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Février 1948
Le Film dans l'Éducation et l'Industrie
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Nous sommes tellement habitués
au cinéma que nous pensons rarement à sa nouveauté.
Cette industrie artistique qui possède actuellement
80,000 théâtres dans le monde entier, fréquentés
par 12,200,000,000 de spectateurs par an, offrait ses représentations
dans des salles de rencontre il y a 40 ans. Les hommes d'affaires
au faite de leur carrière ont vu les débuts
du film dans leur jeunesse.
Le cinéma est arrivé au bon moment. Aucun
autre intermédiaire n'aurait pu capter les événements
éphémères de ces années de lumière
et de pénombre. Rien n'aurait si bien pu servir à
l'amusement en masse d'une civilisation en train de doubler
sa civilisation et de dépeupler les campagnes pour
construire de grands centres industriels. Il est devenu le
moyen le plus plastique de communiquer des renseignements
exacts, un puissant réseau pour la transmission des
nouvelles et des idées, et un précieux adjoint
de l'éducation.
L'industrie du film est une grande entreprise économique,
aussi bien sous le rapport de l'importance de la production,
du coût, de la distribution et de l'utilité que
sous celui de l'universalité du film et de la place
de plus en plus grande qu'il prend dans la vie.
Au début
Tout cela a commencé vers 1889. Edison avait inventé
son phonographe en 1887, et dix ans plus tard il chercha à
ajouter des vues à son phonographe. En 1888 il inventa
une sorte de film, et l'année suivante il fabriqua
le panorama kinétoscope. On mettait un cent dans le
trou et par la petite vitre on voyait un spectacle animé
qui durait un quart de minute. Les lecteurs que ce sujet intéresse
peuvent comparer les goûts des spectateurs des premières
vues animées avec celles du public d'aujourd'hui. Les
recettes de la première journée du panorama
furent :, vaisseaux de guerre des ÉtatsUnis,
25 cents ; Rip Van Winkle de Joseph Jefferson,
43 cents ; Danseuse de ballet, $1.05 et Jeune
fille escaladant un pommier, $3.65.
En 1903, quand la nouveauté des danses et des combats
de boxe du panorama s'était émoussée,
les théâtres lancèrent les films d'un
rouleau. Le premier de ces mélodrames de 10 minutes
fut Le train dévalisé. Pendant les dix
années suivantes les producteurs s'appliquèrent
principalement à trouver un endroit sensationnel pour
faire périr le bandit, généralement une
haute falaise. La carrière de Charles Chaplin donne
une idée du progrès météorique
de l'entreprise à partir de 1915. Il laissa le vaudeville
cette annéelà pour figurer dans les arlequinades
de Keystone à $150 par semaine. En 1915 il signa un
contrat pour 12 comédies par an à $10,000 par
semaine plus une prime de $150,000.
Puis vinrent les effets sonores
Edison avait d'abord cherché à mettre des
vues dans son phonographe, mais à partir de 1920 on
s'aperçut que c'était attaquer le problème
du mauvais bout. Les « parleurs » d'Edison qui synchronisaient
un phonographe à un film, ne furent pas longtemps populaires.
Le public va au cinéma pour voir un film, et non pas
pour écouter de la musique ou un dialogue dont le film
est un accessoire. Beaucoup de grandes pièces de Shakespeare,
par exemple, ne feraient pas de bons films, parce qu'elles
sont écrites pour créer l'intérêt
par leurs mots. Kathleen M. Greenwood, du National Film Board,
a résumé cette nécessité d'une
manière concise dans un article de Public Affairs
l'an dernier :. « La musique des films doit
être traitée comme un facteur subordonné
et discret que dominent l'action et les exigences de l'image
visuelle. » On pourrait ajouter également, le
dialogue et les effets sonores.
Les difficultés du Canada
L'industrie du film au Canada a rencontré des problèmes
difficiles. Il y a de nombreux risques financiers, à
part les influences extérieures. Du moment que c'est
un art, la vue animée est en butte à la critique
des artistes, des moralistes et des écrivains... et,
comme l'artiste, elle est négligée sous le rapport
de l'aide financière.
Le compte de la production des films amusants au Canada
figure au passif du grandlivre. Très peu de la
vingtaine des films amusants tournés au moyen de capitaux
canadiens ont payé leurs frais. L'un d'eux fit si peu
d'argent qu'il fut même impossible de payer les ouvreuses,
dit Hugh Kemp dans un article de Maclean. Un autre
perdit environ cinq cent mille dollars.
Si un film tourné au Canada pouvait payer ses frais
au moyen de sa location à des théâtres
au Canada il y aurait quelque espoir d'établir chez
nous une industrie permanente de production, dit H. C. Plummer
en rendant compte d'un interview avec un producteur de film
dans un article de Canadian Business. Mais comparez
un instant ces chiffres : (1) les meilleurs films de
Hollywood font leur maximum au Canada quand leur location
rapporte $200,000 de recettes brutes. Un film moyen rapporte
un montant brut de $25,000 ou moins. (2) Pour faire un film,
il faut au moins des centaines de mille dollars et souvent
des millions. En supposant qu'un film vous coûte $250,000
vous ne pouvez pas en tirer assez au Canada, même s'il
vous rapportait autant que le meilleur film de Hollywood,
pour payer ses frais de production. L'article ajoute :
« Le Canada doit compter entièrement sur l'exportation
pour faire marcher l'industrie du film. »
Clientèle des cinémas
au Canada
Le Bureau fédéral de la statistique publie
des chiffres intéressants dans sa brochure Cinémas,
projectionnistes et distributeurs au Canada, 1946. Les
recettes de 1,477 cinémas au Canada se chiffrent à
$75 millions, sur lesquels les gouvernements ont prélevé
$15,000,000 en taxes. Les admissions ont augmente de 6 pour
cent sur 1945. Si chaque théâtre avait été
plein à chaque représentation, ils auraient
eu 606 millions de spectateurs, de sorte qu'ils n'ont fait
usage que de 37.6 pour cent de leur capacité. Le public
a dépensé au cinéma $6.15 par tête
en 1946, c'estàdire 38 cents de plus qu'en
1945, $1.14 de plus qu'en 1942 et deux fois plus qu'en 1938.
Le tableau suivant donne un aperçu significatif et
intéressant :.
| |
|
|
|
Dépense
par tête |
| |
Nombre de cinémas |
Admissions payantes |
Recettes (moins taxes) |
1938 |
1946 |
| CANADA |
1,477 |
227,538,798 |
$59,888,972 |
$3.02 |
$6.15 |
| Ontario |
420 |
96,996,280 |
25,684,210 |
4.07 |
7.56 |
| Québec |
250 |
47,133,384 |
12,732,391 |
2.17 |
4.73 |
| Col-Br. |
149 |
24,747,416 |
6,586,898 |
4.81 |
8.10 |
| Alberta |
156 |
13,317,734 |
3,626,140 |
2.53 |
5.88 |
| Manitoba |
137 |
14,152,362 |
3,433,687 |
3.20 |
5.88 |
| Nouvelle-Écosse |
71 |
12,382,913 |
2,953,633 |
2.47 |
6.44 |
| Saskatchewan |
240 |
10,639,915 |
2,889,343 |
1.45 |
4.39 |
| Nouv-Brunswick |
44 |
7,341,407 |
1,588,866 |
1.95 |
4.79 |
| Île du Pr-Édouard |
10 |
827,387 |
223,804 |
1.20 |
3.17 |
La Production traîne
La production des films au Canada n'a pas marché
de pair avec la demande. Cela n'a rien d'étonnant.
Nous avons une population de 12 millions ½, ce qui fait beaucoup
de gens à amuser, mais très peu pour faire marcher
une industrie qui demande de gros capitaux et de gros débouchés.
Mais, malgré ces fâcheux auspices, le Canada
fait de longs films. Le 21 janvier de cette année nous
avons eu la première de Whispering City en anglais
et sous le titre de La Forterese en français,
par la Quebec Production Corporation dans un studio de StHyacinthe,
Québec. Deux autres, Le Père Chopin,
par Renaissance Films, Montréal, et Bush Pilot par
Dominion Productions, Toronto, ont été tournés
au cours des deux dernières années.
Le Canada possède une mise en scène incomparable
pour la création d'une industrie du film sur une grande
échelle, dit M. l'abbé A. Vachet, directeur
de Renaissance Film Distribution, Inc. C'est un pays qui abonde
en matériel pour toutes sortes d'aventures émouvantes
sur terre et sur mer, émaillées d'incidents
romanesques et historiques. Il faut prendre soin de préserver
un haut calibre d'imagination, de style et de production tout
en se rapprochant le plus possible de la réalité.
Une certaine mesure de romantisme et de brutalité ne
nuit pas, tant que la justice triomphe et que l'action ne
comporte pas la gendarmerie à cheval en grande tenue
à la poursuite de bandits dans les environs du cercle
arctique, ou des bûcherons parcourant la rue SainteCatherine
en raquettes et en chantant Alouette.
L'histoire est en vogue
Les films historiques, qui sont en vogue en ce moment, servent
une fin utile dans l'éducation. Les faits historiques
soigneusement triés sont souvent plus étranges
et plus artistiques et frappent plus vivement l'attention
que les romans modernes.
Mais les films historiques pour le public ou les écoles
doivent être intéressants. Il ne suffit pas de
s'en tenir aux formules rigides. L'histoire demande un sentiment
de réalité, et en faisant un film il faut d'abord
s'efforcer d'être dans le vrai et de continuer de là
à marcher dans le beau. Les faits dénaturés
sont une grave menace pour le bienêtre public,
une sorte de trahison, à cette époque où
la démocratie a pardessus tout besoin d'être
bien informée.
Usages sociaux des films
Cela soulève la question de l'effet des films sur
les spectateurs. Le film exerce une si grande influence sur
les esprits qu'il doit être bien guidé si l'on
veut que la nation demeure moralement saine. Il peut aider
ou entraver les meilleurs efforts de l'Église et de
l'école. Les gens vont au cinéma pour voir des
spectacles émouvants, et par ce fait les films ont
une grande influence sur le caractère.
Les bons films peuvent avoir de nombreux usages sociaux.
Les films d'actualité et les films documentaires peuvent
ouvrir les étroites fenêtres d'un district éloigné
sur le monde entier. Ils peuvent, en montrant l'unité
essentielle de l'humanité, faire ressortir la stupidité
de l'intolérance de race. Les films fidèles
à la vérité, qui reproduisent les événements
et les coutumes, amusent en enseignant et nous permettent
de nous juger nousmêmes et de comprendre les autres.
Quand nous tissons des faits intéressants dans la
trame de l'histoire maritime, comme le fait magnifiquement
T. R. Raddall dans son livre The Wedding Gift ;
ou dans la philosophie fondamentale de Québec, comme
dans Habitant Merchant de Le Rossignol ; ou dans
les luttes, les défaites et les triomphes de la vie
comme dans la première partie de The Grapes of Wrath
de John Steinbeck aux ÉtatsUnis ; ou
dans les audacieuses aventures de conquête des Rocheuses
et de colonisation de la côte du Pacifique - quand nous
faisons cela, nous amusons non seulement les gens mais nous
stimulons et instruisons les esprits.
Films documentaires
Et maintenant, après un coup d'oeil rapide sur les
vastes aspects de la production et de la projection des films,
nous arrivons aux particularités des films éducatifs
et industriels. Personne ne peut se lancer dans la production
des films d'information sans avoir une bonne idée des
progrès et de la popularité des films amusants,
parce que tous les films de grande valeur éducative
représentent un ensemble judicieux de réalité
et de roman.
Prenons d'abord les films « documentaires ». Ce
sont les grands journaux de l'écran, ayant pour objet
d'aider les gens à se comprendre les uns les autres.
Le film documentaire est créateur, parce qu'il analyse
et interprète la société. Il raconte
une histoire dont les héros sont les acteurs. On l'a
appelé « la reproduction créative de l'actualité. »
Le film documentaire est solidement établi dans plusieurs
pays, notamment au Canada, en GrandeBretagne,, aux ÉtatsUnis
et en Russie. C'est le moyen pratique à la disposition
des pays à faible population de prendre part à
la production des films et d'apporter leur contribution au
domaine du cinéma.
Films d'information
Les films d'actualité paraissent n'avoir qu'une importance
temporaire ; mais il y a un autre aspect à considérer.
Que ne donnerionsnous pas aujourd'hui pour voir sur
l'écran Napoléon et Wellington dirigeant la
bataille de Waterloo du sommet de leur colline ? Ou Maisonneuve
débarquant à Hochelaga, aujourd'hui Montréal,
et l'accueil des Indiens ? Ou MacKenzie arrivant sur
la côte du Pacifique en train de peindre sur le rocher :
Alexander MacKenzie du Canada par voie de terre le 22 juillet
1793 » ? Les films d'actualité sont des dossiers
d'histoire en marche même s'ils ne sont qu'un intermède
pour les spectateurs.
Les films d'actualité ont donné naissance
aux films d'information. Comme bons exemples, citons les films
du temps de guerre qui donnaient des renseignements et des
conseils aux gens qui luttaient pour la vie - comment se défendre
contre les bombes incendiaires, comment économiser
les vivres et comment aider l'effort de guerre et combattre
l'inflation en achetant des obligations.
Le Canada distribue des films d'information spécialement
destinés à attirer les touristes américains.
Il y en a deux en circulation, Rocky Mountain Trout,
et You'll Take the High Road qui contient des vues
superbes le long de la route de Banff à Jasper.
Les producteurs de films d'information ne doivent pas perdre
de vue que le principal objet des vues animées est
de plaire. Les spectateurs diffèrent énormément
sous le rapport de l'instruction, des intérêts
et de l'émotivité. Un film dont le niveau intellectuel
est celui d'un journal érudit ne fera pas long feu.
Les premiers films d'information assommaient les spectateurs
par de longues vues de travaux d'ingénieurs, accompagnées
d'explications prosaïques et de musique en sourdine mal
appropriée au sujet.
Le film d'information envisagé par le commerce et
l'industrie doit faire appel aux sentiments humains :
l'information risque d'être mal reçue si elle
n'éveille pas les émotions. Le meilleur film
d'information est celui dans lequel un habile raconteur, intéressé
aux affaires humaines, essaie de tirer au clair le chaos de
son sujet ou de démêler les complications de
la vie humaine. Il n'y a pas autant de différence que
croient les hommes d'affaires entre le banal et le dramatique,
et le fait le plus banal, si l'auteur et le producteur ont
les moyens nécessaires à leur disposition, peut
être rendu assez passionnant pour intéresser
l'auditoire le plus difficile.
Tout en donnant des informations, le film « instructif »
a des limites et des différences. D'ordinaire, le film
instructif est montré à des groupes de personnes
réunies, volontairement ou non, pour leur enseigner
quelque chose qui se rapporte à leur travail. C'est
un manuel visuel. On a découvert pendant la guerre
que les films accéléraient la formation des
ouvriers ou augmentaient en moyenne leur habileté de
35 pour cent et amélioraient leur mémoire de
53 pour cent.
Films industriels
Que cette nouvelle capacité d'enseigner rapidement
ait été adaptée aux opérations
de temps de paix, il n'y a rien d'étonnant, et la production
du film industriel est devenue une partie importante des affaires
canadiennes. Il a également agrandi son champ d'action.
Les films industriels peuvent donner aux employés
et au public une vue générale des opérations
de la compagnie, et mettre en relief les relations entre les
employés et la compagnie, de façon à
inspirer la fierté de famille et l'esprit de corps
si nécessaires aux bonnes relations industrielles.
Quelques usines ont des films pour enseigner aux surveillants
et aux contremaîtres la manière de traiter les
ouvriers, et montrer la nécessité de maintenir
une haute production par heure et par ouvrier si l'on veut
que l'entremise réussisse et que la prospérité
règne dans le pays.
Il faut se rappeler, comme nous l'avons souvent répété,
que les films qui veulent plaire au public doivent être
bons, bons dans le sens que lui donne le public. Ils
doivent faire appel aux émotions, avoir de l'action
et une valeur générale d'amusement. Leur production
est l'affaire d'hommes et de femmes habitués à
évaluer les désirs et les réactions du
public, et à faire des films qui combinent deux conditions
assurément difficiles : donner au public ce qu'il
désire et lui faire accepter ce qu'on veut lui inculquer.
Le film dans l'éducation
Edison, qui est généralement appelé
l'inventeur du film, pensait que la plus grande contribution
de son invention serait dans le domaine de l'éducation.
Il n'est pas facile d'en juger aujourd'hui. Les statistiques
sont éparpillées et incomplètes, et la
philosophie des films éducatifs est difficile à
estimer.
Les films employés dans l'enseignement font plus
qu'instruire. Ils inspirent parfois la même stimulation
intellectuelle et spirituelle que les oeuvres d'art. Ils transportent
l'esprit des élèves au delà des leçons
et les préparent à apprécier les choses
qu'il est sa nécessaire de comprendre dans un monde
où règnent le désordre et le manque de
confort.
S'ils ne faisaient qu'éveiller l'intérêt,
les films éducatifs seraient utiles. Ils présentent,
sous leur meilleure forme, des leçons avec un effet
aussi profond que durable.
Les professeurs ont toujours trouvé nécessaire
d'expliquer leurs leçons, au moyen d'un tableau noir,
de cartes, de diagrammes, de modèles et de dessins,
parce que les exemples font mieux comprendre le sujet. Les
vues animées n'ont aucun rival sous ce rapport. L'élève
peut voir et suivre des événements qui sont
arrivés il y a plusieurs siècles, à des
milliers de milles de distance ou dans des endroits inaccessibles.
Au moyen du film tourné en vitesse ou au ralenti, des
appareils de téléphotographie ou de microphotographie,
le film révèle clairement tous les détails
de la vie. Il permet aux élèves de voir pousser
un arbre, ou d'observer la division d'une cellule : dans
un cas très lentement et dans l'autre excessivement
vite. Il prend une petite figurine de Bouddha et en la plaçant
dans un tabernacle sur une montagne du Tibet où elle
appartient, en révèle la signification ;
il montre le rapport entre les mineurs de la vallée
de la Ruhr et ceux du pays de Galles, de la NouvelleÉcosse
et de l'Alberta ; il suit la fabrication des bas de nylon
depuis le laboratoire du chimiste jusqu'à l'atelier.
Il n'y a pas à nier que le film occupe une grande
place dans l'éducation et qu'il mérite l'attention
de tous les éducateurs. Mais les professeurs ont besoin
d'un plus grand et meilleur choix de films. Les « à
peu près » ne suffisent pas. Si un film n'est
pas adapté à la leçon, un bon professeur
ne s'en sert pas quand même.
Programmes collectifs
Il a été démontré que la popularité
de la présentation visuelle est capable de surmonter
la répugnance que les adultes ont à s'instruire.
Les gens qui n'aiment pas lire les biographies ou l'histoire
en absorbent de grandes doses avec plaisir au cinéma.
Les écoles qui ont des appareils cinématographiques
possèdent un excellent moyen d'attirer les adultes
aux cours du soir et de mettre ainsi en pratique l'idée
de garder les écoles éclairées.
Il n'y a qu'un pas de là à des programmes
collectifs de films d'éducation et d'information. Les
clubs de service, les associations de parents et d'instituteurs,
les centres communaux et tous ceux qui cherchent à
organiser des réunions de voisins pour discuter amicalement
des questions importantes, trouvent que les films y aident
beaucoup. La société collective du film, ou
peutêtre un comité du film du club de la
ville, trouvera un grand nombre d'organismes désireux
de l'aider en lui prêtant des films pour rien ou en
les lui vendant ou les lui louant à très bon
marché.
Le nombre et la capacité des cinémathèques
ont beaucoup augmenté. En 1939, quand la Commission
nationale du cinématographe a été créée,
il n'y avait que 15 cinémathèques au Canada ;
en mars 1947, d'après le Bureau fédéral
de la statistique, il y en avait 156, avec un auditoire de
2,481,000 personnes. Il y avait 195 centres dans lesquels
des sociétés locales avaient formé des
commissions ou des comités pour organiser un service
de cinématographie dans la ville. La Commission nationale
du cinématographe qui ne fait pas de location ellemême,
distribue ses films par l'intermédiaire de l'Office
national du film, les bibliothèques publiques, les
universités, les ministères de l'Instruction
publique et les commissions locales du film.
Office national du film
Il ne faut pas confondre l'Office national du film, qui
est une association sans but lucratif ayant pour but d'encourager
l'étude, l'estime et l'emploi du film comme facteur
éducatif et culturel dans la vie du Dominion, avec
la Commission nationale du cinématographe qui est une
agence du gouvernement. L'Office, dont le bureau est à
Ottawa, a été un des premiers dans l'emploi
de l'aide visuelle en éducation. Depuis sa création
en 1935 il a collaboré étroitement avec les
ministères provinciaux de l'Instruction publique, les
commissions scolaires, les universités, les bibliothèques
publiques, les groupes locaux et les entreprises industrielles.
Par l'intermédiaire de ses membres consultatifs,
l'Office fournit de précieux conseils aux entreprises
qui ont l'intention de faire des films industriels. Sa cinémathèque
de 3,000 films sert de point de départ naturel à
tous les projets. Il a un système coopératif
pour prêter des films de 16mm. aux cinémathèques
régionales, entreprend la distribution nationale de
films produits par les gouvernements qui font partie des Nations
Unies et de films industriels.
Des succursales de l'Office ont été établies
dans plusieurs villes, et leurs membres se réunissent
régulièrement pour faire des films documentaires
et internationaux. Les membres sont des compagnies industrielles
ou commerciales, des services de gouvernements, des sociétés
sans but lucratif qui ont besoin d'aide et de conseils, et
des personnes qui veulent se tenir au courant des progrès
dans le domaine cinématographique.
L'avenir du film
L'avenir du film dépend autant du bon emploi qu'on
en fera que du calibre des producteurs. Il faut des écoles
pour former les techniciens, des centres d'essai pour les
amateurs, et il y a aussi de la place pour l'étude
des films par ceux qui ont l'intention d'en faire usage. Ce
serait là un facteur dans l'amélioration graduelle
des normes de goût public et un moyen de mieux juger
les progrès accomplis. Cela servirait également
à créer au Canada, pour les film, culturels,
éducatifs et d'information, un marché assez
grand pour permettre l'expansion et le perfectionnement de
l'industrie du film.
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