennent la terre qui s'amoncelle en gros tas,
à tel point qu'un boghey peut passer par dessus une
clôture.
Quelques exemples
Il y a quelques années, une enquête a révélé
que dans un petit district de l'Ontario, 75 bâtiments
de ferme étaient classés comme passables ou
pauvres, tandis que 44 autres étaient été
abandonnés ou démolis, révélant
ainsi une tragique histoire d'espoir, de labeur acharné
et de déceptions. La terre était bonne au début,
mais elle a été cultivée sans prévoyance.
La charrue l'a exposée aux attaques des vents et de
l'eau ; la productivité a faibli ; les revenus
ont diminué. Garçons et filles ont abandonné
la ferme pour la ville. Une ferme qui, il n'y a encore que
peu d'années, nourrissait et habillait une famille
nombreuse, ne fait plus vivre personne aujourd'hui et constitue
un danger pour ses voisins. Autrefois son propriétaire
déposait de l'argent à la banque, il achetait
des machines agricoles, il était le soutien principal
du commerce de détail local, le meilleur client des
maisons de commandes par la poste. Il aidait à nourrir
la ville. Aujourd'hui sa ferme n'achète rien, elle
ne paie pas de taxes, elle ne produit rien pour ajouter au
revenu national ou à la richesse du pays. Elle ne nourrit
personne.
Certains cultivateurs trouveront peutêtre des
raisons pour justifier leur culture intensive et irraisonnée
mais la nature n'en trouve pas. L'intérêt particulier
s'oppose à l'intérêt public ; il
est aussi contre l'intérêt réel de l'individu
parce que la culture fait partie de toute la structure économique
du pays, et quand l'économie est attaquée, l'individu
en souffre. En veuton un exemple : Dans le canton
de King, le déboisement de cinq acres de terre près
de la source d'un cours d'eau permanent a converti ce dernier
en cours d'eau temporaire et a ruiné l'industrie d'un
moulin. En 1941 il y avait, dans les provinces des Prairies,
plus de quatre millions d'acres de terre abandonnée
- une étendue qui, si l'on se base sur la moyenne à
long terme de 15.6 boisseaux par acre, pourrait encore produire
62,400,000 boisseaux de blé par an si la terre était
restée intacte.
Les causes de l'érosion
Devant ces effets alarmants de l'érosion sur la prospérité
des cultivateurs, les affaires, la vie de la collectivité
et celle de la nation en général, il convient
d'examiner sommairement ce que l'on entend par érosion,
comment elle se produit et quelles en sont les conséquences.
Les deux causes principales de l'érosion sont le
vent et l'eau. La pente de la terre est un facteur important,
de même que la température et la nature physique
du sol. La proportion d'eau de pluie qui peut être utilisée
dépend de trois facteurs : l'évaporation,
la nappe d'eau souterraine et l'eau de surface ou d'écoulement.
En l'absence de facteurs retardant l'écoulement, comme
la végétation, ou les obstacles mécaniques,
comme les barrages ou digues, les terrasses et les fossés,
l'eau qui s'écoule entraîne la terre de la surface,
la charrie dans les cours d'eau et la dépose, à
la longue sous forme de limon. C'est ce que l'on appelle l'érosion
de surface.
L'érosion de surface est d'autant plus dangereuse
qu'elle est à peine visible. Elle peut se continuer
pendant des années, et le cultivateur ne se rend pas
compte de ce qui se passe ; tout ce qu'il voit, c'est
que le rendement de la récolte diminue sur certains
points. L'érosion de surface n'est pas aussi grande
que le ravinement, mais elle est d'autant plus grave qu'elle
échappe à l'attention. Quand la terre est en
pente ou quand la surface du champ est sillonnée de
petits canaux naturels, il se forme de petites rigoles après
les grandes pluies ou à la fonte des neiges. Ces rigoles
négligées forment des ravins ; ces ravins
peuvent aussi suivre les ornières creusées par
les roues des voitures, les pistes tracées par les
bestiaux ou même les sillons montant ou descendant la
pente. Ils se multiplient comme l'intérêt composé.
Ils sont nombreux les ravins ayant cent pieds ou plus de profondeur
qui engloutissent des tonnes de la terre de surface.
Les ravages de l'érosion
Mais le sol n'est pas le seul à souffrir. La terre
charriée par les cours d'eau remplit les réservoirs.
Aux ÉtatsUnis la durée de la vie utile
d'un réservoir a été réduite par
l'infiltration de limon à la moitié de celle
que les ingénieurs avaient calculée. Gonflées
par les torrents d'eau qui viennent au printemps de la terre
non protégé le long de leurs bords, les rivières
débordent et causent de grands dégâts.
Port Hope, Brantford, London, Chatham et des douzaines d'autres
endroits de l'Ontario sont presque tous les ans visités
par des inondations qui abîment les propriétés
commerciales et les résidences ainsi que les travaux
publics. À Galt l'inondation a causé pour $125,000
de dégâts en une seule année.
Mais la conservation du sol n'est traitée qu'au point
de vue du cultivateur dans cet article ; ce qui nous
intéresse particulièrement ce sont les plaques
beaucoup trop nombreuses de terre dévastée et
les moyens d'empêcher leur multiplication. Il n'est
pas nécessaire de parcourir une grande étendue
de territoire pour se rendre compte de l'extrême importance
qu'il y a d'agir sans plus attendre. Partout, dans presque
toutes les localités, la désolation commence
à se révéler.
Autour de Drumheller, dans l'Alberta, les cultivateurs ont
devant les yeux, tous les jours de l'année, une tragique
leçon de choses. De grandes parties de la vallée
sont profondément ravinées, déchiquetées
par le vent et par l'eau en colonnades et monticules fantastiques,
gris et morts, aussi inertes, aussi inutiles que la terre
lunaire. La seule chose vivante que l'on rencontre ici et
là, est une armoise ou un cactus. Au sud, dans les
contreforts des montagnes, les rivières qui, il n'y
a encore que quarante ans, coulaient toute l'année
et où la truite foisonnait, se tarissent maintenant
un mois après la fonte des neiges. Même dans
les collines la seule provision d'eau que l'on puisse tirer
d'une source autrefois jaillissante doit être extraite
de la boue par compression.
Et tout autour de ces scènes de dévastation
il y a des millions d'acres de terre encore productive, portant
même de fiches récoltes, mais qui deviendront
un jour un désert, des terres maudites, si l'on ne
prend les moyens de les protéger.
Il ne suffit pas d'enrayer l'action de l'eau et des vents,
de les empêcher de chasser et de charrier la terre,
il faut aussi rétablir et maintenir la fertilité.
La science des sols est une science compliquée ;
la nature des sols varie beaucoup d'un district à l'autre.
Il ne suffit pas de fixer la terre en place, il ne suffit
pas de la conserver, il faut aussi la faire produire, maintenant
et toujours. Après l'avoir fixée sur place pour
l'empêcher de se soulever et de partir au vent et à
l'eau, il faut la recharger de nourriture pour les plantes.
La terre qui disparaît
Le problème ne souffre pas de délai. Deux
savants anglais, G. V. Jacks et H. G. Whyte, auteurs du livre
sur « La terre qui disparaît » (Vanishing
lands) s'expriment en cas termes. « Par suite de l'impéritie
humaine, les sols sur lesquels les hommes ont cherché
à fonder des civilisations nouvelles disparaissent,
emportés par l'eau et par le vent. Aujourd'hui la destruction
de la mince couche de terre vivante a lieu avec une rapidité
sans exemple dans l'histoire, et lorsque cette mince couverture
du sol sera partie, les régions fertiles où
elle se trouvait deviendront des déserts inhabitables.
Estil donc exagéré de dire avec les
marchands d'instruments agricoles qu'une proportion d'environ
14 pour cent de la terre de ce continent a déjà
perdu sa capacité de production agricole ? Ou
de dire avec le professeur A. F. Coventry de la Faculté
de zoologie de l'Université de Toronto qu'il y a dans
la partie agricole de l'Ontario quelque 5 millions d'acres,
un sixième environ du total, qui ne peuvent plus servir
qu'à porter des arbres, mais où il n'a pas d'arbres ?
Une couche de terre, d'un pouce seulement d'épaisseur,
enlevée d'un acre, représente une perte d'environ
700 livres d'azote, 155 livres de phosphore et 5,380 livres
de potasse. « Cette seule quantité de phosphore, »
dit un feuillet distribué par le Ministère fédéral
de l'Agriculture, « équivaut à celle qui
est enlevée du sol par la production de 485 boisseaux
de blé. »
Mesures préventives
Les millions de tonnes de notre terre fertile qui ont été
entraînées dans l'océan par les rivières
ne peuvent être récupérées, et
certains procédés naturels d'érosion
ne peuvent être complètement enrayés,
mais les pertes peuvent être réduites à
des proportions modérées. Il est encore temps,
mais il faut s'y mettre sans tarder.
On attend un grand bien de la loi sur le rétablissement
de l'agriculture des Prairies, promulguée par le Parlement
en avril 1935, et destinée à fournir les moyens
de remettre en culture les terres arides si exposées
à l'érosion éolienne dans les plaines
découvertes du Manitoba, de la Saskatchewan et de l'Alberta.
La loi en question utilise toutes les ressources nécessaires
des ministères de l'Agriculture du Dominion et des
provinces, elle coordonne toutes les agences existantes et
groupe ses travaux sous trois entêtes : façons
culturales, utilisation de la terre, aménagement de
l'eau. Des millions d'acres de terre arable ont bénéficié
directement ou indirectement des travaux de culture, et environ
deux millions d'acres ont été convertis en pâturages.
La plantation d'arbres pour orner les abords de l'habitation
et former des brisevents a été grandement
stimulée. On a construit 54,000 digues et réservoirs
pour pouvoir abreuser le bétail, irriguer le sol et
accumuler des réserves d'eau.
Des méthodes énergiques
qui s'imposent
Ceci ne suffira pas, bien entendu. Il sera nécessaire
également de reboiser la partie supérieur des
bassins de réception des rivières et d'assurer
le bon entretien de ces réserves forestières
et d'autres terres boisées. Il faudra borner le nombre
des troupeaux de gros et de menu bétail à celui
que la végétation peut faire vivre.
Certaines gens prétendent qu'il y a trop d'interdictions
dans l'organisation du rétablissement de la terre,
mais elles sont nécessaires ; la remise en culture
ne peut se faire sans interdictions sans quoi tous les bons
travaux exécutés par une partie de la collectivité
seraient réduits à néant par l'indifférence
ou l'égoïsme d'une autre partie.
La conservation du sol exige des méthodes énergiques,
brutales.
Un cultivateur convaincu des avantages de la conservation
du sol fera bien de tirer parti des moyens que les agences
gouvernementales et les organisations agricoles mettent à
sa disposition.
La première chose est de décider l'emploi
qu'il doit faire des différentes parties de sa terre,
en tenant compte du rendement probable des récoltes
et de l'arrangement des récoltes, des pâturages
et des bois, de façon à protéger la terre
le mieux possible contre l'action érosive de l'eau
et des vents. La deuxième chose est de voir comment
il peut remédier aux conditions qui exigent une intervention
de sa part : sols lavés par l'eau, exposés
à l'action du vent. Enfin la troisième est de
savoir profiter des connaissances et de l'expérience
d'autrui et de les appliquer de façon intelligente
et énergique.
Agriculture scientifique
Les cultivateurs canadiens, exploitant une industrie qui
représente une mise de fonds de dix milliards et ayant
une production annuelle de $2,500,000,000 de produits agricoles,
ils ont parcouru une bien grande distance en ces soixante
dernières années. Dans un article publié,
il y a quelques années, dans la Revue de l'Institut
agricole du Canada, M. L. B. Thomson, président de
l'I.A.S., donnait de sages conseils et des avertissements
opportuns : « C'est par l'application de sa propre
expérience et des constatations des hommes de science
à la culture de la terre, à l'entretien des
récoltes et à l'élevage des bestiaux
que le cultivateur a réalisé ces progrès.
Toutefois, pour que l'agriculture maintienne la position qu'elle
a acquise dans l'économie canadienne, pour que les
produits des fermes canadiennes puissent affronter victorieusement
la concurrence des produits analogues sur les marchés
mondiaux, il faut, de toute nécessité, que les
cultivateurs adoptent de plus en plus la culture scientifique.
Il est admis par tous aujourd'hui que les méthodes
empiriques ne sont plus de mise. Avec l'agriculture scientifique
l'exploitation de la terre est devenue une véritable
profession. »
La préparation d'un plan de conservation est une
tâche pour des spécialistes ; son exécution
exige des hommes possédant une formation scientifique.
En ce qui concerne le cultivateur, l'appui enthousiaste des
sociétés, agricoles et autres, contribuera puissamment
au succès de ces efforts, et cet appui arrive de toutes
parts. Les manufactures d'instruments aratoires s'évertuent
à faire comprendre aux cultivateurs la nécessité
et la possibilité d'améliorer l'état
mécanique du sol. Les journaux agricoles prêchent
sans cesse l'idée de la conservation et ils sont bien
rares les numéros d'une revue agricole qui ne contiennent
pas au moins un article sur le sujet.
Les cultivateurs doivent prendre l'initiative
L'action s'impose - une action organisée, intelligente,
systématique. Il serait préférable que
les cultivateurs euxmêmes prennent l'initiative,
qu'ils s'adressent aux services du gouvernement pour demander
des conseils, de l'aide, une direction. Des hommes et des
femmes s'intéressant profondément à la
prospérité de leurs fermes peuvent se réunir
en comité autour d'une table et tracer le programme
de ce qu'ils espèrent accomplir ; l'exécution
de ce programme peut être laissée aux experts.
La discussion entre groupes, l'échange désintéressé
des connaissances et de l'expérience pour l'avantage
de tous, aideront à réduire le gaspillage d'efforts,
dû à une mauvaise direction ou à un manque
d'expérience. La consultation entre les particuliers,
les sociétés agricoles, les universités,
les conseils de comtés, les ministères de l'Agriculture
du Dominion et des provinces et les sociétés
d'amélioration agricole, sur la meilleure façon
de procéder, aidera puissamment à préparer
des programmes utiles et à coordonner ces programmes
en un vaste plan d'ensemble dont chacun bénéficiera.
Travail d'équipe
Un détail important est de maintenir la bonne perspective.
Il ne faudrait pas que les particuliers attendent, en se croisant
les bras, l'intervention officielle, ni que les organisations
attendent qu'on leur présente des requêtes. Être
content de soi ne suffit pas. Que tous les cultivateurs, que
toutes les organisations s'intéressant de près
ou de loin à l'agriculture, se mettent à l'oeuvre
sans tarder, pour faire, dès maintenant, ce qui peut
être fait. Il faut aussi envisager la durée.
Il y aura sans doute des années de pluies abondantes,
des années offrant des conditions parfaites pour produire
les meilleures récoltes et retenir la terre en place,
pendant lesquelles on sera tenté de négliger
les pratiques de conservation, quoiqu'aucun cultivateur n'ignore
que c'est pendant les bonnes années que l'on a la meilleure
occasion de se préparer contre les mauvaises.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
de la collection du Bulletin RBC sont disponibles sur notre
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