Juin 2001 Hommage aux bénévoles
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Ils sont au Canada tout près de 7,5
millions à enrichir la vie de leurs concitoyens par
le don libre et gratuit de leur temps. Ils apportent aux associations
qu'ils animent non seulement une aide essentielle, mais aussi
des idées neuves et un savoir-faire précieux.
L'année qui leur est consacrée est un hommage
largement mérité.

Le bénévolat fait de plus en plus d émules
au Canada : selon la dernière enquête nationale
sur le don, le bénévolat et la participation,
7,5 millions de nos concitoyens, près du tiers de la
population, avaient une activité bénévole
en 1997 contre 5,3 millions 20 ans plus tôt. Il faut
croire que l'envie de changer la vie est contagieuse !
Il y a une douzaine d'années, un grand magazine américain
avait révélé que le bénévolat
aidait les femmes à accéder au marché
du travail. Aujourd'hui, ce sont les jeunes de 15 à
24 ans qui empruntent la voie de l'entraide et de l'action
sociale pour acquérir l'entregent et les compétences
qui leur permettront d'élargir leur horizon professionnel.
Le nombre des bénévoles a presque doublé
dans cette tranche d'âge.
Notre société a tendance à mesurer
le succès à la richesse monétaire. Ce
n'est pas à son honneur. Le travail rémunéré
n'a de prix que pour ceux qui en profitent directement, alors
que le bénévolat apporte tant à ses destinataires
qu'il n'a pas de prix, littéralement. Comment mesurer
la valeur d'une leçon de natation pour l'enfant infirme ?
D'une visite hebdomadaire pour la vieille dame impotente ?
Trop de gens s'imaginent que le travail rémunéré
est le seul qui vaille. On a beau éplucher tous les
manuels d'économie, on n'y trouve pas un mot sur la
contribution des bénévoles à la qualité
de la vie dans notre pays. Et pourtant, un Canadien adulte
sur trois y croit assez pour s'engager. Les plus âgés
sont aussi les plus actifs, avec une moyenne de 202 heures
par bénévole. Un certain nombre d'entreprises
coordonnent et même, financent les activités
associatives de leurs anciens salariés. Ce travail
organisé représente 11,1 milliards d'heures,
soit 578 000 emplois à temps plein : il occuperait
la quasi-totalité de la population active manitobaine.
Plus que le nombre de ces heures de dévouement, c'est
leur emploi qui fait rêver. Car si les sports, les arts,
la consommation et les droits civils mobilisent désormais
beaucoup de monde, l'action sociale attire encore 31 pour
cent des bénévoles et la santé, 22 pour
cent. Les organisations religieuses -qui, souvent, mènent
aussi des actions caritatives, sanitaires ou éducatives
-réalisent 23 pour cent de ce travail bénévole.
Tous ces gens se consacrent à aider directement leur
prochain. Ce faisant, c'est toute la société
qu'ils aident.
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« Une petite pensée et un peu de tendresse valent souvent plus que beaucoup d'argent. »
John Ruskin |
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Si la vie en société est possible, c'est entre
autres parce que nous reconnaissons tous, au moins implicitement,
que le plus fort doit aide et protection au plus faible. L'ordre
social s'écroulerait si le bien commun ne primait pas
sur les intérêts purement individuels. Les grandes
religions qui ont tant contribué à ériger
cet ordre social prêchent à l'unisson que l'individu
a des devoirs envers ses semblables. Elles partagent toutes
le même idéal de solidarité.
Une maxime hindouiste dit que celui qui emploie sa richesse,
son intelligence et son éloquence au bénéfice
des autres ne vit pas en vain. L'éthique taoïste
fait passer le chemin du Ciel par la voie du service à
autrui. Pour Mahomet, la vraie fortune d'un homme réside
dans le bien qu'il fera en ce monde. L'Ancien Testament nous
offre l'exemple de Job : « Pour l'aveugle, j'étais
les yeux qui lui manquaient, pour l'infirme, les pieds qui
lui faisaient défaut. Pour les malheureux, j'étais
devenu un père, je donnais tous mes soins au cas de
l'étranger. » Le Nouveau Testament réitère
la leçon dans la parabole du bon Samaritain. « Va
et fais de même », conclut Jésus.
John Ruskin jette une merveilleuse lumière sur les
Écritures saintes en rappelant qu'elles ne disent pas
« Béni soit celui qui nourrit les pauvres »,
mais « Béni soit celui qui pense aux pauvres ».
Brève histoire du bénévolat
« Penser beaucoup aux autres et peu à soi-même,
brider son égoïsme et cultiver sa bonté,
telle est la perfection de la nature humaine. » L'auteur
de ces lignes, c'est Adam Smith, le père de l'économie
classique. Smith était un ardent partisan du laissez-faire,
doctrine selon laquelle l'intérêt public est
mieux servi lorsque l'État s'abstient d'intervenir
dans la vie privée des citoyens.
Son libéralisme a dicté la politique sociale
en Occident tout au long du dix-neuvième siècle
et même au-delà. Dans le partage des tâches
qu'il opérait entre l'État et la société,
la protection des plus fragiles revenait exclusivement aux
Églises, aux associations charitables et aux simples
citoyens; la main-d'oeuvre des institutions caritatives était
pour l'essentiel bénévole, même celle
qui y travaillait à plein temps.
Au vingtième siècle, sous la pression du socialisme,
l'État libéral dut sortir de sa réserve,
accepter d'utiliser une part de ses recettes fiscales pour
offrir à la population des services dans les domaines
de la santé, de l'aide sociale et de l'éducation.
Les socialistes reprochaient au laissez-faire de perpétuer
des privilèges indus. Ils voyaient dans l'ancien système
caritatif une forme déguisée de paternalisme
qui organisait la répartition des miettes du banquet
et estimaient que la charité individuelle ne serait
jamais à la hauteur de la tâche.
Ils n'avaient pas complètement tort : les Églises
s'occupaient principalement de leurs fidèles, et les
organismes laïques avaient tendance à négliger
certaines causes.
Au fil des ans, le recul de la religion dans la société
devait porter le coup de grâce à ce système
en obligeant l'État à assumer les fonctions
caritatives qu'accomplissaient bénévolement
les communautés religieuses.
Aujourd'hui, même les partis les plus réactionnaires
reconnaissent que l'État doit garantir certains services
essentiels, et même les gauchistes les plus ardents
(en Occident, en tout cas) reconnaissent qu'il ne peut pas
tout faire. Les services publics manquent cruellement de cette
chaleur humaine à laquelle aspire la population dans
le besoin. Les associations bénévoles pallient
cette lacune et traitent les cas atypiques qui passent au
travers des mailles du filet.
Une société en panne de solidarité ?
En Grande-Bretagne, pays où l'État-providence
est né peu après la Deuxième Guerre mondiale,
l'armistice est signé depuis belle lurette : « Les
organismes publics et privés se complètent et
s'épaulent mutuellement, explique une publication officielle.
Les pouvoirs publics financent les associations privées
à l'échelle nationale comme au niveau local.
Les autorités planifient et exécutent leurs
mandats en tenant compte des ressources bénévoles
disponibles. » On pourrait en dire autant ou presque
du Canada.
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« Il y a deux formes de gratitude – la petite qu'on éprouve à l'instant où on prend et la grande qu'on ressent quand on donne. »
Edward Arlington Robinson |
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À vrai dire, l'État est plus ou moins obligé
de restituer aux citoyens une part des responsabilités
sociales qu'il leur avait retirées : son endettement
l'oblige à réduire son train de vie. Mais notre
société atomisée possède-t-elle
assez de bonté et de fraternité pour répondre
à l'appel ? L'individualisme qui ronge nos liens
sociauxles familles, les quartiers, les collectivités,
les associationsa-t-il tué la charité ?
La sagesse antique répond par la voix de Sénèque :
le bien que l'homme fait à autrui, il se le fait à
lui-même, car la récompense d'une bonne action,
c'est de l'avoir accomplie. Plus près de nous, Sir
Wilfred Grenfell affirmait que la joie véritable ne
se trouve ni dans l'aisance ni dans la fortune ni dans la
louange des hommes, mais dans l'accomplissement d'une noble
mission. Il en savait quelque chose, ayant voué sa
vie aux indigènes du Labrador.
Ce qui est gratuit enrichit
L'enquête de 1997 a établi que 96 pour cent
des répondants avaient décidé de faire
du bénévolat pour défendre une cause
qui leur tenait à coeur. Dans plus de deux cas sur
trois, le bénévole avait une expérience
directe du problème ou connaissait une personne concernée.
Interrogez un bénévole sur ses motivations
profondes, et il vous dira probablement qu'il trouve plaisir
à rendre service, comme cette championne de patinage
qui donne des leçons à des enfants aveugles :
« Comprenons-nous bien :je ne fais pas ça
par amour pour mon prochain. Je suis très égoïste
au fond. Je donne ces leçons parce que j'en tire une
immense satisfaction. »
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« Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir. »
Actes 20:35 |
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On offrirait à certains de faire le même travail
moyennant salaire qu'ils refuseraient tout net. « Je
ne ferais ça pour rien au monde si c'était pour
gagner ma vie, explique un auxiliaire hospitalier chargé
d'une tâche difficile, parfois même pénible.
Je suis ici par choix, parce que j'ai une dette envers la
société. Elle m'a bien traité, et je
tiens à rendre ce que j'ai reçu. »
Cette idée-là trouve un écho a priori
surprenant auprès d'une jeune génération
souvent accusée d'égocentrisme par ses aînés.
Les services bénévoles des écoles secondaires
trouvent sans difficulté des volontaires pour aider
les personnes handicapées, distraire les enfants, accompagner
les malades à l'hôpital, superviser les élèves
en difficulté d'apprentissage, dépanner les
mères qui travaillent... Comme les structures bénévoles
traditionnelles -4H, scouts, guides, etc. -ne se vident pas
pour autant, il faudrait peut-être s'interroger sur
la réputation faite aux jeunes d'aujourd'hui.
Les formes nouvelles du bénévolat
On aura toujours besoin d'aide pour remplir des enveloppes,
pousser des fauteuils roulants et livrer des repas, mais en
marge de ces tâches aussi humbles qu'essentielles se
développe aujourd'hui un bénévolat plus
émancipateur qui vise à apprendre aux gens à
s'aider eux-mêmes. On ne donne plus seulement du temps,
on partage son savoir et ses talents.
Les programmes parascolaires offrent un bon exemple de ce
nouveau bénévolat. Lorsqu'ils ont été
obligés de réduire les dépenses en éducation
pour équilibrer leurs budgets, les fonctionnaires ont
sabré dans les matières « non essentielles ».
Ici et là, des parents d'élèves ont décidé
de suppléer à cette carence imposée et
se sont chargés des cours d'arts plastiques, de musique
et d'éducation physique. Preuve que le bénévolat
est plus nécessaire que jamais et que la générosité
peut améliorer le sort des gens.
Le vieillissement de la population ne fera qu'accroître
la demande suscitée par le retrait de l'État.
Cette Année Internationale des Volontaires devrait
donc nous inciter, encore plus qu'aux hommages, à un
petit examen de conscience. « Fais tout ce que tu peux »,
telle devrait être notre devise de bénévoles,
car celui qui l'applique est sûr de ne jamais en faire
trop peu. Mère Teresa, qui a reçu le prix Nobel
de la Paix en 1979 pour son travail auprès des miséreux
de Calcutta, avait exprimé la même idée
en ces termes : « Nous avons nous-mêmes l'impression
que notre travail est une goutte d'eau dans l'océan,
mais je crois que sans cette goutte d'eau, les océans
seraient moins grands. »
Texte publié en avril 1982 par la Banque Royale du
Canada et mis à jour en 2001 d'après les statistiques
les plus récentes sur la question.
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