Vol. 47, N° 12 Décembre 1966
Le Canada vu
dans sa totalité
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L'année du centenaire sera
pour les Canadiens une excellente occasion de se regarder
eux-mêmes et de regarder leur pays bien en face, de
s'examiner sous divers angles et d'essayer de se voir tels
que les autres les voient.
L'image obtenue devra avoir les qualités des portraits
célèbres, c'est-à-dire qu'il lui faudra
non seulement être ressemblante, et non pas idéaliste
ni caricaturée, mais encore être l'expression
de notre âme et de notre personnalité, et non
simplement des traits de notre visage et de notre manière
de nous vêtir. Si la Joconde est un chef-d'oeuvre,
c'est surtout par la richesse des sentiments intérieurs
qu'elle évoque.
Notre représentation de nous-mêmes devra en
outre avoir une certaine profondeur et respecter les règles
de la perspective. C'est Léonard de Vinci qui nous
dit que la perspective est la bride et le gouvernail du peintre.
C'est également notre seul moyen de juger quelles sont
les choses qu'il convient de mettre au premier plan dans la
vie et quelles sont celles qu'il importe de reléguer
au second.
Pour avoir une meilleure vue d'ensemble du Canada, peut-être
y a-t-il lieu de nous arracher à l'agitation trépidante
de notre entourage et de nous poster, en imagination, quelque
part dans l'espace.
Nous verrons alors à l'oeuvre les vingt millions
de Canadiens qui ont succédé aux 3,635,000 habitants
que comptait notre pays il y a un siècle. Nous apercevrons
d'immenses entrepôts à grains et des gratte-ciel,
des chemins de fer et des terrains d'aviation, des centaines
de mille usines et des millions de foyers, qui sont autant
de signes de progrès matériel. Nous pourrons
voir resplendir le soleil sur les toits et les clochers de
milliers de cathédrales, d'églises et de synagogues,
preuves tangibles de notre attachement pour les valeurs morales.
Quiconque jouit de son bon sens ne saurait prétendre
que chaque siècle est supérieur en tout point
à celui qui le précède. Mais si l'on
envisage la marche des événements de façon
générale et de très haut, il faut reconnaître
qu'il y a une certaine progression.
Le Canada n'a peut-être pas accompli tout ce qu'il
aurait pu accomplir, mais si nous mesurons ses progrès,
nous n'avons pas lieu d'être pessimistes. Notre passé
n'a rien d'ignoble, bien au contraire.
En esquissant le fond du tableau, sans entrer dans les détails,
nous constaterons que les événements qui paraissaient
désastreux à l'époque n'étaient
que de simples incidents dans l'évolution d'une nation,
alors que les efforts quotidiens des agriculteurs, des bûcherons,
des explorateurs, des trappeurs et des gouvernants contribuaient
à édifier une oeuvre durable.
Le Canada a réalisé, non pas complètement,
mais dans une large mesure, une manière de vivre, dont
certains des mérites constituent une innovation dans
l'histoire humaine. Il s'efforce de supprimer la pauvreté ;
il a réduit la fréquence de la maladie à
une proportion qui eût semblé ridiculement impossible
il y a cent ans ; il a généralisé
les possibilités d'instruction dans tout le pays ;
il a su maintenir à un haut degré l'harmonie
entre l'ordre et la liberté.
Il ne s'agit pas là d'une récapitulation inutile.
Le fait de considérer notre passé et de scruter
notre avenir nous permet de mieux comprendre ce que nous sommes
aujourd'hui et ce que nous devons faire pour que demain soit
digne de nous.
Respecter le passé tant pour ce qu'ont fait nos aïeux
que pour ce qu'il nous a permis d'accomplir, cela ne signifie
pas l'adopter servilement. Nous pouvons l'admirer et en tirer
profit, sans pour autant essayer d'introduire de force dans
son moule les circonstances de l'époque actuelle.
Les colonisateurs
Quoique le premier voyage de Jacques Cartier sur nos bords
remonte à 1534, l'événement dont le Canada
fêtera le centième anniversaire en 1967 n'a eu
lieu que 333 ans plus tard.
Ces trois siècles ont été marqués
par les difficultés de la colonisation dans un milieu
pour lequel la vie des villages de France et d'Angleterre
constituait une piètre préparation.
En plus de la solitude et des rigueurs du climat, il fallait
compter avec les clans hostiles, les voisins belliqueux, les
obstacles naturels et l'incertitude de la vie sous des souverains
peu au fait et encore moins soucieux de ce qui se passait
dans leurs colonies, dont ils se trouvaient séparés
par un vaste océan, que traversaient avec lenteur les
navires à voiles.
Nous pouvons nous tourner vers nos ancêtres avec un
regard de profonde admiration pour leurs labeurs et leurs
tribulations, pour toutes leurs entreprises inachevées
et pour tous leurs désirs inaccomplis, tout en rendant
hommage au courage invincible dont ils firent preuve en établissant
les fondations d'une route qu'il ne nous reste qu'à
parachever. Peut-être y trouverons-nous, au milieu de
nos efforts pour améliorer l'héritage qu'ils
nous ont laissé, une profitable leçon d'humilité.
Ceux qui vinrent après les pionniers, pour édifier
la Confédération, étaient également
des hommes courageux. Il ne s'agissait pas pour eux d'organiser
un voyage en fusée dans un État futur quelconque ;
il fallait construire l'État sur-le-champ. Ces gens
n'étaient pas des théoriciens discourant comme
Platon sur la République. Ils ne possédaient
pas le don de clairvoyance pour prévoir qu'en moins
de cent ans la population aurait presque sextuplé ;
que le pétrole, le gaz naturel, et l'or, le cuivre,
le minerai de fer, le nickel et une douzaine d'autres minéraux
auraient fait leur apparition dans l'économie du pays ;
que le transport par terre, par eaux, par air et par pipe-line
révolutionnerait notre manière de vivre. Leur
mérite fut de construire, selon leurs connaissances,
en faisant preuve à la fois d'idéalisme et d'esprit
pratique, la base sur laquelle deux races et deux cultures
pourraient solidement s'implanter et former une seule nation.
Perchés au sommet d'un immeuble commercial d'une
quarantaine d'étages de plus encore que tout ce que
nos pères ont pu imaginer, nous aurons peut-être
l'impression d'avoir monté bien haut et d'être
à la pointe de l'actualité. Mais l'actualité
n'est que le moment du temps où le hasard a voulu que
nous nous trouvions.
Si nous avons atteint ces hauteurs, c'est grâce en
partie à notre héritage. Aux fondateurs de notre
pays, nous devons l'ardeur au travail, la faculté de
nous débrouiller tout en améliorant notre sort,
de vaquer à nos affaires du moment en nous préparant
pour l'avenir. De nos ancêtres plus éloignés
encore nous avons hérité des normes morales
de la foi judéo-chrétienne ; de l'esprit
humaniste des Grecs et de la Renaissance, qui met l'accent
sur la dignité de l'homme ; de la confiance dans
la méthode scientifique des hypothèses contrôlées
en tant que voie la plus sûre pour atteindre la vérité ;
de l'adhésion au droit romain, français et anglo-saxon,
qui assure l'évolution pacifique de la société ;
de la foi démocratique dans la liberté, l'égalité
et la fraternité, issues de la doctrine des philosophes
du XVIIIe siècle et de la Révolution française.
Perspectives d'avenir
Aucun pays n'a encore réussi à demeurer stationnaire.
À chaque instant, le passé est remis à
jour et projeté dans l'avenir. Les monuments des hommes
d'État, des héros et des conquérants
offrent le spectacle le plus attristant du monde s'il n'y
a personne pour les entretenir et les restaurer.
Aimer son pays, c'est entre autres choses savoir ce qu'il
a été, ce qu'il est et ce qu'il peut devenir,
puis tendre vers l'idéal qui s'impose.
Le passé du Canada nous permet d'envisager l'avenir
avec optimisme. Aucun pays au monde n'est mieux en mesure
de s'assurer un destin brillant et fécond. Le grand
danger, c'est d'en venir à croire que la prospérité
actuelle justifie le relâchement.
L'avenir du Canada dépend en grande partie de l'intensité
de nos efforts dans le présent, mais il repose aussi
sur des aspirations et des espoirs qui s'enracinent au plus
profond de notre âme. Nous aurons donc intérêt
à rechercher le silence de temps en temps, à
nous soustraire à l'affairement généralisé
de notre milieu et à nous mettre à l'écoute
de nos pensées profondes sur le passé et l'avenir.
Certes nous ne pouvons pas, comme Jean Cabot, prendre la
mer avec des lettres patentes du Roi pour aller découvrir
de nouveaux territoires. Mais nous pouvons être des
explorateurs en esprit, chargés au nom de la démocratie
de rendre notre pays meilleur en recherchant de nouvelles
laçons de vivre et de faire les choses.
Le sens de l'exploration, qu'il s'agisse de la surface de
la terre ou des principes d'une vie noble et grande, suppose
l'acquisition de la faculté d'affronter les ennuis
avec courage, les déceptions avec sérénité
et les succès avec humilité.
Le patriotisme démocratique
Tous ceux qui voient un peu plus loin que la prochaine paie
savent qu'un pays ne vit pas que des statistiques du produit
national brut. Sans doute faut-il que les chiffres de l'emploi
et de la production soient élevés, mais cela
n'est pas suffisant. Il importe qu'il existe un esprit capable
de rallier tout la communauté en inspirant aux citoyens
le sentiment de partager quelque chose d'unique au monde.
Les habitants du Canada peuvent posséder des traditions,
des cultures, des religions, des antécédents
et des revenus différents, mais ils doivent avoir l'impression
d'être des éléments essentiels de la société
canadienne.
Il ne s'agit pas d'être patriote à la façon
de ceux qui croient que leur parcs, leur province ou leur
comté est supérieur à tous les autres
parce qu'ils y sont nés ou qu'ils y vivent. Le vrai
patriotisme n'est pas le débordement émotif
de vanité qui se manifeste dans le chauvinisme, mais
une vertu qui s'exprime dans la participation à la
vie de la collectivité, l'attachement inébranlable
aux principes éprouvés de son pays. C'est à
la fois un état d'esprit et une communauté de
vie.
Le patriotisme démocratique auquel nous visons est
avant tout une disposition intérieure chez l'individu,
et non pas un expédient de la machine gouvernementale
pour assurer la cohésion de la population. Le citoyen
est celui qui jouit du droit dévolu à tout homme
de bénéficier, selon ses aptitudes morales et
intellectuelles, des avantages matériels et spirituels
que la nature et la science ont mis à la disposition
de l'humanité, et qui reconnaît le même
droit à tous les autres hommes. Il croit à l'égalité
sans exclure pour autant la supériorité.
Le civisme exige beaucoup d'intelligence perceptive. Il
ne saurait exister chez les gens qui ne veulent écouter
que ce qu'ils entendent depuis toujours et qui s'accrochent
à des croyances et à des mythes qu'ils ont toujours
considérés comme allant de soi.
Devenir un citoyen éclairé, c'est l'idéal
essentiel qui permet de discerner un sens et de mettre de
l'ordre dans la masse discordante et confuse de détails
qui compose la vie nationale. Il faut pour cela continuer
à apprendre. La démocratie ne saurait être
sauvegardée par une populace illettrée :
elle exige que nous luttions sans cesse pour passer de l'ignorance
à la sagesse.
Si la démocratie est précieuse - et elle est
infiniment supérieure à toutes les autres formes
de vie nationale - il faut nous employer ensemble à
la réaliser, sinon nous perdrons notre liberté.
À l'aurore de notre second siècle d'existence
en tant que nation, nous en sommes encore à apprendre
à être Canadiens. Nous n'avons pas de temps à
perdre sur les cendres des dissensions passées.
Vivre ensemble
Considérer les problèmes du Canada de très
haut, ce n'est pas les regarder avec indifférence,
mais plutôt s'élever au-dessus des opinions et
des préjugés pour envisager les faits tels qu'ils
sont, puis se joindre aux autres pour rectifier ce qui est
défectueux et perfectionner ce qui est bon. Cette manière
de voir permet de rapprocher les gens de toutes les faces,
de toutes les langues et de toutes les religions, et de les
amener à réaliser leurs espoirs et leurs aspirations
dans le vaste cadre de la patrie canadienne. Ceux qui ont
construit la tour de Babel ont au moins le mérite d'avoir
su unir leurs efforts pour atteindre le ciel.
À quoi se résume l'histoire du Canada ?
Deux grands pays, la France et la Grande-Bretagne fondent
des colonies en Amérique du Nord. Par le sort des armes,
le tout passe sous la domination de la Couronne britannique.
Les mêmes circonstances ont ailleurs une issue douloureuse,
une culture en absorbant une autre de force. Les Canadiens
décident de procéder d'une façon différente.
Ils tentent une expérience jamais imaginée auparavant.
Le règlement n'est pas imposé par les guerriers
en ordre de bataille comme à Runnymede, ni par la terreur
et la guillotine comme en France. C'est un exploit inusité,
accompli au prix de grandes difficultés.
Le pays établi il y a cent ans est un territoire
continental composé de provinces distinctes. Le Canada
a réussi à faire subsister sa société
biethnique grâce à l'intelligence, au travail
ardu et à la détermination des deux groupes
en cause.
Toute notre histoire démontre que la scission du
Canada en petits États serait comme l'extinction des
chandelles dans un château, qui disparaissent une par
une jusqu'à ce que tout le château soit plongé
dans l'obscurité. Les anthropologistes ont découvert,
dans les parties les plus reculées du globe, que les
êtres humains peuvent vivre ensemble et travailler en
commun dans des conditions extrêmement variées.
Platon établit clairement dans un de ses dialogues
que la prospérité règne lorsque des hommes
religieux, amis de l'ordre et industrieux élaborent
une civilisation, mais qu'elle s'effondre sous l'avalanche
des querelles.
Mettant les États-Unis en garde contre le morcellement,
Alexander Hamilton affirmait : « Je me suis efforcé
de vous montrer l'importance de l'union pour votre sécurité
politique et votre bonheur. Je vous ai dévoilé
l'engrenage des dangers auxquels vous vous exposeriez en permettant
que les noeuds sacrés qui lient ensemble le peuple
des États-Unis soient rompus par l'ambition ou par
l'avarice, par la jalousie ou la fausse représentation
des faits. »
Et c'est Napoléon Bonaparte qui nous dit : « Le
simple titre de citoyen français a beaucoup plus de
valeur que n'importe laquelle des mille et une dénominations
qu'a engendrées l'esprit de dissension et qui précipite
la nation dans l'abîme. »
L'utopie suppose un but
Nous ne pouvons pas nous passer de la notion d'utopie, même
si nous nous défendons d'être des idéalistes.
S'il n'existait pas de Canada idéal, il faudrait en
inventer un.
Le monde que nous construisons, même dans nos moments
les plus brillants, est encore loin du monde que nous désirons :
monde de bonne volonté, de respect mutuel, de confiance
réciproque, de générosité et de
collaboration. Ce que nous voudrions, en fait, ce serait de
revenir aux valeurs de l'âge d'or et leur donner une
portée plus vaste et plus universelle.
Une nation n'est pas comme le dit ironiquement H. G. Wells,
un groupe d'hommes rassemblés sous l'autorité
d'un ministère des Affaires étrangères,
mais une communauté humaine ayant un but dans la vie
et réunie en vue d'une fin. Le Canada compte maintenant
au-delà de vingt millions d'habitants, mais l'état
de la nation ne se mesure pas en chiffres. Celle-ci est beaucoup
plus forte que l'ensemble de ses parties. Sa vigueur réside
dans les liens de confiance qui existent entre ceux qui la
composent, la qualité de leur solidarité et
leur unité de but.
Un observateur du Manchester Guardian écrivait
il y a quelques années : « Le Canada semble
être un pays en proie au doute le plus noir. »
Il y a danger que certains d'entre nous se sentent « perdus »,
et le moment est peut-être venu de trouver pour eux
un rôle constructif et dynamique dans notre vie nationale.
Il s'agirait de concentrer les idées et les efforts
sur l'édification d'un Canada où il fait bon
vivre et de joindre la sagesse pratique dans l'art de gouverner
à l'utilité morale d'un code durable des valeurs.
Lorsqu'une manière de vivre change très rapidement,
comme le fait la nôtre à l'heure actuelle, et
qu'elle offre des options de plus en plus nombreuses aux individus,
les principes fondamentaux et essentiels peuvent être
menacés de disparition. Et il peut arriver qu'il n'y
ait plus alors assez de points sur lesquels s'entendent tous
les membres de notre société pour assurer un
contenu et une forme valables à notre culture. Voilà
pourquoi il est urgent d'envisager les choses dans leur ensemble,
de nous tracer une ligne de conduite et de collaborer avec
enthousiasme à la sauvegarde et à l'enrichissement
du fonds déjà imposant de choses que nous avons
en commun : notre culture.
Ce qu'est la culture
La culture ne consiste pas dans la pratique ou l'admiration
des beaux-arts. Elle se manifeste par la supériorité
de la pensée, l'amour de la beauté, le désir
de nous élever et d'élever les autres à
un niveau supérieur ; elle suppose la largeur
d'esprit, l'objectivité de vues, l'appréciation
intelligente des valeurs et le développement des aptitudes
de chacun.
Évoluer dans ce sens, c'est grandir, c'est acquérir
de la maturité. Rien n'est plus pitoyable que l'enfant
prodige qui ne comprend pas pourquoi les exploits qui lui
ont valu des acclamations à quinze ans ne soulèvent
plus que des applaudissements polis à trente ans.
Au Canada, nous sommes passés de l'âge de pierre
à l'âge de l'agriculture, puis à celui
de l'industrialisation, et enfin à l'ère de
l'énergie atomique. Même si personne n'a la prétention
d'accomplir sa tâche quotidienne avec des outils de
l'âge de pierre, il reste que nous avons peut-être
relâché un peu notre poigne sur les trésors
d'urbanité acquis avec les ans et que nous avons marqué
le pas intellectuellement.
Les impondérables ont toujours leur importance. Ce
sont les choses qui ne se mesurent pas à l'aune de
l'utilité et qui ne se pèsent pas sur la balance
des richesses. En élaborant des plans pour notre second
siècle d'existence en tant que nation, allons-nous
juger de notre degré de civilisation par le nombre
d'automobiles que nous comptons par centaine de mille habitants ?
On peut voir, gravée sur le fronton d'un bâtiment
qui abrite des archives, cette phrase de la Tempête
de Shakespeare : « Le passé n'est qu'un
prologue ». Dans la pièce, Antonio complète
sa pensée en disant que l'avenir est entre nos mains.
Le moment est venu d'assimiler notre expérience,
de faire preuve de sagesse et de collaboration, de dresser
des plans. Sans plans d'action, nous serons bousculés
et déroutés par les événements.
Lorsque nous aurons des plans et que les traditions et les
efforts de toutes les nationalités qui composent notre
population se trouveront réunis dans la poursuite d'un
idéal commun, le Canada deviendra une nation de marque
et les Canadiens connaîtront une vie plus riche.
Il faut agir
Au moment où le Canada aborde son second siècle
de confédération, il ne peut se permettre de
croupir dans l'inaction. Il a besoin, dans les églises,
les universités, les collèges et les écoles,
les paroisses et les gouvernements, de chefs capables d'envisager
les choses de loin et de parler le langage qu'il faut pour
éveiller les esprits et inciter la population à
travailler à l'avancement individuel et à celui
de la nation. Ce n'est pas tant une idéologie nouvelle
qu'un esprit de fervente détermination qui nous sera
nécessaire pour amener les Canadiens à rechercher
avec persévérance une vie noble et digne.
Nos résolutions du Centenaire devront être
vivaces et avoir toute la force impulsive de l'urgence. L'heure
n'est ni à radoter ni à rêver, mais à
nous instruire et à agir ; à nous fixer
un but avec enthousiasme.
Comme cela est loin de l'opinion de ceux qui prétendent
que la vie facile est un bien souhaitable. Les gens de cette
espèce ne recherchent que ce qui leur est donné.
S'ils ont du pain en abondance, trois fois par jour, ils accepteront
très bien de ne vivre que de pain, avec quelques jeux
à l'occasion pour se divertir. C'est d'eux que le grand
inquisiteur de la parabole de Dostoïevsky dit :
« À la fin, ils déposeront leur liberté
à nos pieds en nous disant : « faites de
nous vos esclaves, mais donnez-nous à manger ». »
Ce danger existe-t-il au Canada ? Les Grecs et les
Romains n'ont pas échappé à cette déchéance.
Après une brillante période de domination au
sein d'un monde barbare, ils sombrèrent, pour leur
ruine, dans la mollesse et le désoeuvrement.
À ce stade mémorable de son évolution,
le Canada a réuni, dans un milieu favorable à
la création d'une grande association, les représentants
industrieux et pleins d'ardeur de plusieurs races. C'est un
moment où tous les Canadiens doivent s'unir pour vivre
ensemble une grande époque de l'histoire.
On trouve dans un poème de sir Charles Roberts, dédié
aux Canadiens, ce vers vigoureux à l'adresse du Canada :
« O toi qui hésite, que ton passé soutienne
ton avenir. »
En suivant cette voie, nous verrons mieux la nécessité
d'écarter nos doléances imaginaires, d'abattre
les épouvantails, de repousser les faux appâts
et de combattre les éléments de discorde.
Avec de la perspicacité et la ferme et généreuse
résolution de faire tout ce qui est possible, la nation
canadienne peut réaliser une grande oeuvre pendant
son second siècle d'existence, une oeuvre que nous
pourrons contempler avec fierté lors du bicentenaire
du Canada.
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