Mai 1953 La couronne
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Nous allons bientôt voir dérouler
sous nos yeux un spectacle grandiose, dont la pompe et l'apparat
rappellent les splendeurs du passe.
Le couronnement est une cérémonie imposante
dans l'histoire du Commonwealth, attristée en cette
occasion par la mort en mars de la reine Mary, veuve d'un
roi, mère de deux rois, et grand-mère de la
souveraine régnante.
La couronne est pour nous une allégorie. Notre reine
ne règne pas sur nous par droit divin, ni même
par notre choix. Nous participons de sa dignité, sans
la lui conférer.
La reine représente tout ce qui est bon dans le gouvernement ;
sa couronne est un symbole qui domine les différences
de croyances et de partis. Dans une époque de matérialisme,
et un monde menacé de dangers sans précédent,
la monarchie britannique demeure inébranlable, au contraire
du règne incertain par la force armée et de
l'éclat passager de la dictature.
La cérémonie du couronnement est peut-être
archaïque, mais comment indiquer d'une manière
plus impressionnante la stabilité et la continuité
de notre histoire nationale ? Notre reine est couronnée
de la même façon que ses prédécesseurs
depuis plus de mille ans.
C'est la plus ancienne cérémonie d'État
en Grande-Bretagne, et probablement dans le monde entier.
Le premier cérémonial d'un couronnement anglais
conservé dans les annales date du 8e siècle.
Un autre attribué à Saint Dunstan a, dit-on,
été employé par lui au couronnement du
roi Ethelred en 978.
La constitution
La forme est ancienne, mais l'esprit qui l'inspire ne vieillit
pas. Cet esprit est la solennelle affirmation du caractère
sacré de la royauté et de la loyauté.
La cérémonie du couronnement résume
certains points importants de la constitution : cette
constitution orale qui a fait l'étonnement de générations
de philosophes, avocats, historiens et hommes d'État.
Nos institutions, auxquelles le temps n'a rien changé,
sont encore de nos jours extrêmement souples. Un écrivain
français a dit : « Les Anglais ont laissé
les différentes parties de leur constitution au même
endroit où les vagues de l'histoire les ont déposées. »
Il aurait pu ajouter que les vagues et les ondulations successives
modifient la constitution d'une manière imperceptible,
de sorte qu'il faut observer de près pour discerner
la nature ou la cause des changements.
Des profondeurs de l'histoire, les pays du Commonwealth
ont hérité la philosophie du gouvernement autonome :
non pas seulement un gouvernement représentatif, mais
le genre de gouvernement dans lequel le pouvoir exécutif
rend compte de ses actes à une majorité parlementaire
et se conforme aux instructions qu'il reçoit du parlement.
Comme chef de ce gouvernement, le souverain possède
les trois droits suivants, d'après Walter Bagehot dans
son fameux ouvrage The English Constitution :
le droit d'être consulté, le droit d'encourager,
et le droit d'avertir.
Les actes, les désirs et l'exemple du souverain représentent
un réel pouvoir dans le gouvernement. Les parlements
et les ministres passent mais celui qui porte la couronne
dure toute la vie. W. E. Gladstone, quatre fois premier ministre
de Grande-Bretagne, dit éloquemment dans son livre
Gleanings of Past Years : « Le Souverain,
par comparaison avec ses ministres a, parce qu'il est le souverain,
l'avantage d'une longue expérience, d'un plus grand
horizon, d'une haute position, et d'une entière absence
de parti pris.
« Il n'y a aucun doute, ajoute-t-il, que la somme d'influence
directe normalement exercée par le souverain sur les
délibérations et les actions de ses ministres
est réellement considérable, tend à la
permanence et la stabilité, et confère de grands
avantages au pays sans, au moindre degré, soulager
les conseillers de la couronne de leur responsabilité
individuelle. »
Il est vrai qu'il n'existe aucun renseignement précis
sur ce que la reine peut faire, mais nous avons de nombreux
exemples de ses actes dans l'exercice de ses fonctions royales.
Si on s'en tient à la surface des événements,
il semble que la souveraineté de la couronne a été
réduite à sa plus simple expression, mais sa
dignité a été rendue encore plus réelle
par les apparentes usurpations de droits. La reine Elisabeth
II possède les mêmes pouvoirs qu'Édouard
VI. La reine est encore le chef suprême du pouvoir exécutif ;
au Parlement, c'est elle qui est la suprême autorité
législative ; la reine est toujours la « source
de l'honneur » et la « source de justice » ;
elle commande en chef les forces militaires du royaume.
J. A. R. Marriott remarque dans son livre English Political
Institutions que le jugement du monarque en affaires
étrangères est « mûri par une expérience
continuelle des affaires que ne saurait posséder aucun
ministre dans notre système de partis. »
Le pouvoir exécutif, représenté par
la couronne, est assez puissant pour assurer l'ordre et la
paix dans la société, sans pour cela être
assez puissant pour ignorer les désirs et le bonheur
de la communauté.
Les reines d'Angleterre
Porter la couronne n'est pas une sinécure. Cela demande
du travail. La reine Anne disait qu'elle était « une
esclave couronnée. » Et Shakespeare appelle la
couronne une « brillante inquiétude » et
« un souci doré ! »
Les reines d'Angleterre n'ont rien de chimérique
ou de romanesque. Dans son ouvrage monumental, Les Vies
des reines d'Angleterre, publié en 1853, Agnes
Strickland raconte l'histoire de 34 reines entre la mort du
dernier monarque de race anglo-saxonne, Édouard le
Confesseur, en 1066, et la mort de la reine Anne, dernière
de la maison royale des Stuarts, en 1714. Trente de ces reines
portèrent la couronne matrimoniale comme épouses,
et quatre le diadème royal du royaume. Deux autres
ont régné comme reines - Victoria et Elisabeth
II - et neuf comme consorts.
Que de changements pendant les 900 ans dans la vie de ces
45 reines ! Elles ont vu l'âge de la féodalité,
de la chevalerie ; des époques de splendeur et
de misère ; les croisades, les tentatives de réunir
la couronne de France à celle d'Angleterre, les guerres
des Roses, la révolution, les progrès du système
parlementaire.
Le Commonwealth a maintenant une nouvelle reine, qui monte
sur le trône, comme Elisabeth I et Victoria, dans la
fraîcheur et la vigueur de la jeunesse.
La vie jusqu'à présent a donné à
la reine Elisabeth II les avantages suivants : une jeunesse
heureuse, pendant laquelle elle a été élevée
par des parents que n'importunaient pas les soucis de l'État ;
une éducation libérale, en ce sens qu'elle n'a
pas été limitée à des points de
vue insulaires ; et un contact pratique avec le monde,
semblable à celui dont jouissent les princes pendant
leur service dans les forces armées.
Elle possède à un grand degré le sens
moral de son père, dit Hector Bolitho dans le British
Vogue Export Book Supplement, ajouté au charme
de sa mère. Elle a aussi de la volonté comme
la reine Victoria - « le genre de volonté qui
fit dire à la vieille reine en parlant à un
ministre : 'on m'a appris à distinguer le bien
du mal - ne prononcez jamais plus ce mot « opportun »
devant moi. »
Le règne de la loi
La fonction de la couronne comme source de justice est une
de ses plus grandes qualités. Malgré tous les
perfectionnements du mécanisme législatif, la
vie des citoyens pourrait être rendue malheureuse par
un défaut ou un délai dans l'administration
de la justice.
La reine ne peut pas à son gré modifier les
lois du pays, mais dans son serment de couronnement elle donne
l'exemple, à tous ceux chargés de faire et d'administrer
la loi, en ces paroles mémorables : Soyez miséricordieux
sans être trop négligents ; administrez
la justice sans oublier la pitié. Punissez les méchants,
protégez et chérissez les justes, et menez votre
peuple dans la bonne voie. »
La couronne et le parlement
Dans le gouvernement, le souverain agit seulement sur l'avis
de conseillers constitutionnels responsables envers le parlement.
D'où un paradoxe : tandis que les pouvoirs de
la couronne ont été accrus, le pouvoir de la
couronne a été restreint. Marriott explique
que c'est le résultat d'un système administratif
dans lequel les fonctionnaires supérieurs, quoique
de nom serviteurs de la reine, sont en réalité
responsables au parlement du point de vue politique.
La clause la plus importante de la Grande Remontrance de
1641 stipulait que le roi devait choisir des conseillers et
des ministres jouissant de la confiance du parlement.
Huit ans plus tard, l'office de roi fut aboli par une loi
du Long Parlement. En 1688, à la suite d'un compromis,
le roi continua de régner, mais cessa de gouverner.
Sir John Eliot, qui paya de sa vie ses vues sur l'indépendance
parlementaire un demi-siècle auparavant, avait exprimé
cette idée en ces quelques mots : « Le parlement
est le corps, et le roi l'esprit. »
Il ne suffit pas d'une charte et d'un parlement pour faire
la grandeur d'un peuple. Il faut un esprit dirigeant capable
de faire appliquer la charte par le parlement. C'est en cela,
par un mélange de bonté et de tolérance,
sans haine ou esprit de vengeance, et en tenant compte des
intérêts et des sentiments des minorités,
que consiste la fonction du monarque.
Le parlement n'est pas un forum pour faire des discours
aux électeurs, mais une assemblée, comme au
temps des anciens Saxons, pour expédier les affaires
de l'État. La couronne, qui voit plus loin que les
ministres et les députés, et qui n'appartient
à aucune parti, exerce une profonde influence sur l'élaboration
des lignes de conduite.
Cela ne veut pas dire que le souverain prend part à
la politique. La reine se tient à l'écart des
affaires de partis ; sa position lui permet d'observer
et de réfléchir avec sang-froid, et de conseiller
sans intérêt personnel.
Les lettres de la reine Victoria montrent la méticuleuse
attention avec laquelle elle surveillait les événements
en Angleterre et à l'étranger. Deux fois dans
la dernière partie de son règne elle réussit
à éviter un conflit entre la chambre des Communes
et la chambre des Lords.
La couronne et le peuple
« En fin de compte, dit sir Charles Petrie dans sa
Monarchie au XX siècle, la force de la monarchie
britannique de nos jours est due à la conviction de
la moyenne des citoyens que celui qui occupe le trône
n'a aucun but intéressé. »
Cela est vrai, mais en partie seulement. C'est un point
de vue négatif. Le feu roi et sa reine possédaient
à un grand degré le rare talent de faire sentir
instinctivement leur bonté innée. Ils ont gagné
le respect et l'affection de leurs sujets.
Le fait que la reine Elisabeth II, comme sa mère,
s'intéresse à l'éducation et considère
que l'extension des connaissances fait partie des buts de
la démocratie, rappelle les progrès de la culture
en Grande-Bretagne sous le règne de ses prédécesseurs.
Il faut espérer que sous son règne le progrès
continuera.
La couronne et le Commonwealth
La couronne a acquis une immense importance comme noyau
et symbole de l'unité du Commonwealth.
Les institutions centralisatrices de l'Empire ont disparu
une après l'autre à mesure que l'Empire se transformait
en Commonwealth, mais l'éclat de la couronne a progressivement
augmenté. L'an dernier, des variations ont été
introduites dans les titres de la reine, mais l'influence
unifiante de la couronne demeure la même.
Les institutions parlementaires des pays du Commonwealth
sont une garantie de force démocratique, et il n'y
a rien de tel, comme influence stabilisatrice, que d'avoir
à la tête de ces institutions un monarque indépendant
et en dehors de la politique.
Le Commonwealth est une association de peuples aussi bien
que de pays. Ces peuples sont unis par des liens spirituels,
psychologiques et intellectuels malgré leurs différences
de race, religion, langage, littérature, lois et influences
économiques.
Unité dans la diversité
L'extension du Commonwealth, par l'admission de républiques
par exemple, rehausse au lieu de diminuer l'importance du
symbolisme qui indique son sentiment d'unité et de
communauté d'intérêts.
Les pays du Commonwealth ne sont liés par aucun contrat.
Les relations, uniques en leur genre, entre la couronne et
tous les pays autonomes, les républiques, les territoires
et les colonies, garantissent à tous l'égalité
de statut et leur permettent d'avancer dans la voie de l'autonomie
sans violent changement constitutionnel.
Les étrangers ont de la peine à concevoir
qu'un groupe de nations puisse fonctionner ainsi sans constitution
centrale ou pouvoir exécutif. Ce qui les unit c'est
leur loyauté à la couronne, et à un tel
degré que ce Commonwealth, le seul dans l'histoire,
a osé décentraliser trois pouvoirs jusqu'ici
jalousement gardés et obstinément conservés
par l'autorité centrale : l'élaboration
des tarifs douaniers, le contrôle de l'immigration et
la création et l'entretien de la marine de guerre.
Dans un discours émouvant applaudi par tous les partis
à la chambre des Communes en février, M. Saint-Laurent,
premier ministre du Canada, a appelé le Commonwealth
« un instrument efficace pour le bien de l'humanité
libre dans le monde entier » à l'occasion d'un
projet de loi concernant les titres de la reine et en vertu
duquel elle est appelée au Canada « Elisabeth
II, par la grâce de Dieu, Reine du Royaume-Uni, du Canada
et de ses autres royaumes et territoires, Chef du Commonwealth,
Défenseur de la Foi. »
Ce projet de loi résulte de la conférence
des premiers ministres l'an dernier, au cours de laquelle
ceux-ci décidèrent que chaque membre du Commonwealth
serait libre d'employer le titre de son choix.
Diversité dans l'unité
Un ambassadeur américain a appelé l'empire
britannique « une école de gouvernement qui conduit
inévitablement à l'autonomie. » En gravissant
l'échelle, de l'état de dépendance à
celui de nation, il y a beaucoup de diversité.
Le principe relatif à la diversité dans les
formes actuelles de gouvernement consiste à adapter
le gouvernement aux conditions, besoins et phases de développement
politique du peuple dans chaque pays ou territoire.
Indépendamment de la situation politique actuelle,
des graines de liberté, de civilisation et de culture
ont été semées dans chaque pays du Commonwealth.
Chaque pays de la couronne a joui d'institutions libres et
du règne de la loi.
Dans les uns, grâce à un sol fertile et un
milieu favorable, ces graines ont produit des arbres, dont
les fruits sont parfois meilleurs que dans la métropole ;
dans d'autres, la germination a été lente, et
le mauvais temps, économique ou politique, a retardé
la croissance.
Mais les fruits mûrissent de temps en temps :
les Bermudes obtiennent leur propre législature en
1620 ; le Canada établit sa propre Constitution
en 1867 ; l'Irlande se déclare république
indépendante en 1937 ; l'Inde se divise selon
ses propres désirs en 1947 ; la Birmanie devient
une république fédérale en 1948.
Il est évident qu'il n'existe pas d'incompatibilité
entre un ardent nationalisme et une libre association sous
le régime de la couronne. Le cas de l'Inde l'a clairement
démontré. Sur le point de devenir une république,
elle a franchement exprimé le désir de demeurer
membre actif du Commonwealth.
Une nouvelle conception de la citoyenneté canadienne
a donné lieu en 1947 à une loi en vertu de laquelle
les Canadiens sont citoyens du Commonwealth parce qu'ils sont
Canadiens et non pas, comme auparavant, Canadiens parce qu'ils
sont sujets britanniques. Cette loi, dont le Canada a pris
l'initiative, a été approuvée en 1948
par une loi du Parlement britannique.
Loin d'être un signe de désagrégation,
comme quelques-uns le prétendent, cette nouvelle loi
de citoyenneté confirme l'égalité et
l'autonomie conférées par le Statut de Westminster,
dont John Drinkwater a dit en 1937 : « C'est le
plus bel exemple de gouvernement qu'on ait jamais vu dans
le monde moderne. Cette association de peuples libres était,
comme on avait raison de le dire, une ligue de nations, dont
le pacte oral, et pourtant inviolable, rendait la paix certaine
dans une très grande partie du monde. » Cette
inviolabilité est proclamée expressément
par un passage du Statut : la Couronne est le symbole
de la libre association des membres du Commonwealth britannique
des Nations et... elles sont unies par une allégeance
commune à la Couronne. »
Ces nobles paroles signifient que dans leur libre association
ces pays du Commonwealth reconnaissent la souveraineté
de la reine, se réservent le droit d'invoquer directement
son appui, et proclament leur fraternité sous la protection
de la couronne. « C'est, dit Drinkwater, une auguste
conception, dont la sanction spirituelle est unique dans le
domaine de la politique. »
La Couronne et les États-Unis
Le monde entier a une part dans le passé que fait
revivre le couronnement, mais principalement le monde occidental.
Le vicomte Bryce, ancien ambassadeur d'Angleterre à
Washington, dit dans une lettre à son ami John F. Jameson
de l'Institut Carnegie « ... le fait singulier que beaucoup
d'Américains paraissent ignorer est que l'histoire
des États-Unis avant le XVIIIe siècle, et en
grande partie jusqu'en 1776, est l'histoire de l'Angleterre. »
C'est de l'Angleterre que les colons apportèrent
leur amour de la liberté, et ce sont les institutions
britanniques qui ont servi de base aux libertés politiques
du monde entier.
Le lien qui unit l'Amérique du vingtième siècle
à l'ancienne Angleterre est le droit de liberté
individuelle.
Dans une brochure publiée pour commémorer
le 150e anniversaire de l'inauguration du premier président
des États-Unis, le Dr John C. Fitzpatrick dit :
« La façon dont l'Anglais comprend la liberté
a été pétrie dans sa nature par la lutte
à travers les siècles ; c'est la plus précieuse
possession apportée en Amérique par les premiers
colons anglais. »
Les peuples des démocraties de langue anglaise possèdent
un grand avantage dans leur héritage commun. Cet héritage
d'idées politiques et de collaboration pratique n'appartient
pas seulement aux pays du Commonwealth mais aussi à
beaucoup d'autres hors de la juridiction de la reine.
Aucun signe de décadence
Ceux qui iront en Angleterre pour le couronnement verront
un pays où restent encore des traces de la guerre,
mais où les roses poussent et fleurissent parmi les
ruines. Il seront impressionnés par le courage et la
foi dans l'avenir dont seront animés les peuples du
Commonwealth qui participeront à la cérémonie
du couronnement.
Aujourd'hui, la couronne royale encercle non seulement les
anciennes gloires d'un seul peuple, mais l'espoir et la promesse
d'une meilleure existence pour des centaines d'autres millions
d'individus.
Le Commonwealth sur lequel règne la reine est loin
d'être parfait, mais il s'améliore constamment
grâce aux critiques de ses peuples par l'entremise de
leurs législatures, leurs journaux et leurs institutions.
Son atmosphère est purifié par le vent d'une
démocratie basée sur la liberté de parole,
de religion, de presse et d'association.
Dédiée au maintien de ces libertés,
la reine recevra la couronne. Elle la recevra, comme elle
est donnée, dans un esprit libre de vieilles rancunes,
comme symbole de son unité avec son peuple, et comme
emblème de l'unité de son peuple.
Aussi bien que son peuple, elle sait que tant qu'il vit
sous la protection de la couronne ses enfants n'apprendront
pas à balbutier des litanies de haine, et ne seront
pas empoisonnés par le soupçon et l'hostilité
sous couvert d'un faux patriotisme.
Les devoirs de la reine seront formellement assumés
dans un atmosphère de dignité, et son peuple
partagera cette dignité avec elle, conscient du majestueux
passé embrassé et reflété par
la brève cérémonie, et de la promesse
de paix et de progrès dont cette cérémonie
est l'augure sous son règne.
Les Anglais, dit le comte Serge Fleury, nous rappellent
ces personnages peints par les artistes de la Renaissance
- « drapés dans de somptueux manteaux, ils marchent
lentement, comme s'ils avaient toute l'éternité
pour accomplir leurs importants desseins. Ils vont droit devant
eux, guidés dans la nuit par des étoiles visibles
pour eux seuls. »
C'est de tels hommes que Tacite disait qu'ils acceptaient
volontiers de supporter « le service de gouvernement »
mais qu'ils ne se soumettraient jamais à la servitude.
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