« Bâtir la prospérité du Canada
dans un
nouveau siècle »
Format standard pour imprimante
Gordon M. Nixon
président et chef de la direction,
RBC Groupe Financier
Cercle canadien de Montréal
Montréal (Québec)
6 mai 2002
Une visite à Montréal, ville profondément
enracinée dans l'histoire canadienne et activement
engagée dans l'économie de demain, est toujours
une source de plaisir. Depuis dix ans, Montréal vit
une renaissance économique et, comme le reste du Canada,
elle cherche maintenant à jeter les bases d'une nouvelle
ère de prospérité. C'est de ce sujet
que j'aimerais vous entretenir aujourd'hui : à savoir,
comment les Canadiens peuvent travailler ensemble pour bâtir
la prospérité de notre pays dans l'économie
mondiale.
Le Canada a fait d'importants progrès au cours de
la dernière décennie. De l'assainissement des
finances de l'État à la qualité de vie
de notre population, le Canada est un des premiers pays où
il fait bon vivre, travailler et élever des enfants.
Songez, par exemple, au redressement des finances publiques.
Notre pays est passé de déficits budgétaires
chroniques à la situation excédentaire la plus
solide de tous les pays du G7.
Songez aussi à la croissance des exportations du Canada
auxquelles ont doit quatre nouveaux emplois sur cinq créés
depuis 1993. Les exportations de biens et de services, qui
avant l'Accord de libre-échange avec les États-Unis,
représentaient 25 pour cent de la production du Canada,
comptent aujourd'hui pour 45 pour cent de notre PIB.
Qui plus est, notre économie s'est nettement diversifiée.
Il y a trente ans, les ressources naturelles composaient plus
des deux tiers de nos exportations. Aujourd'hui, cette proportion
est inférieure à un tiers et elle diminue encore
alors que le Canada fait des progrès dans les secteurs
à valeur ajoutée comme l'informatique et les
télécommunications, l'aérospatiale, la
biopharmaceutique et la conception de produits - tous des
piliers de l'économie de Montréal.
Cependant, malgré tout ce que nous avons accompli
au cours de la dernière décennie dans la gestion
de nos finances publiques, la réduction des déficits,
la baisse des impôts et la maîtrise de l'inflation,
nous ne pouvons pas nous reposer sur nos lauriers, car il
reste encore des motifs d'inquiétude. Le passé
est important parce que c'est sur cette assise que se construit
l'avenir. Et certes, cette assise est solide. Mais il est
crucial de nous attaquer maintenant aux enjeux de cette décennie-ci.
Notre niveau de vie n'a pas évolué au même
rythme que celui d'autres pays industrialisés. Nous
nous heurtons à des difficultés dans des domaines
cruciaux pour notre bien-être social, comme la santé,
l'éducation et les infrastructures de nos grandes villes.
Et nous devons faire plus et mieux en ce qui concerne les
facteurs de compétitivité que sont l'innovation
et la productivité.
Comme Roger Martin de l'Université de Toronto et Michael
Porter de l'Université Harvard l'ont fait remarquer
l'an dernier, au palmarès économique mondial,
le Canada a glissé de la troisième à
la cinquième place pendant les années 90. Selon
leur étude, si le Canada avait tenu son rang dans le
monde, le revenu moyen d'une famille de quatre personnes y
aurait été plus élevé de 10 000
$ en 1999.
Le recul à long terme du taux de change a encore aggravé
le problème, et dans des domaines comme la productivité,
l'innovation, l'efficacité de la réglementation
et le leadership industriel mondial, nous avons perdu du terrain.
Si nous avons profité de la marée montante de
la croissance économique mondiale pendant les années
90, la prochaine décennie sera, à mon sens,
beaucoup plus difficile si nous ne nous concentrons pas sur
les problèmes fondamentaux.
Je crois que notre pays se trouve à une importante
croisée des chemins et que nous serons appelés
à prendre quelques décisions de politique difficiles.
Notre compétitivité est la seule source de vitalité
économique durable du Canada et nous devons tous, autant
que nous sommes, nous concentrer davantage sur ses principaux
ressorts. Nous devons le faire non pas en comprimant
les salaires, mais en développant des biens et des
services à forte valeur ajoutée que le reste
du monde voudra nous acheter et qui assureront de bons emplois
et un niveau de vie élevé aux Canadiens. Cela
n'est pas seulement une question de politique gouvernementale.
Divers acteurs de notre société, et le monde
des affaires en particulier, devront monter au créneau
pour nous permettre de relever le défi.
Que faut-il faire très exactement ? Examinons quelques-uns
des grands enjeux, à commencer par notre monnaie.
Certains croient qu'un dollar canadien faible nous rend plus
concurrentiels en diminuant, en termes relatifs, le prix de
nos exportations. Mais il y a un revers à cette médaille.
Selon les Manufacturiers et exportateurs du Canada, la dépréciation
du dollar canadien a contribué à accroître
le revenu des ventes à l'exportation, mais elle a aussi
considérablement augmenté le coût de l'innovation.
Elle a protégé l'industrie canadienne des pressions
de la concurrence qu'ont subi les entreprises d'autres pays,
mais elle a aussi, du même coup, supprimé une
importante incitation pour les entreprises canadiennes à
innover.
Le vice-premier ministre, John Manley, a été
sévèrement critiqué pour avoir dit que
les entreprises canadiennes utilisaient le dollar dévalué
comme béquille. Mais il avait raison sur le fond. Les
entreprises canadiennes ont remis à plus tard certains
investissements technologiques qui augmenteraient la productivité
parce qu'ils auraient dû se faire en dollars américains,
chers.
Les économistes pourront débattre - et ils
ne s'en priveront pas - des diverses raisons du recul de la
valeur de notre monnaie. Mais le fait est que des forces fondamentales,
notamment la productivité et d'autres facteurs de compétitivité,
influent sur notre dollar.
La baisse de notre monnaie a atténué les coûts
pour les sociétés canadiennes et, partant, a
soutenu la croissance de notre PIB, mais nous ne pouvons ignorer
les raisons de cette baisse ni ses répercussions dans
d'autres domaines importants à long terme.
Par exemple, le recul de notre dollar a contribué
à un problème d'une importance extrême
pour notre compétitivité, notre souveraineté
et notre qualité de vie, je veux parler de « l'évidement
» de notre industrie.
Depuis le début de 2000, 62 des plus grandes sociétés
de notre pays représentant 27 pour cent de la valeur
des actions en circulation dans le public de l'indice 300
de la Bourse de Toronto ont disparu à l'occasion de
fusions et d'acquisitions. Sur ce total, 53 pour cent (70
pour cent en valeur) ont été achetées
par des entreprises étrangères, dont la majorité
étaient américaines. Il faut aussi remarquer
que trois des cinq plus grandes sociétés acquises
sur le marché intérieur par des entreprises
canadiennes appartenaient aux secteurs des télécommunications
et des médias - des branches d'activité qui,
comme les institutions financières, sont protégées
contre les acquisitions par des intérêts étrangers.
Au début de 1995, l'indice pétrole et gaz de
la Bourse de Toronto comprenait 58 sociétés
; aujourd'hui, il en reste 11. L'investissement étranger
est important et l'ouverture des marchés est vitale,
mais il faut quand même se demander pourquoi beaucoup
de fleurons de notre industrie sont les proies dans la rationalisation
économique plutôt que les intégrateurs,
pourquoi nous perdons des sièges sociaux à une
vitesse aussi alarmante, et quel en sera le prix.
Que ce soit parce que des investisseurs étrangers
les ont absorbés ou parce que des entreprises canadiennes
choisissent de déménager leur haute direction
sous d'autres cieux, un nombre important d'emplois de sièges
sociaux de notre pays ont disparu. Ces emplois sont importants,
pas seulement à cause des salaires et des recettes
fiscales qu'ils génèrent directement, mais aussi
à cause de la vaste gamme de retombées indirectes
pour l'économie et nos collectivités.
Il est difficile de prétendre que la compétitivité
du Canada n'est pas en recul dans l'économie
mondiale. D'après le Forum économique mondial,
elle a dérapé, passant du sixième rang
en 1998 au onzième en 2000.
Pour relever les défis de notre compétitivité,
de notre monnaie, de notre niveau de vie et l'érosion
de notre industrie, nous devons nous concentrer sur les questions
sous-jacentes, à commencer par l'innovation et la productivité.
Aujourd'hui, les dépenses brutes du Canada consacrées
à la recherche et au développement, en pourcentage
du PIB, restent à l'avant dernier rang des pays du
G7 et comptent parmi les plus faibles du monde industrialisé.
Certes, le rythme de nos demandes de brevets a augmenté
plus vite au Canada qu'aux États-Unis au cours de la
dernière décennie, mais nous sommes quand même
encore bons derniers parmi les pays du G7 par le nombre de
dépôts de brevets nationaux par habitant.
La productivité, au sens classique du terme, se mesure
par la production par travailleur. Quand les employés
entendent le mot productivité, ils pensent que la direction
se prépare à éliminer leurs emplois.
Mais la productivité est un indicateur de la prospérité
de chaque famille canadienne. Non seulement l'amélioration
collective de la productivité préservera et
augmentera les possibilités d'emplois, mais elle débouchera
aussi sur des emplois de plus grande valeur et sur une hausse
du niveau de vie.
Comme l'économiste de Montréal, Pierre Fortin,
l'a noté, les revenus réels par habitant des
Canadiens n'ont augmenté que de cinq pour cent entre
1988 et 1998, alors que les revenus réels par habitant
des Français ont augmenté trois fois plus vite
et ceux des Américains, près de quatre fois
plus vite.
Nous n'avons pas le choix de faire du surplace. À
l'instar de la plupart des nations commerçantes du
G7, le Canada ne peut se permettre de perdre des clients sur
aucun de ses marchés du monde. Nous ne pouvons pas
nous offrir le luxe de laisser d'autres nous dépasser,
et nous serions bien mal avisés de livrer concurrence
sur la seule base d'un environnement aux coûts d'exploitation
faibles.
La productivité, comme l'ont démontré
les États-Unis pendant la dernière décennie,
est démultipliée par la technologie. Or la technologie
est le fruit de l'innovation. Et l'innovation est la seule
constante dans l'évolution économique.
L'OCDE classe le Canada au seizième rang sur l'indice
de l'innovation ; ce n'est pas particulièrement brillant.
Le gouvernement fédéral a officiellement fixé
comme objectif une remontée du Canada au cinquième
rang de l'innovation internationale d'ici 2010.
L'objectif est à notre portée. Mais dans un
monde qui avance à une vitesse dictée par la
loi de Moore, nous devrions essayer de l'atteindre plus vite.
Je suis aussi coprésident du comité de politique
national du Conseil canadien des chefs d'entreprise. La compétitivité
du Canada est le premier des sujets auquel nous nous intéressons
et nous aimerions voir le Canada atteindre son objectif d'innovation
plus près du milieu que de la fin de cette décennie.
Mais très franchement, si les objectifs sont importants,
le vrai défi est de savoir comment nous allons changer
et exécuter une stratégie pour les atteindre.
Nous sommes un petit pays qui livre concurrence sur un marché
mondial et nous devons trouver des moyens d'exploiter nos
avantages concurrentiels plutôt que de créer
des entraves à notre réussite. Nous vivons aujourd'hui
aussi dans un monde où l'aptitude à créer
et à commercialiser des idées est un déterminant
crucial de la réussite économique. Donc, notre
objectif global doit comprendre la création d'une culture
d'excellence, par l'éducation, l'innovation et le leadership
en affaires.
Pour ce qui est de l'innovation, Ottawa a fixé
quatre
priorités :
- premièrement, créer du savoir et le commercialiser
rapidement sur le marché ;
- deuxièmement, faire en sorte que les Canadiens
aient les compétences nécessaires pour livrer
concurrence ;
- troisièmement, créer un environnement commercial
et réglementaire propice ;
- et quatrièmement, faire du Canada un endroit où
il est intéressant d'investir, mais aussi de vivre.
Nos priorités nationales sont les bonnes priorités
et les responsables gouvernementaux se centrent sur les bons
enjeux. Quant au bilan passé de la compétitivité
de notre pays, tous les partenaires sociaux partagent la responsabilité
de nos lacunes, notamment l'entreprise privée, les
pouvoirs publics, le monde du travail et bien d'autres encore.
Nous devons donc aussi tous participer collectivement à
la solution. Et c'est là que nous avons parfois du
mal - à nous accorder sur les priorités et à
les traduire en actes.
Contrairement aux problèmes de déficits et
d'impôts qui comportent d'importantes complexités
politiques mais pour lesquels il existe des remèdes
relativement connus, l'innovation, la productivité
et la compétitivité sont des sujets plus difficiles
à traiter. Pour réussir, il faut prendre plus
de risques et avoir confiance dans la capacité des
industries et des institutions du Canada de saisir l'occasion
si les bonnes conditions sont réunies.
J'aimerais avancer quelques idées et suggestions sur
la manière dont nous pouvons commencer à nous
attaquer à ces questions, et ce, dans la perspective
du commerce et de l'industrie. Je voudrais plus particulièrement
parler de six domaines dont je crois qu'ils sont importants
pour notre prospérité future au XXIe siècle.
Premièrement, le Canada a besoin d'une stratégie
sectorielle d'excellence. Nous avons bien réussi à
créer les bonnes conditions macro-économiques.
Maintenant, nous devons aussi créer le bon climat micro-économique,
secteur par secteur. Il ne s'agit pas de séparer les
gagnants des perdants - au marché de s'en occuper.
Il s'agit plutôt de tirer parti des forces du Canada.
Les pouvoirs publics et le secteur privé doivent coopérer
pour établir des politiques qui créeront le
bon environnement pour nos principales branches industrielles.
Comme je l'ai déjà dit, nous ne devons nous
contenter de promouvoir l'égalité des chances
au Canada. Nous devons faire pencher la balance du côté
de nos propres industries, de la même manière
que d'autres pays le font, et notamment les États-Unis.
Parlons d'un secteur que je connais bien, celui des services
financiers. D'après un rapport récent de Standard
and Poor's, les Canadiens ont un des systèmes bancaires
les plus efficaces au monde, doté d'une infrastructure
de pointe et de bons systèmes de contrôle de
gestion, qui pratique de faibles marges sur les prêts
et a des frais d'administration concurrentiels. Forts de ces
atouts, les Canadiens devraient occuper une position de choix
dans les services bancaires mondiaux et devraient en récolter
les avantages économiques pour leur pays. Or il n'en
est rien. Notre secteur est devenu moins adapté à
l'échelle mondiale et nous avons perdu du terrain par
rapport à d'autres pays, même de certains qui
sont plus petits que le nôtre. À preuve, en 1975
la Banque Royale du Canada était la 23e banque du monde
par la taille de son actif. Aujourd'hui, RBC se classe au
53e rang. La capitalisation boursière d'une seule institution
financière hollandaise - le Groupe ING - est maintenant
presque l'équivalent de celles des cinq plus grandes
banques du Canada réunies.
Plusieurs raisons expliquent le retard qu'accuse notre secteur
des services financiers, mais pour l'avenir, je crois qu'il
est crucial d'établir un consensus plus large sur ce
que nous voulons pour ce secteur et de définir clairement
des stratégies qui nous permettront d'arriver à
nos fins.
La même chose est vraie pour d'autres branches clés,
des ressources naturelles, avec l'énergie, la foresterie
et les mines, à des secteurs plus pointus comme la
technologie et les télécommunications. Dans
beaucoup de domaines, nous avons reculé au classement
général mondial. Si nous voulons gagner sur
la scène internationale, nous devons d'abord comprendre
à quels obstacles se heurtent nos différentes
industries ici, au Canada, et à l'étranger,
et nous devons aligner tous les éléments pour
créer les bonnes stratégies, le bon environnement
et les bonnes politiques afin de soutenir les réalisations
et la réussite de Canadiens.
Le deuxième domaine dans lequel nous devons faire
des progrès est celui de notre aptitude à faire
croître nos petites et moyennes entreprises, qui sont
l'ossature de notre économie. Le Canada a un taux de
création d'entreprises comparable à celui des
États-Unis. Mais nous réussissons moins bien
à développer ces entreprises et à en
faire des sociétés plus grandes, couronnées
de plus de succès.
Nous devons améliorer les capacités du Canada
de faire croître nos petites entreprises les plus prometteuses,
et, non seulement remplacer celles qui disparaissent, mais
aussi veiller à ce que notre économie reste
diversifiée, capable d'apporter une valeur ajoutée
et des emplois bien rémunérés. À
certains égards, l'économie du Canada est prise
en sandwich entre, d'un côté, des producteurs
à faible coût comme le Mexique qui s'efforcent
de passer à des produits et des services à plus
forte valeur ajoutée en investissant dans l'éducation,
la technologie et la recherche, et, de l'autre côté,
des producteurs à haute valeur ajoutée comme
les États-Unis qui investissent lourdement dans les
industries du futur. Nous devons trouver nos propres créneaux
sur lesquels nous sommes concurrentiels et les exploiter.
Et nous devons réduire le risque de devenir trop dépendants
de nos PME qui produisent des biens d'exportation à
faible valeur ajoutée.
Nous avons quelques exemples brillants de petites entreprises
canadiennes qui se sont métamorphosées en leaders
internationaux, mais il y en a eu moins ces dernières
années et il nous en faut plus. Par exemple, parmi
les entreprises introduites en Bourse depuis 1995, on constate
que 20 fois plus de capitaux ont été mobilisés
aux États-Unis qu'au Canada. Nous devons trouver des
manières d'encourager nos petites sociétés
à investir dans leur avenir et éradiquer tous
les obstacles à leur croissance. Je suis heureux d'annoncer
que RBC Groupe Financier entreprendra, en coopération
avec les Manufacturiers et exportateurs du Canada et la Fédération
canadienne de l'entreprise indépendante, une étude
nationale pour repérer les entraves à la croissance
des PME et faire des recommandations sur la manière
dont le Canada peut mieux faire croître ces entreprises
et en faire des sociétés de calibre mondial.
Je ne voudrais d'aucune façon préjuger de l'issue
de cette initiative, mais deux rapports récents jettent
un peu de lumière sur ce sujet. La première
étude, préparée pour le gouvernement
de l'Ontario, compare les taux de productivité de la
main-d'uvre dans 10 provinces canadiennes et 50 États
des États-Unis. Elle constate que le Canada est bien
mal classé, le Québec occupant le 49e rang et
l'Ontario, le 32e. Une deuxième étude, réalisée
par Jack Mintz de l'Institut C.D. Howe, fait ressortir que
le Canada a un système fiscal lourd qui freine beaucoup
plus l'investissement dans de jeunes entreprises que celui
de beaucoup d'autres pays industrialisés. Je crois
aussi qu'il manque à trop de dirigeants d'entreprises
canadiennes - petites, moyennes et grandes - une certaine
culture d'innovation pour hisser leurs sociétés
au prochain niveau.
Cela m'amène à mon troisième point -
l'innovation. Pour innover, il faut avoir une vision de l'objectif
que veut atteindre la société, mettre au point
de nouveaux produits et services, nouer de nouvelles relations
avec les fournisseurs et les clients, et trouver de nouvelles
manières de livrer une valeur ajoutée. Innover,
c'est aussi s'engager dans la recherche et le développement
et mettre les résultats de cet effort à l'uvre.
La commercialisation des fruits de la R-D est un véritable
problème au Canada et, pour amener des connaissances
jusqu'à un stade commercial, il faut de l'argent, une
réflexion à long terme et de la créativité.
Il est clair que nous devons enrichir notre capital d'investissement.
Comme l'a dit le ministre de l'Industrie, Allan Rock, «
il faut réunir plus de capital de risque privé,
afin que nos meilleures idées soient développées
ici même au Canada, par des entreprises canadiennes
». Une des manières de le faire consiste à
attirer plus de capitaux, et en particulier du capital de
risque, dans notre pays. Des pas ont été faits
dans ce sens avec le dernier budget, mais il reste certains
obstacles qui continuent de rendre l'investissement de fonds
étrangers au Canada moins intéressant.
Nous devons aussi nous demander si les fonds de retraite
peuvent faire plus pour financer les sociétés
de demain, comme la Caisse de Dépôt l'a fait
ici même au Québec. En Grande-Bretagne, le gouvernement
a adopté plusieurs recommandations sur le capital de
risque. Elles portent notamment sur des mesures fiscales et
des cadres réglementaires, ainsi que sur la création
de fonds régionaux de capital de risque dotés
de fonds publics mais gérés par des gestionnaires
privés. Nous devrions étudier des mesures semblables
au Canada parce que la capacité de créer et
de commercialiser de nouvelles idées est cruciale pour
notre réussite économique.
Le Dr John Evans, président de la Fondation canadienne
pour l'innovation a dit dans une conférence récente
qu'il faut au Canada un nouveau « contrat de recherche
public », ce qui implique des engagements à plus
long terme de la part des gouvernements et des universités.
Il a dit que, pour le gouvernement, cela suppose un niveau
beaucoup plus élevé d'investissement que celui
assuré précédemment aux universités
canadiennes pour leur rôle traditionnel de création
et de transmission de savoir. Pour les universités,
l'engagement porte sur le rendement économique et social
de l'investissement public consenti, particulièrement
sous forme d'emplois et de richesse créés au
Canada.
Malheureusement, le Canada accuse un retard sur beaucoup
de pays dans le financement de la recherche universitaire.
Aux États-Unis, par exemple, plus de 82 pour cent de
la recherche universitaire est financée par le gouvernement,
comparativement à 66 pour cent seulement au Canada.
De plus, les redevances que tirent les universités
américaines des licences concédées sont
49 fois plus importantes que celles du Canada. Ces écarts
doivent être comblés et il est encourageant de
voir que le gouvernement fédéral se penche sur
cette question.
Il ne sert à rien de créer une culture de l'innovation
si on n'arrive pas à livrer les produits à temps.
Le quatrième point sur lequel nous devons nous concentrer
est la question de l'ouverture de la frontière avec
les États-Unis, la plus grande économie du monde
et notre principal partenaire commercial. Nous devons collaborer
pour établir des procédures et des normes unifiées
de traitement des personnes, du commerce et du capital.
On a estimé que les retards à la frontière
ajoutent une taxe cachée de l'ordre de cinq à
10 pour cent au coût des échanges commerciaux
entre le Canada et les États-Unis. Cela représente
30 à 60 milliards de dollars de coûts liés
aux retards par an qui pourraient être éliminés.
Le libre-échange a été une des initiatives
politiques les plus importantes pour le Canada au XXe siècle,
mais il reste encore des barrières importantes entre
le Canada, les États-Unis et le Mexique. La proximité
du plus grand marché du monde et les relations que
nous entretenons avec lui représentent un important
avantage concurrentiel... cependant, elles nous exposent aussi
à un risque important avec la libre circulation des
marchandises, des services, des personnes et du capital. L'intégration
des marchés et la transparence des frontières
en Amérique du Nord sont cruciales pour protéger
et améliorer notre prospérité, qui, elle,
est la meilleure manière de protéger notre souveraineté.
Nous devons aussi lever les obstacles au commerce interprovincial,
qui représentent une entrave persistante au bon fonctionnement
du marché commun canadien. Ce pays a été
bâti autour d'une union douanière, mais il ne
fonctionne toujours pas de cette manière, puisqu'il
existe des politiques provinciales protectionnistes dans de
nombreuses branches.
Le cinquième domaine auquel nous devons nous attaquer
est celui de la nécessité permanente d'une réforme
de la réglementation et de la fiscalité. Ces
questions ont une incidence directe sur la compétitivité
du Canada. Sur une vaste gamme de sujets, qui vont des autorisations
environnementales aux fusions d'entreprises, les sociétés
canadiennes sont soumises à de longs processus réglementaires
qui doivent devenir plus transparents et plus prévisibles.
L'industrie canadienne est aussi assujettie à une
armée d'autorités de réglementation et
se heurte aux lourdeurs administratives. Par exemple, chaque
train qui quitte Montréal à destination du Midwest
américain peut être soumis à six niveaux
de réglementation gouvernementale au total dans les
deux pays. Dans les services financiers, RBC est supervisé
par plus de 50 autorités de réglementation des
services financiers, réparties entre 14 juridictions.
Nous devrions nous efforcer de parvenir à une bien
plus grande efficacité de la réglementation,
puisque ces lourdeurs pèsent aussi sur notre compétitivité.
Sur le plan de la réforme fiscale, nous avons bien
progressé, mais il reste encore beaucoup à faire.
La structure fiscale actuelle du Canada décourage encore
l'innovation en pesant trop lourdement sur le capital et les
revenus des entreprises. Aucune forme d'impôt n'est
plus inhibitrice de l'innovation que l'impôt sur le
capital, parce qu'il pénalise l'investissement dans
des éléments d'actif comme de nouvelles machines
et du nouveau matériel et sape la croissance. Le gouvernement
fédéral devrait abolir les impôts sur
le capital et encourager les gouvernements provinciaux à
en faire autant. En améliorant notre régime
fiscal, nous devrions créer des incitations pour les
sociétés à choisir le Canada comme base
de leurs opérations sur les marchés nord-américain
et mondial.
Le sixième et dernier point pour notre prospérité
est celui de notre qualité de vie, ce qui comprend
l'éducation, la santé et nos infrastructures
urbaines. Nous devons nous efforcer d'avoir le meilleur système
d'éducation, les meilleurs soins dans le domaine de
la santé et les villes les plus dynamiques et les plus
attrayantes du monde. Nous devons aussi faire en sorte que
nos villes offrent le meilleur cadre de travail et le meilleur
environnement pour les sièges sociaux de nos sociétés
mondiales.
Nous devons fournir à nos villes qui décrépissent
le moyen d'investir dans les routes, les services publics,
le logement, le transport, les aéroports et les institutions
culturelles. Il faudra pour cela des sources de financement
plus souples et plus créatives pour nos cités,
ce qui comprend des transferts de fonds du fédéral
et des provinces et des partenariats entre les secteurs public
et privé.
Au cours des trois dernières décennies, l'économie
canadienne s'est transformée, passant de l'exploitation
des ressources naturelles à la fabrication à
valeur ajoutée, et des usines secondaires protégées
par des barrières tarifaires au statut de grande puissance
exportatrice dans une économie nord-américaine
plus intégrée. Chaque décennie a connu
de nouveaux défis, et nous avons tous su les relever.
Bien sûr que le monde d'aujourd'hui change constamment
et que la vitesse de l'évolution technologique et de
la mondialisation de nos marchés ont entraîné
de nouveaux défis pour nos industries et notre pays.
Pour prospérer dans cette nouvelle réalité
économique, nous devons élaborer et mettre en
uvre collectivement une stratégie pour améliorer
notre situation face à la concurrence.
Comme je l'ai dit dans une allocution en novembre dernier,
une des meilleures descriptions que j'ai entendues au sujet
de ce qu'il faut à notre pays émane d'un groupe
de jeunes Canadiens appelé « Canada 25 ».
En juin dernier, ils ont publié un rapport intitulé
A New Magnetic North dans lequel ils se prononcent
pour l'innovation dans chaque secteur. Ils préconisent
l'innovation sociale pour construire une société
juste et équitable, l'innovation économique
pour stimuler l'investissement, l'innovation en matière
de politique pour résoudre les défis de notre
profil démographique et l'innovation culturelle pour
renforcer notre fierté nationale. Il existe selon eux
une prime à l'innovation, et le nerf de l'innovation,
c'est le talent.
Passionnément canadien, je ne peux pas lire un texte
de ce genre sans être optimiste pour notre aptitude
à surmonter les défis dont j'ai parlé
aujourd'hui.
Pour bâtir la prospérité du Canada dans
un nouveau siècle de concurrence mondiale, il faudra
une ambition commune, des politiques créatives, des
engagements à l'action plus forts et, surtout, un nouvel
esprit de coopération et de travail d'équipe
à tous les paliers de gouvernement, dans le secteur
privé et entre d'autres grands partenaires. Les grandes
nations, les sociétés qui réussissent
et les institutions vénérables respectent leurs
traditions et leurs valeurs, mais se transforment aussi constamment.
Voilà quelle doit être notre mission pour livrer
concurrence et réaliser tout notre potentiel comme
Canadiens.
Merci.
|