Vol. 47, N° 1 Janvier 1966
Le Centenaire de
la Confédération
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Un centenaire étant par
définition un anniversaire que l'on ne peut être
invité à célébrer qu'une fois
tous les cent ans, il n'est pas trop tôt, un an avant
un tel événement, pour commencer à nous
renseigner sur ce que l'on attend de nous en tant que participants.
L'année de notre centenaire ne saurait être
une simple occasion de repolir nos vieux monuments, de créer
de nouveaux services et d'intensifier nos activités
culturelles. Elle doit nous amener à réfléchir
à tout ce qu'il y a d'important dans la vie sociale,
politique et intellectuelle de notre pays et dans les conditions
où elle se poursuit à l'heure actuelle.
Nous tiendrons à savoir quel chemin ont dû
parcourir nos ancêtres pour que le Canada puisse avoir
le privilège de célébrer ses cent années
d'existence en tant que nation. Il ne s'agit pas de faire
des remarques malveillantes ou inutiles sur ceux qui ont commis
des erreurs ou perpétrer des abus en cours de route,
mais de rechercher par quelle voie notre pays est passé
pour édifier sur ses « quelques arpents de neige »
le florissant territoire qu'il possède aujourd'hui.
Notre passé est loin d'être terne. Les événements
dont il est tissé sont souvent palpitants d'intérêt
et présentent une variété capable de
satisfaire le plus exigeant des conteurs. On y trouve des
contrastes frappants, aussi bien dans les mobiles d'action
des explorateurs que dans les méthodes de colonisation.
L'étude de ce passé nous concerne en tant que
fils de nos pères ; mais ce que nous allons faire
au moment de notre centenaire nous concerne en tant que pères
de nos fils, c'est-à-dire des générations
futures.
Nos ancêtres
La hauteur de nos immeubles commerciaux et la multitude
de nos belles habitations de banlieue ne doivent pas nous
faire oublier les anciennes maisons de pièces ou de
bois rond dans lesquelles nos aïeux ont commencé
à bâtir notre société et notre
économie.
Il est vrai que l'on ne peut s'engager dans l'avenir en
regardant dans un miroir rétroviseur, mais comme l'a
dit l'écrivain révolutionnaire Edmund Burke :
« Ceux qui ne se reportent jamais au temps de leurs ancêtres
ne pensent guère à la postérité. »
Qui sont nos ancêtres ? Ce ne sont pas seulement
les personnes qui figurent dans notre arbre généalogique,
mais tous ceux qui ont travaillé avant nous à
l'édification de notre pays, qu'il s'agisse des premiers
colons venus avec Champlain ou des immigrants du siècle
actuel ; qu'ils aient été de langue française,
anglaise, italienne, allemande, ukrainienne ou autre ;
de religion judaïque, catholique ou protestante ;
de race noire, brune, jaune ou blanche ; libre-échangistes
ou protectionnistes ; grands seigneurs régnant
sur de vastes domaines ou petits fermiers arrachant péniblement
leur existence à des lopins de terre rocailleux ;
habiles artisans abattant des arbres pour en faire des chaises,
des chaires d'église et des chariots agricoles ou propriétaires
des moulins à eau qui comptent chez nous parmi les
plus lointains précurseurs de l'industrialisation.
Tous ces gens sont nos ancêtres.
De leur temps, le fait d'avoir les mains calleuses ne classait
pas un homme, et il n'y avait aucune honte à dormir
sur un lit de paille et à se mettre un oreiller de
foin sous la tête.
Les hommes et les femmes dont nous évoquerons la
mémoire lors de notre centenaire ont chèrement
payé de leur personne et de leur peine pour nous faire
ce que nous sommes. Au milieu des drapeaux, des marches militaires
et des beaux discours, nous devrons aussi nous souvenir des
charrettes aux essieux grinçants et des hue et des
dia de leurs cochers, des tombes qui jalonnèrent la
route vers l'ouest, des bateaux sur lesquels les explorateurs
et les marchands de fourrures franchirent des milliers de
milles à travers des terres inconnues ; de tous
les colons audacieux, entreprenants, énergiques et
clairvoyants qui écrivirent avec leur sang ou leurs
sueurs les premières pages de notre histoire.
Ce n'est pas à dire qu'il faille verser dans une
nostalgie qui irait jusqu'au romanesque. Certains pays européens
se sont mis, il y a un demi-siècle, à refaire
leur histoire en la transformant en contes de fées
et en poèmes épiques, ce qui nous a valu les
maux du nationalisme romantique. Mais nous qui connaissons
un avenir que les plus perspicaces de nos devanciers n'ont
jamais imaginé, il est de notre devoir de rendre justice
aux idées avancées, à la tolérance
et aux talents politiques des hommes de l'âge des meubles
« empaillés » et des becs de gaz.
Les causes de la Confédération
Les faits qui se sont déroulés, dans notre
pays ou sur le plan international, avant la Confédération
peuvent avoir une influence très importante sur notre
pensée en nous aidant à comprendre pourquoi
le Canada a entrepris la tâche sans précédent
d'unir deux peuples en une seule nation.
Le Canada d'avant 1867 serait pour nous un monde bien étrange.
Il ne possédait aucune des caractéristiques
que nous considérons aujourd'hui comme tout à
fait normales, telles que les grosses usines, les grandes
villes, les routes nationales, les automobiles, les avions,
la télévision, l'électricité.
Il n'existait alors que quelques milles de voie ferrée
le long du Saint-Laurent.
La population était de 3 millions ½ environ, dont
80% étaient concentrés dans les provinces du
Bas et du Haut-Canada, qui sont aujourd'hui le Québec
et l'Ontario. Les quatre cinquièmes de la population
vivaient dans les régions rurales ; Montréal
ne comptait que quelque 100,000 âmes, et constituait
de beaucoup la plus grande des villes canadiennes.
La culture du sol et l'exploitation des produits bruts de
la forêt et de la mer faisaient subsister un petit nombre
d'entreprises industrielles, d'artisanat et de prestation
de services réparties dans les régions habitées.
Ces industries se trouvaient à l'abri de la concurrence
étrangère tant à cause de l'isolement,
du bas prix des matières premières locales et
du manque de moyens de transport qu'en raison de la protection
fortuite d'un tarif conçu essentiellement en fonction
du revenu.
C'était aussi l'époque où chaque famille
devait forcément se suffire à elle-même
par suite de l'état embryonnaire de l'économie.
Le revenu matériel se limitait en grande partie aux
besoins fondamentaux : alimentation, vêtement,
logement. Le travailleur pouvait toujours se replier sur la
ferme, où il devenait indépendant. Cet état
de choses conférait naturellement à notre économie
une grande capacité d'adaptation aux fluctuations et
tendait à créer une certaine étroitesse
de vues au sein de la population.
Pourtant, la poussée démographique et le désir
d'une vie plus large commençaient graduellement à
se faire sentir.
L'expansion vers l'Ouest avait été décevante
pour les deux Canadas. Pour ce qui est des autres parties
du pays, le rapport de la Commission royale d'enquête
sur les relations entre le Dominion et les provinces, publié
en 1940, résume ainsi la situation : « Les
provinces Maritimes, liées à une industrie moribonde,
[navires en bois] éprouvaient des difficultés
encore plus grandes. Le petit établissement de la vallée
de la rivière Rouge commençait à se défendre,
mais il se rapprochait graduellement des États-Unis.
La course à l'or sur la côte du Pacifique avait
donné lieu à des progrès d'importance,
mais sa fin avait laissé une faible population en face
d'une énorme dette. »
Entre 1848 et 1854, les affaires canadiennes tombèrent
à un niveau si bas que l'on en vint à s'interroger
sur la survivance du Canada. L'adoption du libre-échange
par la Grande-Bretagne et l'abolition par le fait même
de la préférence accordée au Canada sur
les marchés britanniques donnaient alors encore plus
de poids à la thèse des partisans de l'union
avec les États-Unis. Sur le plan intérieur,
le Canada était aux prises avec plusieurs questions
irritantes, qui paraissaient insolubles dans le cadre des
institutions politiques du moment.
En 1864, le pays était mûr pour la fédération.
La guerre de Sécession américaine, qui avait
débuté en 1861, avait suscité des difficultés
avec les États du Nord. Les flibustiers américains
harcelaient la frontière canadienne.
La crainte de l'invasion n'était pas une invention
de l'imagination. Le New York Herald ne laissait planer
aucun doute à ce sujet en prédisant, au mois
de janvier 1861, que les États « cotonniers »
du Sud « trouveraient au Mexique et dans les pays tropicaux
qui bordent le Golfe l'espace qu'ils jugeaient nécessaire
pour parer à l'augmentation rapide de leur population
esclave » et que « les États confédérés
du Nord chercheraient à faire contrepoids à
ces acquisitions en absorbant le Canada ». Huit mois
plus tard, le Herald brandissait la menace d'une armée
de quatre cent mille hommes bien disciplinés « qui
ne demanderaient pas mieux que de détruire jusqu'aux
derniers vestiges de la domination anglaise en Amérique
et d'annexer le Canada aux États-Unis ».
Même en 1866, un an à peine avant la Confédération,
le Chicago Tribune écrivait que le moment venu,
« notre République happera comme un faucon une
caille les colonies de Grande-Bretagne en Amérique ».
Bien que les fulminations des journaux en question ne puissent
être considérées comme représentant
l'opinion de la masse des citoyens éclairés
des États-Unis, il faut reconnaître qu'elles
constituaient une cause d'irritation continuelle pour les
Canadiens de l'époque, de même qu'une source
de méfiance et d'appréhension.
La Confédération était le refus de
l'annexion politique et économique par les États-Unis.
Laissée à elle seule, même au sein d'un
immense empire, chaque province était trop faible pour
pouvoir réussir à assurer sa stabilité
économique ou résister aux pressions armées
du puissant voisin du Sud.
Que restait-il à faire si ce n'est de tenter de réaliser
une entente quelconque qui permettrait non pas à un
groupe de provinces isolées et à population
clairsemée, mais à une collectivité unifiée
de faire face au danger ? Par quel autre moyen le Canada
pouvait-il continuer à vivre tout en conservant son
identité en Amérique ?
L'avènement de la Confédération
Le Canada fut fondé avec les plus ardents espoirs
par des hommes convaincus d'avoir ainsi accompli une grande
chose. Comme l'a dit un historien : « En 1867, nos
Pères créèrent quelque chose qui n'existait
pas encore : une nouvelle nationalité. »
Ceux qui prirent part aux conférences qui précédèrent
la Confédération furent contraints de travailler
ensemble d'une façon dont peu d'entre eux avaient eu
l'occasion de le faire jusque-là. Ils durent reconnaître
la nécessité des compromis, de la tolérance
et de l'art si simple et si utile de savoir différer
d'opinion à l'amiable.
Depuis l'Acte d'union, en 1841, le Haut et le Bas-Canada
avaient toujours connu une association politique plutôt
difficile, se querellant sans cesse sur l'inégalité
de l'incidence des impôts et une foule d'autres questions.
Les provinces Maritimes voulaient l'union, mais seulement
entre elles. Des représentants de la Province du Canada
furent envoyés à la conférence des provinces
Maritimes à Charlottetown, en 1864, afin d'inviter
les délégués à étudier
l'éventualité d'une plus vaste union. En octobre,
la conférence se réunissait de nouveau à
Québec, sous la présidence du Premier ministre
canadien-français du Bas et du Haut-Canada. Les 72
résolutions adoptées à cette occasion
renfermaient les principaux principes sur lesquels devait
finalement reposer la Confédération.
C'est en 1866, avant même que tout soit prêt
pour présenter la chose au gouvernement britannique,
que le projet de confédération devait recevoir
un accueil enthousiaste. Une conférence, siégeant
à Londres, élabora 69 résolutions, fondées
sur celles de la conférence de Québec ;
le Parlement britannique approuva les conditions d'union,
et la loi officielle de l'union, connue sous le nom d'Acte
de l'Amérique du Nord britannique, fut adoptée
en 1867.
Une des particularités remarquables du nouveau Canada
était de joindre les avantages du gouvernement central
à ceux de l'autonomie locale. Une machine gouvernementale,
dont le siège serait à Ottawa, était
mise sur pied, mais en même temps chaque province conservait
son identité et la direction de ses affaires propres.
La province de Québec, par exemple, pouvait ainsi sauvegarder
ses institutions, sa langue, sa religion, ses coutumes, son
droit civil et ses écoles, tout en bénéficiant
de l'appui des autres provinces dans les domaines d'intérêt
général tels que la défense militaire
et navale, la construction des chemins de fer, les services
postaux, etc. La Confédération apportait l'unité
au Canada, mais l'unité dans la diversité.
La nouvelle nation
La nouvelle nation fut applaudie dans l'ensemble du Bas
et du Haut-Canada, accueillie avec tiédeur au Nouveau-Brunswick
et acceptée avec répugnance en Nouvelle-Écosse.
L'Ile du Prince-Édouard préféra ne pas
en faire partie, mais elle s'y joignit six ans plus tard,
tandis que Terre-Neuve ne le fit qu'en 1949. En 1869, le Canada
se rendait acquéreur des vastes territoires de la Compagnie
de la baie d'Hudson, dans lesquels furent taillées
les provinces du Manitoba, de la Saskatchewan et de l'Alberta ;
en 1871, la Colombie-Britannique entrait à son tour
dans la Confédération. L'inauguration du premier
chemin de fer transcontinental, en 1885, assurait la cohésion
du Canada en reliant l'Est à l'Ouest.
Aux États-Unis, les opinions étaient assez
divergentes. Le New York Times prédisait que
la nouvelle confédération deviendrait un « État
indépendant, très peuplé, riche et puissant »
et l'un des « alliés les plus sûrs et les
plus utiles des États-Unis. » Toujours vivement
désireux de s'emparer du Canada, le New York Tribune
écrivait : « Lorsque l'expérience
du « dominion » aura échoué, comme
elle doit le faire, la méthode de l'absorption pacifique
permettra au Canada de prendre la place qui lui revient au
sein de la grande République de l'Amérique du
Nord. »
À Ottawa, le premier juillet fut salué par
une salve de 101 coups de canon, pendant que les cloches de
toutes les églises carillonnaient ; une messe
solennelle fut célébrée à la cathédrale
de Trois-Rivières ; à Saint-Jean, on tira
21 coups de canon « en l'honneur du plus grand « mariage »
des temps modernes ». Il y eut bien quelques récalcitrants
qui suspendirent des crêpes à leur maison et
mirent leurs drapeaux en berne, mais la majorité des
Canadiens défilèrent, ce jour-là, derrière
des bannières portant les inscriptions « Bienvenue
à la nouvelle puissance » et « Success to
the Confederacy ».
Malgré l'accueil chaleureux qu'on lui fit alors,
l'Acte de l'Amérique du Nord britannique n'est pas
encore vénéré, comme la Constitution
des États-Unis par exemple. Mais le fait que cette
oeuvre vivante et dynamique, encore en voie de développement,
n'est l'objet d'aucun culte, ne diminue en rien son utilité.
Qu'un accord élaboré il y a cent ans ne réponde
pas nécessairement à tous les besoins de l'âge
spatial, cela n'est pas surprenant, et ce serait un excès
de sévérité de notre part que de reprocher
aux Pères de la Confédération de n'avoir
pas prévu tout ce que nous devions faire et tout ce
qui allait se produire par la suite dans notre pays.
Si nous accusons l'Acte de l'Amérique du Nord britannique
d'avoir créé un état de choses qu'il
semble y avoir lieu de modifier depuis quelques années,
nous devons aussi lui reconnaître le mérite de
nous avoir assuré cent ans de progrès en tant
que nation composée de deux cultures, ayant chacune
un esprit et une manière de vivre bien à elle.
Les attraits du Canada
Pour les millions d'hommes et de femmes qui ont quitté
d'autres contrées pour venir au Canada depuis 1867,
notre pays a été vraiment une terre nouvelle ;
nouvelle par sa liberté, par ses possibilités
et par ses promesses.
Les exilés qui ont franchi l'Atlantique pour chercher
refuge contre leurs malheurs sociaux, politiques ou économiques
ont trouvé ici non seulement un asile mais une patrie.
Au fond, la plupart des Canadiens croient aux mêmes
valeurs. Le Canada est un pays où l'on peut élever
beaucoup de temples au même Dieu. Il s'efforce de ressembler
au pays idéal de Rebecca West : un lieu hospitalier
où l'on reconnaît généreusement
tous les talents, où l'on pardonne tous les travers
pardonnables, où toute méchanceté s'évanouit
peu à peu, où l'on honore ceux chez qui la bonté
supplée au manque de talent.
La vie canadienne, qui réunit non seulement les représentants
des deux cultures fondamentales, mais aussi des personnes
de plusieurs autres cultures, est l'art du possible. Elle
exige beaucoup de souplesse. Notre milieu change d'année
en année sous l'effet des progrès de la science,
de l'augmentation de la population, de la croissance de nos
ambitions. Pour faire face au changement, nous avons besoin
d'instruction, non seulement pour nos enfants, mais aussi
pour les adultes. Si les adultes voulaient se rapprocher un
peu plus de l'avant-garde de la génération montante,
on ne verrait presque pas de ces marches de protestation de
la part des jeunes, qui sont épouvantés par
l'incertitude de leur avenir.
La liberté qui fait notre orgueil ne se perd pas
dans les ruines ou la fumée des désastres, comme
ceux de Dunkerque ou de Pearl Harbour ; les événements
de ce genre déclenchent un effort de résistance
extrême. Elle se perd peu à peu par des larcins
imperceptibles, par une petite concession de convenance par-ci
par-là, par le grignotement de l'insouciance. Puis,
un jour, nous nous apercevons avec stupeur que la liberté
a disparu dans l'enrégimentation non seulement de nos
faits et gestes quotidiens mais aussi de nos aspirations éternelles.
L'avenir
Les philosophes de l'antiquité enseignaient - et
l'histoire moderne le confirme - que la survie d'une nation
tient à son unité et à sa puissance,
ainsi qu'à l'aptitude de ses citoyens à collaborer
pour atteindre des fins communes. Cette collaboration exige
que nous renoncions, dans une certaine mesure, à des
choses et à des actions qui pourraient servir notre
intérêt personnel. Sinon, le grand mouvement
de progression sera compromis par de mesquins désirs
et obscurci par les ambitions de classe.
Nous devons, en réalité, agir comme si nous
valions un peu mieux que nous-mêmes. Faisant face à
l'incertitude des années postérieures à
1967 avec le même courage que nos ancêtres surent
envisager l'avenir en 1867, nous pourrions choisir pour idéal
de créer un canadianisme authentique et fort.
La Confédération a marqué le ralliement
de trois ou quatre groupes faciaux et politiques, dont certains
avaient été jusque-là des ennemis implacables.
Ils en arrivèrent à la conclusion qu'il leur
fallait vivre ensemble et qu'ils avaient besoin d'un cadre
dans lequel ils trouveraient leur place. Sachant que nous
faisons tous partie d'un même tout, ils comprirent qu'aucun
particulier, aucune municipalité, aucun comté,
aucune province ne peut contribuer utilement au bien-être
du Canada dans son ensemble en travaillant de force, comme
individu, à la solution de problèmes de clocher.
Ce fut là la grandeur du passé ; que
sera l'avenir ?
Il semble y avoir plus de soleil que de nuages dans l'avenir
du Canada, mais un effort intelligent s'impose dès
maintenant si nous voulons qu'il en soit réellement
ainsi. Pensons au mot génial de Lyautey sur la forêt
de cèdres : « Je veux mettre une forêt
là-haut, » disait-il. On lui objectait qu'elle
mettrait très longtemps à pousser. « Raison
de plus, il faut commencer tout de suite. Il n'y a pas une
minute à perdre. »
Une oeuvre à poursuivre
Nous ne pouvons certes pas nous attendre à écrire
en 1967 une page sur laquelle il n'y aura aucune retouche.
L'homme n'a jamais cessé de changer ses façons
de procéder depuis le début de l'histoire du
monde. Il s'agit maintenant de dépasser nos anciennes
erreurs, non d'en perpétuer la mémoire ;
de bien édifier le présent et de préparer
un avenir meilleur. Nous nous rassemblerons à l'occasion
du centenaire non pas seulement pour exalter nos ancêtres,
mais aussi pour reprendre leur oeuvre et la continuer avec
courage et vaillance, apportant ainsi notre contribution personnelle
à la vie et au progrès de notre pays. Ce serait
une erreur, au moment du centième anniversaire de la
nation, de ne voir dans l'évocation de notre passé
qu'un pompeux cortège d'événements, qui
méritent nos applaudissements et notre reconnaissance.
Le passé ne doit pas être seulement un souvenir
et un témoignage, mais encore une leçon et un
enseignement.
Le centenaire ne marquera pas la fin d'un chapitre et le
commencement d'un autre : l'histoire ne s'arrête
jamais. Les anciens principes demeureront, et, si nous savons
accepter ce qu'il y a de meilleur dans notre régime
démocratique et nous instruire sur les affaires publiques
et l'art de la collaboration, notre évolution pourra
se poursuivre au sein d'une forme de gouvernement qui assurera
au peuple canadien une vie heureuse et féconde.
L'année qui vient est une année nouvelle et
encore immaculée. Comme la naissance de chaque jour
nouveau, c'est un délai accordé par le Maître
du temps à ses sujets qui ont pu gaspiller l'héritage
de leur jeunesse.
Si nous l'abordons avec confiance, résolus à
supporter les revirements du sort avec intrépidité
et à ajouter notre apport, si modeste soit-il, au riche
patrimoine que nous avons reçu, les générations
futures diront peut-être en se souvenant de nous :
« Ces gens ont rêvé de grandes choses en
des jours sombres et troublés, et, malgré la
tyrannie qui sévissait dans plusieurs pays du globe,
ils ont fait surgir une splendide nation sur la surface de
la terre. »
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