Vol. 47, N° 3 Mars 1966
La citoyenneté canadienne
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Être canadien ce n'est pas
être citoyen d'un pays quelconque. Le Canada retarde
peut-être dans certains domaines ; il y existe
des différends sur les questions de langues, d'économie
et de gouvernement ; mais les bases du pays sont solides,
et ses multiples credo tendent tous, par leur sommet, vers
le même idéal.
Il y a quelque chose de dynamique et de remarquable à
la fois dans le fait d'être citoyen canadien. Comme
le disait J.B. Brebner, au cours de l'allocution qu'il prononçait
en 1940 à titre de président de la Société
historique du Canada : « Le canadianisme est formé
de plus de trois siècles de lutte victorieuse avec
un milieu récalcitrant, de plus d'un siècle
d'adaptation et d'imagination fructueuses et fécondes
en politique, et d'une espèce de conservatisme que
l'adversité peut transformer, comme l'histoire le démontre,
en une volonté obstinée et indomptable. »
Nous avons réuni, au Canada, la hardiesse et l'esprit
d'aventure de plusieurs races dans un milieu des plus propices
à la création d'une grande nationalité.
Elles ont apporté avec elles des idées vivaces
et des principes vieux de mille ans. Jamais fondateur de pays
ne pouvait rêver de conditions plus favorables que celles
que lui offraient tous ces gens prêts à mettre
leurs dons et leurs talents au service d'une entreprise unique
en son genre : l'édification de la nation canadienne.
L'année du centenaire nous fournit l'occasion de
mobiliser nos imaginations et nos institutions dans un vigoureux
effort national pour tenter de mieux connaître en quoi
consiste le véritable civisme et surtout de le pratiquer
davantage. Cette tâche exigera certes du dévouement,
de l'énergie et du temps de la part de tous les citoyens
et les groupes bien pensants, mais nous ne devons pas la remettre
à plus tard, sinon ce pourrait être le commencement
de la fin de notre manière de vivre.
Le Canada est encore en train de se bâtir. Et les
Canadiens y travaillent activement. Ils n'ont même jamais
cessé de le faire, à l'ouest comme au nord,
depuis le jour où Louis Hébert laboura sa première
parcelle de terre à l'ombre de Port Royal, en 1604.
Aujourd'hui, nous participons même à l'exploration
de l'espace. Le Canada a été le troisième
pays à mettre un satellite en orbite autour de la terre.
Notre pays n'est pas non plus demeuré inactif dans
le domaine des idées. Il est maintenant une nation
dotée d'une identité culturelle, politique et
sociale qui lui est propre, et non pas une simple colonie
composée d'aventuriers français et anglais,
unis seulement par le désir de gagner leur vie. Le
premier gouvernement du Canada, formé de ministres
de langue française et de langue anglaise, proclamait
déjà dans le discours du trône de la première
session de la première législature qu'une « nouvelle
nationalité » était née. C'est depuis
ce moment que nous sommes libres de réaliser nos plus
hautes possibilités en tant que citoyens d'un État
national démocratique.
Mais ayant acquis notre souveraineté comme nation,
nous devons maintenant apprendre à nous comporter d'une
manière intelligente comme citoyens.
Immensité du territoire
Il est malheureux que nous nous préoccupions tellement
de notre diversité, alors que c'est précisément
cette diversité qui confère son individualité
au Canada. De la pluralité des talents et des laçons
de voir naissent l'originalité, la force et l'esprit
de progression. C'est de notre héritage commun que
nous sont venus nos libertés fondamentales, notre mode
de vie démocratique, nos arts, notre littérature
et notre musique. Et ce qui est le plus important de tout,
l'esprit d'entreprise, de découverte et de colonisation
que nous ont légué nos ancêtres.
Les Canadiens ont toujours encouragé les nouveaux
venus à se joindre à eux et à partager
leur vie dans les vastes espaces de leur territoire. Au Canada,
chaque homme et chaque femme peut trouver dans la société
une place en rapport avec ses goûts et ses talents.
C'est un pays où le citoyen ordinaire, si humble soit-il,
a des chances de pouvoir améliorer son sort. Mais il
doit d'abord accepter l'esprit de nos institutions. C'est
même à l'observance de l'esprit des lois et des
coutumes qui règlent nos vies que se reconnaît
la valeur de notre citoyenneté.
Dans un État démocratique comme le Canada,
le droit de vote est un privilège inestimable qui découle
de la citoyenneté. Notre mode de gouvernement n'oblige
pas tout le monde à voter, mais la démocratie
pourrait bien tomber en discrédit si ceux qui bénéficient
de ses droits et de ses prérogatives négligent
de les exercer. Aux élections générales
de 1965, 74.3 p. 100 seulement des électeurs inscrits
ont déposé leurs bulletins.
Mais le devoir du citoyen ne se borne pas à voter.
On ne peut pas voter pour la démocratie, puis rentrer
chez soi et n'y plus penser. Il faut que chaque citoyen vive
la démocratie afin de créer l'ambiance morale
et spirituelle dans laquelle le gouvernement doit fonctionner.
Il importe que les représentants élus du peuple
soient appuyés, secondés et parfois aiguillonnés
par l'opinion publique si l'on veut qu'ils établissent
les conditions requises pour permettre aux hommes et aux femmes
de notre population de satisfaire leurs aspirations et réaliser
leur bonheur.
Ce que signifie la citoyenneté
Le canadianisme bien compris implique l'adhésion
à une collectivité quelconque. Le citoyen n'est
pas uniquement un individu ; il appartient à une
famille, à un village ou une ville, à une province,
à la nation et même à l'univers.
Être citoyen, c'est plus que posséder des connaissances
techniques sur le gouvernement du pays. Cela suppose que l'on
a un idéal, le sens des valeurs et une idée
de ce que peut devenir la vie au Canada. Cela embrasse tout
le domaine de la pensée, du savoir et du comportement.
Le citoyen ne se contente pas d'être un visage anonyme
dans la foule, une quantité inconnue de ses collègues,
un numéro sur la feuille de paie, un locataire quelconque
pour son propriétaire, un membre inactif d'un syndicat,
d'une paroisse, d'une association professionnelle ou d'anciens
élèves.
Surtout, le bon citoyen n'est pas un parasite. Il ne considère
pas la nation comme une très riche coopérative
commerciale dans laquelle tous les citoyens ont droit à
leur part. Le citoyen judicieux sait distinguer entre la sécurité,
qui le ravale au rang d'un enfant à qui il faut tout
assurer, et la stabilité qui ne donne rien pour rien,
mais veille à ce que l'effort reçoive sa récompense.
Le citoyen doit être droit et fier ; réfractaire
à toute théorie susceptible de miner le principe
de la responsabilité et de la dignité personnelles.
Ce qui importe pour devenir bon citoyen, que l'on soit Canadien
de naissance ou que l'on vienne d'un autre pays, ce n'est
pas d'étudier les sciences politiques, mais d'acquérir
de la maturité. Et cela exige deux conditions :
être sensément maître de soi et se comporter
en être sociable.
Le bon citoyen développe ses talents pour son plus
grand bien et celui de la société. Le Canada
ne vise nullement à l'uniformisation des esprits, ce
qui ne pourrait aboutir qu'à la pire banalité.
Il désire au contraire, chez ses citoyens, la collaboration,
la bienveillance et la souplesse devant les changements que
commande une appréciation intelligente de la situation.
Démocratie et liberté
Le civisme est une vertu importante pour ceux qui estiment
que la démocratie mérite mieux et plus que quelques
applaudissements lors de nos réunions patriotiques.
Les citoyens d'un pays démocratique sont des hommes
libres et droits qui se font gloire de se gouverner eux-mêmes
et qui se gouvernent effectivement.
La démocratie est un état d'esprit, et non
une loi. Elle assure les conditions ambiantes qui permettent
aux citoyens ordinaires de mettre en valeur leurs dons extraordinaires.
D'où l'extrême importance de l'effort personnel
pour faire progresser la démocratie et la maintenir
dans la bonne voie.
La démocratie du Canada est la démocratie
d'une société en transformation. Elle n'est
pas emprisonnée dans une constitution rigide qui aurait
fixé pour toujours l'étendue et les limites
de la liberté dont jouiront les citoyens.
D'autres pays ont opté pour le changement, avec des
résultats regrettables dans certains cas. Ils ont cru
que le mieux pour eux était de s'en remettre corps
et âme à l'absolutisme du contrôle politique.
S'ils y ont trouvé un soulagement temporaire à
certains de leurs maux et le gage illusoire de leur sécurité
future, ils ont en revanche perdu leur liberté démocratique
et sacrifié l'espoir de réaliser ce à
quoi les disposaient leurs qualités individuelles.
D'autres encore en sont venus à penser, avec une arrogance
insolente, que la « liberté » suppose le
droit pour chacun de faire ce qu'il veut.
La démocratie est une chose qui s'apprend ;
elle ne s'acquiert ni par don, ni par droit, ni par conquête.
On se renseigne sur elle en étudiant ou en travaillant
avec des gens qui font ou qui disent des choses auxquelles
nous ne sommes pas habitués, ou encore en prêtant
une oreille sympathique aux gens qui mettent en doute certaines
de nos hypothèses. Sans l'échange des idées,
l'espèce humaine serait encore plongée dans
les ténèbres des premiers âges.
La démocratie présuppose le droit pour toute
minorité même s'il ne s'agit que d'une seule
personne, de différer d'opinion avec la majorité.
Ainsi que l'écrit George Brown, dans un livre publié
en 1947, « quoi que soit la démocratie, ce n'est
pas le gouvernement par la force brutale, mais par la persuasion.
C'est le sens de la loyauté, de la justice, de l'esprit
sportif dans l'acception la plus haute de l'expression.
La démocratie comporte certaines libertés :
libertés de parole, de discussion, de réunion,
de la presse, de métier, de propriété,
de domicile, de déplacement, de religion, d'opinion,
d'association, et le privilège de ne pas être
arrêté injustement.
Nous savons que nous sommes libres, quand les conditions
le permettent, de faire le plus grand usage possible de nos
moyens en tant qu'individus et de réaliser notre plein
épanouissement matériel, intellectuel et spirituel.
Il faudrait avoir soin de préciser dans nos déclarations
des droits de l'homme que ces documents n'ont pas pour but
d'énoncer ce que les humains aimeraient avoir, ni ce
qu'ils peuvent arriver à avoir, ni ce que l'État
estime pouvoir sans danger leur accorder, mais ce que les
hommes doivent posséder pour accomplir pleinement et
librement leur métier d'être humain.
La seule sauvegarde de ces droits est la conscience qu'en
ont les citoyens et leur détermination de les conserver,
non seulement pour eux-mêmes mais pour toute la population.
Nous acceptons tacitement de perdre un peu de notre liberté
chaque fois que nous gardons le silence devant une injustice
quelconque.
Nombreux rôles à jouer
Le citoyen a plusieurs rôles à jouer sur la
scène de la nation.
Il doit être un bon voisin. En tant que membre de
la collectivité, il aura de la considération
pour les sentiments et les besoins des autres. Il appuiera
ses organisations publiques et aura pour les gens des autres
religions ou des autres races les mêmes égards
que ceux qu'il s'attend à recevoir de leur part. Il
réservera une partie de son temps et de ses efforts
pour aider ses voisins à rendre la vie plus agréable
dans sa localité. Il prendra une part active aux initiatives
collectives destinées à améliorer le
fonctionnement de l'administration de sa municipalité.
Le bon citoyen connaît les problèmes importants
auxquels doivent faire face ses représentants au sein
du conseil municipal et du gouvernement provincial ou fédéral.
Ces problèmes, il en parle et il les étudie,
afin de pouvoir voter en connaissance de cause le moment venu.
C'est là un devoir inéluctable, car une démocratie
est forte dans la mesure où son corps électoral
est bien renseigné.
Dans la famille, le citoyen enseignera à ses enfants
à distinguer entre ce qui est bien et ce qui est mal,
et il leur apprendra à préférer ce qui
est bien. Il montrera à ses fils et à ses filles
à s'accorder avec les autres, il les encouragera à
faire de bonnes études et il les habituera à
accepter de plus en plus la responsabilité de leurs
actes à mesure qu'ils acquièrent de la maturité.
Le citoyen d'élite ajoute à l'amitié
qui règne dans sa famille le complément de la
compréhension. Il guide et dirige ; il compatit
aux hauts et aux bas de la vie des adolescents ; il crée
un terrain propice où les jeunes peuvent pousser de
solides racines. Gouvernés par des principes, ses enfants
ont peu de chance de se laisser entraîner hors du droit
chemin par des caprices dégradants.
Le sens des responsabilités
Il est évident, par conséquent, que devenir
citoyen du Canada ce n'est pas simplement obtenir le privilège
d'être inscrit sur le rôle de l'impôt. Le
civisme consiste essentiellement dans l'acceptation des responsabilités,
et chaque citoyen est tenu de faire de son mieux pour pourvoir
non seulement à ses besoins et à ceux de sa
famille, mais aussi à ceux de la société.
La citoyenneté n'est pas l'affaire des esprits passifs.
L'homme solitaire, qui se contente de regarder passer le défilé,
tout en faisant des conjectures, en critiquant et en pensant
que l'on pourrait faire beaucoup mieux, n'est pas un citoyen,
car la citoyenneté suppose à la fois participation,
intervention et contribution. Personne ne peut avoir l'impression
d'être utile dans la vie s'il se retranche dans l'isolement.
Il incombe en premier lieu au citoyen de faire ce que l'on
attend des hommes de bien, puis de faire ensuite ce que sa
position particulière dans le monde exige de lui et
le met à même d'accomplir. Cinq siècles
avant notre ère, le grand homme d'État athénien
Périclès ne disait-il pas : « Ne permettons
pas à nos affaires personnelles de nous absorber au
point que cela nuise à notre action dans la cité. »
Le sens des valeurs
S'il ne veut pas se voir livré à la merci
des colporteurs professionnels de fausses idées, le
citoyen devra se former un sens aigu et sûr des valeurs.
Les Canadiens ont atteint le haut rang qu'ils occupent aujourd'hui
parmi les peuples du monde en apprenant à discerner
la véritable qualité des idées et des
choses. Aux gens qui prônent de nouveaux moyens ou de
nouveaux régimes, ils répondent non pas que
la démocratie a été mise à l'épreuve
et qu'elle ne s'est pas révélée à
la hauteur, mais qu'elle a été mise à
l'épreuve et qu'elle s'est révélée
difficile. Les nouvelles méthodes ne passent pas pour
meilleures, mais pour plus faciles.
Il serait vraiment déplorable que les Canadiens se
laissent induire par cet argument spécieux à
rejeter ce que leurs ancêtres - et eux-mêmes -
ont édifié au prix de tant de peine. Comme le
disait Churchill, à la Chambre des communes, en 1945 :
« Très souvent le jacassement des perroquets empêche
d'entendre la voix des aigles. »
Nos esprits ne sont que trop enclins à se laisser
déconcerter par le tumulte des idées et des
opinions, et à penser plutôt à ce qui
sépare les hommes qu'à ce qui les unit. Le hargneux
grignotement des institutions de la démocratie par
des gens munis, non pas de marteaux pour bâtir, mais
de torches pour incendier, est issu d'une longue lignée
de destructeurs. Les Hittites, mentionnés par la Genèse
comme une puissante nation, n'ont laissé derrière
eux que la réputation d'avoir détruit une multitude
de choses que d'autres peuples avaient mis tous leurs soins
à construire.
Certains de ceux qui critiquent le canadianisme sont des
anarchistes, des gens qui prétendent croire au droit
pour tout homme de faire ce qu'il veut. Les uns sont des patriotards
ou des nationalistes farouches ; d'autres, des individus
hostiles et agressifs, qui témoignent de la même
espèce d'immaturité que l'enfant qui hurle quand
ça ne va pas à son goût.
Mais il y a chez les Canadiens un fonds de bon sens et de
bonne volonté qui empêchera les fomentateurs
de troubles d'accomplir leur oeuvre. L'opinion publique -
et chaque citoyen est responsable jusqu'à un certain
point de l'orientation de l'opinion publique - doit, dans
son propre intérêt, être intelligente,
éclairée et constructive.
Apprendre ensemble
Les gens qui ont dans la vie des convictions inébranlables
sur toutes les questions imaginables mènent une existence
plutôt triste. Ils ignorent tout le plaisir de la recherche,
toute l'exaltation de la discussion et toute la joie de la
découverte.
C'est raisonner en enfant que de croire que la vie sera
toujours belle, embaumée et conforme à nos désirs.
Le médecin doit étudier les maladies pour favoriser
la santé ; le musicien doit connaître la
dissonance pour créer de l'harmonie ; le citoyen
doit rechercher ce qu'il y a de douloureux et de discordant
dans la société pour rendre la nation florissante
et harmonieuse.
Que les gens ne soient pas tous d'accord sur certains points,
cela est naturel, mais il serait déplorable que ces
désaccords soient dus à l'ignorance ou à
l'indifférence. Voilà pourquoi la direction
de la citoyenneté du ministère de la Citoyenneté
et de l'Immigration a pour mission d'aider tous les Canadiens
à mieux comprendre les privilèges et les devoirs
du civisme. Ce service, dont les nombreuses publications sont
en vente chez l'Imprimeur de la Reine, à Ottawa, et
dans les diverses librairies du gouvernement, encourage les
organismes et les associations à participer à
des programmes d'action visant à favoriser la bonne
entente et la collaboration entre les groupes ethniques.
Le Conseil du civisme, établi à Ottawa et
financé dans une proportion de 95 p. 100 par des entreprises
commerciales, ainsi que par des particuliers et certaines
sociétés bénévoles, a été
fondé en 1940 en vue d'encourager la diffusion des
connaissances sur la citoyenneté et la démocratie.
Regard sur les anciennes valeurs
Ce qu'il y a de plus essentiel dans le civisme, ce sont
ses valeurs, ses aspirations, ses obligations morales, ses
attaches profondes, sa conception de la vie bien vécue
et de la perfection, son appréciation du succès,
ses enseignements sur les principes pour lesquels et selon
lesquels les hommes doivent s'efforcer de vivre.
Mais le moment semble venu, pour les Canadiens, de revoir
certains de leurs anciens principes et de leurs anciennes
valeurs, et peut-être de se servir du marteau, du ciseau
et du papier de verre pour les débarrasser de la croûte
de poussière qui les recouvre. Le ravalement d'une
église de Londres n'a-t-il pas permis de remettre au
jour les larmes sculptées sur les joues d'un chérubin !
Que de choses sur l'art de l'époque, les sentiments
du sculpteur, les usages du passé ce simple détail
a pu révéler aux Londoniens.
Les coutumes, les principes et les valeurs propres au Canada
ne sont parvenus à leur forme actuelle qu'après
plusieurs siècles d'adaptation aux exigences du milieu
géographique et aux nécessités de la
vie. Si nous nous détachons de nos principes de vie,
comment pourrons-nous survivre ?
L'avenir de notre mode de vie canadien serait bien précaire
si nous venions seulement à manquer de fidélité
aux principes qui lui servent de base. Être infidèle,
ce n'est pas nécessairement se révolter ou recourir
à la violence. Cela peut consister à faire preuve
de ce que l'on appelle de l'« incivisme », c'est-à-dire
être infidèle à l'esprit de la vie canadienne
en négligeant ses devoirs de citoyen. Les vertus de
la société occidentale sont le fruit de l'éducation
et de la discipline, et elles ont besoin d'être appuyées
et cultivées avec constance et fidélité.
Le sens de l'orientation
Le civisme donne une orientation à la vie. Loin de
nous faire envisager les événements avec pessimisme
ou par leurs mauvais côtés, d'y voir une espèce
de « Götterdämmerung » - crépuscule des dieux
où le gel et la neige régneront sur la terre
- notre civisme doit plutôt nous inciter à aimer,
tout en travaillant à sa réalisation, le plus
parfait des régimes sociaux offerts jusqu'ici à
des citoyens désireux de chercher ensemble le meilleur
genre de vie possible. C'est le moment de regarder le chemin
parcouru et de nous rendre compte que notre civisme a plus
de sens et de valeur que jamais auparavant.
Il se trouvera naturellement quelqu'un pour dire que tout
cela est de l'idéal, mais que la réalité
n'est pas aussi simple. Et pourtant, la pratique du civisme
pourrait être assez simple, en somme, si les Canadiens
voulaient le considérer non pas comme une notion juridique
ou abstraite, mais comme un devoir qui transcende la loi et
la raison, un sentiment profond, une ferme conviction, qui
domine toute notre vie.
L'existence du Canada est liée à celle de
chacun de ses citoyens en particulier, et la participation
active de chaque individu sur le plan civique profite à
la nation tout entière. Le véritable citoyen
est celui qui tient la tête haute afin de pouvoir regarder
assez loin devant lui pour avoir une vaste vue d'ensemble
de l'intérêt général du pays. C'est
de cet intérêt que dépend le sien propre.
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