Juin 1950 La lettre d'affaires
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On ignore quand la première
lettre fut écrite, ou par qui, mais la lettre est une
forme d'expression qui existe depuis des milliers d'années.
Écrites sur la pierre, le bois ou le parchemin, avec
une pointe de silex, un morceau de charbon ou une plume d'oie,
ou sur du papier avec une machine à écrire électrique,
les lettres ont modifié le cours des événements.
Elles ont contribué à provoquer des guerres,
à cimenter de célèbres amitiés,
à conclure de grosses affaires, et à combler
des voeux ou anéantir maintes espérances.
Les âges nous ont légué de nombreux
et admirables exemples de l'art d'exprimer ainsi les pensées
et les sentiments. Les lettres de lord Chesterfield à
son fils passent encore pour un modèle de finesse et
d'esprit ; celles de Madame de Sévigné
donnent d'intéressants détails sur les moeurs
du Grand-Siècle ; et les Épîtres
de Saint Paul aux Corinthiens renferment le dogme du salut
chrétien.
Les lettres provoquent également l'intérêt
- surtout avant d'être ouvertes. Le contenu d'une enveloppe
cachetée peut changer tout le cours d'une vie. Ai-je
obtenu l'emploi ? Dit-elle « oui » ? A-t-il
signé la commande ? M'ont-ils envoyé un
chèque ? Joie et chagrin, espérance et
désespoir, amitié et haine, on trouve dans les
lettres toute la gamme des sentiments humains.
Mais ce n'est pas du point de vue social, romantique ou
littéraire que nous nous proposons de discuter l'art
épistolaire dans le présent Bulletin. Nous avons
en vue le côte commercial de cet art, en un mot la lettre
d'affaires.
Une entreprise peut marcher sans usine, sans magasins, sans
vendeurs ou sans annonces, mais elle ne peut pas réussir
sans correspondance. Et à mesure qu'elle s'accroît,
la nécessité de correspondre s'accroît
avec elle.
La correspondance sert à de nombreux usages. Elle
sollicite des secours ; offre des services ; pousse
la vente de toutes sortes de marchandises depuis les épingles
à cheveux jusqu'aux automobiles de grand prix. Les
grandes maisons qui expédient directement à
la clientèle et dont les ventes se chiffrent à
des millions de dollars par an sont le meilleur exemple de
ce qu'on peut arriver à faire au moyen de lettres.
Vous pouvez vous imaginer le montant de correspondance auquel
donne lieu l'envoi de trois millions de catalogues annuels
et de trois autres millions de catalogues secondaires par
une de ces maisons au cours de l'année.
On néglige trop souvent de tirer tout le parti possible
de la lettre d'affaires. On est pressé, et quand il
faut écrire une lettre on ne pense qu'à s'en
débarrasser rapidement, avec le moins d'effort possible.
Assurément, les lettres ainsi bâclées
n'éveillent pas plus d'intérêt chez le
lecteur qu'elles n'en ont inspiré à l'auteur.
Une lettre qui « passe » tout juste ne saurait produire
que des résultats médiocres, tandis qu'une lettre
sèche court souvent le risque d'irriter le lecteur.
Tous les hommes ne sont pas dans les affaires rien que pour
gagner de l'argent. Le commerce est une carrière, un
moyen de gagner sa vie et de déployer ses talents.
L'homme d'affaires en général est un être
humain parfaitement normal, sympathique, généreux
et bienveillant. Il trouve naturel et facile de se montrer
sous son vrai jour dans les entretiens, mais hélas !
quand il s'assied pour écrire ou dicter une lettre,
il change du tout au tout. Il devient froid, guindé,
et accouche de phrases comme celles-ci :
 |
J'ai l'honneur de vous accuser réception
De votre lettre de telle date. |
 |
 |
Je l'ai lue avec attention,
Et j'y réponds à la hâte. |
 |
 |
Je vous envoie, tel que demandé, sous pli recommandé,
L'échantillon que j'ai omis de mettre |
 |
 |
Dans ma dernière lettre,
Avec liste de nos prix, transport compris. |
 |
 |
Dans l'espoir qu'il vous plaira,
Je demeure, et coetera... |
 |
Il se peut que les hommes d'affaires hésitent à
se départir de cette longue et antique phraséologie,
mais ils ne devraient pas ignorer qu'elle augmente considérément
le coût de la lettre. Des experts ont calculé
qu'en moyenne une lettre d'affaires, y compris le temps de
celui qui la dicte et de la sténographe, avec tout
le matrisib, revient à un peu plus de 40 cents. Une
maison de Chicago estime que les lettres coûtent un
demi-million de dollars par jour aux États-Unis. Les
lettres courtes et amicales reviennent non seulement moins
cher, mais elles sont plus efficaces que celles qui sont longues,
froides et ennuyeuses.
But de la lettre
Quel est le but de la lettre d'affaires ? On peut dire
qu'en somme c'est un message s'efforçant de persuader
le lecteur d'accepter un point de vue ou un article de marchandise.
Il faut d'abord le convaincre et lui faire ensuite éprouver
le désir d'agir. S'il est bien convaincu et que nous
ayons suffisamment éveillé son désir,
il fera certainement ce que nous lui demandons.
D'abord, l'auteur doit se demander : Qu'est-ce-que
je me propose d'accomplir dans cette lettre, et comment dois-je
m'y prendre ?
Si vous vous mettez à écrire ou à dicter
sous le coup de l'inspiration et que vous soyez si bien au
courant de votre affaire que les mots vous viennent facilement
à l'esprit exprimant vos idées avec ordre et
clarté, évidemment vous n'avez pas alors besoin
de faire de brouillon. Votre lettre s'écrit toute seule.
Mais l'inspiration n'est pas toujours présente ;
vous avez naturellement le germe d'une idée, mais il
faut préparer la manière de la traduire.
L'auteur doit avoir une idée bien claire de la lettre
qu'il veut écrire, y compris la longueur, les propositions
qu'il a l'intention de soumettre et la manière d'exprimer
les points principaux. Assurez-vous que vous savez exactement
ce que vous voulez dire avant de commencer, car si le but
de votre lettre n'est pas clair dans votre esprit, comment
pouvez-vous espérer le faire comprendre au lecteur ?
Dans leur traité Business Writing : Theory
and Practice, MM. Parkhurst et Davis décrivent
ainsi les buts fondamentaux de la lettre d'affaires :
1) pour assurer l'exactitude ; 2) pour clore un marché ;
3) pour en avoir une copie dans le dossier ; 4) pour
établir des communications au meilleur marché
possible ; 5) pour paver la voie aux vendeurs ;
6) pour faire des amis ; 7) pour s'exprimer d'une manière
plus convaincante ; 8) pour acheter ou vendre des marchandises.
Si nous voulons que nos lettres soient réellement
efficaces et accomplissent tout cela, on peut facilement voir
qu'elles demandent beaucoup de préparation.
Il ne faut pas oublier, quand vous vous asseyez pour écrire
une lettre, que c'est le lecteur qui est le plus important,
et pas vous. À quoi est-il intéressé ?
De quoi a-t-il besoin ? Quel genre de lettre
aimerait-il à recevoir ? Aucune lettre
ne saurait entièrement et efficacement atteindre le
but qu'elle se propose à moins que vous ne vous mettiez
à la place du lecteur et ne songiez à ce qui
lui plaît ou lui convient.
Nous sommes toujours tentés d'écrire au sujet
de ce que nous faisons ou avons l'intention de faire ;
c'est tout naturel. Nous aimons croire que tout le monde s'intéresse
à nos problèmes, nos produits,
nos désirs. Mais il faut subordonner nos intérêts
à ceux d'autrui si nous voulons que notre lettre réussisse
à vendre nos marchandises ou nos services. Ne pensez
pas à vous, mais seulement à votre lettre. Appuyez
sur les deux mots « vous » et « votre ».
Naturellement, vous ne pouvez pas vous passer du « nous »,
mais employez-le seulement pour faire ressortir le « vous ».
La plupart des maisons de commerce reçoivent tous
les jours des lettres de toutes les parties du pays, de la
part de banquiers et d'hommes d'affaires, de ménagères
et de membres de clubs féminins, d'instituteurs et
d'écoliers, d'habitants des villes et de la campagne.
Pour rendre justice à chacun d'eux, nous ne pouvons
guère leur écrire à tous de la même
manière. Chacun d'eux a ses propres intérêts,
ses goûts et ses préférences, et nous
devons essayer de faire sentir à chacun que la lettre
qu'il reçoit a été écrite à
son intention et pour lui seul.
Par exemple, les cultivateurs aiment à recevoir une
lettre assez longue, surtout pendant la morte-saison, mais
les citadins préfèrent les courtes. Les lettres
aux femmes doivent témoigner plus de déférence,
faire appel davantage aux sentiments, et insister sur la beauté,
le style ou la nouveauté du produit. Ce qui compte
pour les hommes, ce sont les faits et les chiffres. La chose
à faire est donc de classifier le lecteur et de ne
pas le perdre de vue.
M. Henry Hoke, éditeur de The Reporter of Direct
Mail Advertising, a fait une conférence au Advertising
and Sales Executives Club de Montréal ce printemps
sur la correspondance commerciale. Il a mentionné quatre
défauts de la plupart des lettres d'affaires :
1) mots inutiles ; 2) phrases embrouillées ;
3) idées sans suite ; 4) mots susceptibles d'offenser
le lecteur, par exemple l'abus de « Je », « nous »,
« notre », « moi », en un mot de la première
personne.
Il n'est pas facile d'attribuer tout le temps le premier
rôle au lecteur, mais l'exercice en vaut la peine. Il
ne suffit pas d'employer un tas de vieux clichés. Nous
nous estimons tous capables d'observer et de comprendre la
nature humaine. Nous sommes, à notre avis, doués
d'imagination, de sensibilité et d'intelligence, d'un
esprit souple et perspicace. Voilà l'occasion d'employer
dans leur pleine mesure toutes ces admirables qualités
- dans les lettres que nous écrivons chaque jour.
Il est important, en jugeant nos lecteurs, de ne pas sous-estimer
leur intelligence. Un auteur et commentateur bien connu dit
en manière d'épigramme : « Le lecteur
moyen est de beaucoup au-dessus de la moyenne ». Il n'est
peut-être pas très instruit ou au courant de
certaines choses, ce qui ne veut pas dire qu'il n'est pas
intelligent, et c'est à vous de le renseigner d'une
manière attrayante, facile à comprendre et sans
condescendance.
Soyez complet et concis
Une bonne lettre est comme une bonne annonce : elle
doit contenir ce que l'auteur désire dire et ce que
le lecteur désire lire. Efforcez-vous de mettre dans
vos lettres tout ce qui est nécessaire. On écrit
trop souvent des lettres pour donner des renseignements oubliés
dans des lettres vagues et ambiguës écrites précédemment.
Une bonne lettre revient non seulement à moins cher,
mais elle ne fait pas perdre le temps et la patience à
votre lecteur.
Une bonne lettre est claire et simple. La clarté
est essentielle si vous voulez que votre message soit compris.
Après une de ses causeries à la radio, le président
Roosevelt reçut la lettre suivante d'une petite fille :
« J'ai écouté votre discours à la
radio sur les banques. Ce n'était pas un grand discours
parce que j'en ai compris tous les mots. » Mais l'essentiel,
dans un discours comme dans une lettre, c'est de se faire
comprendre.
La plupart des gens n'aiment pas à écrire
des lettres et trouvent qu'elles n'arrivent jamais à
remplacer la conversation, et qu'il est beaucoup plus facile
et naturel de parler aux gens face à face.
Nous écrivons sans sourciller : « Cher
monsieur, J'ai l'honneur de vous accuser réception
de votre lettre du 3 courant et de vous envoyer, conformément
à votre état de compte, notre chèque
pour le montant de $89.95. » Au téléphone,
nous dirions simplement : « J'ai reçu votre
compte et je vous envoie un chèque pour $89.95. »
Avant de commencer à écrire ou à dicter,
demandez-vous ceci : « S'il était là
en face de moi, qu'est-ce que je lui dirais ? »
Quoique l'écriture n'ait pas la force que les inflexions
de la voix prêtent aux paroles, la lettre n'est pas
à dédaigner comme moyen de communication. Elle
a souvent plus de force et peut être plus intime et
plus concluante que la parole.
On entend souvent parler du langage des affaires, comme
s'il existait deux façons de s'exprimer dans la même
langue. Le bon langage est clair, simple, et tout aussi met
compréhensible à l'homme de la ville et de la
campagne qu'à l'homme d'affaires. La correspondance
commerciale offre un champ fertile à ceux qui savent
habilement manier le langage.
Il serait bon que le chef d'entreprise examine chaque lettre
qui part de son bureau pour souligner les répétitions
et supprimer les mots inutiles, et en même temps remplacer
les expressions surannées par celles employées
dans la conversation ordinaire.
La plupart des clichés faisaient image quand ils
étaient neufs, mais l'âge les a dépouillés
de leur fraîcheur. Le chef d'entreprise est un homme
très occupé qui n'a pas toujours le temps de
réfléchir pour trouver des expressions nouvelles
quand d'autres bien connues lui viennent naturellement à
la bouche, mais l'effort en vaut la peine quand il s'agit
de rajeunir la correspondance et lui donner plus de vigueur.
Le choix des mots est important car les mots sont les briques
avec lesquelles l'écrivain construit ses phrases. Plus
notre vocabulaire est riche, plus nous avons de chances d'y
trouver le mot juste. À ce propos, tous ceux qui écrivent
des lettres devraient avoir un recueil de synonymes sur leur
bureau, à côté du dictionnaire.
Du moment que vous cherchez à vous exprimer aussi
simplement et clairement que possible, vous choisirez naturellement
les mots susceptibles de créer une image dans l'esprit
de votre lecteur et, pour cela, vous trouverez des mots avec
lesquels il est familier et qui ont un sens précis
pour lui. Ce sont généralement des mots concrets,
qu'on emploie tous les jours.
Soyez bref sans être abrupt
Shakespeare dit : « Quand les mots nous manquent,
nous les dépensons rarement en vain. » La plupart
des chefs d'entreprise sont toujours pressés et ils
pourraient ajouter à la plupart de leurs, lettres le
post-scriptum que Pascal écrivit à la fin d
une lettre de 20 pages : « Pardonnez-moi de vous
écrire une si longue lettre, mais je n'avais pas le
temps d'en écrire une courte. » C'est un paradoxe,
si vous voulez, mais combien vrai ! Une lettre courte
et bien conçue prend plus de temps et de réflexion
qu'une lettre dans laquelle on laisse couler les mots et les
idées au courant de la plume sans ordre et sans frein.
Plus une phrase est longue, moins elle a de force. Jugez-en
par ces exemples : « Ce service, que nous offrons
entièrement gratuitement, est à la disposition
de tous nos clients » ; et « Ce service gratuit
est à votre disposition. »
Il ne faut pas cependant, sacrifier la courtoisie dans l'intérêt
de la brièveté. On peut être concis sans
être sec. En essayant d'être brefs, quelques hommes
d'affaires s'exposent à paraître impolis. À
ce propos, il est bon de relire vos lettres. Si elles n'ont
qu'un ou deux paragraphes, peut-être vaudrait-il mieux
d'y ajouter quelques paroles amicales comme « Je vous
prie », « Si vous voulez bien », « Je
vous serai reconnaissant... » etc.
Personnalité
Il faut qu'une lettre tienne le milieu entre la dignité
et l'amabilité. Un petit commerçant peut très
bien commencer une lettre par « Cher monsieur... »
et terminer par « Votre tout dévoué. »
Mais, de la part d'une grosse entreprise, cette forme de salutation
est trop familière et le client s'attend à « Veuillez
agréer nos sincères salutations » ou « l'expression
de nos meilleurs sentiments. »
Les lettres d'affaires sont quelquefois amusantes. Un traité
de correspondance commerciale cite celle-ci adressée
à une compagnie américaine : « Messieurs,
Veuillez m'expédier un de vos moteurs à gasoline
à la page 785 de votre catalogue, et s il est bon je
vous enverrai un chèque, » La compagnie répondit :
« Monsieur, veuillez nous envoyer le chèque, et
s'il est bon nous vous expédierons le moteur. »
On a beaucoup écrit au sujet du style. Buffon a dit :
« Le style, c'est l'homme. » Un autre auteur déclare
que le style ressemble aux bonnes manières, du fait
qu'il consiste à avoir égard aux sentiments
d'autrui.
Tous ceux qui écrivent des lettres devraient s'appliquer
à cultiver leur style et suivre pour cela l'avis de
Madame de Sévigné qui, dans une lettre, conseille
à sa fille de ne jamais abandonner le naturel parce
qu'il produit un style parfait.
Genres de lettres
Examinons maintenant le genre de lettres dans lesquelles
nous allons faire usage des recommandations qui précèdent.
Les maisons de commerce écrivent de nombreuses lettres
chaque jour, mais aucune n'est plus importante que la Lettre
de vente. C'est celle qui fait marcher le commerce et
il est essentiel qu'elle soit convaincante pour le lecteur.
S'il est convaincu, il enverra une commande. La formule par
laquelle on arrive à ce résultat peut être
résumée en quatre mots : Image, Promesse,
Preuve, Action.
Image : Il faut d'abord attirer son attention,
car il ne vous connaît peut-être pas et il a probablement
d'autres lettres dans son courrier. Faites donc en sorte que
votre premier paragraphe fasse image dans son esprit. Qu'il
soit aussi court que possible, mais frappant.
Le lecteur d'une lettre de vente ne vous enverra pas de
commande tant que vous n'aurez pas éveillé chez
lui le désir de posséder ce que vous lui offrez.
Il faut donc l'intéresser d'abord, et vous ne pouvez
pas l'intéresser tant que vous n'avez pas son attention.
Un bon début rend votre lettre plus efficace et lui
donne plus de chance d'être lue jusqu'au bout. Un simple
fait, clairement énoncé, est préférable
à une longue phrase bourrée d'adjectifs et de
superlatifs.
Puis, Promesse : Expliquez votre produit ou
votre service, avec des mots familiers au lecteur, des phrases
bien tournées et sans perdre de vue son intérêt
un seul instant. N'oubliez pas qu'il a un panier à
papier sous son bureau pour les lettres qui ne l'intéressent
pas.
Preuve : Faites-lui sentir que vous êtes
en mesure de prouver ce que vous décrivez sous de si
brillants aspects par des lettres de recommandation, certificats,
etc.
Et enfin, Action : Dites-lui ce qu'il doit
faire, par exemple signer la commande, découper le
coupon, envoyer la carte ci-jointe, ou vous inviter à
venir le voir.
Un Post-Scriptum est souvent utile. La plupart
des gens lisent les premières lignes d'une lettre comme
ils lisent les en-têtes d'un journal, descendent à
la signature, et leurs yeux s'arrêtent au post-scriptum,
quand il y en a un. S'il est intéressant, ils sont
enclins à relire toute la lettre plus attentivement.
La Lettre d'ajustement n'est pas difficile à
écrire. Généralement, vous admettez votre
erreur et vous vous exécutez de bonne grâce.
Que le client ait tort ou raison, le ton de la lettre doit
être poli et courtois. Le bon correspondant s'exprime
de manière à faire sentir au client que la compagnie
regrette l'erreur et qu'elle est heureuse de faire tout son
possible pour la réparer. La lettre a principalement
pour but de satisfaire le lecteur et de conserver sa clientèle.
Les Lettres de réclamation ont pour objet
de signaler les erreurs à ceux qui les ont commises.
Il est bon sous ce rapport de se rappeler le conseil de M.
Hines Page : « C'est celui qui écrit des
sottises qui en souffre - et pas celui à qui on les
écrit. » On a plus de chances de régler
un différend quand on se montre aimable et conciliant.
La Lettre de crédit revêt deux formes :
celle qui accorde le crédit et celle qui le refuse.
La première ne se contente pas de citer les termes
et les conditions du crédit ; elle donne l'occasion
de renouveler au client les offres de service de la compagnie
et de lui rappeler qu'on est heureux de sa clientèle.
La deuxième, qui refuse le crédit, est plus
délicate. Il faut qu'elle fasse preuve de tact pour
refuser la demande du client tout en s'efforçant de
continuer à faire des affaires au comptant. La lettre
fera ressortir l'avantage de payer comptant de manière
à toucher l'escompte et de simplifier la comptabilité,
etc.
Les Lettres d'encaissement ont deux objets, celui
d'encaisser, et celui de conserver la clientèle du
lecteur. Le meilleur moyen est de se mettre à la place
du client et de chercher à lui faire comprendre qu'il
a intérêt à payer pour préserver
son crédit, pour éviter les ennuis, etc.
Une des lettres les plus importantes que nous ayons à
écrire dans notre vie est celle pour Solliciter
un emploi. C'est une lettre de vente personnelle, dans
laquelle nous essayons de vendre nos services. Pour qu'elle
produise un effet, favorable, il faut qu'elle attire l'attention,
éveille l'intérêt et crée le désir.
Elle est naturellement écrite à la première
personne, mais simplement et modestement. Expliquez comment
vous pouvez vous rendre utile et décrivez vos aptitudes.
Il ne suffit pas de promettre - il faut également prouver
que vous êtes capable, car la meilleure lettre du monde
ne vous procurera pas un emploi si vous n'êtes pas compétent
pour le remplir.
Il faut naturellement profiter de chaque lettre pour vous
consolider dans les bonnes grâces de vos clients, mais
il est bon à certaines occasions comme les fêtes,
les anniversaires de naissance, promotions, etc., d'écrire
des lettres amicales aux anciens et aux nouveaux clients pour
les féliciter et leur rappeler en même temps
que vous êtes à leur service.
Étudiez la psychologie
On voit que pour écrire de bonnes lettres d'affaires
il faut posséder non seulement un grand fonds de connaissances,
mais il faut en même temps être prévenant,
courtois et surtout humain, et au courant des événements.
Comment y arriver ?
D'abord, en étudiant constamment nos semblables,
et il est impossible de le faire en restant toute la journée
dans un bureau. Le correspondant doit connaître les
sentiments du contremaître, les idées des commis,
celles des vendeurs et des clients, en même temps que
les opinions de ses collègues. Tout cela est nécessaire
pour élargir ses propres idées et son point
de vue.
Il est également important de lire. Pas seulement
les magazines et les journaux, quoique cela soit essentiel,
mais aussi les classiques et les oeuvres des contemporains.
Le correspondant ne saurait imiter le style majestueux de
Bossuet ou même la simplicité de Lafontaine,
mais il peut perfectionner à leur lecture ses connaissances
de la nature humaine. La lecture des bons auteurs lui ouvrira
l'esprit et augmentera son vocabulaire. Elle améliorera
son style et il s'exprimera avec plus de force et de facilité
dans ses lettres et ses paroles.
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