Vol. 46, N° 10 Octobre 1965
La courtoisie
dans la correspondance
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Savoir écrire des lettres
est un art ; savoir écrire des lettres courtoises
est un art social qui mérite d'être cultivé.
La courtoisie est la qualité qui nous fait refuser
une faveur avec assez de délicatesse pour conserver
un ami, qui nous empêche d'accorder du crédit
avec tant de mauvaise grâce que le client ne remettra
jamais les pieds dans notre établissement.
On ne peut écarter les questions de comportement
et d'attitude sous prétexte qu'elles sont futiles et
sans importance. Elles ont au contraire une grande portée
dans la vie de chacun, dans celle de l'homme d'État
ou du diplomate comme dans celle de l'époux et l'épouse
qui font un succès de leur mariage. Dans les affaires,
le respect des convenances et de la politesse ajoute une note
de perfection à tout ce que nous accomplissons.
Confucius nous dit que « ce sont les bonnes manières
qui font la valeur d'une localité et que le sage ne
se fixe pas là où elles sont absentes. »
Il est peut-être vrai, comme certains l'affirment,
que la politesse s'est graduellement dépréciée
à mesure que la société s'est éloignée
de l'époque patriarcale pour accéder, grâce
à la révolution industrielle, à l'âge
de l'abondance. L'un des dangers auquel l'esprit démocratique
demeure exposé pendant sa croissance est que les gens
en viennent à considérer le manque de savoir-vivre
comme une preuve de l'affranchissement de la discipline de
la non-démocratie, parce qu'ils n'ont pas encore appris
que le pouvoir du peuple comporte des devoirs aussi bien que
des libertés.
Comment définir les bonnes manières ?
Avoir des bonnes manières, c'est faire ce qu'il convient
sans y être obligé. Cela signifie avoir des égards
pour les autres, ne pas abuser d'eux, éviter les personnalités
blessantes et ne jamais être délibérément
impoli.
Les bonnes manières importent plus que les lois.
La loi ne nous touche que par moments, tandis que les bonnes
manières nous vexent ou nous plaisent, nous élèvent
ou nous abaissent continuellement. Moïse fut un grand
législateur, surtout parce qu'il donna les dix commandements
aux Hébreux, mais il s'est également intéressé
au domaine de la civilité. Dépassant les obligations
essentielles dans une société bien organisée,
il a prescrit quelle devait être la conduite de l'homme
bien élevé : être doux pour les affligés,
s'abstenir des commérages, respecter les vieillards
et être bon même pour les étrangers.
Quelle que soit votre situation sociale, quel que soit votre
niveau d'instruction, vous êtes tenu à la politesse
envers vos semblables. Voici, à ce sujet, un exemple
tiré de la vie de sir Winston Churchill : un jour
de mai 1941, alors qu'il avait déjà pris la
parole à la Chambre des communes pour annoncer des
mauvaises nouvelles à propos des combats en cours dans
l'île de Crète, il se leva de nouveau pour communiquer
une nouvelle réjouissante, mais il ne s'en excusa pas
moins d'interrompre le débat : « Je ne sais
pas, dit-il, s'il me serait permis, avec le plus grand respect,
d'intervenir un instant. On vient de m'apprendre que le Bismarck
a été coulé. »
La politesse suppose le tact, qui est l'art des arts. Avoir
du tact ou de la délicatesse, c'est se donner de la
peine et se déranger pour voir à ce que les
autres ne soient pas négligés, et accomplir
avec amabilité ce que l'on fait pour leur plaire. Les
grands chefs de file savent traiter les gens avec tact ;
ils prennent des précautions auxquelles les hommes
de moindre envergure ne pensent pas.
Ce que disent vos lettres
Vous êtes-vous déjà arrêté
à songer combien vos lettres sont révélatrices
de votre personnalité ? Socrate disait à
un jeune homme qu'on lui présentait pour mettre ses
capacités à l'épreuve : « Parlez
de façon que je vous voie ». C'est dans leurs
écrits que les gens se montrent et se dépeignent
sous leur véritable jour.
Aujourd'hui, une grande partie des affaires se font par
correspondance. On peut conclure les marchés les plus
importants sans voir la personne avec qui nous traitons l'opération.
Aussi importe-t-il de lire ses lettres avec attention, afin
de savoir ce qu'elle veut dire et d'écrire les nôtres
avec soin, afin de nous faire bien comprendre.
Plus que cela, nous devons mettre du bon vouloir dans nos
lettres. La courtoisie exige que notre correspondant ait l'impression
que c'est pour nous un plaisir de lui écrire et non
pas une corvée.
La sympathie contribue largement à notre bonheur,
même si elle s'exprime devant l'hostilité. C'est
amoindrir votre dignité que de laisser un correspondant
impoli vous donner le ton de votre réponse. Il n'y
a pas de plus sûr indice de grandeur d'âme que
de feindre de ne pas voir l'air fâché et l'humeur
bourrue de ses semblables et de ses collègues. Comme
le surhomme de Nietzsche, nous avons « à porter
ce qui est lourd, et qu'importe si des scarabées et
des éphémères se posent en plus sur notre
fardeau ».
Rien ne désarme mieux un adversaire en colère
que le calme. Les chiens aboient au moindre bruit, avant même
de voir si c'est un ami ou un ennemi qui en est l'auteur,
mais l'homme, lui, est doué de raison et peut délibérer.
Au lieu de griffonner une lettre furieuse, remplie de phrases
sarcastiques et d'agressivité mal déguisée,
il peut analyser la situation, la dominer et éviter
un odieux déploiement de mauvaise humeur.
Quand un homme perd patience, il perd aussi la conscience
de sa dignité, son bon sens et son sentiment de la
justice. Il est sage, lorsqu'on est exaspéré
au point qu'il faut absolument dire ce qu'on a sur le coeur,
de garder sa lettre et de la relire le lendemain.
Se respecter et respecter les autres
Mettez-vous au diapason des gens. L'un des plus sûrs
moyens de gagner l'estime de quelqu'un, c'est de témoigner
du respect pour son savoir et de la déférence
pour sa personne.
Il n'y a pas de signe plus évident de médiocrité
intellectuelle que de parler ou d'écrire dédaigneusement
de connaissances que l'on ne possède pas soi-même.
Notre désir d'afficher notre supériorité
devient la tombe de notre orgueil.
Les hommes livrent une lutte continuelle pour se faire remarquer
et n'aiment pas que leur conduite soit considérée
comme quelque chose qui va de soi. Leur soif de voir leurs
mérites reconnus émane d'un besoin profondément
humain. C'est pourquoi il est nécessaire d'écrire
nos lettres de façon que le destinataire se sente important
et capable.
La politesse exige donc que vous traitiez avec respect le
nom, la situation et le titre de votre correspondant. Certains,
et ils sont rares, se soucient peu de l'appellation qu'on
leur donne pourvu qu'ils obtiennent les renseignements qu'ils
désirent. Mais la plupart des gens respectent leurs
noms et s'attendent que vous en fassiez autant. « Notre
nom, c'est nous-même, dit Paul Bourget, c'est notre
honneur dans la bouche et dans la pensée des autres. »
Il est bon aussi de nous rappeler que nos lettres pourront
être lues par d'autres que la personne à qui
nous les adressons : sa secrétaire, son adjoint,
le collaborateur appelé à s'occuper directement
de la question qui fait l'objet de votre lettre et même
le préposé au classement. Humilier votre correspondant
aux yeux de ces personnes, c'est aggraver la blessure.
La lettre bien faite
Il est généralement admis que si une lettre
mérite d'être écrite, elle mérite
d'être bien écrite, et aucune excuse n'est valable
dans ce domaine. Une entreprise peut dépenser des millions
pour annoncer ses produits et permettre néanmoins qu'un
commis inexpérimenté, indifférent et
étourdi en détruise tout l'effet en écrivant
des lettres banales et insignifiantes.
Réussir à communiquer ses idées est
certes un motif de légitime fierté. Mais pour
qu'il y ait vraiment communication, votre lettre doit tendre
à rendre service au lecteur en le renseignant. C'est
pourquoi la clarté et la précision sont si importantes.
Les mots employés seront les plus expressifs que vous
offre la langue, à condition qu'ils soient communément
compris.
Mais la lettre bien faite n'est pas simplement un ensemble
de renseignements que nous désirons transmettre à
quelqu'un d'autre. Nous renonçons au plus grand avantage
de la correspondance si nous ne nous en servons pas pour influencer
les gens. En plus du raisonnement pur, l'imagination et les
sentiments sont souvent très efficaces pour convaincre
un client.
L'essentiel dans tout cela est de découvrir l'intérêt
dominant de la personne à qui l'on écrit et
de savoir, dans notre lettre, faire appel à cet intérêt.
On ne peut se contenter de prendre une lettre dès
son arrivée et d'en dicter la réponse. Voyez
d'abord ce que vous voulez dire et pensez ensuite à
la manière de l'exprimer par écrit. Demandez-vous
quels sont les goûts et les préférences
de votre correspondant et faites-y allusion dans votre lettre.
Vous serez surpris de constater, d'autre part, combien sont
rares et superficielles les questions et les remarques que
l'on vous adresse à propos de vos propres activités.
Imaginez toutes les choses intéressantes que vous auriez
à dire si quelqu'un pressait le bouton voulu.
Lorsque vous écrivez une lettre, vous avez à
lutter contre beaucoup d'autres concurrents, qui s'efforcent
par le même moyen d'éveiller l'attention ou l'intérêt
de votre lecteur. Dans cette épreuve, le vainqueur
n'est pas celui qui écrit le plus poétiquement,
le plus grammaticalement, avec le plus de facilité
ou dans le style le plus fleuri. La victoire va à celui
qui sait le mieux éclairer, renseigner et persuader.
Donner des renseignements est l'un des rôles de la lettre.
Persuader quelqu'un de faire ou de croire quelque chose en
est un autre. Mais pour les combiner tous les deux avec succès,
il ne faut rien de moins qu'une grande habileté et
un coeur généreux.
Toute correspondance est obligatoirement soumise aux règles
élémentaires de la bienséance, mais ce
n'est là qu'un minimum. Qu'il y ait dans vos lettres
quelque chose de peu commun et qui sort de l'ordinaire. Les
propos d'agrément des conversations mondaines ont aussi
leur place dans les lettres. Ils contribuent à combler
le fossé qui sépare notre pensée et celle
du lecteur et à humaniser pour ainsi dire les questions
techniques et abstraites.
L'échange des idées
Pour être vraiment fructueuse, la communication des
idées doit être réciproque, c'est-à-dire
se faire dans les deux sens. S'il faut écrire de façon
à se faire comprendre facilement et clairement par
son lecteur, il importe également de lui offrir l'occasion
d'exposer lui aussi ses opinions.
Les lettres que vous échangez avec un client ou un
fournisseur ne sont en définitive qu'une conversation
entre deux personnes qui parlent de leurs affaires. Elles
doivent avoir l'aménité et la courtoisie qui
s'imposeraient dans le salon d'un club ou en dégustant
une tasse de café dans une réunion.
Au cours de ces conversations par la poste, trois situations
sont possibles : c'est vous qui avez raison ; vous
avez raison tous les deux ; c'est l'autre qui a raison.
D'où la nécessité essentielle d'être
bien attentif, de ne pas écouter distraitement. Ce
que vous dit votre interlocuteur peut être hors de propos,
n'empêche que cela sert à mettre vos idées
au point. Le grand orateur romain, Cicéron, nous dit
qu'il étudiait toujours la thèse de son adversaire
avec autant sinon plus de soin que la sienne. Cicéron
estimait que celui qui ne connaît que son point de vue
dans une discussion connaît peu son sujet.
Lorsqu'une idée embarrassante est émise, il
est bon de la reprendre, clairement et simplement, pour deux
raisons : pour vous assurer que vous parlez tous les
deux de la même chose et pour bien montrer, votre bienveillance
et votre compréhension.
Un homme sensé s'attend aux objections lorsqu'il
propose une idée ou un plan, et il les accueille même
avec plaisir. Il aime qu'on les lui fasse connaître
ouvertement, afin de pouvoir y satisfaire et modifier au besoin
sa manière de penser.
Dans les entretiens écrits que sont les lettres,
il est important de toujours être affable et mesuré
dans ses termes. Nous connaissons tous des gens qui ont le
don de nous indisposer, même quand ils ont raison, parce
qu'ils s'expriment d'une façon maladroite.
Si quelqu'un éprouve de la difficulté à
saisir ce que vous avez écrit, demandez-vous d'abord
si vous avez mis tout en oeuvre pour que votre prose soit
claire. C'est peut-être votre faute, et il est beaucoup
plus facile de se corriger soi-même que de corriger
les capacités intellectuelles d'un autre.
La durée de la digestion mentale varie avec chaque
individu, mais tout le monde prend un certain temps à
assimiler ce qu'il lit. À nous d'y penser dans nos
lettres et de rendre le processus de la digestion moins laborieux
par la simplicité et la clarté à nos
explications. Il est toujours moins difficile de faire passer
son lecteur d'un point de vue à un autre par petites
que par grandes étapes. Montrez-lui que vous avez étudié
les autres formules et que vous en avez analysé objectivement
les possibilités et les inconvénients.
Laissez toujours une issue à votre correspondant.
Il y a beaucoup de sagesse dans la vieille expression chinoise
« sauver la face ».
Sachez aussi quand céder. Imitez ce philosophe qui
dut s'avouer vaincu dans une discussion avec un empereur.
« Je n'ai jamais honte, disait-il, de capituler devant
un homme qui commande cinquante légions. »
Avoir une attitude positive
Il n'est jamais très satisfaisant de se borner à
chasser l'erreur de l'esprit de celui à qui on écrit ;
il faut également l'amener à rectifier son opinion.
C'est là un autre domaine où l'intérêt
personnel joue un grand rôle. On peut écrire
des lettres et des lettres sans nullement modifier les idées
de son correspondant, mais celui qui sait trouver une phrase
qui suscite son intérêt, tient déjà
son lecteur dans sa manche.
On ne résiste pas longtemps aux charmes de la courtoisie.
Elle témoigne de notre considération et de notre
bienveillance. Loin d'être une marque de lâcheté,
les compromis intelligents sont souvent à la base d'une
courageuse sagesse. Si vous faites des concessions sur des
petites choses qui tiennent à coeur à votre
correspondant, il y a fort à parier qu'il vous en fera
lui aussi, par pure magnanimité, sur des points qui
sont pour vous d'une importance capitale.
On peut dire que la première chose que le correspondant
s'attend à trouver dans notre lettre est la bienveillance.
Ce n'est qu'ensuite qu'il cherchera à y découvrir
une étincelle de sentiment ou d'émotion.
Il ne suffit pas, pour atteindre ce but, de disposer d'un
recueil de termes et de locutions agréables et de les
insérer dans nos lettres. Un répertoire de ce
genre n'est pas sans utilité, mais si notre bienveillance
n'est pas sincère, nous jouons une comédie aussi
méprisable que dangereuse.
La seconde exigence, de votre correspondant, pour ne pas
dire la première, est que vous lui répondiez
rapidement. Il est permis de différer d'avis sur la
forme des lettres, leurs longueurs et beaucoup d'autres points,
mais personne ne peut contester la nécessité
de ne pas faire traîner nos réponses.
Il est de règle dans certains bureaux d'accuser réception
immédiatement de toutes les lettres reçues,
quitte à y donner la suite voulue un peu plus tard.
Ce geste de courtoisie sert à assurer le lecteur que
sa lettre est arrivée à destination et qu'on
lui accorde toute l'attention possible.
Le sens de la mesure est une qualité précieuse
pour celui qui écrit des lettres. Ne prenez pas de
libertés, ni pour louer ni pour critiquer. Le fait
d'être intime avec quelqu'un n'est pas une excuse pour
être grossier ou dire inutilement certaines vérités.
Si, malgré tous vos efforts pour vous montrer raisonnable
et accommodant, vous devez faire connaître votre désaccord
à votre correspondant, sachez y mettre des formes.
Évitez d'être trop catégorique. Le dogmatisme
est peut-être de mise dans les horaires de chemin de
fer, mais il est peu recommandable lorsqu'on traite d'opérations
commerciales ou de problèmes personnels.
Les lettres de réclamation
Il n'y a pas de tâche plus difficile dans les affaires
que la charge de s'occuper des lettres de réclamation.
Un bon conseil : ne la faites pas à contrecoeur.
La lettre de réclamation est un préavis de
rupture éventuelle avec votre correspondant. La meilleure
attitude à adopter est de la considérer comme
une indication pratique de ce qu'il faudrait faire pour donner
plus de satisfaction à la clientèle. Dites à
votre correspondant qu'il vous a rendu service. Il suffit
souvent de se montrer un tant soit peu conciliant pour apaiser
le client mécontent et lui faire accepter la solution
que vous proposez.
Surtout, si vous avez tort, vous ou votre entreprise, avouez-le
tout de suite et franchement. Au lieu de chercher une excuse
ou de vous faire tirer l'oreille pour reconnaître votre
erreur, dites sans réticence au correspondant qu'il
a parfaitement raison ou que sa réclamation est tout
à fait justifiée. L'une des plus grandes vérités
qui soient sorties de la bouche de Confucius est que « l'homme
qui a commis une faute et ne la corrige pas commet une autre
faute ».
Il n'est pas sage de se moquer d'une réclamation.
Les gens qui font des réclamations ont ordinairement
besoin de compréhension et non pas d'humour. Le sarcasme
est une arme acérée et laisse inévitablement
une profonde blessure. Vous éprouverez peut-être
une mesquine satisfaction à tourner votre correspondant
en ridicule, mais votre cause ou votre entreprise en souffrira
un grave préjudice.
Il n'est pas nécessaire que votre lettre d'excuses
soit mouillée de larmes, mais elle doit être
sincère et constituer une preuve de votre honnêteté
et de votre courtoisie. Comme l'écrivait la princesse
Victoria dans son journal : « Les gens oublient
facilement une insulte ou une offense si les autres reconnaissent
leur faute et montrent qu'ils regrettent ce qu'ils ont fait. »
La réponse à une réclamation doit être
signée par un membre de l'état-major de l'entreprise.
Le réclamant aura ainsi l'impression qu'il est quelqu'un
d'important.
Ne permettez pas à votre personnel d'étouffer
les réclamations. Soyez toujours prêt à
les écouter. Si un employé met une demi-journée
à décider si une réclamation mérite
d'être transmise à son chef et si celui-ci hésite
une journée avant de convenir qu'un client a raison
de critiquer, et que l'un de vos adjoints garde la lettre
en attendant le « moment propice » pour vous la
soumettre, vous perdez l'avantage de la rapidité d'action.
Savoir louer et féliciter
La courtoisie n'est pas seulement une réaction plus
ou moins passive en présence de certaines situations.
C'est une vertu qui s'exerce spontanément et qui cherche
même à se manifester au dehors. Le pire péché
envers nos semblables, a dit l'impitoyable Bernard Shaw, ce
n'est pas notre haine, mais notre indifférence à
leur égard.
Louer sincèrement un bon travail ou une belle action,
c'est jusqu'à un certain point y prendre part. Vu qu'il
est si souvent nécessaire de nous montrer dur dans
nos rapports avec les gens, n'est-il pas raisonnable de profiter
de toutes les occasions pour reconnaître leur mérite
et les féliciter.
Lorsque quelqu'un vous adresse une lettre particulièrement
agréable et sympathique, n'hésitez pas à
lui écrire à votre tour pour lui exprimer votre
cordiale reconnaissance.
Nous ne sommes pas des machines
On ne peut guère parler de l'art d'écrire
des lettres sans que quelqu'un y aille de ses considérations
sur la façon moderne de faire les choses. Certains
refusent d'admettre que la communication des idées
entre les hommes soit autre chose qu'une variante de la communication
des informations entre les calculatrices.
La lettre exige que nous écrivions comme si nous
parlions à l'un de nos pairs. S'il nous faut choisir
entre la brusquerie désinvolte et les procédés
« vieux jeu et arriérés » de la courtoisie,
les affaires et les relations humaines ne s'en porteront que
mieux si nous optons pour ces derniers. Beaucoup d'écoles
ont déplorablement négligé d'enseigner
de nouvelles formules de courtoisie à leurs élèves
pour remplacer celles que l'on condamne.
La plus grande richesse sociale d'un homme ou d'une femme,
c'est son charme, mais il n'y a pas de charme sans savoir-vivre
et sans politesse. Et la politesse ne consiste pas à
obéir servilement à certaines règles,
mais à observer habituellement des manières
accortes et distinguées, acquises par une pratique
continuelle de la bonté et de l'altruisme.
La courtoisie, qui est une politesse raffinée, contribue
plus que toute autre qualité à nous élever
au-dessus du vulgaire. Elle nous permet de traiter chacun
avec tant d'égards qu'il gardera toujours de nous un
excellent souvenir.
Certains rejettent la politesse sous prétexte qu'elle
est toute superficielle. Pour Emerson, au contraire, « les
bonnes manières sont les façons agréables
de faire les choses. Si elles sont superficielles, la rosée
du matin qui donne tant d'éclat aux champs et aux prés
l'est aussi ».
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