Mars 1954 Pour se faire comprendre
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Tout le monde est capable, à n'importe
quel âge, d'apprendre à mieux exprimer ses idées.
Nous vivons dans un monde qui repose apparemment sur la
transmission des idées, à une époque
où le don de s'exprimer d'une manière claire
et concise est un des plus importants éléments
du succès dans les affaires, la politique et la vie
quotidienne.
Quand on y pense, y a-t-il rien de plus conforme au bon
sens, à l'esprit social et à la moralité
que de raisonner juste et de s'exprimer clairement ?
C'est une faculté qui ne s'acquiert pas facilement.
Cela demande du travail et de la réflexion, mais le
résultat en vaut la peine.
Quatre questions feront mieux comprendre le problème
général de la transmission des idées.
En les appliquant à chaque cas, nous arriverons à
rendre nos idées plus claires de manière à
amener les gens à partager notre point de vue.
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Qu'est-ce que je veux dire ? (L'idée doit être bien claire dans mon esprit.) |
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À qui ? (Je dois savoir exactement à qui je m'adresse.) |
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Quel est le meilleur moyen de transmission ? (La plume, la parole, les photographies, le cinéma, ou quoi ?) |
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Par quels mots puis-je mieux transmettre mon message à mon auditoire par ce moyen ? |
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Étant donné la vaste portée du sujet,
le présent Bulletin s'en tiendra à la transmission
des idées par les mots, et ce que nous en dirons s'appliquera
aussi bien aux paroles qu'aux écrits, quoique plus
fréquemment à ces derniers.
L'art des mots
Le bon style allie la clarté à l'harmonie.
Si nous ne pouvons pas nous faire comprendre, autant vaut
ne rien dire. Si nos phrases sont obscures et mal construites,
nous perdons non seulement le plaisir qu'on éprouve
à écrire, mais nous déplaisons à
nos lecteurs.
Peut-être doutez-vous de la difficulté de transmettre
vos idées par des mots ? Essayez donc d'apprendre
à votre fils, sans faire aucun geste, à nouer
sa cravate.
Ce ne sont pas les règles de grammaire ou de syntaxe
qui vous arrêteront. Beaucoup de gens qui savent écrire
seraient en peine de dire sur quelle règle ils s'appuient
pour employer telle ou telle expression ou construire leurs
phrases. C'est sur le raisonnement, sur le soin avec lequel
on analyse ses idées, sur le choix du mot juste, qu'est
fondée la transmission des idées.
Telles sont les qualités nécessaires à
tous les langages. On a du plaisir à bien parler et
entendre bien parler dans toutes les langues. Les mêmes
principes de raisonnement s'appliquent aussi bien au bon français
qu'au bon anglais.
Nous avons besoin de mots pour raisonner. Ce n'est qu'en
transformant nos pensées nébuleuses en langage
intelligible dans notre esprit que nous arrivons penser clairement.
Les mots sont le seul moyen par lequel nous pouvons comprendre
nos propres pensées.
Les mots servent donc de base à la transmission des
idées. Nos pensées nous donnent les mots dont
elles ont besoin pour s'exprimer, mais les mots déterminent
également nos pensées et ont une influence sur
ce que nous avons l'intention d'exprimer.
Les mots n'ont pas d'existence propre ; ce sont seulement
les noms que nous donnons aux choses et aux actions. Notre
faculté d'exprimer des idées dépend en
grande partie du nombre de mots que nous avons amassés
par l'exercice de nos sens de la vue, de l'ouïe, du goût,
du toucher et de l'odorat. C'est en cultivant nos sens, en
recueillant des impressions et des faits au cours de notre
existence, que nous perfectionnons la faculté de bien
nous faire comprendre à nos semblables ; ce n'est
qu'en employant des mots comme symboles de choses que nous
connaissons et qu'ils connaissent, que nous pouvons exprimer
efficacement et intelligiblement ce que nous voulons dire.
Le sujet d'un poème ou d'une lettre d'affaires, d'un
grand discours ou d'une simple anecdote, est souvent tiré
d'une seule occurrence, mais les images qui fournissent les
mots pour l'exprimer émanent généralement
d'un champ beaucoup plus vaste, probablement de tout le passe
de l'auteur.
L'objet en vue
Naturellement, il vaut mieux avoir quelque chose dire que
de parier « en l'air » pour le plaisir de s'entendre
parler. On a tellement vanté la pratique de l'art oratoire
comme moyen de développer la personnalité, d'acquérir
la confiance en soi, etc., qu'on perd quelquefois de vue le
principal objet de l'affaire, à savoir : L'orateur
a-t-il quelque chose à dire ou l'auteur quelque chose
à écrire ?
Sans objet, nos mots sonnent creux. Le manque de sincérité
détruit l'effet d'un beau discours. Nous avons beau
présenter nos idées en ordre et les envelopper
dans de belles phrases, si nous n'avons pas foi en ce que
nous disons et dans la nécessité de le dire,
nous ressemblons à des acteurs qui récitent
un rôle.
Nous disons souvent qu'une personne est « inspirée »
lorsqu'elle semble parler ou écrire sous l'influence
d'une puissance surnaturelle, comme par exemple les prophètes
et les apôtres, Churchill dans ses discours de guerre,
ou quelques poètes dans leurs vers. Ces gens-là,
comme les Grecs, détestaient l'exagération et
les fioritures. Ils savaient ce qu'ils voulaient dire et s'efforçaient
de le dire de la manière la plus sincère, la
plus précise et la plus convaincante.
L'éloquence consiste en ceci : l'auteur s'attache
à tenir ce qu'il dit à la portée de ceux
qui l'écoutent. Par la clarté de son raisonnement
et le choix de ses mots, il aide son auditoire à éviter
la confusion. Par d'adroites explications, il fait ressortir
la différence entre l'accessoire et le principal. Il
adapte son langage à son auditoire, met parfois un
frein à son talent naturel pour ne pas sembler prétentieux,
et sait également garnir son style coutumier d'images
fleuries quand l'occasion le demande.
L'élégance est nécessaire autant que
la logique. Il faut d'abord plaire pour pouvoir instruire.
L'orateur ou l'écrivain est oblige de surmonter l'obstacle
des préoccupations, du manque d'intérêt
et de l'ignorance.
Si ce que nous avons écrit ne transmet pas exactement
nos idées, ou même si le lecteur s'arrête
un instant pour se demander ce que nous voulons dire, nous
avons échoué dans notre tâche.
Le langage est comme un habit, nous le changeons selon l'occasion.
Les lettres d'affaires, quand elles sont émaillées
d'argot n'en sont pas plus claires, mais elles n'ont pas besoin
non plus d'être écrites dans un style de traité
ou de formulaire.
Une des raisons pour lesquelles les lettres ne font pas
comprendre au lecteur ce que nous essayons de lui dire est
que nous ne prenons pas la peine de nous imaginer qu'il est
là devant nous quand nous sommes en train de dicter
ou d'écrire. S'il était là, ou si nous
nous imaginions qu'il est là, nous dirions ce que nous
voulons dire simplement, sans effort ou affectation. Il est
beaucoup plus important d'être « naturel »
qu'érudit dans la transmission des idées.
Langage imagé
Churchill dit avec beaucoup de bon sens dans son dernier
livre Triomphe et tragédie : « C'est
une erreur d'essayer d'écrire sur de petites feuilles
de papier quels seront les sentiments d'un monde outragé
après que la lutte sera finie ou quand l'inévitable
refroidissement aura succédé à l'accès
de fièvre chaude. » Mais cela n'empêche
pas de faire de son mieux, même s'il est impossible
d'arriver à la perfection.
Par l'emploi méthodique de nos connaissances et le
choix du mot juste, nous sommes capables de faire un bon récit
des événements, de dire ce que nous en pensons,
et de prédire ce que notre intelligence nous fait croire
qu'il en résultera.
Chaque mot a été au début un trait
de génie. C'était un son par lequel un homme
transmettait à un autre l'idée d'une chose qu'on
ne voyait pas. Peu à peu, les mots acquirent une nouvelle
distinction et servirent à décrire non seulement
des choses absentes, mais les circonstances matérielles,
sociales, sentimentales et psychologiques qui les entouraient.
Et enfin, ils revêtent des formes unissant la beauté
à l'utilité.
Une partie seulement du plaisir que nous éprouvons
à lire un poème ou un passage de prose vient
du récit même. C'est la beauté des mots,
les sons et le rythme qui en font le plus grand charme. Un
des secrets de la transmission des idées réside
dans le fait que la beauté de la forme nous prépare
à accueillir le fond avec bienveillance. Tous les rhétoriciens
depuis vingt siècles n'ont pas réussi à
donner avec plus de concision un meilleur conseil que celui
de Saint-Paul dans son épître aux Colossiens :
« Que vos discours soient toujours accompagnés
de grâce, et assaisonnés de sel. »
Il arrive parfois qu'une vérité, scientifique
ou philosophique, est exprimée dans toute sa nudité
au point de nous rebuter par son obscurité et sa sécheresse.
Mais il est possible, sans rien lui faire perdre de sa précision
et de sa clarté, de l'exprimer par des mots qui nous
plaisent par leur harmonie et leur vivacité.
Le bon écrivain sait trouver les mots qui se rapprochent
le plus de sa pensée et, comme le dit le Dr Trench
dans son traité On the Study of Words :
« Ses mots ne sont pas trop grands comme l'habit d'un
géant sur le corps d'un nain, ni trop petits comme
celui d'un enfant sur le corps d'un homme. »
Poésie dans la prose
La prose est un des brillants produits de la civilisation,
et la plus belle prose rend alignement justice aux plus belles
épopées. Son langage ne diffère pas essentiellement
de la poésie, mais le prosateur, même le plus
prosaïque, trouve toujours avantage à lire de
la poésie.
La poésie peut exprimer tout ce qu'exprime la prose,
mais d'une manière plus émouvante. Elle nous
fait sortir des réalités quotidiennes par des
mots et des phrases qui pénètrent au fond de
l'âme.
La prose, de son côté, est capable d'avoir
toutes les qualités de la poésie. Le style de
Chateaubriand et de Flaubert tient souvent le milieu entre
la prose et la poésie. La prose de Churchill a de l'harmonie
et du rythme. C'est le choix des mots qui produit une agréable
cadence.
L'art d'écrire dans un style gracieux et puissant
procure un inestimable avantage dans les affaires, la politique,
la philosophie, la science et tous les autres domaines dans
lesquels la transmission des idées joue un rôle.
Les mots ne sont pas des choses inanimées, immuables
et invariables comme les éléments chimiques.
Même les mots ordinaires de la langue ont un charme,
une musique spéciale, selon l'emploi qu'on en fait,
selon la façon dont on les accouple, par exemple dans
ces phrases de Flaubert : « Le crépitement
précipité de la pluie... » « Le roulement
sourd du tonnerre... »
Coleridge a défini la poésie comme « les
meilleurs mots dans le meilleur ordre », mais Boileau
avait dit avant lui que Malherbe non seulement fit sentir
dans les vers une juste cadence, mais : « D'un mot
mis en sa place enseigna le pouvoir. »
L'écrivain a devant les yeux la scène qu'il
est en train de décrire et il est maître de la
situation. Il n'a qu'à s'imaginer que ce qu'il écrit
s'adresse à lui-même pour trouver ce qu'il faut
dire, les meilleurs mots pour l'exprimer, et découvrir
ce qui cloche.
On n'acquiert pas nécessairement un bon style en
jonglant avec les mots. Bien écrire, ou même
écrire clairement ; employer des mots si naturels
et si simples qu'ils n'opposent aucun obstacle à la
transmission des idées, exigent d'autres qualités
que l'acrobatie verbale.
Dès que le lecteur s'aperçoit que l'auteur
s'ingénie faire un tour de force il commence à
se méfier et l'auteur manque son effet. Le style manifestement
« outré » est ridicule.
Ici, comme dans tous les domaines de la vie, il s'agit de
tenir un juste milieu. Entre le style obscur de l'auteur verbeux
trop paresseux pour tirer ses idées au clair, et le
style ampoulé qui abonde en fioritures, il existe une
manière d'écrire qui consiste à exprimer
simplement ce qui intéresse le lecteur.
La simplicité est une bonne règle à
suivre. Presque tous les chefs de bureau peuvent, en relisant
les copies des lettres écrites le mois précédent
par eux-mêmes ou leurs subordonnés, y trouver
des passages aussi ridicules que celui d'une nouvelle citée
dans le Scientific Monthly. Au lieu de dire que la
victime avait deux yeux noirs, l'article dit : « Il
avait un hématome bilatéral des orbites et une
hémorragie subjonctivale. » Que de fois, au lieu
de dicter simplement ce qu'il pense, le chef de service se
croit obligé par le prestige de sa position à
employer des tournures pompeuses qui embrouillent ou font
rire son correspondant.
On détruit l'effet de la simplicité en donnant
trop. d'explications techniques et trop de détails.
À quoi bon, disent les Écossais, construire
le pont plus large que la route ? Chaque mot superflu
nuit à la clarté de la phrase au lieu d'y ajouter.
Mais il ne faut pas non plus tomber dans le style télégraphique,
ni abréger ses phrases au point d'être brusque.
Les mots aimables ne sont jamais superflus.
Soyons concrets et précis
Malgré toutes les facilités que nous offre
notre langue d'exprimer nos pensées clairement, élégamment
et avec de fines nuances, il y a des gens qui écrivent
leurs lettres et leurs rapports dans un style abstrus, embrouillé,
pompeux et fatigant. Ils compliquent les idées les
plus simples et rendent presque incompréhensible ce
qui est compliqué.
Les bons auteurs évitent les mots à double
sens et ne font jamais usage de mots qui ne rendent pas exactement
leur pensée. Il est évident que l'emploi de
généralités facilite le travail de l'auteur,
mais il laisse au lecteur le soin d'analyser les phrases pour
en démêler le sens.
Sir Arthur Quiller-Couch dit dans son traité sur
l'art d'écrire : « Tant que vous préférerez
les mots abstraits qui sont l'idée qu'un autre se fait
des choses, aux mots concrets qui se rapprochent le plus des
choses mêmes et qui vous permettent d'exprimer votre
originalité, vous ne serez, tout au plus, que des imitateurs. »
L'emploi de mots concrets donne aux phrases un air de familiarité
et les rend de ce fait plus faciles à comprendre. Horace
écrivait dans ce style familier. Il ne chantait pas
l'amour, mais une femme ; il ne parlait pas de pauvreté,
mais d'un bateau à rames ; et pour dépeindre
la tranquillité, il montrait des moutons en train de
brouter paisiblement sur les rives d'un fleuve.
Le choix des mots est très important, mais il ne
faut pas cependant pousser l'étude des mots au point
de nous disputer avec nos amis sur les technicités
du langage. C'est une sorte de maladie littéraire qui
finit par devenir ennuyeuse pour ceux qui s'occupent de la
transmission des idées.
Il convient cependant de surveiller nos expressions, de
définir nos termes de manière à savoir
ce que nous pensons et ce que nos pensées veulent dire.
C'est ainsi qu'on arrive à aiguiser les mots dont le
sens est émoussé ou à les remplacer par
d'autres.
Quand les rôles sont renversés et qu'au lieu
d'écrire on reçoit des lettres dont le sens
est obscur, la meilleure remontrance est de dire simplement
à celui qui vous écrit : « Je ne comprends
pas, que voulez-vous dire. » Cela suffit généralement
à réveiller le bonhomme et, en même temps,
obtenir de lui une réponse compréhensible.
Pour démontrer la précision qu'exige l'emploi
des mots, prenons par exemple le mot « chien ».
C'est un mot qui paraît bien simple à la plupart
des gens, mais dans le groupe que nous désignons sous
le nom général de chien, il y a de petits chiens
et de très gros chiens, des chiens qui ne demandent
qu'à se laisser caresser, et d'autres dont le plus
ardent désir est de vous mordre au jarret.
Il est amusant, en même temps qu'utile, d'analyser
les mots employés négligemment dans les lettres
qu'on reçoit. Le même mot « chien »
par exemple. Le chien de qui ? Quelle sorte de chien ?
Le chien tel qu'il est aujourd'hui, ou tel qu'il était
hier ou l'an passé ? Qu'a fait le chien ?
D'après ce que je sais de celui qui m'écrit,
des chiens en général, des chiens de ce genre,
et de ce chien même, puis-je croire ce qu'en dit mon
ami ?
Prenez un autre mot à la place de « chien »
et le but pratique de l'analyse saute aux yeux. Le sens de
la lettre devient beaucoup plus clair, et nous apprenons à
ne pas craindre de nous exprimer simplement et d'exiger la
simplicité. Sancho Pança, l'écuyer de
don Quichotte, a dit avec beaucoup de bon sens : « Si
vous ne me comprenez pas, il n'est pas étonnant que
j'aie l'air de dire des bêtises. »
Pesons nos mots
Quand il s'agit de faire un choix entre deux mots, il est
bon de n'employer des mots inaccoutumés que lorsqu'ils
sont plus clairs ou plus expressifs que les mots ordinaires.
Il ne faut pas cependant tomber dans l'excès contraire
et limiter son vocabulaire à quelques centaines de
mots. L'important est d'exprimer nos idées pour que
le lecteur puisse les suivre sans effort conscient. Un style
trop simple peut devenir fatigant. Quand on écrit une
lettre d'affaires, un article ou un rapport, il convient de
s'imaginer qu'on s'adresse à des gens instruits et
intelligents et de nous mettre à leur portée.
Concision
Une phrase est d'autant plus claire qu'elle est concise,
pourvu, toutefois, qu'on emploie le mot juste. Évitons
les circonlocutions quand un seul mot suffit, et n'encombrons
pas nos phrases de mots inutiles. Aristote a dit dans sa Poétique
que ce qui n'apporte aucune différence par sa présence
ou son absence ne fait pas partie essentielle du tout. L'art
dans le style, comme dans la sculpture, consiste souvent à
retrancher le surplus.
Si nous disons ce que nous avons à dire, ce que nous
voulons dire, de la manière la plus simple et la plus
exacte en notre pouvoir, sans excès de mots et de constructions
obscures, nous sommes en bonne voie de devenir experts dans
la transmission des idées.
Choisissons d'abord les mots pour leur clarté, et
pour leur faire dire exactement ce que nous avons l'esprit.
Les mots, ne l'oublions pas, sont des étiquettes. Peu
importe la longueur de la verge, le poids de la livre ou le
contenu d'un gallon. Ce qui importe est que le mot ait la
même signification pour tout le monde ou que nous tenions
compte de la différence de sens. Il y a en effet des
mots qui prêtent à confusion, le mot « gallon »
par exemple. Au Canada, le gallon contient 160 onces liquides
tandis qu'il n'en a que 128 aux États-Unis. D'un autre
côté, il y a des mots qui désignent la
même chose sous un nom différent, comme ce que
nous appelons couramment la « gasoline » et qu'on
appelle « essence » en France.
Ajoutez à cela que les mots changent parfois de sens
dans le langage populaire, et il devient de plus en plus évident
qu'on ne saurait apporter trop de soin à se faire comprendre.
Sans chercher à faire des stylistes, les écoles
et les universités devraient s'attacher à enseigner
aux élèves l'art d'avoir des idées et
celui de les exprimer de manière à les faire
partager aux autres ou atteindre le but désiré.
Mais l'étude du langage ne finit pas à l'école.
C'est à nous de reviser notre langage de temps en temps
pour marcher de conserve avec la vie, les coutumes et même
la nécessité.
Dans le langage, comme en toutes choses, le changement est
à l'ordre du jour. La vie est une évolution
continuelle et, de ce fait, entraîne des changements
dans le langage pour l'adapter aux nouvelles situations.
Deux questions à se poser
Le langage sensé est toujours clair, précis
et convaincant. L'auteur qui tient à se faire comprendre
se pose continuellement lui-même, au lieu d'attendre
que son lecteur se les pose, deux importantes questions auxquelles
il doit pouvoir répondre sans la moindre ambiguïté :
« Que voulez-vous dire par cela ? » et « Comment
le savez-vous ? »
Notre but principal en employant le langage est de mettre
nos idées en ordre et de les transmettre. Des lecteurs
de ce Bulletin écriront peut-être des essais
qui, grâce à l'excellence ou l'originalité
de leurs idées, seront encore lus dans une centaine
d'années ; d'autres écriront peut-être
des lettres dont le solide raisonnement changera le cours
des affaires.
Le seul moyen d'arriver à la perfection est de pratiquer
le métier, mais sans nous fixer un but au-dessus de
nos moyens. Le désir d'être le premier, de battre
les records, de faire mieux que les autres, d'écrire
le grand chef-d'oeuvre canadien, bat à notre époque
dans toutes les poitrines. Même la lune n'est plus pour
nous hors d'atteinte. Mais l'homme sage se contente d'être
jugé intéressant, précis, clair et convaincant
dans ce qu'il écrit au jour le jour.
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