Janvier 1948
En quoi consiste la citoyenneté
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On a dit des Canadiens « qu'ils
sont leurs plus sévères critiques » et
que « comme nation ils n'ont pas grandi. » Le Dr
James Roby Kidd, directeur adjoint de la Canadian Association
for Adult Education, dit dans une thèse de doctorat
non publiée qu'on pourrait appeler cet état
d'esprit « un sentiment d'infériorité collective. »
Si nous étions moins sévères pour nous-mêmes
et plus assurés, nous irions probablement de l'avant
et nous accomplirions des choses dont nous nous estimons incapables.
Ceux qui nous veulent du bien comptent que la « Citoyenneté
canadienne » établie l'an dernier nous encouragera.
Elle devrait resserrer les liens qui nous unissent sous le
même toit pour ainsi dire, élargir nos horizons
et nous permettre de regarder le monde avec un sentiment de
confiance basé sur une certitude de solidarité
familiale et de collaboration nationale.
Tout le monde admet qu'il existe des différences
entre les peuples d'origine diverse. Les personnes élevées
en France, en Angleterre, dans les pays scandinaves, en Écosse,
en Italie et dans d'autres pays ont vécu dans un différent
milieu et leurs vues sur les événements et les
situations varient en conséquence. Chacun de nous a
le droit d'être différent mais l'union fait la
force quand il s'agit de choses importantes et fondamentales
dans le domaine matériel et économique.
C'est là une leçon que notre histoire devrait
bien nous enseigner. En parcourant le brillant index de la
Revue historique du Canada on se rend compte combien de fois
des questions importantes, qui auraient dû être
réglées par le bon sens ou la justice, ont servi
de prétexte à des luttes d'intérêt
et d'orgueil.
Le Canada est une organisation de Nations Unies en miniature.
Notre population est composée de 43 races. Sous l'impulsion
d'une citoyenneté commune, il est possible de forger
une riche culture avec ce que ces faces ont de meilleur comme
talents, croyances, coutumes et traditions.
Il est bon de se demander, à ce point, combien un
citoyen devrait conserver de ses habitudes et coutumes natales.
Les ultra-patriotes diront probablement que telle cérémonie
ou telle coutume est contraire à l'esprit canadien
parce qu'elle tire son origine d'un autre pays. Cela est aussi
stupide que de dire que nous devrions interdire de fêter
la Saint-Patrice, la Saint-Jean-Baptiste, la Saint-Georges,
la Saint-André et la Saint-David parce que ces saints
n'étaient pas canadiens.
Les Canadiens devraient, naturellement, célébrer
beaucoup de fêtes en commun. Les symboles et les motifs
de ralliement sont des ingrédients importants de l'esprit
national. La citoyenneté ne consiste pas à arborer
le drapeau canadien les jours de fête, mais l'avantage
réside dans le fait que tous les Canadiens éprouvent
un sentiment de solidarité quand ils expriment leur
loyauté au moyen des mêmes symboles et à
la même occasion.
La citoyenneté exige du travail
La citoyenneté, comme toutes les autres grandes activités
humaines, exige d'humbles efforts autant que d'effervescence.
L'Église enseigne l'importance des petites vertus ;
les grandes découvertes scientifiques découlent
de recherches ardues et modestes ; même la plus
haute éducation repose sur le simple alphabet. Pareillement,
la citoyenneté demande du travail. Le bien-être
matériel de la nation dépend de notre labeur
individuel, de même que son bien-être spirituel
est fondé sur nos contributions intellectuelles.
Il n'y a pas si longtemps que des inventeurs et des artisans
logés dans des mansardes ou de misérables chaumières
produisaient toutes les choses nécessaires. Aujourd'hui
que la population s'est accrue de 1 à 2 milliards en
100 ans, cela serait loin de suffire à nos besoins.
Les travaux scientifiques sont entrepris en collaboration
dans de vastes laboratoires et le rendement a été
multiplié par la centralisation dans les ateliers et
les usines. Cette transformation a suscité de nouveaux
problèmes sociaux que la citoyenneté a charge
de résoudre. Mais cela n'a pas altéré
le principe fondamental qui exige le meilleur de chaque contributeur
dans le domaine de son choix.
Les citoyens ont l'esprit large
La citoyenneté demande, outre le patriotisme et l'industrie,
une certaine largeur d'esprit. Le Dr Kidd, diplômé
de Columbia University, qui a fait une enquête approfondie
sur les coutumes canadiennes en préparant son traité
sur la citoyenneté canadienne, dit que les Canadiens,
pris individuellement, sont relativement dépourvus
de préjugés et d'étroitesse d'esprit.
C'est un bon point de départ pour une saine et robuste
souche de citoyens.
Cette question de tolérance et d'intolérance
exige une vigilance constante, car il est très facile
de passer de l'une à l'autre. Seules les personnes
qui observent les trois maximes suivantes sont à l'abri
du danger : ce que nous croyons n'est pas nécessairement
vrai ; ce que nous aimons n'est pas nécessairement
bon ; chaque question a deux côtés.
Les bons citoyens écoutent, avant de prendre un parti,
tous les points de vue raisonnables. John Stuart Mill, grand
partisan de la liberté de parole comme moyen de bon
gouvernement, a posé comme règle : « Si
tous les hommes, sauf un seul, étaient du même
avis, et rien qu'un seul d'un avis contraire, le genre humain
tout entier n'aurait pas plus le droit de lui imposer silence
que lui, s'il en avait le pouvoir, d'imposer silence au genre
humain. »
La démocratie exprime la citoyenneté
La citoyenneté fleurit dans la démocratie
et n'existe pas ailleurs. Un gouvernement démocratique
n'est ni plus ni moins que la plus haute expression de ce
qui est profondément ancré dans l'esprit du
peuple ; c'est une association volontaire pour le bien
commun. La démocratie est le genre de société
dont les bons citoyens sont le soutien.
De là à la conviction que l'État existe
pour le bien de ses citoyens il n'y a qu'un pas - un pas qui
n'est pas franchi dans les pays autoritaires où les
citoyens ont été dépouillés de
leur liberté individuelle ; où ils ne servent
qu'à la glorification de l'État. Dans un État
de citoyens, le gouvernement existe pour le service des citoyens
et pour les protéger dans l'exercice de leur liberté
individuelle. Le principal but du gouvernement est de rendre
la vie des citoyens facile et heureuse.
C'est sur de tels principes que se fonde le gouvernement
du Canada. Nous avons foi dans un gouvernement conforme à
la loi, qui reconnaît et accorde des droits aux particuliers
et qu'on peut changer par recours à la loi quand le
besoin s'en fait sentir. Cette forme de gouvernement permet
le développement harmonieux de la personnalité.
Dans un milieu de ce genre, la citoyenneté comporte
des libertés, des qualités et des devoirs. Avant
d'en venir à chacun de ces facteurs, il est bon de
nous entendre sur ce que nous entendons aujourd'hui par citoyenneté.
L'encyclopédie des sciences sociales dit que la citoyenneté
représente une combinaison de deux éléments.
« L'un d'eux est la notion de liberté dérivée
de l'ancienne philosophie morale et des droits personnels
du moyen-âge, tandis que l'autre est l'idée de
participation dans un corps politique, comportant le droit
de collaboration dans les décisions et le devoir de
partager les charges. » D'après Huszar dans Applications
pratiques de la démocratie, la citoyenneté
n'est ni plus ni moins que l'art de vivre en commun. »
Le journal « Era and Express » de Newmarket,
Ontario, publié par des élèves des écoles
secondaires, a dit ce qui suit l'an dernier dans un article
de fond : « Il ne suffit pas pour être un
bon citoyen de ne pas nuire à la société
ou de ne pas aller en prison, mais il faut faire quelque chose
d'utile pour la collectivité et non pas se contenter
de ne rien faire de nuisible. Il faut se rendre compte que
pour rendre sa collectivité prospère le bon
citoyen doit contribuer ses idées, ses efforts, son
temps, son talent et son énergie en vue du bien commun. »
Et, en souhaitant la bienvenue aux premiers citoyens sous
le régime de la nouvelle loi, le premier ministre du
Canada, M. William Lyon Mackenzie King, a dit : « La
citoyenneté fait partie de l'armature même de
notre nation. »
Qu'est-ce que la liberté civile ?
Le mot liberté a plusieurs sens. D'ordinaire, liberté
signifie le droit de penser et d'agir à sa guise, mais,
quand on vit au milieu d'autres personnes, il faut ajouter
« tant que nos actions n'empiètent pas sur la
liberté d'autrui. »
Les libertés civiles comprennent la liberté
d'agir à sa guise, de posséder des biens et
d'en disposer à son gré, de partager les croyances
religieuses et de pratiquer le culte qu'on désire,
et d'exprimer librement ses opinions. Le simple fait de vivre
dans une démocratie ne signifie pas que l'individu
conservera toujours toutes ses libertés. Il faut que
les gouvernements démocratiques veillent au danger
de permettre à la majorité d'imposer ses volontés
aux minorités.
Mais il existe un important facteur de protection :
une des libertés qui préserve la forme démocratique
de gouvernement est le droit de protester contre les violations
de liberté individuelle. Tant que les citoyens ont
le droit de se plaindre, que leurs réclamations sont
écoutées et qu'elles donnent lieu à de
promptes réformes, les citoyens jouissent du maximum
de liberté civile qu'on peut exiger.
Qualités de la citoyenneté
Quant aux qualités de la citoyenneté, elles
sont si nombreuses que leur nomenclature remplirait toutes
ces pages. Elles comprennent tout ce qu'il y a de beau et
de bon dans la nature humaine, toutes les vertus. En voici
quelques-unes tirées d'un essai du président
Eliot de Harvard sur la bonne manière de vivre :
modération, connaissance de l'histoire et des événements
contemporains, réflexion, suite dans les idées,
initiative, amour du vrai, bon raisonnement, confiance en
soi, largeur d'esprit, indépendance et sage emploi
de la liberté.
Ce sont là, notons-le bien, des qualités pratiques.
Autrefois, les penseurs tournaient leur esprit vers la philosophie
abstraite, la science pure ou l'art de gouverner. Maintenant,
on préfère les questions à l'ordre du
jour, et c'est ce qu'il faut pour bien diriger la société
et répandre le bien-être.
Le citoyen a besoin de connaissances qui lui permettent
de comprendre les facteurs donnant lieu au malaise social,
au radicalisme et à l'agitation. Il faut qu'il pense
juste pour reconnaître les idéals et les buts
du progrès humain parmi toutes les grossières
imitations. Et il a besoin de modération pour se contenter
d'aspirer aux buts qu'il est capable d'atteindre par la voie
normale du travail et du progrès.
La citoyenneté répudie
le collectivisme
Il existe, et il existera probablement toujours, des utopistes :
des gens qui ne sont pas satisfaits du code moral de leur
collectivité, ou de l'ordre social de leur pays, ou
de la situation économique de l'univers. Ces utopistes,
qui ont des idées générales très
vagues, discourent au lieu d'agir et rêvent au lieu
de travailler.
Les citoyens éprouvent de la satisfaction à
s'occuper des questions auxquelles ils sont intéressés.
Les utopistes les priveraient de cette satisfaction, car l'Utopie,
quel qu'en soit l'auteur, comporte toujours la dictature.
Notre discussion de la citoyenneté serait incomplète
si elle ignorait le point de vue des sceptiques qui ne croient
pas aux principes sur lesquels est fondée la citoyenneté
canadienne. Il y a des gens qui désirent une sorte
de collectivisme tendant au paternalisme. Ils font de belles
promesses. Il y a plus de 1800 ans que Plutarque a écrit
une maxime dont aucun gouvernement n'a pu réfuter la
vérité : « Le premier destructeur
des libertés d'un peuple est celui qui le premier lui
fait des dons et des largesses. »
Le collectivisme n'exige aucune des qualités de la
citoyenneté mentionnées ci-dessus. Il ne vous
accorde aucune liberté spirituelle et vous laisse en
état de liberté seulement tant que vous êtes
plus utile à l'État en liberté qu'en
esclavage : il n'exige que les qualités dont sont
doués les membres d'un troupeau : vous n'êtes
pas libre de choisir votre tâche, ce sont les chefs
qui vous l'imposent.
Le collectivisme ignore l'individu : la citoyenneté
canadienne reconnaît en lui la cheville ouvrière
de la société. Le collectivisme détruit
la liberté : la citoyenneté canadienne
la garantit. Non pas, comme nous venons de le voir, que la
citoyenneté dans un pays comme le Canada laisse le
champ libre aux exploiteurs et permette à chacun de
faire ce qu'il veut, mais c'est la meilleure méthode
trouvée jusqu'ici de rattacher les individus à
la société en tenant le juste milieu entre l'anarchie
de la barbarie et l'esclavage de la dictature.
Il est faux de supposer que les gens ont un sentiment inné
de la citoyenneté. Si nous héritions les principes
de conduite, dit A. Scheinfeld dans son traité sur
l'hérédité, l'enfant d'un pompier, entendant
l'avertisseur d'incendie pour la première fois, sauterait
immédiatement de son berceau, s'habillerait à
la hâte et se laisserait glisser le long du poteau ou
dégringolerait l'escalier. La citoyenneté ne
vient pas non plus en naissant ; il faut l'apprendre.
Tout ce qu'un enfant hérite, c'est le milieu favorable
de la famille qui lui permet d'apprendre en quoi consiste
la citoyenneté.
Les parents ont la première occasion de démontrer
les avantages de la démocratie au sein de la famille,
mais c'est l'école qui prépare le mieux l'enfant
à la citoyenneté canadienne. Toutes les branches
de l'enseignement tiennent compte de ce devoir. Les cours
de civisme enseignent aux écoliers non seulement comment
se conduire à l'école mais plus tard dans la
vie. Ils appuient sur la tolérance en matière
de race, de religion et de culture et sur le besoin de sympathie.
Les écoliers apprennent les éléments
de procédure parlementaire. Les comités et les
gouvernements d'étudiants mettent en pratique les principes
enseignés dans les cours de civisme et de sciences
sociales.
Éducation des adultes
Il ne suffit pas d'enseigner la citoyenneté aux immigrants,
il faudrait mettre des cours à la portée de
tous les Canadiens. On devrait premièrement expliquer
aux adultes notre milieu social, leur montrer les moyens d'améliorer
leur état ou de se préparer à un changement,
et leur enseigner ce qu'ils doivent faire comme citoyens pour
le bien de la nation.
Il faut faire naturellement des efforts spéciaux
dans le cas des nouveaux arrivés. Un plan général
a été adopté pendant une discussion au
sujet des normes d'éducation nécessaires pour
la naturalisation. Il comprend des cours du soir préparés
par les ministères de l'Instruction publique, et envoyés
par la poste dans les régions isolées, ainsi
que la distribution d'un manuel, Comment on devient citoyen
canadien, au moment où l'immigrant fait sa première
demande dans laquelle il déclare son intention de devenir
citoyen canadien. On peut se procurer cette brochure, ainsi
que la Loi sur la citoyenneté canadienne, règlements
et formules en écrivant au Secrétariat d'État,
à Ottawa.
En outre, les autorités locales, les clubs de service
et d'autres organismes prêtent leur concours pour organiser
des cours de citoyenneté. La Division de la citoyenneté
canadienne du Secrétariat d'État recueille des
renseignements et prépare la documentation utilisée
dans les programmes des organismes provinciaux et locaux.
Un des meilleurs organismes dans le domaine de la préparation
à la citoyenneté est le Conseil de la citoyenneté
canadienne, institué en 1940 « pour donner à
tous les Canadiens une meilleure idée du vrai sens
et de la réelle portée de la démocratie
dans la vie. » C'est une fédération des
neuf ministères provinciaux de l'Instruction publique
et de douze organismes nationaux, qui fournit des renseignements ;
des plans d'étude et des brochures à tous ceux
qui s'intéressent à l'enseignement de la citoyenneté.
Sous la direction de la Canadian Association for Adult Education,
un grand nombre d'organismes qui s'intéressent à
l'enseignement de la citoyenneté se rencontrent pour
coordonner leurs travaux, mettre leurs ressources en commun
et échanger leurs idées. Il en est résulté
un Comité mixte du programme dont font partie une trentaine
d'organismes qui publient des brochures et qui font des films
ayant la citoyenneté pour sujet.
La religion est la base
Une des brochures du comité de la citoyenneté
est intitulée Liberté de conscience.
Elle raconte comment la grande tradition de liberté
politique dont a hérité le Canada a été
forgée dans les vaillantes luttes d'hommes guidés
par leur religion et leur conscience. Les églises donnent
dans leur propre organisation l'exemple d'un gouvernement
démocratique. Ces démocraties religieuses, d'un
bout à l'autre du Canada, accoutument les fonctionnaires
et les députés à la procédure
démocratique, et préparent les groupes de jeunes
gens à la démocratie.
En outre, une des fonctions de la religion est de fournir
aux idées politiques et sociales les connaissances,
la profondeur et l'ampleur qu'on acquiert en réfléchissant
à la destinée humaine. L'auteur anonyme de Liberté
de conscience dit : « La foi éclairée
constitue la meilleure protection contre les ravages du démagogue
qui exploite la démocratie pour la détruire.
Les bons chrétiens font de mauvais sujets pour les
dictateurs. »
La citoyenneté implique la participation
Après l'éducation et la préparation
vient la participation. C'est bien beau de parier de citoyenneté
au coin du feu, ou d'en entendre parler sur une plate-forme
publique, mais c'est une autre histoire quand il s'agit d'attaquer
les problèmes de votre collectivité. Dans le
premier cas, il s'agit seulement de mots ronflants :
démocratie, fraternité, citoyenneté.
Dans le second cas vous avez affaire à des réalités
qui sont parfois sordides, généralement ennuyeuses
et qui demandent toujours du travail. C'est la part que vous
prenez aux affaires sociales, ajoutée à la connaissance
de ce qu'on pourrait ou devrait faire à leur sujet,
qui fait marcher la société.
Ce sont les gens ordinaires, les gens du peuple, qui font
que le pays est bon ou mauvais. Individuellement, ils pensent
qu'ils ne comptent pas beaucoup, mais ils deviennent importants
en groupe. Les pays européens ont une tendance à
laisser agir les fonctionnaires au lieu d'encourager des groupes
de citoyens à prendre l'initiative ; mais c'est
là une mauvaise habitude et le président Roosevelt
a dit que les citoyens perdent ainsi tout contact pratique
avec le gouvernement et deviennent de simples chiffres dans
les statistiques.
Heureusement, ici au Canada, nous pouvons profiter des leçons
des autres pays. Fiers de notre citoyenneté canadienne,
nous pouvons en faire le point d'appui du gouvernement. Nous
pouvons éviter de temporiser pour nous remuer ensuite
pendant quelque temps et finir par retomber dans l'insouciance ;
nous pouvons nous passer de critiquer de loin ce que font
les fonctionnaires si nous refusons de participer aux moyens
d'y remédier ; nous pouvons tourner le dos à
ceux qui assistent à des réunions, écoutent
des discours, mais ne travaillent jamais assez longtemps pour
accomplir quelque chose.
Les bons citoyens prennent part au gouvernement local, tout
au moins pour choisir les meilleurs hommes capables de gouverner
la ville, administrer ses écoles, organiser des amusements,
diriger les services d'hygiène, et embellir le district.
Citoyenneté mondiale
Il semble y avoir loin du gouvernement local à la
citoyenneté mondiale. C'est Cicéron qui a dit
que la capacité de raisonner fait de chaque homme un
membre de la grande collectivité humaine. Chaque citoyen
canadien se doit d'abord à sa famille, puis à
sa ville, sa province et son pays, et il se trouve en fin
de compte citoyen du monde entier. Que nous trouvions cela
bon ou mauvais, l'avenir du Canada est lié à
celui de tous les autres pays. Nous avons le pouvoir de contribuer
grandement et peut-être d'une manière décisive
à la préservation de la liberté humaine
et de l'évolution.
Notre contribution de citoyenneté peut tout aussi
bien commencer, disons plutôt qu'elle doit commencer
chez nous, dans les collectivités où la bonne
citoyenneté peut se faire sentir d'une manière
rapide et décisive. Dickens nous donne un tableau amusant
de notre désir naturel d'entreprendre de trop grands
projets. Dans son roman Bleak House, Mrs. Jellyby est
une femme sincère et convaincue qui commence par se
dévouer pour les naturels de Borrioboola-Gha au lieu
de commencer par ses propres enfants. Personne ne songe à
nier que nous avons des devoirs envers les nègres de
Borrioboola-Gha, mais commencer par eux serait, pour la plupart
des gens, mettre la charrue avant les boeufs et mal faire
usage de leur citoyenneté en conséquence.
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