Vol. 50, N° 12 Décembre 1969
La diplomatie
au foyer
Formatage
PDF
Une famille peut demeurer unie,
s'épanouir et connaître une vie heureuse dans
les conditions les plus diverses pourvu qu'elle sache pratiquer
quelques vertus élémentaires, parmi lesquelles
vient au premier rang la diplomatie.
La famille canadienne a subi, au cours du présent
siècle, le violent assaut des idées nouvelles
et de la révolution des moeurs. Certaines des anciennes
fonctions de la famille ont été morcelées
et réparties entre les écoles, les associations
de jeunes, etc. Les adolescents, qui ont grandi dans l'ambiance
de la contestation et de la solidarité de groupe, prétendent
ne plus avoir besoin des conseils des parents. Mais c'est
dans la famille, et nulle part ailleurs, que l'enfant s'initie
à l'art capital de vivre en bonne intelligence avec
les autres.
La diplomatie au foyer n'est pas une science mystérieuse
et subtile ; elle est régie par les douces lois
de la raison et de la bienveillance. Certains diront peut-être
que la diplomatie concerne l'État. Mais, la famille
n'est-elle pas un État miniature ?
Quel que soit le mode de gouvernement adopté, l'âme
véritable de la vie familiale se révèle
dans le comportement des membres de la famille les uns envers
les autres. Le plus grand art que l'homme connaisse est celui
de vivre dans l'harmonie et l'entraide avec ses semblables.
Aucune institution sociale n'est plus essentielle à
l'espèce humaine que le foyer familial. C'est là
que nous apprenons à être des hommes. Diverses
formes de régime politique sont nées et ont
disparu : royaumes, républiques, dictatures. Toutes
ont eu leur apogée et leur décadence, mais la
famille, formée du père, de la mère et
des enfants, est l'unité sociale et économique
de base.
On dira peut-être que l'époque où nous
vivons ne se prête guère à la vie de famille.
Mais celle-ci n'existerait-elle que pendant les périodes
de calme ? N'est-elle pas plutôt un havre, une
institution pour les temps où l'âme des hommes
est mise à l'épreuve ? La famille a été
connue dans toutes les sociétés humaines, non
pas parce qu'elle est fondée sur l'instinct et le sentiment,
mais parce qu'elle a facilité la survie de l'homme.
Les relations familiales
Les relations de l'époux et de l'épouse au
sein de la famille sont vraiment des relations d'égalité
fondées sur l'affection mutuelle. Le mariage n'est
pas un simple épisode dans la vie. C'est le point culminant
de deux existences, la conjonction de situations et d'éducations
différentes, de façons de penser et d'agir dissemblables.
Le succès, dans ces conditions, ne va pas tout seul.
Il faut le mériter. L'harmonisation à réaliser
entre deux natures imparfaites se complique encore du fait
qu'il y a des difficultés extérieures, comme
les problèmes économiques et le changement de
manière de vivre, à surmonter.
Il n'est guère possible d'établir une répartition
bien nette des responsabilités entre le mari et la
femme. On se rappelle la repartie du grand humoriste français
du XVIe siècle, Guillaume Budé. À une
servante qui venait lui annoncer, dans sa bibliothèque,
que la maison était en feu, il répondit :
« Allez prévenir votre maîtresse. Vous savez
bien que je lui laisse toutes les questions domestiques entre
les mains. » Le contrat conjugal tire toute sa portée
du fait qu'il est un accord mutuel où les responsabilités
sont indivisibles.
La divergence des intérêts, des fonctions et
des préférences impose une certaine tension
dans le mariage. Si grand que puisse être un homme -
grand par ses idées, ses paroles ou ses actes - aux
yeux du monde, il aura besoin de diplomatie dans sa vie quotidienne
au foyer pour atténuer les effets de ses petites manies,
de ses susceptibilités, de ses inquiétudes,
de sa tendance à pontifier et de son désir d'imposer
à sa femme et à ses enfants la discipline qui
existe dans son entreprise.
Le foyer est un lieu où doit régner la confiance,
et c'est là un facteur important dans la diplomatie.
L'une des qualités exceptionnelles de l'affection des
parents pour leurs enfants est qu'elle est plus sûre
que toute autre affection. Le monde ne pourrait pas fonctionner
s'il n'existait pas d'amour fidèle et stable entre
le mari et la femme et entre les parents et les enfants. Ce
genre d'attachement est bien résumé dans une
lettre de la reine Victoria au prince Albert : « ...
vous trouverez en cela, disait-elle, une preuve de mon amour,
car je dois partager avec vous tout ce qui me réjouit,
tout ce qui me contrarie ou me chagrine, et je suis certaine
que vous en prendrez votre part. »
Le partage est le seul moyen qui permette aux parents d'exercer
cette autorité mêlée de douceur qui fait
toute la force de leur influence sur les enfants. Ils doivent
conserver leur sentiment de supériorité parce
qu'ils comptent plus d'années de vie et possèdent
une plus longue expérience que leurs enfants, mais
il leur faut apprendre à utiliser au mieux cette supériorité.
Du rôle de la diplomatie
Comment la diplomatie au foyer peut-elle contribuer aux
efforts entrepris pour permettre aux parents d'exercer une
action constructive dans l'édification de l'ordre social
nouveau ? Les dictionnaires nous disent que la diplomatie
est la science des intérêts, des rapports et
des négociations entre les États, et que le
diplomate est celui qui est chargé de favoriser la
courtoisie et la bienveillance entre les gouvernements. Ce
sont là des qualités aussi nécessaires
dans les familles que parmi les nations.
Les relations familiales sont essentiellement fonction de
la compréhension ou de l'incompréhension qui
existe entre les membres de la famille. Il est toujours désagréable
et troublant de ne pas comprendre et de n'être pas compris.
Pourtant, le remède est fort simple : l'esprit
de compréhension s'acquiert par le désir de
comprendre, ce qui est un principe fondamental en diplomatie.
Il existe diverses sortes de diplomatie. La diplomatie formaliste
en usage dans les bureaux ou les ateliers n'est pas celle
qu'il convient d'employer au sein de la famille, et cependant
le souci du décorum et de l'étiquette est un
bon point de départ dans la pratique de la diplomatie
au foyer. La bienséance aplanit la voie qui conduit
au dialogue ; l'habitude de la discrétion offre
une ambiance qui permet aux membres de la famille de s'exprimer
librement.
Lorsque tous les membres de la famille pratiquent la diplomatie,
chacun profite par le fait même de la suppression des
obstacles qui sont de nature à entraver la réalisation
de ses désirs les plus chers. La famille où
règne l'harmonie constitue la base parfaite la plus
immédiate du bonheur et de la réussite de l'individu.
Unité et personnalité
La famille qui possède une unité dynamique
est tout le contraire d'une famille solidement constituée.
Son unité se fonde, non pas sur l'autorité du
chef de famille, mais sur l'accord de ses membres. Si cette
famille fait front commun durant les crises, elle sait mettre
en valeur les particularités de ses membres et laisser
libre champ à l'épanouissement de leur personnalité.
Lorsqu'elle prend des décisions qui intéressent
toute la famille, celles-ci sont obligatoires pour tous.
L'unité de la famille ne repose pas sur la domination,
les règlements ou quelque autre force semblable. Elle
découle de l'affection, de la compréhension,
de la mise en commun des expériences, de la confiance
mutuelle, de la camaraderie, de la communauté d'intérêts
en matière de religion, de loisirs et de respect de
la bienséance.
La famille n'est pas simplement une association de personnes
vivant ensemble. C'est une institution soumise à des
façons et des modes de procéder grâce
auxquels s'exerce une activité collective.
Le non-engagement y est absolument impossible. Certaines
personnes se font illusion en pensant qu'elles peuvent être
les spectateurs d'une intéressante représentation
dramatique sans y prendre part. Sur la scène familiale,
chaque membre de la famille est un acteur qui doit jouer son
rôle suivant le scénario approuvé par
tous.
L'acceptation universelle des principes de la démocratie
a troublé la tranquillité du monde, et leur
adoption dans la famille soulève de nombreux problèmes.
Les enfants interviennent dans l'organisation et les activités
de la famille, et les parents partagent, à des degrés
divers, leur autorité avec tous les membres de la famille.
C'est là une situation critique, où notre
unique secours est peut-être la pratique de la diplomatie.
Il faut en arriver à comprendre que la participation
accrue ne va pas sans un endossement accru de responsabilité,
principe que n'ont pas encore saisi des millions de gens qui
professent une grande estime pour la démocratie politique.
Le caractère propre de chacun au sein de la famille
est une question extrêmement délicate. La personnalité
est un bien précieux. Le rôle et le statut de
chaque membre de la famille doit être dûment reconnu
et amplement apprécié par les autres, sinon
le fragile mécanisme familial sera dérangé,
les sentiments personnels seront lésés et l'équilibre
de la famille sera perturbé.
Le respect mutuel, clef du succès en diplomatie,
n'est pas seulement une question de doctrine ou de convention.
Dans la famille, il doit s'agir d'un sentiment profond, d'une
conviction si forte que l'accaparement et l'oppression deviennent
impossibles.
Pour faire face au changement
Nous prenons graduellement conscience du fait que nous sommes
en voie de passer d'une société fondée
sur la certitude apparente de la permanence à une société
fondée sur la précarité du changement.
Les effets de cette mutation se font sentir dans les affaires,
dans le gouvernement et dans la famille.
Il est devenu nécessaire de reconnaître que
de nouveaux modes de comportement, de nouvelles façons
de penser et de nouvelles valeurs sociales sont maintenant
acceptés et considérés comme représentant
la bonne manière de vivre.
Toute situation sociale, même au sein de la famille,
subit plus ou moins l'influence du progrès technique.
Songeons, par exemple, à ce que sont aujourd'hui les
transports en comparaison de ce qu'ils étaient il y
a quarante ou cinquante ans. Même si les familles habitent
maintenant loin du centre des villes et des lieux d'emploi,
les jeunes ne sont qu'à quelques heures d'auto, d'autobus
ou d'avion de ce qui se passe dans leur ville natale et même
dans le monde, avantage dont il leur était impossible
de se prévaloir jusqu'à ces dernières
années.
Ces changements apportent avec eux des formes de comportement
social différentes de celles que l'on connaissait et
pratiquait auparavant. La tendance à sous-estimer le
rôle des facteurs ambiants est la cause de beaucoup
de malentendus familiaux.
Les jeunes gens et les parents doivent se rendre compte
qu'ils agissent les uns et les autres dans le cadre de situations
différentes. Au lieu de dire, lorsqu'un membre de la
famille se comporte d'une façon qui ne répond
pas à notre attente, qu'il y a chez lui quelque chose
qui cloche, il vaudrait mieux nous demander si ce n'est pas
plutôt dans nos hypothèses et nos interprétations
que quelque chose ne va pas.
Nous avons été témoins, à l'échelle
mondiale, de l'ardent désir des peuples d'obtenir leur
indépendance, parfois avant d'être prêts
à assumer l'autonomie politique. Ce besoin de s'affranchir
de la contrainte s'est mué en exigence pressante et
en action violente. La sagesse a conduit les grandes puissances
coloniales non seulement à abandonner le gouvernement
à leurs colonies, mais aussi, comme l'a fait l'Empire
britannique, à les préparer à assumer
l'indépendance. Cette transformation devait être
l'issue d'un conflit profond et intense entre l'amour du pouvoir
et le désir de contribuer au bien des jeunes États.
Il en est ainsi dans la famille. Même si l'autorité
sur l'enfant est, dans une certaine mesure, prescrite par
la nature des choses, il est souhaitable d'autre part que
l'enfant apprenne, le plus tôt possible, à être
indépendant à autant d'égards que possible.
Cela ira peut-être à l'encontre de l'instinct
de domination des parents, mais c'est une chose à laquelle
il faut se prêter avec grâce et bonne volonté.
Il est malheureux que tant de parents s'accrochent à
une hégémonie démodée jusqu'à
ce qu'ils se sentent frustrés par des jeunes qui en
ont assez de se faire morigéner.
La discipline familiale ne doit pas être trop rigide,
et la latitude doit croître à mesure que l'enfant
progresse dans la voie de l'autonomie.
La diplomatie active
La première qualité requise chez celui qui
entend mettre la diplomatie en pratique au foyer est la sincérité,
ou, si l'on veut, l'honnêteté. La sincérité
est ferme et stable, elle ne vacille pas devant les obstacles
et les contretemps.
La diplomatie trouve une précieuse alliée
dans l'empathie. Celle-ci est l'aptitude à partager
les sentiments, les manières de voir, les goûts
et les expériences des autres. Si vous êtes embarrassé
devant les problèmes que vous pose un membre de la
famille, efforcez-vous d'en saisir les rapports, de les percevoir
dans le contexte de la vie quotidienne de celui qui vous consulte,
dans les circonstances où s'insèrent ces problèmes.
Votre diplomatie ne doit pas se fonder sur l'indifférence.
Le plus grand réconfort que vous puissiez offrir aux
membres de votre famille est celui de la compréhension
vivifiée par l'enthousiasme.
Lorsque quelqu'un vous confie ses déceptions, ses
peines, ses aspirations et ses espoirs, il importe de respecter
ces confidences. Toute infraction à cette règle
ne peut faire que des malheureux et tarir la source de la
compréhension.
La communication est essentielle
La communication véritable des pensées et
des idées est une nécessité essentielle.
La communication entre la mère et son jeune bébé
est assez simple : sourires, attitudes corporelles, ton
de la voix, intensité des pleurs de l'enfant. Quelle
ampleur, quelle profondeur et quelle complexité présentent,
par contre, les rapports entre les parents et leurs adolescents
et entre les parents eux-mêmes ! Tous les symboles
du langage sont employés, et, de surcroît les
techniques indirectes comme les allusions, les restrictions
et les silences.
La conversation familiale n'a que faire de la vaniteuse
supposition des peintres, des compositeurs et des écrivains
d'avant-garde selon laquelle le public doit apprendre leur
langage. C'est le summum de l'arrogance et de l'égoïsme.
Elle équivaut à dire : « Voici mon
code ; à vous de le déchiffrer ».
Dans la famille, le devoir de chacun envers tous est de s'exprimer
aussi intelligiblement que possible.
Il y a aussi l'obligation d'écouter. Le vrai diplomate
n'écoute jamais à demi : il est attentif.
Il accorde aux autres leur juste part dans la conversation.
S'il y a, dans votre famille, cinq membres qui participent
à une conférence familiale et si tous parlent
à leur tour, chacun écoutera pendant 80 p. 100
du temps.
La conversation intelligente et amène favorise singulièrement
la concorde et la bonne entente familiales. Toute idée
émise par un membre de la famille est soumise à
discussion. Chacun a l'impression de participer au débat.
Tout le monde peut exprimer ses convictions sans donner à
entendre que les autres ont tort.
Il y a naturellement des limites. S'il est bon de parler,
comme dit le proverbe, il est parfois meilleur de se taire.
Dans toute situation délicate, essayer d'avoir le dernier
mot constitue la plus explosive et la plus dangereuse des
machines infernales.
Les instruments de la diplomatie
Un grand nombre des incidents qui troublent la vie familiale
sont l'effet d'erreurs initiales aggravées par les
mauvaises manières. Walter Hines Page, illustre ambassadeur
des États-Unis en Grande-Bretagne, disait : « Plus
je me renseigne sur les usages diplomatiques et plus j'entends
parler des graves petits ennuis des autres, plus je ressens
le besoin d'être attentif aux détails du savoir-vivre. »
Si l'amour est le fondement du bonheur dans le mariage,
on peut dire que les bonnes manières en sont les murs
et la diplomatie le toit.
Pour être et demeurer harmonieux, les rapports de
ceux qui se sont choisis dans l'infinie multitude de l'espèce
humaine doivent nécessairement se fonder sur la plus
haute règle morale, qui consiste à agir envers
les autres comme on voudrait qu'ils agissent envers nous-mêmes.
Et la conduite des enfants doit s'inspirer des mêmes
principes que celles des parents, c'est-à-dire avoir
sa source dans la bonté, la courtoisie et la considération,
le tout accompagné d'un peu de savoir-faire, qualité
qui consiste à savoir exactement ce qu'il faut faire
et comment le faire.
Les membres de la famille témoignent de leurs égards
les uns envers les autres par la délicatesse avec laquelle
ils formulent leurs demandes ou leurs instructions. Les parents
doivent faire preuve d'un heureux mélange d'autorité
et de camaraderie. Ils seront simples, ouverts et cordiaux,
exempts de toute arrogance. Ils seront non seulement aimables,
mais bienveillants, car la bienveillance ajoute la bonté
à l'amabilité.
Le moins que puisse exiger la diplomatie dans la famille
est que chacun soit prévenant et gentil, se souvenant
avec bonne grâce des droits des autres. Sous sa forme
la plus noble, la diplomatie est le savoir-vivre serein et
inlassable qui prend le soin et la peine de veiller à
ce que les autres ne soient jamais négligés.
Elle ne traite personne avec sans-gêne.
« Une parole dite à propos »
Louer et féliciter constituent l'un des plaisirs
et des charmes les plus délicats de la vie familiale
et comptent parmi les plus précieux instruments de
la diplomatie. « Combien est agréable une réponse
opportune », dit Salomon dans ses proverbes, et il ajoute :
« Comme des pommes d'or sur des ciselures d'argent, telle
est une parole dite à propos. »
Le fait de louer à bon escient un membre de la famille
témoigne de notre bon goût. Cela démontre
que nous avons appris à reconnaître le mérite
et à l'apprécier dans la famille. Les éloges
ne doivent pas se limiter aux succès ; il faut
aussi, à l'occasion, savoir applaudir les efforts.
Sans doute la louange ne doit-elle jamais être outrée,
mais il ne faut pas non plus s'abstenir de l'exprimer sous
prétexte qu'elle est inappropriée ou insuffisante.
Il importe de veiller à ce que la jalousie ne nous
empêche pas de louer ou de reconnaître le mérite.
Envier les talents, les réussites ou la popularité
d'autrui, c'est s'affliger de ne pas posséder ces qualités
et se déprécier soi-même.
L'art du possible
La diplomatie n'est pas une panacée, mais elle permet
d'arranger bien les choses. Elle aide à résoudre
tous les problèmes, même les plus terrifiants.
Réduite à sa forme la plus simple, elle devine
les désirs des autres et s'efforce d'y donner satisfaction
dans la mesure où ils paraissent raisonnables. Lorsque
les deux parties en cause agissent de cette façon,
elles finissent presque toujours par s'entendre.
Les moyens d'action de la diplomatie sont la négociation,
la conciliation, la concession et la composition, et leur
usage constitue ce qu'on appelle l'« Art du possible ».
Il consiste à trouver, entre des désirs opposés,
l'équilibre qui permettra de réaliser la satisfaction
la plus complète.
Quelquefois les premiers efforts échouent, et il
faut essayer de s'y prendre autrement. Le bon diplomate ne
s'évertue pas à fendre les cheveux en quatre.
Il fait intervenir une vue nouvelle ou se place à un
point de vue différent. Pour donner au problème
une surface où trouver prise, il en modifie la présentation.
On peut pratiquer la diplomatie dans la joie. Certaines
personnes croient qu'il faut affecter une mine triste et morose
pour réussir dans ce domaine. Au contraire, la diplomatie
dans la famille peut être empreinte de gaieté
et de charme. Le simple stratagème de recueillir des
renseignements, des nouvelles et des traits d'humour piquants,
que l'on utilisera au moment propice, est une source de plaisir
et de contentement.
L'éducation du coeur
La diplomatie au foyer, c'est l'attention que l'on porte
aux petites choses pour atténuer les accès de
fièvre de la vie. Elle suppose l'ajustement constant
de nos idées et de nos actes, de façon à
nous permettre de faire face, avec calme et bon sens, à
des situations en perpétuelle évolution.
La diplomatie ne consiste ni à faire des promesses
ni à offrir des récompenses. Les enfants vivent
à la pointe angoissante de l'existence. Nous devons
veiller à ne pas leur présenter trop d'espoirs,
trop de choix, trop de victoires sans efforts. Mais nous devons
aussi nous garder de rebuter leur ambition d'exceller dans
la vie, quelle que soit la voie qu'ils choisissent.
Nous nous appliquons à meubler et à former
notre intelligence, mais la diplomatie nous oblige aussi à
éduquer notre coeur. Il ne suffit pas, en effet, d'entretenir
la flamme du foyer familial, il faut de temps en temps y ajouter
une pincée d'encens. Cela suppose nécessairement
l'accomplissement de certains actes de bienveillance gratuite,
c'est-à-dire excluant tout espoir d'être payé
de retour.
À notre époque où la voix du sang a
perdu de sa force, il est plus nécessaire que jamais
de promouvoir les liens de l'amitié au sein de la famille
si nous voulons y vivre heureux, et la diplomatie compte parmi
les meilleurs moyens de nouer des amitiés. Celui qui
sait bien se servir de la diplomatie réussira non seulement
à semer des bienfaits autour de lui, mais aussi à
récolter des fleurs.
[ Retour à la
page d'accueil du Bulletin RBC ]
|