| |
Vol. 46, N° 7 Juillet 1965
Le Canada au nord
du 60e parallèle
Formatage PDF
Les terres septentrionales forment
plus de quarante pour cent de la superficie totale du Canada.
Elles comprennent notamment les Territoires du Nord-Ouest,
le Territoire du Yukon et une portion de 45,000 milles carrés
de la province de Québec, le tout situé au-delà
du 60e degré de latitude.
Cette ligne de démarcation entre le Sud et le Nord
remonte à la création des provinces de l'Alberta
et de la Saskatchewan, en 1905, alors qu'il fut convenu que
la limite nord de leur territoire serait le 60e parallèle.
De là jusqu'au pôle nord s'étend, sur
une surface de 1,557,000 milles carrés, l'une des dernières
grandes régions sous-développées du globe.
C'est en 1870 que le Canada reçut ces vastes étendues
de la Grande-Bretagne et accepta de ce fait, avec la souveraineté,
d'immenses responsabilités. L'une des principales obligations
afférentes à la souveraineté est l'occupation,
et la masse de l'Arctique et de ses îles ne saurait
continuer indéfiniment à sommeiller sous la
protection d'une simple affirmation de possession.
À cinq cents milles au nord de la lisière
des terres septentrionales du Canada se trouve le cercle Arctique,
ligne marquant sur la carte la limite des zones polaires,
où une fois par année au moins, il fait jour
ou nuit pendant vingt-quatre heures. Mais l'explorateur qui
atteint le cercle Arctique est encore à 1,600 milles
du pôle.
Il ne faudrait pas croire cependant que l'on passe brusquement,
en franchissant une ligne invisible, du climat austral à
l'Arctique. La limite réelle est la ligne de croissance
des arbres, qui, sur le Mackenzie, remonte loin au nord du
cercle arctique, puis s'infléchit ensuite jusqu'à
des centaines de milles au sud dans le voisinage de Churchill,
au Manitoba. D'une façon générale, aucun
arbre ne pousse dans les endroits où la température
moyenne du mois le plus chaud de l'année est inférieure
à 50 degrés Fahrenheit.
L'archipel arctique, remarquable agglomération d'îles
d'une grande étendue que l'on commence à peine
à explorer, présente des montagnes ayant jusqu'à
10,000 pieds d'altitude. Le Nord canadien compte plus de lacs
que tout le reste de l'univers ensemble. Le lac Hazen, situé
à l'extrême nord du Canada, est le plus vaste
plan d'eau douce du monde, qui se trouve aussi près
du pôle. Il mesure 45 milles de longueur et 900 pieds
de profondeur.
Le Nord
Après avoir indiqué où est le Nord,
il reste à dire ce qu'il est. Les terres arctiques
sont-elles aussi redoutables qu'on nous a enseigné
à le croire ?
D'après l'explorateur canadien Vilhjalmur Stefansson,
originaire du Manitoba, à qui nous devons 24 livres
et plus de 400 articles sur le Grand Nord et ses habitants,
l'Arctique est un lieu accueillant et habitable, riche d'immenses
ressources inutilisées. Le major Burwash, de Cobourg,
en Ontario, qui explora le Nord canadien entre 1925 et 1930,
affirme d'autre part que « le climat arctique est en
général assez favorable, mais que lorsqu'il
montre les dents, quiconque se laisse prendre au dépourvu
s'expose à un danger plus qu'ordinaire ». Enfin,
Mme Martha Louise Black, qui fut emportée au-delà
du col de Chilkoot pendant la ruée vers l'or de 1898
et finit par élire domicile à Dawson, au Yukon,
nous parle dans ses écrits de « la merveilleuse
splendeur des myriades de fleurs sauvages du Yukon ».
Il fait froid dans le Nord, mais le froid n'y est ni continuel
ni toujours intense. Nous savons que depuis 1900 environ la
calotte glaciaire de la terre se réchauffe à
raison de un degré Fahrenheit tous les dix ans. Le
morse et le béluga ne se rendent plus aussi loin vers
le sud qu'autrefois, tandis que le flétan et d'autres
poissons se rencontrent plus au nord. Les glaciers fondent
lentement ; quelques-uns des plus petits ont même
complètement disparu.
Le printemps arrive en trombe, et les premières fleurs
s'ouvrent longtemps avant la fonte des derniers bancs de neige.
Pendant les longs jours sans nuit de l'été,
la croissance de la végétation ne connaît
pratiquement pas d'interruption. La croissance quotidienne
est dans certains cas deux fois plus rapide que sous les tropiques.
Mais la période de pousse ne dure que quelques courtes
semaines, de sorte que la végétation est trop
clairsemée et trop peu développée pour
contribuer tant soit peu à assurer la subsistance de
l'homme. La cladonie (lichen) ne croît que moins d'un
demi-pouce par année. Mais les hommes de science s'occupent
activement de ce problème. La mise au point du blé
Marquis par sir Charles Saunders n'a-t-elle pas permis de
porter les limites de la surface arable du Canada à
deux cents milles plus au nord ?
Les Russes ont une forte avance sur les Canadiens dans le
domaine de l'exploitation des terres arctiques, mais les circonstances
de base sont différentes. Des milliers de milles carrés
du Nord canadien ont été complètement
dénudés par les glaciers pendant la période
glaciaire, tandis que l'Arctique russe est revêtu d'une
épaisse couche de sol. En Russie, la limite de la végétation
arborescente est à 500 milles plus au nord qu'au Canada ;
le Gulf Stream déverse les eaux chaudes de l'Atlantique
dans le Bassin polaire et le long du littoral de la Norvège
et de la Russie du Nord, offrant ainsi un passage ouvert toute
l'année vers l'Arctique russe ; la Russie du Nord
dispose d'une série considérable de cours d'eau
navigables affluant vers le nord, alors que le Canada ne possède
que deux routes naturelles bien marquées : la
baie d'Hudson et le Mackenzie. Grâce à ces conditions
favorables, les faces indigènes de la Russie du Nord
comptent 800,000 habitants en comparaison des 19,000 Esquimaux
et Indiens du Nord canadien.
Les activités de défense du temps de guerre
et de l'après-guerre devaient provoquer un sursaut
de vie dans le Nord canadien. La construction des routes de
l'Alaska et du Mackenzie, l'établissement d'aéroports
et de stations de radar, et l'amélioration générale
des moyens de communication ont donné une puissante
impulsion à l'exploration minière. Et ce nouvel
essor a permis au Canada de mieux se rendre compte de l'existence
de ses terres arctiques et de leur valeur potentielle pour
son économie.
La vie dans le Nord
Les citoyens des villes populeuses, comme Yellowknife et
Whitehorse, habitent des maisons de bois pourvues du chauffage
central, du service d'eau et de réfrigérateurs
électriques. Dans la région de Fort Smith, tout
près du 60e degré dans les Territoires du Nord-Ouest,
on compte plus de 500 véhicules automobiles.
Pine Point, sur la rive sud du Grand lac des Esclaves est
une localité parfaitement aménagée. Son
plan d'aménagement a été conçu
de façon à tirer le meilleur parti possible
du terrain ; elle est dotée des services essentiels
et possède son administration locale. Inuvik, ville-modèle
située à 150 milles à l'intérieur
du cercle arctique, offre toutes les commodités des
grandes villes. Frobisher Bay, très loin à l'est
de l'île Baffin, a ses écoles, son hôpital,
sa succursale de la Banque Royale du Canada, ses magasins,
son hôtel, ses taxis, ses autobus et des maisons modernes.
Elle est dotée d'un poste émetteur de Radio-Canada
et de lignes téléphoniques avec le sud du Canada.
On trouve aussi une succursale de la Banque Royale à
Elsa, à 30 milles de Mayo, centre de mines d'argent
du Yukon.
Dans ces collectivités, les hommes du sud et du nord
vivent côte à côte et bénéficient
de ce contact. Des gens de races différentes, des blancs,
des métis, des Indiens et des Esquimaux, s'y coudoient
tous les jours, logent dans des maisons identiques, tandis
que leurs enfants jouent ensemble et fréquentent les
mêmes écoles.
Établir une colonie dans le Grand Nord canadien est
loin d'être une entreprise aussi simple que dans les
régions tempérées. Là où
la surface du sol n'est pas en roc massif, on ne trouve qu'une
mince couche superficielle au-dessus du pergélisol.
Le sol reste gelé, parfois jusqu'à une profondeur
de mille pieds, et seuls les quelques pouces de la surface
dégèlent pendant l'été. Ce qui
semble être une solide fondation se change parfois en
boue lorsqu'on y élève une construction chauffée.
Les services d'eau et d'égout sont difficiles à
installer. À certains endroits, les canalisations d'eau,
de vapeur et d'égout sont raccordées aux immeubles
par des boîtes de bois posées sur le sol. Ces
boîtes sont revêtues de fort papier, les conduites
sont isolées et les boîtes sont remplies de copeaux.
Le pergélisol a même certains avantages. Comme
il tombe très peu de pluie et de neige dans le Nord,
l'eau se ferait peut-être rare en été
si le pergélisol ne l'empêchait de s'infiltrer.
Sans ce procédé de conservation de l'eau à
leurs racines, les plantes ne pousseraient pas et le haut
Arctique serait un désert inanimé.
Les conditions atmosphériques de toutes les parties
du Canada étant dominées dans une large mesure
par les courants d'air de l'Arctique, il existe depuis plusieurs
années des stations météorologiques au
nord du 60e degré. Déjà en 1882, huit
pays décidaient de collaborer à la création
de quatorze stations polaires, dont trois au Canada, la principale
se trouvant à la pointe de l'île Ellesmere. En
1957, le Conseil de recherches pour la défense arrêtait
son choix sur la région du lac Hazen, à mille
milles environ du cercle arctique, comme champ d'activité
pendant l'Année géophysique internationale.
Depuis 1961, une station automatique, située sur l'île
Axel Heiberg, émet toutes les trois heures des renseignements
sur le temps, la direction et la vitesse du vent, et la pression
barométrique. D'autres postes d'observation sont installés
à moins de 450 milles du pôle.
Le Territoire du Yukon
Le Territoire du Yukon occupe une superficie de 207,076
milles carrés à l'extrémité de
la partie nord-ouest des terres continentales du Canada. Son
sol est plutôt montagneux, mais on trouve, parmi ses
vastes étendues de terrain ondulé, de nombreuses
rivières et vallées.
La traite des fourrures devait y attirer la Compagnie de
la baie d'Hudson vers le milieu du XIXe siècle. Puis,
entre 1870 et 1890, quelques audacieux prospecteurs commencent
à s'aventurer dans la vallée du Yukon pour y
chercher de l'or. Le 17 août 1896, le gisement qui allait
rendre la région du Klondike célèbre
dans le monde entier est découvert au ruisseau Bonanza,
affluent de la rivière Klondike. On assiste alors à
la plus fantastique ruée vers l'or que l'univers ait
jamais connue. Les navires de la côte du Pacifique débarquent
des milliers de passagers dans les ports de l'Alaska, d'où
les chercheurs d'or montent à l'assaut des cols menaçants
de Chilkoot et White, se pressent vers le cours supérieur
de ce qui est aujourd'hui le fleuve Yukon, construisent des
radeaux primitifs pour franchir les quelque 500 milles qui
les séparent de l'embouchure du Klondike.
Dawson, née au confluent des deux grands cours d'eau,
est devenue une ville de 25,000 âmes. En 1900, elle
était trois fois plus grande qu'Edmonton. Entre 1897
et 1904, on a extrait, par des méthodes primitives,
plus de 100 millions de dollars en pépites d'or des
gisements des ruisseaux du Klondike. Beaucoup de concessions,
acquises sur les collines après le jalonnement des
lits des ruisseaux, se révélèrent immensément
riches et rapportèrent des fortunes à leurs
propriétaires.
La superficie des terres arables du Yukon varierait entre
250,000 et 500,000 acres, ce vaste écart étant
dû à l'absence de relevés systématiques
des sols. Mais l'ensemble de ce qui est en culture dans les
ranches et les jardins potagers ne dépasse guère
1,000 acres. La moyenne des jours sans gelée est de
78 à Whitehorse et de 64 à Mayo, en regard de
112 à Saskatoon. L'été est court, mais
agréablement chaud ; à Mayo, en juillet,
la température ordinaire est de 58° pendant le jour.
La station de la Ferme expérimentale fédérale
sur la route de l'Alaska a réussi à y cultiver
de l'orge, de l'avoine, du blé de printemps, de la
luzerne, des pommes de terre, des betteraves, des choux-fleurs,
des choux, de la laitue, des tomates et d'autres légumes.
On estime que les ressources forestières du Yukon
comprendraient 45,000 milles carrés de forêts
de rendement ordinaire, dont 10 p. 100 se composeraient de
bois de vente facile. Les principales essences sont l'épinette
blanche, l'épinette noire et le pin gris.
C'est une erreur de croire que tous les placers aurifères
du Yukon ont été entièrement exploités.
La valeur de la production des mines d'or se maintient à
plus de 2 millions de dollars par année. Le total cumulatif
de 1886 à 1963 s'élève à 259 millions
de dollars. Les autres minéraux du territoire comprennent
notamment l'argent, le plomb, le zinc, le cadmium, le cuivre,
le charbon, le tungstène et le platine.
Le piégeage des animaux à fourrure demeure
le principal moyen de subsistance de la population indienne.
Les 86,082 peaux vendues par les trappeurs pendant la saison
1963-1964 leur ont rapporté $168,227. Les animaux à
fourrure les plus importants sont la marte, le castor, le
rat musqué, le vison et l'écureuil.
Les Territoires du Nord-Ouest
Divisés pour des raisons administratives en trois
districts - Mackenzie, Keewatin et Franklin - les Territoires
du Nord-Ouest comprennent la partie du Canada située
au nord du 60e parallèle de latitude entre la baie
d'Hudson à l'est et le Territoire du Yukon à
l'ouest, ainsi que les îles disséminées
entre la terre ferme et le pôle nord. Leur superficie
totale est de 1,304,903 milles carrés. Ils constituent
la dernière des grandes régions inexplorées
de l'Amérique du Nord.
Ces territoires sont peu peuplés. Toute la population
du Mackenzie pourrait tenir dans un stade de rugby américain.
Les habitants sont éparpillés depuis la frontière
sud jusqu'à l'ombre du pôle. Ils se composent
de trappeurs, de mineurs, de missionnaires, d'agents de police,
de commerçants, de marchands et de fonctionnaires.
Certains Esquimaux mènent une existence primitive et
dure dans des camps de chasse et de pêche isolés,
tandis que d'autres ainsi que des Indiens et des Canadiens
d'origine européenne travaillent pour des sociétés
minières et vivent dans des petits villages, où
l'on jouit d'une existence à peu près « normale ».
On compte quatre-vingts agglomérations dans les Territoires
du Nord-Ouest, dont certaines se limitent à quelques
maisons groupées autour d'un comptoir commercial ou
d'une station météorologique, alors que d'autres
ont une population de 3,500 habitants. Hay River est le centre
d'une industrie de la pêche de plusieurs millions de
dollars, qui alimente les marchés du sud du Canada
et des États-Unis en poisson blanc. Fort Smith, d'autre
part, est le chef-lieu de la partie ouest des territoires.
À l'est d'Inuvik, la toundra arctique s'étend,
sur une distance de 1,200 milles, jusqu'aux rives de la baie
d'Hudson.
Au cours du présent siècle, la culture du
sol sous les hautes latitudes a progressé de plus en
plus loin vers le nord, bien que la petite exploitation agricole
et l'horticulture aient toujours été pratiquées
dans le district de Mackenzie depuis l'arrivée des
explorateurs et des premiers colons. Les stations expérimentales
du ministère de l'Agriculture à Fort Simpson
et Yellowknife s'efforcent par divers essais d'améliorer
la qualité et la variété des légumes
cultivés dans cette région.
La durée de l'été varie de deux brèves
semaines dans le nord de l'île Ellesmere à deux
mois et demi dans le voisinage du Grand lac des Esclaves.
Dans les régions du nord-est, la température
moyenne du mois le plus chaud est inférieure à
50 degrés, et la moyenne de la température hivernale
n'atteint pas 32 degrés. Les précipitations
sont faibles. Dans la vallée du Mackenzie, il ne tombe
que de 40 à 50 pouces de neige, ce qui représente
seulement la moitié des chutes de neige dans les régions
des Grands lacs et du Saint-Laurent.
Le piégeage est la plus ancienne des industries des
Territoires du Nord-Ouest, et aussi la plus importante en
matière de revenus pour les habitants. Dans beaucoup
de petits « villages », les fourrures vendues au
comptoir local représentent presque le seul gagne-pain
de ceux qui préfèrent continuer à y faire
leur vie. La valeur alimentaire du poisson et du gibier capturés
dans les T.N.-O. se chiffre à quelque deux millions
de dollars par année.
L'industrie forestière est inexistante, mais les
forêts qu'on y trouve semblent bien suffisantes pour
subvenir en permanence aux besoins de la population. Les peuplements
de bois d'oeuvre du district de Mackenzie ont surtout de la
valeur comme source de matériaux de construction et
de combustible, et en tant que milieu favorable pour le gibier
et les animaux à fourrure.
Les mines
Il existe d'immenses richesses minérales au nord
du 60e degré, mais elles ne sont pas d'accès
facile. Il faut pour les exploiter un sens aigu de la prospection,
beaucoup de travail et des capitaux suffisants à aventurer,
dans une région où les risques sont grands et
les enjeux élevés.
Le gouvernement fédéral fait ce qu'il peut
pour encourager et aider l'entreprise privée en procédant
à des levés géologiques et aérophotogrammétriques.
Tout indique que les ressources du sous-sol sont assez riches
pour compenser les désavantages particuliers aux régions
arctiques. Il existe de vastes réserves d'énergie
hydraulique, qui attendent d'être aménagées.
Le cours supérieur du Yukon aurait, estime-t-on, un
potentiel de quatre millions et demi de chevaux-vapeur, et
une importante source inexploitée de force hydraulique
située à proximité du Grand lac des Esclaves
serait d'une valeur incomparable pour l'exploitation des ressources
minérales de cette région.
Naturellement, il en coûtera davantage pour extraire
les minéraux du nord et les expédier sur le
marché que pour effectuer les mêmes opérations
dans le cas des ressources identiques mais plus accessibles
sises plus au sud. Pour obvier à cet inconvénient,
les gisements doivent être d'une qualité exceptionnelle.
Et pour amener les gens à aller travailler dans le
Nord, les salaires doivent aussi être plus élevés
que dans le Sud.
Le principal problème est le transport. Même
dans les endroits où les moyens nécessaires
existent, l'éloignement considérable des marchés
et des sources d'approvisionnements, ainsi que le faible volume
et les fluctuations de la circulation contribuent à
faire du transport l'opération la plus onéreuse
de l'exploitation minière et des autres industries.
Les mines d'or ont réussi à fonctionner dans
les lieux très isolés parce que les frais de
ravitaillement ne constituent pas dans ce cas un facteur critique
et que les frais d'expédition de l'or sont négligeables,
mais les mines de métaux communs ont le plus souvent
une production volumineuse, qui exige des services de transport
à bon marché.
Certains envisagent la possibilité du transport sous-marin
par le nord. Les submersibles des États-Unis ont démontré
que le passage sous les glaces de l'Arctique est réalisable,
et lors d'une réunion sur la mise en valeur du Grand
Nord un conférencier a évoqué l'image
des péniches-citernes submersibles remorquées
par des sous-marins atomiques et transportant le pétrole
du Nord canadien vers les marchés du sud et de l'Europe.
Tout cela est pour l'avenir, et les grandes découvertes
de minerais des dernières années restent liées
au transport par terre. En 1962, des gîtes de fer très
importants ont été repérés dans
l'est du Territoire du Yukon. Deux ans plus tard, le ministre
du Nord canadien et des Ressources nationales annonçait
qu'un immense gisement du minerai de fer le plus riche du
monde avait été découvert sur l'île
Baffin. On estime que ce nouveau filon contiendrait 180 millions
de tonnes de minerai ayant une teneur de 69 p. 100 de fer.
Il y a aussi du pétrole dans l'Arctique. C'est Alexander
Mackenzie qui nous l'a appris en voyant suinter l'or noir
sur les rives du Mackenzie, en 1789, là où se
trouvent aujourd'hui les champs pétrolifères
Norman-Wells. L'entreprise privée a consacré
environ 75 millions de dollars aux travaux d'exploration et
de forage, dans le nord, au cours des cinq dernières
années.
Le problème du transport du pétrole comporte
trois solutions possibles : le rail, le pipe-line et
le navire-citerne. D'après les spécialistes,
la meilleure des trois serait peut-être d'acheminer
le pétrole jusqu'à la côte, probablement
par pipe-line, et de l'amener ensuite jusqu'aux marchés
par mer.
L'Avenir du Nord
Il y a deux façons de s'adapter au Nord, qui, lui,
semble singulièrement ancré dans sa détermination
de ne pas s'adapter aux habitants du sud. L'une, celle des
Esquimaux, est de n'y rechercher que la subsistance ;
l'autre consiste à compter sur les lignes de ravitaillement
avec le Sud, d'où proviennent les commodités
nécessaires aux gens habitués à l'attirail
de la vie dans les régions australes. Cette seconde
façon est devenue une possibilité depuis quelques
années, grâce aux progrès techniques.
Les recherches permettront sans doute de résoudre
plusieurs problèmes : prix, conditions de vie,
transport, etc., car il reste encore beaucoup de choses à
apprendre sur le Grand Nord canadien. Depuis 1870, année
où elle nous a été cédée,
jusqu'à ces derniers temps, nous avons quelque peu
négligé cette partie de notre territoire. Aujourd'hui,
nous utilisons les instruments géophysiques modernes
pour dénombrer ses ressources sur place et en apprécier
la valeur. Demain, il nous faudra en outre établir
s'il existe des marchés pour ses produits, combien
coûterait leur exploitation et comment s'effectuerait
leur transport. Nous devrons faire preuve d'imagination et
tenir compte des possibilités des remorqueurs sous-marins,,
de l'aéroglisseur et autres inventions récentes.
Certes beaucoup de points d'interrogation planent encore
sur l'Arctique, mais personne ne prétendra qu'avec
de l'initiative et de l'énergie nous ne pouvons pas
y trouver des réponses.
Il existe plusieurs publications sur l'Arctique, que l'on
peut se procurer en s'adressant au ministère du Nord
canadien et des Ressources nationales, à Ottawa. Le
ministère en fera parvenir la liste sur demande à
ceux qui voudraient les connaître.
[ Retour à la page d'accueil du Bulletin RBC ]
|
|