« Réaliser le potentiel du Canada au XXIe siècle »Format standard pour imprimante Gordon
M. Nixon Président et chef de la direction RBC Groupe Financier
Princeton Developments Distinguished Lecture in Finance
Edmonton
(Alberta) Le 2 novembre 2004 Bonjour. Tout d'abord,
j'aimerais remercier John Ferguson de m'avoir invité à participer
au séminaire Distinguished Lecture in Finance de cette année.
C'est un honneur et un plaisir pour moi d'assister à un événement
organisé par l'école de commerce de l'Université de l'Alberta. Parmi
les facteurs qui rendent une économie concurrentielle et une société
prospère, un des premiers éléments est la qualité
des écoles et des universités. Elles sont au cur de l'économie
basée sur le savoir, forment des effectifs de talent et font progresser
les connaissances et la compréhension du monde pour un avenir meilleur.
Et l'Université de l'Alberta compte parmi les meilleures. Je sais
que les étudiants en commerce sont nombreux parmi nous aujourd'hui et je
suis certain que la plupart ont réfléchi à leur avenir et
à l'endroit où ils vivront quand ils commenceront leur carrière.
J'espère que vous réussirez à trouver de bons emplois, ici
au Canada, que vous habiterez dans un excellent milieu et que vous pourrez assurer
une bonne qualité de vie à vos familles. Cependant, ce noble objectif,
les Canadiens ne peuvent plus tenir pour acquis qu'ils l'atteindront à
l'ère de la mondialisation, de la haute technologie et de la concurrence
débridée. Si nous voulons réaliser notre potentiel
de société prospère au XXIe siècle, nous
devons comprendre les défis économiques qu'aura à relever
notre pays. Mais surtout, nous devrons les relever d'une manière qui assure
un niveau de vie élevé à tous les Canadiens. Voilà
ce dont je veux parler aujourd'hui. Mon message est marqué au coin
de l'urgence, parce que le monde qui nous entoure vit de profonds bouleversements
et que les enjeux sont incroyablement élevés pour tous les Canadiens.
Notre pays a beaucoup plus à offrir à ses citoyens en termes de
services sociaux et de qualité et de niveau de vie. Et pourtant, il est
trop facile de tenir ce que nous avons pour acquis. Et il est trop facile de sous-estimer
les mutations économiques et le rééquilibrage planétaire
qui pourraient menacer notre prospérité future. Rappelez-vous
les années 1990. Combien de nos concitoyens parlaient de la Chine comme
de l'usine géante du monde, et pas seulement pour la fabrication d'articles
bon marché, mais aussi pour des produits à valeur ajoutée
? Combien voyaient dans l'Inde un centre d'impartition de logiciels ? Qui aurait
pensé qu'une voiture coréenne finirait par remporter le prix de
la meilleure qualité et de la meilleure performance ? D'ailleurs,
même Internet était un outil relativement nouveau en 1990, et le
projet du génome humain n'était encore qu'une idée, pas une
uvre accomplie. Ces forces et ces technologies ont transformé
nos vies. Elles ont aussi entraîné une croissance économique
et des gains de productivité qui ont relevé le niveau de vie presque
partout. Les progrès de la science et de la technologie, et la décision
de pays comme la Chine, l'Inde et le Brésil d'entrer dans le système
économique mondial ont jeté les bases d'une nouvelle économie
mondiale. Et pourtant, ce n'est là encore qu'un avant-goût
de ce que sera notre monde dans les décennies à venir. Un monde
qui aura un grand potentiel de progrès pour l'être humain, mais aussi
un monde de concurrence intense et d'avancées encore plus rapides des nouvelles
connaissances et du savoir. Aujourd'hui, je veux parler de l'importance
pour le Canada de trouver de nouvelles sources de création de richesse
qui nous donneront plus de possibilités de mieux soutenir un niveau de
vie élevé, avec de bons emplois et des collectivités saines.
Les Canadiens ont de grandes ambitions pour la société à
laquelle nous aspirons. Qu'il s'agisse de moyens de renforcer notre système
de santé, de nouveaux investissements pour rendre nos villes plus vivables
ou de faire progresser le développement de la petite enfance. Tous
ces objectifs sont importants et valables - mais tout dépend de notre aptitude
à produire la richesse nécessaire pour nous payer ces avantages.
Un bon programme social ne peut être réalisé qu'en conjonction
avec un bon programme économique. C'est une réalité que,
trop souvent, nous ignorons. Il existe trois grandes voies pour permettre
à une économie de croître et de prospérer. La
première est d'investir dans ce qu'on appelle les facteurs de production
- améliorer les compétences des ressources humaines par l'éducation
et la formation, et en investissant dans les technologies les plus évoluées. La
deuxième est de conquérir les marchés internationaux par
le commerce extérieur et les investissements à l'étranger,
en repérant des créneaux de prédilection et en nous spécialisant
dans ce que nous faisons de mieux. La troisième est de promouvoir
la croissance économique, et celle sur laquelle j'aimerais m'arrêter
un peu plus longtemps aujourd'hui, c'est de promouvoir et de stimuler l'innovation
et l'entrepreneurship. Mais quel est, aujourd'hui, le contexte de la concurrence
dans lequel nous évoluons ? Premièrement, nous
savons que les nouveaux emplois et la richesse proviendront principalement de
nouvelles activités, pas de la protection des entreprises et secteurs existants
dans lesquels l'emploi diminue. Ces nouvelles activités - les nouveaux
biens ou services, ou les nouvelles manières de faire les choses - verront
le jour dans des pays qui sauront à la fois produire de nouvelles idées
ou connaissances et les commercialiser avec succès. La concurrence
entre les pays pour être les chefs de file de ces nouvelles activités
sera intense. Le Canada doit trouver des créneaux qui lui sont propres.
Et nous devons le faire vite parce que le reste du monde n'attend pas. Nos
classements décevants dans le plus récent rapport sur la compétitivité
du Forum économique mondial soulignent la nécessité de prendre
ce défi plus au sérieux. En particulier, nous devons avancer plus
vite dans la réforme de notre système fiscal pour éliminer
les facteurs qui découragent l'investissement et la croissance. Et nous
devons améliorer la polyvalence et la formation de notre main-d'uvre
pour qu'elle puisse mieux s'adapter aux nouveaux défis de la concurrence. Deuxièmement,
la mondialisation nous expose à un monde de plus en plus concurrentiel.
Des pays comme la Chine, l'Inde, le Brésil et le Mexique ont développé
et affiné leurs propres capacités et sont devenus des concurrents
plus formidables dans tous les secteurs de l'industrie. Au cours des prochaines
années, nous verrons apparaître des voitures et des ordinateurs chinois.
Nous verrons des sociétés de logiciels indiennes vendre des produits
sous leurs propres marques et livrer concurrence aux Microsoft et autres grands
noms. D'ores et déjà, le Brésil rivalise directement avec
le Canada dans l'industrie de l'aviation. La Corée du Sud illustre
à quelle vitesse un pays déterminé peut se transformer de
fabricant de marchandises bon marché en fabricant mondial de produits de
marque. Aujourd'hui, le monde entier connaît les voitures Hyundai, les écrans
plats Samsung et les appareils ménagers LG. La Chine a tout pour
connaître le même succès, mais à une bien plus grande
échelle. Pas seulement à cause de la taille de son marché
et de ses bas salaires, mais aussi parce qu'elle se donne les connaissances et
les compétences nécessaires pour l'économie du XXIe
siècle. À titre d'exemple, 200 000 ingénieurs obtiennent
leur diplôme chaque année en Chine - pratiquement trois fois plus
qu'aux États-Unis. Et alors qu'une grande partie des effectifs les plus
talentueux et au niveau d'études le plus poussé immigraient jadis
vers les pays occidentaux, beaucoup restent maintenant ou retournent chez eux
où les attendent des débouchés immenses. Voilà
une raison de plus pour laquelle le Canada doit trouver ses propres domaines de
spécialisation dans un monde de plus en plus compétitif. À
mesure que les économies des marchés émergents deviennent
plus riches et plus prospères, elles se transforment aussi en marchés
plus grands pour des biens et des services uniques et à valeur ajoutée,
le genre de choses sur lesquelles nous devons concentrer nos propres efforts.
Troisièmement, pour réussir, le Canada doit se doter des
services à l'entreprise nécessaires pour soutenir l'entrepreneurship
et la création de sociétés canadiennes concurrentielles sur
l'échiquier mondial. Cela comprend l'importance de services financiers
très évolués, concurrentiels à l'échelle mondiale
et innovants. Le Canada a un des meilleurs systèmes financiers du
monde, et, au cours des 10 à 15 dernières années, nous avons
répondu aux besoins de l'économie du savoir. Mais nous reconnaissons
qu'il faut en faire plus pour soutenir la croissance de nos petites et moyennes
entreprises. Notre pays sait bien faire éclore et lancer de nouvelles entreprises.
Mais nous ne réussissons pas à développer nos PME en sociétés
plus grandes et à améliorer leur taux de productivité. Une
des manières de relever ce défi consiste à faciliter l'accès
au capital par une plus grande variété de partenaires et de modèles.
Il faut notamment plus d'innovations financières pour alimenter le développement
des sociétés technoscientifiques dans lesquelles les risques sont
élevés et les délais de mise en marché peuvent être
très longs, et dans lesquelles les cycles de vie des nouveaux produits
et services sont plus courts. La croissance de la productivité stimule
la rentabilité et permet aux entreprises de prendre de l'expansion. Même
si notre différentiel de productivité avec les États-Unis
indique que nous devons faire mieux, il reste beaucoup d'éléments
dont les Canadiens peuvent être fiers. Nous devenons un pays plus innovateur,
qui s'appuie sur la matière grise. Et nos gouvernements ont augmenté
leur investissement dans les sciences fondamentales, par un soutien accru à
la recherche dans nos universités et hôpitaux de recherche. Il
s'agit en l'occurrence d'un rôle clé pour les pouvoirs publics. Ces
investissements produisent la nouvelle base de connaissances que des entreprises
et des entrepreneurs peuvent exploiter pour renforcer des sociétés
existantes ou en créer de nouvelles. Les progrès des technologies
de l'information et des communications ainsi que des sciences biologiques découlent
de la recherche fondamentale entreprise par nos institutions à financement
public. La même chose se vérifiera avec la révolution dans
des domaines émergents tels que la nanotechnologie et la physique quantique.
C'est un fait incontournable que les sciences et la technologie seront
plus que jamais les moteurs des économies, et c'est pour cela que des pays
des quatre coins du monde investissent de plus en plus dans la recherche et le
développement pour repousser les frontières du savoir. Pour
sa part, le gouvernement du Canada s'est fixé pour objectif de faire du
pays la cinquième puissance en recherche dans le monde d'ici 2010, comparativement
à son 14e rang d'aujourd'hui. L'objectif est ambitieux et nous devrons
être plus focalisés et déterminés pour pouvoir l'atteindre.
Ici, dans l'Ouest du Canada, le rythme de l'évolution économique
a été considérable. Même si cela semble moins évident
à côté des projets d'énergie chiffrés en milliards
de dollars qu'on semble annoncer quotidiennement, l'Ouest est devenu un grand
centre de sciences et de technologie. En fait, un nouvel Ouest émerge comme
une grande force pour bâtir l'économie du savoir du Canada de demain. Certes,
le développement économique de l'Ouest du Canada a dans le passé
été lié aux ressources naturelles - particulièrement
l'énergie en Alberta -, mais l'exploitation des ressources naturelles a
aussi toujours été tributaire des sciences, de la technologie et
de l'ingénierie. Chacun de ces secteurs devra enregistrer des avancées
du savoir pour soutenir sa croissance et créer de nouveaux débouchés.
Et pour financer la croissance future dans ces domaines, nous devons réinvestir
la richesse que rapportent nos ressources naturelles. La nouvelle économie
de l'Ouest du Canada se caractérise par l'émergence d'industries
de la biotechnologie et de la nanotechnologie ici même, à Edmonton.
Et l'Alberta n'est pas seule à progresser vers une économie du XXIe
siècle. La Colombie-Britannique devient un centre important pour
les piles à combustible et la biotechnologie. Le Manitoba s'affirme comme
un centre de recherche sur la santé publique au Canada. Et la Saskatchewan
est le berceau du Centre canadien de rayonnement synchrotron, que j'ai visité
hier. L'investissement de 174 millions de dollars dans ce projet, qui est le plus
grand projet scientifique du Canada, permettra de nouvelles recherches cruciales
sur la microstructure des matériaux. Tout cela est très excitant
et, quelque part dans ces nombreuses installations de recherche dans tout l'Ouest
canadien, il y a des chercheurs qui trouveront de nouvelles idées remarquables
créant de nouvelles ouvertures stimulantes pour l'avenir du Canada. Mais
cet investissement énorme et en croissance dans les sciences et l'innovation
soulève des questions sur la manière dont nous captons le potentiel
commercial pour bâtir un Canada plus fort et plus prospère. Comment
convertissons-nous les nouvelles connaissances en nouveaux emplois et en nouvelles
entreprises ? C'est là un domaine dans lequel le Canada accuse un
retard considérable. Par exemple, le ratio du revenu de la commercialisation
aux dépenses en recherche est environ trois fois plus élevé
aux États-Unis qu'au Canada. De plus, la recherche institutionnelle produit
aux États-Unis plus de brevets par dollar investi qu'au Canada. Dans
toute la mesure du possible, nous devons nous assurer que les nouvelles connaissances
produites ici débouchent sur une commercialisation couronnée de
succès au Canada, afin que les emplois et la richesse qui en découlent
reviennent aux Canadiens. Pour y parvenir, nous devons définir et
développer un soutien à l'amélioration de notre processus
de transfert de technologie. Nous avons besoin de politiques plus cohérentes
et plus faciles à appliquer, régissant la propriété
intellectuelle dans nos universités et nos centres de recherche. Et nous
devons améliorer la participation au capital de risque dans le secteur
de la technologie naissante, par de meilleurs modèles de partage des risques
entre les secteurs public et privé. C'est là que les rôles
des finances, des gouvernements et de l'éducation se conjuguent. Nous avons
besoin d'un système financier qui permet la croissance, de politiques gouvernementales
qui encouragent, facilitent et récompensent la croissance et d'un système
d'éducation qui produit à la fois des chercheurs capables de trouver
des idées nouvelles et des professionnels qui ont les compétences
en gestion nécessaires pour les exploiter avec succès. Cela
nécessitera à la fois des capitaux publics et des capitaux privés.
Ce n'est pas une question d'idéologie. C'est une question pratique de quête
de ce qui fonctionne le mieux. Nous avons beaucoup réfléchi
à ces sujets à RBC Groupe Financier. Depuis 1996, nous participons
activement au Conseil consultatif des sciences et de la technologie du Premier
ministre qui a produit de nombreux rapports importants dont un sur la commercialisation.
Nous avons soutenu la création de la National Angel Organization du Canada,
qui a pour vocation d'élargir le cercle des Canadiens ayant une fortune
personnelle à investir dans de nouvelles entreprises locales et dans les
premières phases de leur croissance. Nous avons aussi examiné
des manières de participer au marché du capital de risque, notamment
par le biais de notre filiale, RBC Technologie Capital de Risque Inc. Cette filiale
est centrée sur le financement des entreprises débutantes, à
commencer par un capital de démarrage. Au Canada, c'est là qu'existent
les plus grandes lacunes et nous sommes entièrement déterminés
à essayer de trouver de meilleures manières de commercialiser avec
succès les innovations provenant des institutions et des sociétés
de recherche. L'activité de RBC Technologie Capital de Risque consiste
à créer des fonds réunissant des partenaires qui partagent
les mêmes idées pour investir dans des secteurs prometteurs au Canada
jouissant d'avantages véritables en matière de recherche. Ces secteurs
sont notamment la biotechnologie, la technologie de l'information, le génie,
les sciences physiques et les technologies agro-alimentaires. Nos partenaires
- certains aux États-Unis et en Europe - apportent leur savoir-faire spécialisé
et leur argent aux sciences canadiennes. Depuis 1999, nous avons aidé 48
nouvelles sociétés dans ces secteurs à mobiliser plus d'un
demi-milliard de dollars. Plus de la moitié de cette somme provient de
l'étranger, ce qui témoigne bien de la qualité des sciences
dans ce pays. Mais, d'un point de vue canadien, nous devons faire plus.
Si nous ne savons pas bien commercialiser, les fruits de
l'expansion de nos investissements publics dans de nouvelles connaissances profiteront
à d'autres pays, qui eux sauront mettre ces connaissances en marché.
Notre objectif doit être de faire naître une nouvelle génération
de sociétés canadiennes, qui ont leur siège social dans ce
pays et qui peuvent créer de bons emplois ici, chez nous, en produisant
des biens et des services de valeur qu'elles pourront vendre dans le monde entier. Il
existe actuellement un grand besoin de capital de risque de lancement pour de
nouvelles entreprises de technologie parvenues aux étapes de la vérification
de principes et de l'investissement de démarrage. Ce financement est crucial
pour établir la validité de nouvelles technologies et permettre
l'émergence de nouvelles jeunes pousses. Au Canada, diverses institutions
publiques et privées essaient de satisfaire ce besoin, mais le fossé
est encore grand. Nous devons le combler efficacement pour que les nouvelles sociétés
de technologie soient bien placées pour attirer de nouvelles vagues de
financement de risque qui les conduiront avec succès au marché.
En plus d'un financement plus créatif, nous devons aussi élargir
le bassin de gestionnaires d'entreprises compétents au Canada. Cette capacité
de direction est essentielle pour développer et faire croître nos
meilleures sociétés à l'échelle nationale et mondiale. Il
y a plusieurs années, nous avons commencé à nous inquiéter
à RBC au sujet du retard du Canada sur les États-Unis, particulièrement
pour transformer les petites entreprises en sociétés plus grandes
et rentables. Nous semblions plus doués que les Américains pour
lancer de nouvelles entreprises. Mais nous ne réussissions pas à
les faire grandir. Pour mieux comprendre la question, nous avons
entrepris deux études. L'une, avec les Manufacturiers et Exportateurs du
Canada et la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante
; l'autre, avec l'école de commerce de l'Université Queen's et les
Manufacturiers et Exportateurs du Canada. La première étude
- La voie de la prospérité - a été publiée
en 2002. Elle portait sur les obstacles extérieurs à la croissance
et a conclu que les entrepreneurs canadiens sont tout aussi ambitieux et prêts
à prendre des risques que leurs homologues américains. Mais elle
a constaté que les obstacles à la croissance étaient plus
grands au Canada et que nous devions modifier les politiques fiscales et la réglementation
et avions besoin de nouvelles approches de la part des institutions financières
et des dirigeants d'entreprises. La deuxième étude - Gestion
et expansion - examinait les obstacles internes. Celle-ci aussi recommandait
des changements de la part des gouvernements, des institutions financières
et des universités, mais elle était beaucoup plus centrée
sur l'importance d'une gestion compétente pour réussir en affaires. Cette
concentration sur la gestion n'avait rien d'étonnant. Les investisseurs
- les « anges » -, le secteur du capital de risque et les
institutions financières ont tous besoin d'avoir confiance dans les compétences
en gestion de ceux qui gèrent les entreprises dans lesquelles ils pourraient
investir. Il ne suffit pas d'avoir une bonne idée d'entreprise. Ce
qui compte tout autant, c'est la capacité de concevoir et d'exécuter
une stratégie d'entreprise crédible. Le manque de confiance des
investisseurs dans les capacités de gestion des petites entreprises est
la principale raison pour laquelle celles-ci ne réussissent pas à
trouver le financement qu'elles veulent. Pour réussir à commercialiser
les nouvelles connaissances de ses universités, de ses hôpitaux de
recherche et de ses autres institutions, le Canada doit mieux former des gestionnaires
capables de transformer ces connaissances en succès commercial. Roger
Martin, doyen de la Rotman School of Management à l'Université de
Toronto, va plus loin. Il prétend que le différentiel d'innovation
du Canada avec les États-Unis est dû en grande partie au fait que
le Canada se concentre sur l'investissement dans la capacité de produire
une offre de nouvelles connaissances, mais investit nettement trop peu du côté
de la demande. Le côté offre est représenté par
nos investissements dans les scientifiques et les ingénieurs, ainsi que
dans leurs activités de recherche et de développement. Le côté
demande consiste en gestionnaires compétents qui ont la capacité
de comprendre comment les nouvelles idées peuvent être traduites
en une production vouée au succès commercial. Si la demande
est limitée, fait valoir M. Martin, l'expansion de l'offre seule n'entraînera
pas davantage d'innovation au Canada. Nous finirons par financer la découverte
de nouvelles idées, mais leur valeur réelle sera exportée
vers des pays qui sauront les commercialiser. Et ce sont eux qui en récolteront
les fruits économiques - pas les Canadiens. Proportionnellement,
il n'y a pas beaucoup de différences entre le Canada et les États-Unis
dans la formation de scientifiques et d'ingénieurs. Mais les États-Unis
produisent près de deux fois plus de gestionnaires formés que le
Canada. Voilà, d'après M. Martin, où se situe le vrai différentiel
de l'innovation. Cet argument trouve une illustration dans le rapport sur
la compétitivité du Forum économique mondial, qui démontre
que les sociétés ne profitent pas pleinement de l'environnement
économique du Canada. Il est clair que nous pouvons et que nous
devons faire mieux. De plus, dans un pays aussi grand et dispersé
que le Canada, nous devons trouver de meilleurs moyens de collaborer pour pouvoir
nous donner l'échelle de grandeur et le savoir-faire nécessaires.
Par exemple, les universités et centres d'excellence doivent travailler
ensemble sur des projets partout où c'est possible. Sans une échelle
de grandeur suffisante, nous ne parviendrons pas à mettre sur pied le niveau
d'excellence nécessaire pour livrer concurrence à l'échelle
mondiale. Au début de mes propos, j'ai dit que le Canada devra relever
de nombreux défis pour réussir dans l'économie du savoir
du XXIe siècle. Je me suis aussi inquiété de ce
que nous sous-estimons les changements nécessaires pour réagir avec
succès à ces défis. Mais je ne veux pas donner l'impression
que rien ne se produit. Selon certains indices, nous commençons
à réagir. L'initiative nationale des Manufacturiers et Exportateurs
du Canada pour établir une nouvelle stratégie pour l'avenir de la
fabrication dans ce pays en est un bon exemple. Le travail du Conference Board
du Canada pour produire ses rapports annuels sur le rendement et le potentiel
de l'économie canadienne en est un autre. Et le Congrès du travail
du Canada a lancé sa propre initiative, reconnaissant la nécessité
d'améliorer la productivité au Canada. De la même manière,
notre nouveau ministre de l'Industrie, David Emerson, a indiqué qu'il comprend
la nécessité d'améliorer le financement par capital de risque
pour les jeunes entreprises canadiennes, l'importance de stratégies sectorielles
et la nécessité d'amener les petites et moyennes entreprises à
adopter les nouvelles technologies plus vite. Et Jim Peterson, le ministre
du Commerce international, a lancé une nouvelle initiative pour trouver
des moyens permettant aux entreprises canadiennes d'améliorer leurs activités
commerciales et leurs investissements sur des marchés émergents
comme la Chine, l'Inde et le Brésil Mais il faut plus. Nous
avons besoin de nous entendre sur le fait que notre programme économique
est tout aussi important que notre programme social - en fait, je crois que les
deux sont inextricablement liés. On a beaucoup parlé dernièrement
de la nécessité d'améliorer le système de santé
du Canada et l'infrastructure de nos villes. Un de mes principaux messages
aujourd'hui est que si nous voulons avoir le meilleur système de santé
au monde et les villes les plus attrayantes, alors, nous devons devenir un des
pays les plus concurrentiels du monde afin de pouvoir nous les offrir. Cela exigera
de la concentration, de la coordination et des investissements. Et cela exigera
un engagement de la part de toutes les composantes. Aujourd'hui, le Canada
a de nombreux atouts en main. Nous avons des ressources naturelles en abondance.
Nous sommes le seul pays du G7 à avoir un excédent budgétaire.
Notre ratio de la dette nette au produit intérieur brut est un de meilleurs
de l'OCDE. Nos politiques d'immigration nous permettent d'attirer un capital humain
précieux. Et le Canada a la réputation d'être un des meilleurs
endroits au monde pour vivre et travailler. Mesdames et Messieurs, le Canada
est un superbe pays qui a de nombreux avantages. Mais nous ne devons jamais sous-estimer
tout le travail qu'il a fallu abattre pour en arriver là et tout le travail
qu'il reste à faire pour maintenir et améliorer notre niveau de
vie. Nous livrons concurrence dans un monde dans lequel se produisent d'importants
changements économiques. Si nous voulons réussir dans ce monde nouveau,
nos élus, nos cadres d'entreprise, nos chefs syndicaux et nos enseignants
doivent travailler ensemble. Et ensemble, nous devons veiller à ce que
le Canada ait toutes les possibilités de réaliser tout son potentiel,
pour le bénéfice de tous les Canadiens. Merci.
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