Vol. 52, N° 5 Mai 1971
Ordre et méthode
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L'ordre, la méthode et le plan ne
sont pas autant de mots différents pour désigner
une même chose, mais ils s'harmonisent fort bien tous
les trois en tant que recette de succès dans les affaires
comme dans la vie personnelle. Le plan n'est parfois qu'une
série de bleus inertes ; la méthode s'applique
à des êtres humains agissants et au changement
inéluctable. L'ordre est agencement ; la méthode
est action et démarche.
La méthode est le fruit de l'intelligence. Celui
qui élabore une méthode de travail pour son
entreprise, pour sa famille ou pour lui-même va au fond
des choses. Il se sert de son jugement pour épargner
des pas, du travail et de l'argent.
L'ordre et la méthode ne sont pas des fins en soi,
mais des moyens pour exécuter des plans. La méthode
permet à tous les services et à tous les employés
de tirer dans le même sens, et c'est le résultat
de l'effort de traction qui compte.
La méthode n'est pas une affaire de petits détails
insignifiants, mais d'actions organisées conduisant
à des fins souhaitées. Les procédés
et les techniques sont d'importance secondaire par rapport
aux buts dans lesquels la méthode est conçue.
La méthode, c'est le sens de l'orientation allié
à l'équilibre et à la préparation.
Une des fables d'Ésope raconte l'histoire du sanglier
en train d'aiguiser ses défenses sur le tronc d'un
arbre. Survient un renard qui lui demande ce que signifient
ces préparatifs de guerre alors qu'il n'y a aucun ennemi
en vue. « C'est possible, répond le sanglier,
mais quand l'ennemi est en vue, il est temps de penser à
autre chose. »
La nécessité de la méthode
Il n'est pas rare de trouver des gens qui écartent
toute question de méthode et d'organisation afin de
pouvoir s'occuper de problèmes plus « pratiques »
à leur avis. Mais il n'y a rien de plus pratique que
d'amener les employés à coordonner leurs efforts
dans la poursuite des opérations de l'usine ou du bureau.
Toute entreprise suppose l'accomplissement de certaines
choses, et en toutes choses la méthode vaut mieux que
le hasard. Une grande partie du ruineux gaspillage qui sévit
dans l'industrie et dans les foyers est due au manque de méthode
et à la défectuosité des plans. Ces déficiences
entraînent le mauvais usage des matériaux, de
l'outillage, du temps et de la main-d'oeuvre. Elles révèlent
une méconnaissance du fait qu'il est aussi nécessaire
à l'entreprise, pour réussir, d'éviter
les pertes que de réaliser des bénéfices.
Certains s'imaginent que tout s'arrangera très bien
pour peu qu'ils travaillent davantage. Ce n'est pas toujours
la bonne solution : le principal est de travailler plus
efficacement. Ce qui importe, c'est d'organiser ses tâches
de façon à marcher droit au but, d'user de méthode
plutôt que de s'esquinter. Améliorer ses habitudes
de travail, c'est améliorer sa méthode, et la
méthode contribue à améliorer nos façons
de travailler.
La méthode dans le travail représente une
économie d'effort. Elle nous évite souvent d'avoir
à faire face aux périodes de hâte, si
épuisantes pour les nerfs et si peu propices à
l'obtention de résultats satisfaisants. La méthode
nous aide à développer nos aptitudes ;
elle accroît le rendement ; elle contribue à
dissiper l'ennui et à éliminer le sentiment
de servitude qu'engendre le travail, tout en faisant gagner
du temps que l'on peut consacrer à d'autres occupations.
Deux citations, tirées d'auteurs très différents
l'un de l'autre, nous serviront à illustrer le principe
de la méthode. Il existe, lit-on, dans un compte rendu
du livre d'Hammond Inner, Le Mystère au Lac du
lion, trois méthodes pour atteler les chiens de
traîneau dans le nord canadien : en paires, en
file par un ou en éventail. La méthode en éventail
est la plus sûre sur la glace mince, car il y a peu
de danger que tous les chiens y enfoncent en même temps.
Mais la multiplicité des traits nécessaires
dans ce mode d'attelage est l'un des grands inconvénients
de l'éventail : les traits s'entortillent, et
il arrive que l'attelage doive s'arrêter à peu
près toutes les heures pour les détortiller ;
de plus, les chiens placés de chaque côté
de l'éventail n'exercent pas une traction directe sur
le traîneau, ce qui représente un gaspillage
d'énergie.
Comme s'il poursuivait cette pensée, Paul Nystrom
écrit dans son Manuel de la commercialisation :
« Dans les affaires, la méthode est un harnais
dans lequel travaillent les hommes. Si le harnais s'emmêle,
le travail d'équipe en souffre, les employés
tirent à hue et à dia, et il y a friction et
gaspillage d'efforts.
La situation change
Beaucoup d'hommes d'affaires avancent actuellement à
tâtons dans le dédale qui débouche sur
le traitement électronique de l'information, tout comme
l'on fait leurs arrière-grands-pères pour la
machine à écrire, leurs grands-pères
pour le téléphone et leurs pères pour
les machines comptables et facturières.
Les progrès rapides de l'informatique nécessitent
non seulement des connaissances spécialisées,
mais de la méthode dans leur application. On trouve
dans tous les manuels de gestion des entreprises des pages
sur la nécessité du travail méthodique
et de l'esprit d'organisation.
Une fois convaincu que la méthode est une nécessité,
il s'agit de la mettre en pratique. Mais c'est là un
domaine si complexe aujourd'hui, qu'il est bon de s'en remettre
au savoir et aux conseils des spécialistes. Pour répondre
à ce besoin, on a eu recours à une nouvelle
technique de gestion, qui s'appelle précisément
la technique des systèmes complexes et dont le rôle
se révèle maintenant indispensable pour assurer
la coordination des travaux ou des entreprises de grande envergure.
L'élaboration d'une méthode
Pour établir une méthode, il ne suffit pas
de s'asseoir à son bureau avec une feuille de papier
et un crayon. Il faut savoir à quoi va servir cette
méthode et quels sont les problèmes à
résoudre. L'opération exige des connaissances
préalables.
Examinez d'abord la manière actuelle de travailler.
Notez par écrit, de façon assez détaillée,
ce que vous observez à chaque stade. Le seul fait de
consigner sur un bloc la raison, la nature, le lieu, le moment,
l'auteur et les modalités d'une tâche assure
la base nécessaire pour élaborer les idées
qui indiqueront comment il est possible de faire mieux.
Il importe aussi de connaître la norme que l'on veut
atteindre. C'est une vérité élémentaire,
et souvent oubliée, que rien n'est bon ou mauvais que
par référence à une norme que l'on a
dans l'esprit. Plus les comparaisons que nous pourrons faire
entre diverses façons d'accomplir les choses sont nombreuses,
mieux nous serons en mesure de juger de la valeur d'une méthode
donnée.
La mise au point d'une méthode ne se fait pas dans
une assemblée de béni-oui-oui. Ce travail exige
de la réflexion, de l'analyse et du discernement. On
ne peut pas faire défiler sous ses yeux les éléments
constitutifs d'une méthode, à la manière
des cibles mobiles dans un tir forain, où le tireur
n'a qu'une seconde pour charger, viser et presser la détente.
Il faut user de jugement. On ne prend pas un projet de méthode
au hasard ; on choisit entre plusieurs celui qui correspond
à la situation.
Tout cela suppose naturellement le don de l'imagination.
Il faut être capable de voir l'état des choses
dans son ensemble et d'en discerner les exigences. Il importe
aussi d'avoir la certitude que le problème abordé
est le problème véritable : une erreur
d'appréciation à ce stade peut désaxer
toute l'opération.
Une bonne méthode est aussi simple que possible,
compte tenu de la tâche qu'elle doit permettre d'accomplir ;
elle doit être en rapport avec les ressources dont on
dispose et n'omettre aucun élément essentiel.
Lors d'un concours international qui eut lieu dans les premiers
temps de l'aviation, les hôtes des États-Unis
créèrent une méthode parfaite pour chronométrer
les vols au centième de seconde, mais ils n'avaient
aucun aéroplane à mettre en lice.
Des difficultés pourront surgir s'il s'agit de changer
la façon actuelle de faire les choses. Une méthode
établie a tendance à courir sur sa lancée ;
pourtant, plus une méthode fonctionne depuis longtemps,
plus il est nécessaire de l'examiner d'un oeil scrutateur.
Le type de vie qui prévalait avant l'avènement
de l'électricité et du chauffage central - se
coucher et se lever avec le soleil - a mis des années
à changer.
Une question judicieuse à se poser de prime abord
consiste à se demander ce qui cloche dans la méthode
actuelle de faire les choses. Recherchez la source du mal :
il ne sera peut-être pas nécessaire de tout refaire
la méthode, mais seulement de remédier à
ce qui fait défaut.
L'implantation d'une méthode n'est pas uniquement
une question de paperasse, de statistiques et d'habileté
technique. Elle exige la conviction qu'elle répond
à un besoin, la confiance dans l'efficacité
du changement, la prévision des résultats et
l'étude réaliste de son prix et de ses avantages.
L'une des premières choses à faire dans la
recherche d'une méthode est de se poser des questions
et d'en poser aux autres, et de tenir compte des réponses.
Les cadres et les responsables ne sont pas plus obligés
que les autres d'accepter un avis qui ne leur plaît
pas, mais ils creusent leur tombe s'ils refusent de l'écouter.
Il est important de savoir écouter pour trois raisons :
personne ne connaît mieux les problèmes du travail
et les répercussions du changement que l'employé
lui-même ; ce n'est qu'en écoutant que le
chef pourra déceler un point de tirage éventuel
avant qu'il ne se manifeste ; les employés aiment
avoir le sentiment que le patron s'intéresse à
leurs points de vue.
Il importe de veiller à ce que le passage à
la nouvelle méthode se fasse sans heurts ni secousses.
Que l'on songe aux effets du changement sur les habitudes,
la dignité et la position de ceux qu'il touchera.
Établir un plan
Certaines personnes s'abstiennent de faire un plan parce
qu'elles ont peur d'en devenir esclaves. Au contraire, le
plan assure une base solide d'où l'on peut s'avancer
sans inquiétude. Faire un plan, c'est organiser le
matériel, le temps et la main-d'oeuvre dont on dispose,
alors que la méthode consiste à les mettre en
action de la meilleure façon possible pour atteindre
son but.
Lorsqu'il s'agit de mettre une idée au point, voici
une manière rationnelle de procéder. Notez par
écrit les données essentielles. Ecoutez ce qu'on
dit de la situation et du changement envisagé. Profitez
des suggestions. Combinez les idées analogues. Modifiez
les idées divergentes pour qu'elles servent vos fins
ou écartez-les comme inutilisables. Eclaircissez tout
ce qui pourrait être mal compris ou induire en erreur.
Supprimez tous les points et les mots sans objet. Récapitulez
à chaque étape. Etablissez des priorités
pour la mise à exécution du changement. Demandez-vous
si c'est là la façon logique, efficace et économique
d'effectuer cette opération dans les circonstances.
Quand on sait vraiment où l'on veut en venir, il
est relativement facile de faire des plans, mais les plans
les mieux conçus vacillent et échouent si l'on
ne sait pas les réaliser avec ordre et méthode.
La simplification du travail, dont l'Américain Mogensen
a jeté les bases, offre une certaine utilité
dans l'élaboration des plans. Elle comporte les cinq
étapes suivantes : 1° Choisir le travail à
améliorer ; 2° Réunir les faits - faire
une analyse de déroulement ; 3° Critiquer chaque
détail - noter les possibilités ; 4° Elaborer
la méthode préférée ; 5°
Appliquer les améliorations ; contrôler
les résultats.
La mise en route d'une nouvelle méthode doit s'accompagner
d'instructions écrites. Ainsi, tous les intéressés
auront une idée générale de la chose,
et chacun saura ce qu'on attend de lui.
Une méthode ne doit pas négliger l'importante
question du consentement de l'employé. En mettant la
méthode noir sur blanc, en l'énonçant,
vous fournissez à ceux qu'elle concerne ce qu'il leur
faut savoir pour éprouver le désir de la faire
fonctionner.
Formuler une méthode c'est un peu comme écrire
une pièce. Certains rôles sont confiés
à certains acteurs. Aux mots, qui sont les instruments
des acteurs, il faut ajouter les indications scéniques.
Celles-ci, quand elles s'adressent à des employés
d'usine ou de bureau, sont des verbes d'action : préparer,
envoyer, montrer, obtenir, noter, fournir, contrôler,
recevoir, expédier. Si la méthode n'est pas
expliquée clairement, l'employé est comme le
joueur de bridge qui dit d'un ton irrité à son
partenaire : « Je ne puis suivre Culbertson quand
j'ignore quelle technique mystérieuse vous employez. »
Mais l'ordre et la méthode ne doivent pas dégénérer
en tyrannie. Certains organisateurs sont obsédés
par la tentation de surorganiser, ce qui entraîne l'asphyxie
de l'entreprise. Tirant une comparaison de Darwin, un auteur
nous dit que tout comme l'instinct maternel pousse la mère
à exagérer l'importance de sa progéniture,
ce qui a pour effet d'augmenter ses chances de survie, l'homme
qui enfante une nouvelle méthode croit qu'il n'y en
a jamais eu d'aussi parfaite, et il en défend l'existence.
Le moment de l'action
Il faut des personnes compétentes pour faire marcher
une méthode. Le responsable, le chef, le contremaître,
qu'on lui donne le titre qu'on voudra, joue le premier rôle
dans la mise en oeuvre d'une méthode. Pour réussir,
peut-être devra-t-il « renaître », afin
de se libérer d'anciennes habitudes de conduite et
d'action, d'adopter ce qui a de la valeur dans le nouvel ordre
des choses et de s'initier à de nouveaux principes
de pensée.
L'économie du travail est aussi importante en matière
de direction qu'en matière d'outillage. Et le pivot
de l'économie c'est la méthode qui préside
à l'emploi de la main-d'oeuvre, des matériaux,
des fonds et du temps.
Il est impossible d'obtenir le maximum de rendement des
employés sans organisation. L'ordre et la méthode
permettent aux chefs de distinguer les bons ouvriers des inutiles,
de répartir les tâches selon les aptitudes de
chacun, d'utiliser le meilleur personnel possible et le plus
économique, c'est-à-dire de ne pas faire appel
à un sourcier s'il peut s'adresser à un géologue
diplômé ni confier un travail sans importance
à un spécialiste.
Les méthodes doivent avoir des limites. Chacun sait
que la méthode a pour but d'éviter le désordre.
Mais l'essentiel est de savoir jusqu'où la méthode
doit aller pour ce faire et dans quelle mesure il convient
de tolérer le désordre pour éviter de
verser dans l'embrigadement. Adopter une méthode ce
n'est pas renoncer à toute humanité. Nous voulons
de l'ordre, mais de l'ordre avec des tolérances, de
l'ordre sans précisions tatillonnes, de l'ordre où
il y a place pour la liberté d'action.
Il importe de se rappeler que l'on a affaire à des
êtres humains. Toute entreprise se compose d'hommes
et de femmes libres, qui sont plus difficiles à assujettir
à des plans que des esclaves. Ils veulent imprimer
à leur travail le cachet de leur personnalité.
Ils ont droit de conserver leur liberté dans le cadre
de l'organisation, de se mouvoir dans une orbite aussi vaste
que possible, mais qui doit demeurer compatible avec le maintien
général de l'ordre et de la méthode.
Il est vrai qu'il faut établir des consignes et les
faire observer : on ne peut jouer aux échecs sans
accepter la rigidité des cases de l'échiquier
et des règles qui gouvernent le déplacement
des pièces. On lit dans le Règlement d'une entreprise :
« Ces règles n'ont pas pour but de restreindre
les droits de qui que ce soit, mais d'attirer l'attention
du personnel sur le plan qu'il est sage de suivre à
notre avis. »
Avoir de l'ordre
Les méthodes n'ont pas uniquement pour fonction de
permettre à l'entreprise d'orner ses murs de tableaux
impressionnants où de savantes flèches guident
l'oeil de rectangles en rectangles bien délimités.
Elles servent d'abord à organiser les activités
et à en assurer l'exécution de façon
ordonnée.
Il est beaucoup plus agréable et plus satisfaisant
de travailler dans un lieu où il y a de l'ordre. C'est
là une affirmation qu'il est facile de rejeter, et
ceux qui le font ont souvent à le regretter, mais c'est
une affirmation dont chacun aurait profit à faire l'épreuve.
Dès qu'on a pris l'habitude de l'ordre, il est nettement
plus facile d'être ordonné que désordonné.
Dans un lieu de travail, l'ordre facilite la solution des
problèmes et l'exécution des opérations,
tandis que le désordre nuit à la rapidité
de l'employé et à la précision de son
travail. L'habitude de remettre les choses à leur place
fait partie intégrante de l'ordre. Le menuisier et
le mécanicien n'ont pas à interrompre leurs
tâches pour prendre un outil. Il doit en être
ainsi du chef de service, dans son bureau, qui désire
avoir son stylo, son timbre de caoutchouc ou un trombone,
et de la ménagère, dans sa cuisine, qui a besoin
de son rouleau, de son jeu de mesures ou de sa salière.
Le classement fait aussi partie du bon ordre. C'est le procédé
logique qui consiste à ranger ensemble les choses qui
vont ensemble. Il empêche la confusion, épargne
à l'esprit la contrariété de ne pas trouver
les instruments de travail au moment voulu et élimine
la cause de nombreuses irritations. S'appliquer à devenir
ordonné est une tâche d'autant plus intéressante
qu'elle exige de l'ingéniosité, qualité
dont nous aimons tous à faire montre.
Dans la vie personnelle
Le fait d'avoir une méthode aide à penser
juste et à combattre la confusion des idées,
à distinguer l'essentiel de l'accessoire. C'est ce
que pratiquait Napoléon en rangeant les choses dans
son esprit comme dans une commode. « Lorsque je veux,
disait-il, expulser une question de ma pensée, je ferme
son tiroir et j'ouvre le tiroir réservé à
une autre. Les contenus de chaque tiroir ne se mêlent
jamais, et jamais ils ne me causent ni souci ni fatigue. »
L'organisation intelligente de sa vie donne plus de valeur
à l'expérience d'un homme et réduit le
nombre de ses échecs et de ses déceptions. Si
elle ne contribue pas à leur création ni à
leur disciplinement, la méthode favorise les idées
novatrices qui engendrent le travail créateur. L'avantage
de profiter de l'occasion favorable et de se faire donner
sa chance appartient à l'homme qui s'est arrangé
pour être prêt à le saisir. Il participe
ainsi à part entière au phénomène
de la vie. Cela lui fait prendre conscience de son importance
personnelle et de sa capacité de faire de grandes choses,
de ce que les connaissances qu'il a acquises lui permettront
de diriger les efforts d'autres hommes.
Le temps est un élément de la méthode
qu'il ne faut pas gaspiller. Certains contractent l'habitude
de s'affairer à de menues besognes, peut-être
en guise d'excuse pour ne pas attaquer un travail qui les
préoccupe, mais qui ne les intéresse pas.
La remise au lendemain, ce fléau universel, ne fait
pas le désespoir de celui qui a de la méthode.
Il répartit ses tâches en petites unités
facilement maniables, afin que leur trop lourd fardeau ne
l'incite pas à en différer l'exécution.
Organiser sa vie de façon méthodique, c'est
laisser peu d'espaces vides dans sa journée ;
mais les horaires que nous faisons doivent correspondre à
notre cas personnel. Emerson met en opposition les oies domestiques
de la campagne allemande marchant en se dandinant sur la route
du marché et les oies sauvages volant de l'Alaska vers
les pays chauds. Il serait ridicule de mesurer la vitesse
des uns et des autres selon les mêmes normes, sous prétexte
qu'il s'agit de deux troupeaux d'oies.
Être prévoyant et vigilant
Il y a deux autres facteurs à faire entrer dans l'élaboration
d'une méthode : la prévoyance et la vigilance.
Il est parfois nécessaire de résister à
notre propension à poursuivre la tâche afin de
mieux voir venir les choses. Peut-être pouvons-nous
nous inspirer ici d'un exemple tiré de la marine de
guerre. Les officiers des navires qui prirent le Bismarck
en chasse après qu'il eut gagné l'Atlantique
tracèrent au crayon sur leurs cartes des arcs indiquant
la position éventuelle la plus éloignée
du cuirassé allemand, compte tenu des routes qu'il
pouvait suivre et de sa vitesse. L'ordre et la méthode
nous mettent en bien meilleure posture pour prévoir
le déroulement des événements que le
périlleux parti d'avancer au hasard.
La prévoyance nous permet d'aborder les tâches
avec détermination et sans délai. En revenant
à son bureau après avoir suivi une réunion,
le reporter pense déjà au bref résumé
qui coiffera son article. C'est aussi ce que faisait le maréchal
Montgomery. « Durant le voyage, écrit-il, je réfléchissais
aux problèmes qui m'attendaient et j'arrivais à
me faire une certaine idée, du moins dans les grandes
lignes, de la façon dont j'allais m'y prendre. »
Fonctionne-t-elle bien ?
Une méthode doit faire l'objet d'une évaluation
et d'une réévaluation continuelles. Accomplit-elle
ce pour quoi elle a été établie ?
S'engrène-t-elle dans les autres méthodes de
l'entreprise ? Y a-t-il proportion entre son coût
et ses avantages ?
La séduction de la nouveauté est la qualité
la plus superficielle d'une nouvelle méthode. Le seul
critère pour juger de sa valeur est de se demander
dans quelle mesure elle fonctionne bien.
Il se peut, par ailleurs, qu'une méthode paraisse
au début difforme et débraillée, mais
il en est ainsi de la larve qui se transforme en papillon
aux vives couleurs.
Donnez à votre méthode une chance loyale mais
décisive de se révéler. Si elle est bonne,
elle vous permettra, en vous libérant, de vous occuper
des problèmes de tactique et de stratégie dans
d'autres secteurs.
Croyez au succès de votre méthode. Mais que
votre foi soit le fruit d'une réflexion intelligente
et d'un plan précis. Qu'elle n'aille pas cependant
jusqu'au point de vous faire prendre votre méthode
pour un remède-miracle, si extraordinaire que puisse
en paraître le résultat final.
Les méthodes les mieux imaginées ne sont pas
toujours indétraquables, mais sans méthode nous
serions continuellement en panne. Quand les plans se dérèglent
et que nos espoirs sont déçus, le mieux est
encore de faire de nouveaux plans et de réexaminer
sa méthode.
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