Vol. 52, N° 6 Juin 1971
Les richesses culturelles
du Canada
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Le Canada en tant que nation comptera
104 ans d'existence en juillet, mais le Canada en tant que
terre de colonisation européenne date de 1534, année
où Jacques Cartier aborde sur nos côtes. Au lieu
de la route maritime vers l'Orient qu'il recherche, Cartier
découvre une contrée plus vaste et plus belle
que tout ce qu'il avait rêvé.
Au moment de la venue des premiers colons en terre canadienne,
les Français et les Anglais étaient déjà
des peuples cultivés, dont la civilisation plongeait
des racines fort anciennes dans les lettres, les arts, les
sciences et le gouvernement. Les uns et les autres jouissaient
de structures sociales d'ordre supérieur.
La mobilité croissante de l'espèce humaine
devait amener sur nos bords des millions d'hommes et de femmes
de beaucoup d'autres cultures. Les Canadiens d'aujourd'hui
sont issus de plus d'une soixantaine de communautés
nationales différentes. Et ils ne se sont pas fondus
en une masse uniforme. Comme l'écrit John Murray Gibbon
dans l'introduction de son livre intitulé La Mosaïque
canadienne, « le peuple de notre pays ne connaît
pas depuis assez longtemps la vie commune pour être
fixé dans ses habitudes ... il ne forme pas encore
un type homogène ».
S'adressant aux Canadiens d'origine ukrainienne, dans les
années trente, le gouverneur général,
le baron Tweedsmuir, disait : « Je vous demande
de ne pas oublier vos vieilles traditions ukrainiennes, vos
magnifiques travaux d'artisanat, vos chants et vos danses
folkloriques, vos légendes populaires. Vos traditions
sont autant de précieux apports à notre culture
canadienne, qui doit être quelque chose de nouveau,
fait des contributions de tous les éléments
dont se compose la nation. »
Nous sommes d'ascendances multiples. Les Canadiens francophones
comptent plus de générations en Amérique
que tout autre peuple de race blanche au nord du Rio Grande,
à l'exception des Espagnols. Les autres nationalités
sont venues s'y ajouter au cours des ans. La question capitale
qui se pose aujourd'hui est celle-ci : « Pouvons-nous
nous entendre les uns avec les autres ? » Si l'on
n'y répond pas par l'affirmative, toute autre question
devient superflue, car notre survie est impossible.
La culture canadienne
Nous formons donc un assemblage hétérogène
d'habitants, réunis dans un pays d'avenir et d'émulation,
et ayant à affronter ensemble des problèmes
d'une grande variété. De même que, dans
le domaine économique, chaque province et chaque région
doit chercher à faire en sorte que sa population jouisse
d'un niveau de vie comparable à la norme canadienne,
ainsi doit-elle s'efforcer d'harmoniser sa culture avec celle
à laquelle on est parvenu dans d'autres parties du
pays.
Un État où il existe des différences
géographiques, raciales, politiques et économiques
peut réaliser l'unité et combler ses dissemblances
par le fusionnement de ses nombreuses cultures. Au lieu de
subsister en tant qu'agglomération isolée de
personnes dans des provinces et des collectivités séparées,
ses habitants deviennent alors un groupe d'hommes et de femmes
unis par des intérêts communs et liés
par une même culture.
Ainsi, toutes les traditions et la sagesse de plus d'une
soixantaine de groupes ethniques peuvent se transformer en
patrimoine commun, où chacun puise ce qu'il a de meilleur,
déverse en retour ce qu'il juge le plus valable et
s'efforce de rendre le tout accessible à chaque citoyen.
Les Jardins japonais de Lethbridge ont été
construits par la ville en hommage aux Japonais du sud de
l'Alberta. Parallèlement, le style et la forme des
jardins eux-mêmes représentent pour le Canada
un apport de l'antique héritage culturel du Japon.
Le Canada mène une des expériences les mieux
réussies au monde en matière de fusion culturelle.
La tâche qui nous incombe est de créer une société
dans laquelle les citoyens acceptent, de leur plein gré,
de vivre ensemble dans l'unité. Cela suppose, selon
la formule d'Arnold Toynbee, « les adaptations et les
concessions de grande portée sans lesquelles cet idéal
ne peut se réaliser dans la pratique. »
Le Canada n'ambitionne pas d'être une utopie de livre
de contes. D'ailleurs, la lecture des Utopies imaginées
par divers auteurs révèle que la vie y était
d'une monotonie insupportable. Le genre d'utopie que nous
désirons est celle où rutileraient les feux
multiples des pierres précieuses apportées par
des groupes de toutes sortes et que viendrait égayer
l'éclat de coutumes nationales nombreuses et variées.
Par les liens d'une culture commune, le Canada peut devenir
une association amicale vouée aux intérêts
du bien général. Le sens du canadianisme collectif
n'implique pas nécessairement la doctrine de l'uniformité
nationale. D'après Hugh McLennan, « une culture
canadienne ne peut être que le fruit de l'expérience
canadienne. » Nous essayons, pour voir un peu et en contrôler
la qualité, les cultures apportées des autres
pays, et nous les acceptons dans la mesure où la droite
raison nous révèle qu'elles procureront le plus
de satisfaction véritable à tous les citoyens.
Ce qu'est la culture
Le mot « culture » a l'inconvénient, comme
le mot « démocratie » de ne pas avoir le
même sens pour tout le monde.
Si l'on compte 164 définitions connues de la culture,
celle qui a été retenue à la Seconde
Conférence d'études du Commonwealth du duc d'Édimbourg,
réunie au Canada en 1962, est aussi simple que complète.
« La culture, dit cette définition, est le tout
complexe qui comprend le savoir, les croyances, l'art, la
morale, la loi, les coutumes et toutes les autres ressources
et habitudes acquises par l'homme en tant que membre de la
société. »
Les valeurs permanentes de notre pays ne peuvent que bénéficier
de la culture, car notre culture colore nos actions dans tous
les secteurs de la vie. L'abondance est plus agréable
et l'adversité plus supportable pour les gens cultivés.
Accroître sa culture est à la fois un art délectable
et une condition de survie. Celui qui cesse de s'élever
par sa culture tombe à un niveau plus bas de l'échelle
animale. En fait, comme le dit Einstein, sans la culture,
le fondement même de notre croyance dans la nécessité
de l'existence de l'espèce humaine disparaîtrait.
Être cultivé ne veut pas dire qu'il faille
aimer indistinctement tout le monde ou appuyer les idées
de raffinement du premier venu, ou encore nous prosterner
devant l'idole de chacun de nos semblables, mais simplement
développer notre personnalité et apprendre à
nous entendre avec les autres. La culture ne peut exister
qu'au sein d'une société d'hommes et de femmes,
et nulle société ne saurait fonctionner sans
directives culturelles.
Rejeter la culture sous prétexte que l'on est « un
homme sans façons », c'est verser dans le snobisme
à rebours. La civilisation est plutôt un processus
de l'intelligence et de l'esprit qu'un produit de la technique
et de la politique. Cela ne veut pas dire que nous devons
tous lire les classiques dans le texte ni être capables
d'assigner une date aux peintures des anciens maîtres
ou de distinguer une aria d'un opéra, mais cela nous
exhorte à enrichir notre intelligence de façon
à apprécier toutes ces choses. Il y a de vastes
possibilités de culture qui s'offrent aux gens ordinaires
et de simple condition.
Le sens social
Le sens social naît lorsque nous apprenons à
chérir et à pratiquer les croyances qui contribuent
au bien de la société. Il ne s'acquiert pas
à coup de lois du de règlements. Un des grands
obstacles à l'esprit de perfectionnement culturel est
le démagogue qui enseigne que le sens social, acceptation
d'un commun accord de ce qui vaut le mieux pour les citoyens,
peut être imposé par le législateur. Winston
Churchill rejette cette idée dans un de ses discours
à la Chambre des communes : « Le Parlement,
dit-il, peut forcer le peuple à obéir ou à
se soumettre, il ne saurait forcer son consentement. »
La culture joue un grand rôle dans la vie réelle.
Les hommes peuvent habiter ensemble, dans des conditions exceptionnellement
variées, s'ils sont animés par les mêmes
mobiles culturels, et vivre dans l'harmonie, la sincérité
et la loyauté. Le Canada veut être, selon la
conception du pays idéal de Rebecca West : « Un
refuge où l'on reconnaît avec magnanimité
tous les talents et où l'on ferme les yeux sur tous
les travers pardonnables. »
Pour l'orateur athénien Isocrate, l'unité
était l'unique moyen pour la Grèce de conserver
la liberté et l'indépendance en compagnie d'un
puissant voisin. Le philosophe d'aujourd'hui voit dans la
culture un espoir de maintenir l'harmonie dans une population
où sont représentées tant de nationalités
diverses et d'assurer l'indépendance de notre pays
au sein de nations plus populeuses et plus grandes que lui.
Être cultivé, c'est avoir tendance à
préférer ce qui est supérieur - chose
ou idée - à ce qui est inférieur et à
tenter de faire mieux encore. Les traditions et les arts apportés
par nos ancêtres sont un exemple et une source d'inspiration
pour leurs descendants actuels, qui sont ainsi en mesure de
faire face aux exigences de cette ère nouvelle à
la lumière des idéaux les plus nobles d'hier
et d'aujourd'hui.
Notre arbre généalogique
Les Canadiens n'ont aucune excuse pour être des gens
dont la vie, les espoirs et la contribution à la culture
se confineraient à des groupes restreints. Ils parlent
plusieurs langues, ils appartiennent à diverses religions,
ils ont de nombreuses coutumes, ils représentent toute
une tranche de l'humanité. Les groupes raciaux se complètent
les uns les autres par leur apport à la culture nationale.
Accepter ce qu'ils offrent avec fierté, c'est se montrer
solidairement compréhensifs de nos rapports les uns
avec les autres.
Toutes ces personnes diffèrent entre elles par certains
côtés. Comme le dit Emerson : « La
Nature ne se répète jamais en créant
ses enfants et elle ne fait jamais deux hommes semblables. »
Chacun a des qualités d'esprit et des talents à
faire valoir. En retour, le Canada assure à tous la
possibilité d'exprimer librement leurs idées.
Nombreux sont ceux qui immigrent dans notre pays pour échapper
aux contraintes qui pesaient sur leur liberté d'action
ou d'opinion dans leurs pays. Ils viennent chercher ici un
abri contre l'esprit de discorde et la sécurité
nécessaire pour réaliser leur désir de
vivre heureux.
Mais ceux qui peuvent enrichir notre culture ne sont pas
tous des nouveaux venus. Certains ont passé toute leur
vie au Canada en tant que descendants des colons qui se sont
établis dans notre pays il y a des siècles.
Ils ont conservé, gardé bien vivantes et fait
épanouir les croyances et les coutumes transmises de
génération en génération pendant
des milliers d'années, dans leurs patries d'origine.
Ces gens ont leurs usages populaires et leurs moeurs. Les
usages populaires sont les façons dont un peuple accomplit
les activités courantes de la vie commune. Les moeurs
sont les usages populaires qui sont censés avoir une
influence sur le bien-être du groupe. La conservation
des usages populaires au sein des petits groupes mérite
d'être encouragée aussi fortement que la sauvegarde
des moeurs dans le groupe général dont ils font
partie.
Il n'y a pas de civilisation sans traditions. Les traditions
sont un ensemble de valeurs fondées sur des croyances
religieuses, culturelles et sociales léguées
d'âge en âge. Elles sont la somme de l'expérience
et des enseignements du passé, accumulés à
travers les siècles, dont la réunion fait de
nous des civilisés.
Ces traditions, le Canada les a reçues de sources
abondantes et variées. Environ trente pour cent de
la population canadienne n'est ni française ni britannique
d'origine. Les Rameaux de la famille canadienne (Direction
de la citoyenneté, Ottawa, 1967, en vente chez l'Imprimeur
de la Reine et dans les librairies d'Information Canada) fait
état de 47 groupes raciaux dans la mosaïque canadienne.
Voici l'imposante généalogie du peuple canadien
que nous présente cet ouvrage :
| Allemands |
Finlandais |
Macédoniens |
| Américains |
Français |
Maltais |
| Anglais |
Gallois |
Métis |
| Antillais |
Grecs |
Moyen-Orientaux |
| Arméniens |
Hollandais |
Norvégiens |
| Autrichiens |
Hongrois |
Polonais |
| Belges |
Indiens |
Portugais |
| Biélorusses |
Indonésiens |
Roumains |
| Bulgares |
Irlandais |
Russes |
| Chinois |
Islandais |
Serbes |
| Croates |
Italiens |
Slovaques |
| Danois |
Japonais |
Slovènes |
| Écossais |
Juifs |
Suédois |
| Espagnols |
Lettons |
Suisses |
| Esquimaux |
Lithuaniens |
Tchèques |
| Estoniens |
|
Ukrainiens |
Comment aider les nouveaux venus
Notre honneur nous fait un devoir d'offrir une place aux
gens de toutes croyances, une place non seulement sur notre
sol, mais aussi dans nos esprits et dans nos vies.
Notre hospitalité pourra être une véritable
bénédiction grâce à la bienveillance
de notre attitude et à la sincérité de
nos efforts pour comprendre les problèmes de nos hôtes.
L'application du précepte de la charité est
tout autre chose que de pousser dans le gosier des autres
ce que nous jugeons bon pour eux. L'homme cultivé n'oublie
pas cette maxime de G. B. Shaw : « Ne faites pas
aux autres ce que vous voudriez qu'ils vous fassent. Leurs
goûts ne sont peut-être pas les mêmes. »
La courtoisie envers les opinions et les habitudes des autres
fait partie intégrante de la civilisation. Les questions
de maintien, d'attitude et de respect ne doivent pas être
négligées sous prétexte qu'elles sont
frivoles ou sans importance. Ce sont des éléments
essentiels dans la vie et le bonheur de tout citoyen.
L'ouverture d'esprit
L'une des caractéristiques de l'homme cultivé
est son degré d'ouverture d'esprit. Nous sommes injustes
envers notre intelligence si nous ne l'incitons pas à
examiner les vues et les croyances des autres. Si bien informés
que nous soyons, nous n'avons pas le droit de supposer que
tous ceux qui ne partagent pas nos idées ou nos coutumes
se trompent ou sont des insensés.
Être cultivé, c'est accueillir les autres dans
le respect mutuel. Cela exige la communication et l'échange
des idées, c'est-à-dire l'occasion, pour nous
et pour les autres, d'accroître notre compréhension
réciproque. C'est ouvrir nos yeux, nos oreilles et
notre esprit de façon à ne plus trimbaler une
charge de notions et d'idées fausses. Cela nous demande
d'éviter le chauvinisme, qui est une vanité
excessive de nos opinions et un mépris analogue des
idées des autres. Il ne convient pas, par contre, de
nous complaire dans une béate admiration mutuelle,
mais de faire preuve d'une tolérance éclairée,
ce qui est l'une des qualités propres de la démocratie.
C'est là une question de bonne santé mentale
tout autant qu'un devoir social. Il est désastreux
pour notre tranquillité émotive de nourrir de
l'aversion à l'égard des autres parce qu'ils
ont des opinions différentes des nôtres, même
si leurs croyances nous paraissent bizarres. Nous connaîtrons
une vie meilleure et plus sereine en appliquant nos esprits
à comprendre la totalité de notre société
et non pas seulement le petit coin que nous occupons.
La libre discussion est un élément important
de cette compréhension. La société idéale
serait celle du dialogue, du dialogue sur le perfectionnement
de la société et dans lequel toute personne
cultivée participerait sans passion à l'étude
des problèmes communs. Dans un dialogue véritable,
les gens peuvent, ou bien se mettre d'accord, ou bien différer
à l'amiable.
L'homme civilisé sympathise avec les autres hommes
civilisés quels que soient leur lieu de naissance,
la partie du pays qu'ils habitent, la profession ou le métier
qu'ils exercent. Il sait que c'est le propre de la nature
humaine que de se faire des amis et que son appartenance à
un pays lui impose des obligations conjointement avec tous
les autres citoyens. Nous formons, par la force des choses,
une société de coopérations et nous avons
tous besoin les uns des autres pour survivre.
Le besoin de liens de solidarité
Le poète Sam Walter Foss a écrit des vers
sur ceux qui vivent retirés dans la paix de leur suffisance,
mais son poème signale que personne ne peut connaître
une existence féconde en vivant en ermite. Chacun a
besoin de fraterniser avec les autres pour révéler
sa personnalité. Lorsqu'un lingot d'or est mis en contact
avec un lingot d'argent et que les deux lingots sont pressés
l'un contre l'autre pendant plusieurs mois puis séparés,
on trouve des traces d'or dans le lingot d'argent et des traces
d'argent dans le lingot d'or. « Des particules d'or et
d'argent, nous dit un atomicien, émigrent de part et
d'autre de la frontière. »
Le partage des responsabilités et la bonne volonté
réciproque sont pour nous le seul principe valable
de la vie en société. Qu'il soit fondé
sur l'origine raciale, la langue, les coutumes ou la profession,
le régime des castes demeure un ennemi redoutable de
la culture nationale.
Peu importe la partie du pays ou l'importance de la localité
où ils habitent, les nouveaux venus deviennent des
Canadiens. Le moindre hameau peut se vanter de faire partie
du Canada et ses habitants dire en s'inspirant de l'empereur
Marc Aurèle : « Ma ville et mon pays, en
tant qu'Antonin, c'est Rome, mais en tant qu'homme, c'est
l'univers. »
Les concessions et l'adaptation s'imposent entre les gens
d'antécédents différents qui se groupent
en une union. Certaines dissemblances s'harmonisent facilement,
alors que d'autres subsistent et font obstacle à l'unification
de la nation.
« Il est bien, écrivait une commission des groupes
minoritaires, d'encourager l'existence de traditions, de cultures,
de religions et d'antécédents différents,
pourvu que les personnes en cause adhèrent aux normes
fondamentales de la nationalité canadienne. »
Lors de la Seconde Conférence d'étude du Commonwealth,
en 1962, le gouverneur général du Canada, le
très honorable Vincent Massey, disait : « Nous
sommes une société pluraliste composée
de deux grands et plusieurs petits groupes culturels. Il n'existe
aucun mode de vie canadien distinct, uniforme et prépondérant
dans lequel les nouveaux arrivants viendraient s'insérer
et se refaçonner. Nous sommes accueillants aux distinctions. »
L'individu et la famille
Le Canada subsistera au-delà de notre existence éphémère,
mais il absorbera et transmettra aux générations
futures la contribution apportée par chacun de nous
à sa personnalité et à sa culture. La
culture permet à tous de faire profiter les autres
de leurs dons intellectuels et spirituels et de jouer un rôle
dans l'essor de leur pays.
La famille est le facteur le plus important dans l'orientation
de la culture. C'est dans son sein que sont comblés
nos besoins d'affection, de bien-être et de nourriture,
et c'est là aussi que s'épanouit la vie en commun
et que commence la culture.
C'est par l'esprit familial que le Canada conservera sa
cohésion. Cette vertu permettra à notre pays
de reconnaître les différences qui existent entre
ses enfants, de laisser libre champ à chacun pour croître
en savoir et en sagesse, de compter avec la diversité
de désir, d'ambition et d'action, mais elle lui aidera
aussi à défendre son intégrité
en tant qu'entité appelée à garantir
tous ces avantages.
Il se peut que des personnes issues de multiples nationalités
se ressouviennent avec nostalgie de l'âge d'or qu'ont
connu leurs ancêtres, mais les jeunes gens qui peuplent
maintenant les foyers canadiens ont l'occasion et la vocation
de créer un nouvel âge d'or. La culture leur
donne une option sur l'avenir et l'avantage de modeler leurs
idéaux en conséquence.
Le destin culturel du Canada peut sembler vague et douteux,
comme les côtes de notre pays, où les brisants,
les rochers et les dunes se confondent avec le ciel et la
mer. En regardant la carte du passé du Canada, comme
celle de tout autre pays ancien et moderne, nous discernons
des plateaux sans aspérités ni accidents, des
dépressions et des ravins, et quelques cimes remarquables.
Ainsi en est-il de notre avenir culturel. Les progrès
seront peut-être lents et irréguliers, mais l'effort
de collaboration des citoyens peut en assurer la réalisation.
Membres les uns des autres
S'il est pour nous un obstacle plus paralysant qu'un autre,
c'est notre tendance à considérer comme quelque
chose de tout à fait normal les valeurs et les avantages
de notre mode de vie canadien. Cette société
libre, réputée dans l'univers pour ses libertés
individuelles, ses grandes possibilités d'autoperfectionnement
et le sentiment de sécurité et d'apaisement
qu'elle offre au monde, a été conquise grâce
aux luttes, aux sacrifices et à l'intelligence des
hommes et des femmes qui nous l'ont léguée,
et elle s'est développée pendant trois siècles
sous l'action de leurs descendants. Notre culture, héritée
du passé et mise en oeuvre, est ce qui nous incite
à regarder avec tristesse l'immense inquiétude
qui plane sur le monde et à tenter de mettre de l'ordre
dans nos vies.
Nous devons sauvegarder les qualités et les traditions
enviables apportées par chaque groupe racial au Canada
et nous garder d'affecter une attitude blasée, à
l'instar de ce qui se fait dans d'autres pays. C'est ainsi
que nous édifierons une culture canadienne qui témoignera
que nous formons une nation viable, où les citoyens
ont l'impression de vivre dans une fraternité évocatrice
de l'éloquente formule de saint Paul : « Nous
sommes membres les uns des autres. »
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