L'appui à l'apprentissage et aux soins de la petite
enfance : Un investissement stratégique
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Charlie Coffey
Vice-président directeur,
Affaires gouvernementales et communautaires
Conseil municipal de la Ville du Grand Sudbury
Salle du Conseil - Tom Davies Square
Sudbury (Ontario)
11 avril 2002
Merci,
monsieur le Maire
et bonne soirée !
Je suis particulièrement heureux d'avoir été
invité par Mark Mieto à participer à
votre réunion de ce soir, et enchanté de l'occasion
qui m'est donnée de venir de nouveau à Sudbury.
Sachant que la Ville du Grand Sudbury s'est donné pour
mandat de faire de Sudbury une communauté de classe
mondiale et en croissance, où se combinent le talent,
la technologie et un mode de vie nordique de qualité,
je ne suis pas surpris de constater que les décideurs
présents dans cette salle, les nombreuses autres personnes
qui se sont jointes à nous ce soir, et la ville elle-même,
ont une longueur d'avance dans la compréhension et
la promotion des avantages économiques que présente
l'appui à l'apprentissage et aux soins de la petite
enfance. Il est bien évident que votre équipe
surveillera de près l'ampleur de l'enveloppe affectée
à cet investissement ; elle en connaît l'importance,
elle en parle autour d'elle et elle est la première
à lancer des invitations à l'action.
Vous savez aussi bien que moi que tout commence par une vision.
Depuis celle du Maire Gordon, avec les impulsions
qu'il donne aux initiatives visant à améliorer
la qualité de la vie des enfants et des familles ;
de celle de Ron Bradley, avec ses efforts pour promouvoir
un mode de vie sain dans toute la localité ; de celle
de Ted Callaghan, qui s'investit au niveau des applications
technologiques ; de celle de Doug Craig, avec son engagement
envers l'innovation et la clientèle ; ou de celle de
David Courtemanche, avec son ciblage sur les ressources
renouvelables ; jusqu'à la vision d'Austin Davey,
avec son attention concentrée sur l'éducation
et l'environnement ; ou à celle de Ron Dupuis,
et sa perception d'une collectivité dynamique ; à
celle d'Eldon Gainer, qui déploie des efforts
pour assurer des services d'une qualité inégalée
; à celle de Dave Kilgour, et son ciblage
des stratégies de développement en perpétuelle
évolution ; à celle de Lionel Lalonde,
et l'importance qu'il attache à la participation du
public aux processus décisionnels ; à celle
de Gerry McIntaggars, toujours déterminé
à élargir les possibilités offertes à
nos enfants et à leurs enfants ; ou encore à
celle de Mike Petryna, et ses efforts pour créer
un modèle de la ville ; et jusqu'à celle de
Louise Portelance, qui englobe un milieu de vie harmonieux
et de brillantes perspectives économiques pour Sudbury.
Ensemble, vous formez un conseil municipal exceptionnel, qui
imprime profondément sa marque sur la ville. Un conseil,
aussi, qui comprend que les enfants doivent être au
centre de sa vision, puisque c'est en eux que s'incarne notre
avenir !
Pour commencer, je tiens à vous assurer que l'idée
qu'un banquier puisse s'intéresser au développement
des petits enfants n'est pas un oxymoron. Si je m'intéresse
activement aux moyens de favoriser leur développement,
c'est parce qu'il comporte des incidences économiques
qui exigent des interventions vigoureuses de la part des gouvernements
de tous les échelons. Je m'y intéresse aussi
parce que ces incidences économiques concernent directement
les entreprises et doivent par conséquent être
mieux comprises par elles.
Une société qui ne donne pas à ses jeunes
la formation et les connaissances dont ils auraient besoin
pour réussir, non seulement professionnellement, mais
aussi dans la vie, se prépare des lendemains onéreux.
Nous savons que les premières années sont les
plus formatrices. Les recherches et la réalité
canadienne l'ont maintes fois confirmé.
Nous savons aussi que l'insuffisance des investissements
pour la petite enfance est à l'origine de problèmes
de comportement et d'apprentissage. Les relations personnelles
dysfonctionnelles, l'échec scolaire et tous les problèmes
connexes de la délinquance juvénile, de la criminalité,
de la grossesse chez les adolescentes, de la toxicomanie,
du chômage chronique, de la pauvreté, des risques
pour la santé... tous ces phénomènes
peuvent être liés aux circonstances dans lesquelles
les premières années de la vie se sont déroulées.
Tous imposent de lourdes charges que notre société
doit assumer. Selon des recherches de la Child Care Education
Foundation, le Canada doit actuellement assumer des dépenses
d'orthopédagogie de 2,5 milliards de dollars par an
à cause de la lenteur des interventions requises ou
d'événements traumatisants dans la petite enfance.
Et si vous voulez plus de précisions sur le rendement
de tels investissements, sachez que, selon d'autres études,
pour chaque dollar affecté à des services de
formation de qualité pour la petite enfance, la société
récupère deux dollars sous forme d'impôts
additionnels et d'une réduction du coût des services
sociaux, de l'éducation et des soins médicaux.
De telles constatations montrent à l'évidence
les avantages économiques des soutiens pour la petite
enfance.
Mon engagement personnel dans le développement de
la petite enfance (de 0 à 6 ans) a commencé
il y a quelques années, quand j'ai participé
à l'étude sur la petite enfance du Gouvernement
de l'Ontario. Dans le cadre de ces travaux, nous avons examiné
divers moyens possibles de préparer les enfants pour
faciliter ensuite leur réussite scolaire, professionnelle
et sociale, et ceci, pour tous les groupes socio-économiques,
pas seulement pour les jeunes à risque ou ayant des
besoins spéciaux. Cette étude était coprésidée
par l'Honorable Margaret McCain, qui fut lieutenant gouverneur
du Nouveau-Brunswick, et par le Dr Fraser Mustard, chercheur
médical et cofondateur de l'Institut canadien de recherches
avancées.
À l'issue de l'étude McCain-Mustard, nous avons,
le Dr Mustard et moi, réuni un groupe dans le but de
déterminer comment le secteur privé pouvait
contribuer à relever le défi du développement
de la petite enfance ; ce groupe comprenait des délégués
de divers organismes tels que la Fédération
canadienne de l'entreprise indépendante, la Chambre
de commerce d'Ontario, le Syndicat des travailleurs canadiens
de l'automobile, ainsi que des personnalités du monde
des affaires.
Je continue de promouvoir le développement de la petite
enfance par l'entremise d'organismes tels que la Promesse
de l'Ontario : Un partenariat pour les enfants et les jeunes
et plus récemment, par celle de la commission Early
Learning and Child Care, de la Ville de Toronto. En octobre
dernier, nous avons été nommés, l'Honorable
Margaret McCain et moi-même, coprésidents de
cette nouvelle commission. Les réflexions que je vous
présente aujourd'hui reposent sur le mandat et les
conclusions de cette commission, et sur un aperçu préliminaire
de ses recommandations.
Vous vous demanderez peut-être pourquoi Toronto a créé
cette commission. Elle l'a fait, tout simplement, dans le
cadre d'une stratégie de communication et d'action
positive, afin de pouvoir exercer une plus grande influence
sur la formulation des politiques nationales et provinciales
et sur le financement de la formation et des soins pour la
petite enfance. Le mandat de cette commission consiste à
renforcer le profil des villes en tant que centres de développement
humain et économique ; à obtenir un accroissement
des fonds affectés aux services de formation et de
soins pour la petite enfance ; à influer sur la formulation
de la politique nationale touchant la formation et les soins
de la petite enfance ; et à faire en sorte que Toronto
reçoive sa juste part des subventions attribuées
dans le cadre de l'Accord sur les services de développement
de la petite enfance (SDPE). Vous observerez que le mandat
de la Commission ne consiste pas à dire ce qu'il faut
faire pour aider les familles et les enfants de Toronto, mais
plutôt comment il faut procéder.
La Commission devait absolument agir vite pour pouvoir exercer
une influence sur les négociations fédérales,
provinciales, territoriales et municipales accompagnant l'implantation
du Plan d'action national pour les enfants. Bien qu'elles
soient des pôles de croissance économique et
humaine, les grandes agglomérations ont été
en bonne partie exclues des délibérations intergouvernementales
touchant le bien-être des enfants et des familles. En
outre, la situation des grandes villes est à l'ordre
du jour actuellement. L'on réclame des investissements
en infrastructures immobilières pour les ranimer, et
la Commission proclame pour sa part qu'il est urgent d'améliorer
les infrastructures sociales pour y rehausser la qualité
de vie. Il y a donc là un juste équilibre à
trouver.
Nous avons communiqué avec plus de 100 représentants
du gouvernement fédéral, des provinces et des
municipalités, ainsi qu'avec des entreprises et des
organismes communautaires, en plus du Comité du Plan
d'action national pour les enfants et d'un sous-comité
pour l'enfance et la jeunesse à risque. Le rapport
de la Commission, qui sera publié prochainement, présente
des recommandations aux trois échelons du gouvernement
et au public. Nous espérons qu'il fera un apport utile
aux projets de nombreuses collectivités, y compris
le Grand Sudbury.
Comme l'Entente-cadre sur l'union sociale fait actuellement
l'objet d'un nouvel examen, il se pourrait que certains cherchent
à montrer les avantages éventuels d'une nouvelle
façon d'appliquer les dispositions de cette convention,
y compris la possibilité pour le gouvernement fédéral
d'exercer directement des activités en collaboration
avec des individus et des collectivités. C'est là
une possibilité à laquelle les Canadiens devraient
réserver un accueil favorable.
L'on considère très généralement
que les subventions accordées dans le cadre de l'Accord
sur les SPDE sont insuffisantes et qu'il faudra les augmenter
pour atteindre les objectifs visés. Le Livre rouge
électoral du parti Libéral contenait, à
propos de l'enfance, un engagement qui a été
renouvelé dans le Discours du trône. Ceci a renforcé
les attentes touchant l'augmentation des subventions pour
les SPDE.
Il est clair (selon le Toronto Board of Trade) que si les
gouvernements ne font pas d'investissements pour les enfants
dans les villes, les entreprises n'en feront pas non plus.
Le vent semble déjà avoir quelque peu tourné
à Toronto : en 1996, la revue Fortune plaçait
Toronto au premier rang des villes les plus accueillantes
pour les entreprises mais, en 2000, Toronto ne figurait plus
parmi les 10 meilleures villes.
Le Place Rated Almanac a classé Toronto au
quatrième rang en 1996, mais au septième rang
en 2000. Or, un pays est égal à la somme de
ses villes : si la dégradation des nôtres n'est
pas inversée, le Canada cessera d'être le pays
que nous connaissons aujourd'hui. Pour que cette perspective
peu engageante ne se réalise pas, il faudra que nous
fassions des investissements en infrastructures tant immobilières
que sociales.
Nous avons aussi constaté que le sens que l'on donne
au développement de la petite enfance exclut systématiquement
les soins dont les petits enfants ont besoin. C'est dès
leur naissance que les enfants commencent à apprendre,
et les petits événements quotidiens sont leur
manuel de formation. Le développement d'un jeune enfant
est fondamentalement conditionné par l'affection et
les soins qu'il reçoit. La qualité des soins
et celle du développement sont donc indissociables
et il serait vain de vouloir séparer le besoin des
enfants de ceux de leurs parents. Il est assez ironique que
les allocations provinciales pour le développement
de la petite enfance soient en grande partie utilisées
pour compenser les insuffisances des soins qui leur sont donnés.
J'ai dit que je mentionnerais quelques conclusions
voici un aperçu préliminaire de certaines des
recommandations de la Commission :
1. Tout le monde doit participer, mais il appartient aux
gouvernements de donner les impulsions, ce qui n'est pas le
cas actuellement : il y a beaucoup d'intervenants mais aucun
n'assume la responsabilité première. Les Canadiens
ont le droit de savoir comment les fonds publics sont utilisés
et ils s'attendent à ce qu'on leur en rende compte.
2. Le gouvernement provincial devrait à l'avenir utiliser
les fonds disponibles pour mettre en uvre la principale
recommandation de l'étude sur la petite enfance, selon
laquelle les moyens d'action, les ressources et les compétences
existants devraient servir à réaliser des programmes
simultanément axés sur la satisfaction des besoins
de développement des enfants et sur celle des autres
besoins de soins et de soutien des parents.
3. La province devra inclure dans ses politiques des mandats,
des cibles et des calendriers d'exécution, et laisser
les municipalités, qui sont les cofondatrices et les
responsables de la gestion des services à l'enfance,
exercer leur compétence éprouvée dans
ce domaine.
4. Les enfants autochtones sont particulièrement mal
servis. Pour améliorer les services dont ils bénéficient,
la Ville devrait collaborer avec la collectivité pour
solliciter de l'argent fédéral dans le cadre
de la nouvelle initiative visant les enfants hors réserve.
5. Avant tout, il faudrait que les entreprises prennent conscience
de l'existence d'un problème qui les concerne directement,
et qu'elles fassent du développement de la petite enfance
un sujet dont les conseils d'administration doivent être
saisis. À cet égard, les entreprises canadiennes
sont en retard sur leurs homologues américaines et
britanniques. Les entreprises peuvent aussi user de leur influence
pour encourager ou soutenir les interventions du gouvernement.
Investir dans le développement de l'enfance
de la petite enfance
c'est investir pour que notre économie
reste forte et concurrentielle, un objectif éminemment
valable. C'est investir pour que le Canada soit puissant et
fort. Investir dans la formation de nos jeunes, c'est le simple
bon sens.
Il est important d'appuyer les partenariats qui favorisent
de tels objectifs. Je ne soulignerai jamais assez l'utilité
des partenariats entre les entreprises, les collectivités
et les gouvernements. Je crois fermement que le développement
de nos enfants et de toute la jeunesse relève de notre
responsabilité collective
et que les entreprises
peuvent jouer un rôle important. Quel moyen puissant
pour créer une société civique et civile,
et promouvoir le développement social ! Tout le monde
est gagnant.
Les partenariats établis avec le secteur privé
sont essentiels. Les entreprises font partie de la collectivité,
et c'est de la collectivité que proviennent les meilleures
solutions. Pour le développement de la petite enfance,
laissons courir notre imagination et envisager toutes sortes
de possibilités. C'est de cela que je parlerai demain,
au déjeuner de la Chambre.
Je manquerais à mes obligations si je parlais des
enfants et du développement de la petite enfance sans
mentionner certains des excellents programmes déjà
mis en uvre dans le Grand Sudbury.
- J'ai remarqué votre Semaine de l'enfance
d'octobre dernier - « Des familles heureuses et saines
sont le fondement » de votre collectivité
comme elles le sont de toutes les collectivités.
- J'ai aussi lu avec intérêt votre résumé
de l'évaluation du Programme de la prestation nationale
pour enfants (décembre 2001). Le thème familier
de la nécessité de mettre l'accent sur la
sensibilisation, l'éducation et la communication
parmi les parents, les familles et les prestataires de services
fait écho aux recommandations de la Commission.
- La découverte de la première Table ronde
de l'enfance, patronnée par le maire et le conseil
et coprésidée par la conseillère Louise
Portelance et par Janet Gasparini, directrice du Social
Planning Council (et lancée en septembre dernier)
a été une révélation pour moi.
J'aimerais en savoir plus sur les activités de cette
Table ronde. L'hommage récemment rendu à Dan
Garneau m'a déjà impressionné ; d'évidence,
M. Garneau est un bénévole exceptionnel et
il croit profondément à la nécessité
de donner la priorité aux enfants.
- Depuis l'inauguration officielle du Centre de la petite
enfance de Sudbury, le 18 mars, la Ville peut offrir plus
de programmes, de services et de renseignements aux parents
et aux prestataires de services aux jeunes enfants. Depuis
des activités d'apprentissage de la lecture ou d'acquisition
interactive de connaissances, jusqu'à des programmes
de parentage touchant à tous les aspects du développement
de la petite enfance. L'existence de ce centre suscitera
probablement un intérêt accru et une participation
plus active. Si nous en avons le temps demain, j'apprécierais
vivement une halte au Centre pour échanger quelques
mots avec sa directrice, Lois Mahon.
- Enfin, votre «Mapping the Vision » de 2002 confirme
une fois de plus votre volonté de donner la priorité
aux enfants.
En guise de conclusion, je tiens à répéter
que l'appui au développement de la petite enfance est
un objectif indiscutablement légitime. Les avantages
économiques qu'il présente à long terme
en font une initiative stratégique éminemment
rentable. Il y va de notre intérêt national de
faire plus ; de l'intérêt des entreprises aussi.
La promotion de la jeunesse restera une priorité de
RBC Groupe Financier et nous entendons cibler plus encore
notre sollicitude sur la petite enfance.
Peut-être pouvons-nous tirer des enseignements du modèle
adopté par Sudbury. Dans son discours inaugural, votre
maire rappelait : " Nous voulions des soins de santé
et nous sommes aujourd'hui le Centre régional des soins
de santé pour le Nord ; nous voulions un centre d'éducation
et c'est chose faite ; nous voulions être un pôle
d'attraction pour le commerce de détail et nous en
sommes un aussi. Maintenant que voulons-nous ? Nous voulons
une école de médecine, des entreprises de logiciels,
une industrie du cinéma ; nous voulons des emplois,
des emplois et encore des emplois. " Eh bien, vous avez
créé la Northern Medical School ; vous avez
aussi créé de nouveaux emplois. Devant tant
d'enthousiasme, tant de détermination et un tel esprit
d'équipe, qui pourrait douter que le Grand Sudbury
réalisera toutes ses ambitions et qu'il ira bien au-delà,
surtout lorsqu'il s'agit de donner la priorité
aux enfants ? Je souhaite à l'équipe de
la Ville de Toronto de faire preuve d'autant d'enthousiasme
et de détermination dans les mois et les années
à venir, dans le domaine de l'apprentissage et des
soins de la petite enfance, et à l'égard des
appuis pour son développement.
Je vous remercie de m'avoir donné ce soir l'occasion
de prendre la parole devant votre Conseil municipal. C'est
avec un vif intérêt que j'observerai les succès
des initiatives de Sudbury dans le développement de
la petite enfance. Et si vous le désirez, j'enverrai
dès sa publication le rapport complet de la Commission
de Toronto au bureau de votre maire.
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