Août 1953 La rédaction d'un article
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La plupart des gens éprouvent la
démangeaison d'écrire, et bien peu n'ont pas
dans leur vie quelque incident digne d'être raconté.
Reste à savoir raconter d'une manière intéressante.
Les hommes d'affaires sont habitués à lire
et à écrire des rapports. La rédaction
d'un rapport (voir notre Bulletin de février 1952)
et celle d'un essai ou d'un article diffèrent essentiellement
en ceci que dans un rapport vous êtes chargé
de donner des renseignements à quelqu'un qui est, dans
la plupart des cas, déjà intéressé,
tandis que dans un article il faut d'abord éveiller
la curiosité, la soutenir, et ensuite la satisfaire.
La littérature n'est pas une science inabordable,
réservée à de rares initiés, et
qui exige des études préparatoires. C'est une
vocation que chacun porte en soi et qu'il développe
plus ou moins, selon les exigences de la vie et les occasions
favorables. Beaucoup de personnes ordinaires nous ont laissé
des relations vivantes et intéressantes.
Il y a trois points à considérer avant d'écrire
pour le public : ce que vous vous proposez d'écrire :
ce que le public est disposé à lire et ce que
l'éditeur consent à imprimer. Il ne suffit pas
d'écrire pour le plaisir de noircir du papier. Mais
si vos idées sont capables d'intéresser le public
et un éditeur, alors, allez-y.
Principes fondamentaux
Aucune tâche n'est réellement difficile quand
on l'attaque par morceaux, et la rédaction d'un article
se prête admirablement à ce traitement.
Le plus simple conseil à observer est probablement
« d'avoir quelque chose à écrire ;
de l'écrire ; et de s'arrêter. » Soyez
sûr de donner assez de détails pour que le lecteur
sache de quoi il s'agit. Pour faciliter la lecture, suivez
un ordre naturel de point en point dans ce que vous écrivez,
et ne laissez pas de « lacune » entre les points.
En outre - conseil malheureusement trop souvent ignoré
- ne vous éloignez pas de votre sujet.
Un auteur a le choix de trois formes littéraires.
Le style des idées s'adresse à l'intelligence.
L'auteur cherche surtout à convaincre ; il faut
donc qu'il prépare soigneusement son sujet, qu'il s'appuie
sur des exemples, et qu'il présente ses idées
d'une manière méthodique et raisonnable. Le
style de roman s'adresse moins a l'intelligence du lecteur
qu'à ses sentiments. Il faut nécessairement
que les idées soient exprimées clairement, mais
c'est le coeur qu'il s'agit de toucher au lieu de l'esprit.
Le style lyrique est celui des pièces de théâtre
et de la poésie ; c'est un style imagé
et généralement pompeux.
L'art d'écrire, qui est celui de décrire,
consiste à présenter ses idées d'une
manière exacte et saisissante. La description est la
pierre de touche du talent. À quoi bon accumuler les
détails, faire de belles phrases, si vous n'arrivez
pas à faire voir au lecteur ce que vous essayez d'expliquer
ou de décrire.
La description doit être vivante. C'est en somme l'art
d'animer les objets inanimés, et par conséquent
c'est presque toujours une peinture matérielle, une
vision que l'on donne, une sensation qu'on impose. La littérature
dépeint la vie ; il faut donc qu'elle soit vivante
comme elle ; elle a pour but de plaire et de renseigner,
et elle doit être intelligible. Le succès d'un
auteur dépend du plaisir qu'on trouve à le lire.
Un livre est rempli de mots, et les mots sont des symboles
et non des réalités. Ils ont, il est vrai, du
rythme et de l'harmonie dans une phrase bien construite, mais
la beauté du style découle en somme de l'association
des idées qu'ils créent dans l'esprit du lecteur.
C'est pourquoi les bons auteurs s'attachent à éveiller
l'attention du lecteur. Certains auteurs, profondément
pénétrés de leur sujet, ont écrit
des livres et des articles dans un style si embrouillé
que personne n'a le désir ou le courage de les lire.
« Rien n'est plus facile, disait Schopenhauer, que d'écrire
de façon à n'être compris de personne,
comme rien n'est plus difficile, au contraire, que d'exprimer
des idées importantes qui soient comprises de chacun. »
Choix d'un sujet
La vie est si pleine d'incidents qu'il ne devrait pas être
difficile de choisir un sujet qui vous est familier et que
vous pouvez apprendre à mieux connaître. Pour
découvrir un sujet, il faut d'abord y réfléchir.
« C'est pour ne pas avoir assez réfléchi
sur son sujet, dit Buffon, qu'un auteur est embarrassé
pour écrire. »
Le sujet que vous choisissez doit être avant tout
aussi important aux yeux du lecteur qu'à vos propres
yeux. Naturellement, il est impossible de plaire à
tout le monde, mais un sujet qui intéresse l'auteur
aura des chances de plaire à un grand nombre de lecteurs.
En outre, vous traiterez mieux et plus facilement un sujet
qui vous plaît qu'un sujet qui ne vous convient pas.
Il y a trois moyens de trouver des idées pour un
article ou un essai : par le récit de vos propres
aventures, par l'observation, et par la lecture. Les idées
ne viennent pas toutes seules. Même les meilleurs auteurs
sont obligés de les chercher quelque part.
C'est ici que l'observation joue un rôle important.
L'auteur doit être attentif à toutes les choses
qui se passent autour de lui toute la journée. Il doit
être capable non seulement de les comprendre mais de
les sentir, et de vivre, pour ainsi dire, à un rythme
accéléré, de manière à
saisir les menus détails qui échappent aux yeux
des autres.
On ne fait rien avec rien
Il est impossible de faire un article avec rien. Les auteurs
ne vivent pas dans un monde inhabité et ne firent pas
leurs sujets de leur propre cervelle. Ils décrivent
ce qu'ils ont senti et vécu, et c'est en fouillant
dans leur fonds d'expérience qu'ils arrivent à
construire de nouvelles idées.
La lecture procure à l'auteur les faits, pensées,
analogies et exemples dont il a besoin. Il est obligé
d'alimenter constamment son esprit pour donner de la vigueur
et de la nouveauté à ses articles. Comment pourrait-on
écrire d'une façon intéressante sans
aucune idée dans la tête. Quoi de plus sévère
que ce jugement du Dr Samuel Johnson au sujet d'un auteur
contemporain : « Il a beaucoup plus écrit
qu'il n'a lu ! »
Heureusement, il n'y a pas de raison aujourd'hui pour négliger
la lecture. Les bibliothèques sont partout a notre
disposition. La plupart des grands chefs-d'oeuvre sont publiés
à bon marché. Les digestes et les magazines
contiennent des articles soignés sur les personnages
en vue et les événements.
Tout cela sert à nous tenir au courant. Quand il
s'agit de trouver des données pour un article spécial,
l'auteur rétrécit son champ de recherche. Il
choisit son terrain et s'y renferme. Corneille et Racine ont
tiré leurs tragédies des vies de Plutarque,
comme Shakespeare, d'ailleurs, avec cette différence
que Shakespeare s'est servi de la traduction de sir Thomas
North, tandis que Corneille et Racine avaient celle d'Amyot,
grand aumônier de France et évêque d'Auxerre.
Quel que soit le sujet choisi par un auteur, il a déjà
été traité par quelqu'un. En faisant
des recherches à la bibliothèque, chez les libraires,
parmi les professeurs des universités, dans les services
de renseignement des associations industrielles, de l'éducation
adulte, etc, on trouvera de véritables mines de connaissances.
Les sources de renseignements à la disposition des
Canadiens sont abondantes, mais cela, comme Kipling le répète
si souvent dans ses Simples Contes des Collines,
« c'est une autre histoire. » Le sujet mérite
un Bulletin à lui tout seul.
Imagination et inspiration
Après avoir recueilli toutes les données,
il est temps de donner libre cours à l'imagination.
Avec de l'imagination, il n'y a rien de si insignifiant qu'un
bon auteur ne puisse rendre intéressant. Il arrive
souvent en effet, que les scènes de la vie ordinaire,
fidèlement décrites par un maître de la
littérature, deviennent plus passionnantes que le récit
d'événements importants.
Le jeune auteur trouvera profit à exercer son imagination
chaque jour. Chacun de nous a plus ou moins d'imagination,
mais on peut toujours l'aiguiser, la développer, la
perfectionner. Si elle reste froide, lisez des choses qui
se rapportent à votre sujet et mettez vous à
écrire.
Vous trouverez une grande satisfaction à écrire
un article, une lettre à un ami, une brochure ou même
une seule ligne qui porte la marque de l'inspiration. C'est
un succès de donner du plaisir à vos lecteurs
en employant votre imagination pour rendre un fait ordinaire
intéressant.
Les débuts
On demande souvent à un auteur : « Combien
de temps faut-il pour écrire un article ? »
C'est difficile à dire. Les gens ne pensent généralement
qu'au temps qu'il faut pour faire des recherches sur le sujet
et aux quelques heures pour écrire l'article. Mais
ce n'est pas tout !
Il a fallu des années de préparation pour
rédiger un article instructif et facile à lire.
C'est le résultat de tout ce que l'auteur a appris
dans sa vie - à l'école, pendant ses voyages
et ses heures de travail, au cours de ses réunions
religieuses, sportives et sociales ; au milieu de l'ennui
et des aventures ; dans le bonheur et le chagrin, dans
le succès et le désappointement, dans les joies
et les désillusions des amitiés.
Le temps consacré à la rédaction même
de l'article dépend des aptitudes de l'auteur, de la
nature de l'article, de la facilité d'obtenir les renseignements
nécessaires, et des circonstances. Mais une chose est
certaine : quand vous sentez venir l'inspiration, il
n'y a qu'à enfourcher la muse et se laisser emporter
par elle.
Pour écrire, il faut commencer par quelque chose,
même si le sujet vous parait de peu d'importance. Un
compositeur ambitieux demanda un jour a Mozart comment écrire
des symphonies. Mozart lui dit : « Vous êtes
jeune, commencez donc par des ballades. » « Mais
vous avez écrit des symphonies quand vous n'aviez que
dix ans, » répondit le jeune homme. « Oui,
dit Mozart, mais je n'ai pas demandé comment. »
Quand une chose est bien faite, elle a parfois l'air d'un
miracle. Mais un bon morceau de littérature n'est pas
un miracle : il a fallu du travail pour recueillir les
faits, pour évoquer les souvenirs, pour les incorporer
dans le sujet, pour ordonner intelligemment les idées,
pour les exprimer avec soin et lucidité. Tout livre,
tout article, toute annonce ou tout discours digne de mérite
a été conçu dans le travail et à
la sueur du front, et souvent dans les larmes.
L'ordre et la méthode rendent la tâche plus
facile. Après avoir recueilli les données, mettons-les
en ordre. Groupons et classons les éléments
de cet amas de notes. Même quand on écrit un
article sur la rédaction d'un article, il est nécessaire
de mettre de la méthode dans l'exposition des faits
et des idées.
Comment écrire
Le travail de composition commence quand vous avez réuni
tous les fils et qu'il ne reste plus qu'à tisser votre
toile.
Tout le monde est capable de parler. Tout le monde est donc
capable d'écrire, mais il faut apporter plus de soin
à ce qu'on écrit en vertu du proverbe « Verba
volant, scripta manent. »
Le style littéraire demande de la simplicité,
sans pour cela tomber dans la négligence.
Avant tout, soyez bref, mais sans être obscur. Le
lecteur, faut-il croire, ne s'est pas livré comme vous
à de profondes recherches. Il n'est pas familier comme
vous avec le sujet. Si vous sautez d'un point à un
autre, sans enchaînement dans vos idées, il aura
de la peine à suivre un raisonnement qui vous paraît
clair et bien ordonné.
La brièveté du style télégraphique
ne convient pas à la rédaction d'un article,
mais la concision est une qualité. Rien n'est plus
ennuyeux qu'une description qui n'en finit plus. L'emploi
de trop de mots pour exprimer un petit nombre d'idées
est un signe de médiocrité, tandis que les idées
ne perdent rien à être comprimées. C'est
faire preuve de paresse, dit Churchill, que de ne pas comprimer
une idée dans un espace raisonnable.
Le langage
Le langage est capable d'exprimer en mots qui font image
toutes les idées de l'esprit humain. Chaque auteur
aspire à rendre au moyen de descriptions vivantes,
et de mots bien choisis tout ce qu'il voit, entend ou imagine,
de manière à en créer exactement l'image
dans l'esprit du lecteur.
Il faut pour cela des mots pleins de force et de mouvement,
et qui, de plus, sonnent agréablement à l'oreille.
L'auteur s'occupe ensuite à peindre un tableau vivant,
une suite de tableaux animés, comme au cinéma,
et non pas une nature morte. Il prend sa couleur un peu partout,
comme Michel-Ange qui, dit Théophile Gautier, « a
mis le blanc du lys, le rose de l'aurore, l'azur du ciel et
l'or des étoiles, dans ses tableaux. »
Le bon auteur sait marier ses couleurs et leur donner de
la cohésion et de la suite. Il s'empare d'une idée
et la développe, sans revenir deux ou trois fois au
second paragraphe avant d'attaquer le troisième. Il
écrit sans arrêt tant que l'inspiration dure.
Puis, l'article fini, l'imagination cède la place au
raisonnement, et l'auteur se met à polir et corriger
son ouvrage.
La narration vivante, à laquelle aspire chaque auteur,
s'obtient par l'emploi de mots qui font image. Il s'agit de
trouver le mot juste pour créer une impression durable
dans l'esprit du lecteur. Une phrase bien tournée nous
chante à la mémoire longtemps après que
nous avons fermé le livre.
La couleur consiste à situer le sujet dans son milieu.
La Fontaine est un maître en ce genre. Prenez par exemple
le portrait qu'il nous fait du Paysan du Danube :
 |
Son menton nourrissait une barbe touffue,
Toute sa personne velue |
 |
Représentait un ours, mais un ours mal léché.
La lecture des poètes aide les jeunes auteurs à
former leur style, car ils y trouvent mieux que partout ailleurs
le rythme, le choix des mots qui font image, et le mouvement.
Ouvrez La Fontaine n'importe ou, disons Le Coche et la Mouche :
 |
Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé,
Et de tous les côtés au soleil exposé, |
 |
Six fort chevaux tiraient un coche.
Vers lourds, durs ; on a une sensation d'accablement.
 |
Pique l'un, pique l'autre et pense à tout moment
Qu'elle fait aller la machine. |
 |
Vers vifs et légers. On la voit tourbillonner autour
des chevaux.
S'assied sur le timon, sur le nez du cocher.
Vers qui exprime le repos, mais voici le mouvement qui reprend :
 |
Aussitôt que le char chemine.
Et qu'elle voit les gens marcher |
 |
Elle s'en attribue uniquement la gloire
Et, comme finale, ces vers qui sonnent comme une fanfare :
 |
Va, vient, fait l'empressée, il semble que ce soit
Un sergent de bataille, allant à chaque endroit, |
 |
Faire avancer les gens et hâter la victoire.
Simplicité
Quoi de plus agréable à lire qu'un auteur
qui sait se faire comprendre avec le moins d'effort possible
de la part du lecteur.
L'affectation est l'apanage de l'extrême jeunesse.
Les auteurs mûrs cherchent à exprimer leurs pensées
aussi simplement, clairement et brièvement que possible,
et leur simplicité est à la fois une marque
de vérité et de génie.
L'obscurité cause beaucoup de malentendus. Elle passe
souvent pour de la profondeur, mais un auteur qui ne se fait
pas comprendre parce que ses idées sont mal exprimées
n'a généralement pas beaucoup de lecteurs. On
a écrit un tas d'absurdités sur le style :
le style est simplement la manière propre à
chacun d'exprimer sa pensée, par l'écriture
chez l'écrivain, par la parole chez l'orateur. « Le
style, c'est l'homme », a dit Buffon.
Quand quelqu'un se met à parler de règles,
dans n'importe quel art, vous pouvez être sur que c'est
un homme de second ordre, a dit John Ruskin. S'il en parle
souvent, et s'en fait un dieu, c'est un homme de troisième
ordre, et pas du tout un artiste. Mais il existe tout de même
des règles à suivre pour bien écrire
qu'on peut énoncer ainsi : économie, simplicité,
suite, dénouement, variété.
Pour résumer, le style est la marque personnelle
du talent. Plus le style est original, saisissant, plus le
talent est personnel. Le style, c'est l'expression, l'art
de la forme, qui rend sensibles nos idées et nos sentiments ;
c'est le moyen de communication entre les esprits. Ce n'est
pas seulement le don d'exprimer ses pensées, c'est
l'art de les tirer du néant, de les faire naître,
de voir leurs rapports.
La pratique du métier
Ce qu'il y a de plus important dans le métier d'écrivain,
c'est de se faire comprendre.
Faites des phrases courtes. Aux longues périodes
des auteurs du 19e siècle, préférez les
phrases d'une vingtaine ou d'une trentaine de mots. En vous
relisant, remplacez les qui, les que et les dont par des points
ou des points et virgules, et évitez autant que possible
les parenthèses.
Le bon auteur emploie les mots pour exprimer des idées,
et les mots n'ont pas d'autre utilité. Pour vous faire
comprendre, employez-les dans le sens que leur donne le lecteur.
Il y a des mots pour exprimer toutes les idées, et
rien n'est plus important que de trouver le « mot juste ».
La perfection de l'art consiste à trouver des mots
si justes qu'ils évoquent le sentiment décrit
par l'auteur. Par exemple, il y a des mots qui vous soulèvent
d'enthousiasme, des mots qui vous font trembler d'émotion
ou d'effroi, des mots qui vous font pleurer, et des mots qui
vous rassurent.
Regardez la nature et les mots qui décrivent le bruissement
des feuilles, le murmure des ruisseaux, le gazouillement des
oiseaux, le grognement des animaux, et les fredonnements,
les cris, les rires et babillage des êtres humains.
C'est avec ces sons, qu'après des siècles de
tâtonnements, l'art produit des symphonies et des chefs-d'oeuvre
littéraires. Tout cela, est à la disposition
du jeune auteur qui n'a aucune excuse de se contenter de banalités
et de lieux communs.
Style descriptif
Écrire, c'est en général décrire
les choses et le événements. Une lettre à
vos parents pendant vos vacances, le compte rendu d'une affaire,
le rapport d'une entrevue, ne sont en somme que des descriptions.
Les meilleurs descriptions sont celles qui donnent au lecteur
l'illusion d'assister ou de participer à la scène
que vous racontez.
Naturellement, il faut être capable d'observer pour
savoir décrire, et les plus belles phrases ne cachent
pas le manque de détails. L'auteur qui ne s'applique
pas à observer, prendre des notes, analyser et réfléchir,
qui est en quelque sorte paresseux au travail, n'écrira
jamais que des descriptions vides et incolores.
Gustave Flaubert décrit ainsi une jeune fille en
larmes : « Ses regards brillaient comme des flammes
sous l'onde. »
Chateaubriand analyse ainsi la sensation de la pluie :
« Je m'endormis, au grignotement de la pluie sur la capote
de la calèche. » Remplacez « grignotement »
par « bruit » et vous tombez dans la banalité.
C'est en forgeant...
Les événements se succèdent, et ceux
qui sont portés à écrire se plaisent
à nous en faire le récit. Tout le monde ne peut
pas écrire des chefs-d'oeuvre, mais dans le monde des
affaires comme dans le monde des lettres, chaque compagnon
de la plume peut jouer un rôle utile et agréable.
Tous les auteurs, jeunes ou vieux, connaissent des déboires.
Certains d'entre eux, après des années de travail,
ont été obligés d'abandonner l'espoir
d'arriver au succès, peut-être par la force des
circonstances, et parfois par manque de talent. Mais les natures
énergiques ne se laissent pas décourager.
Car ceux qui persévèrent au point de percer
ou même de sentir qu'ils avancent dans la voie du succès,
trouvent dans la carrière des lettres l'occasion de
développer leurs facultés intellectuelles, la
satisfaction de se livrer à un travail créateur,
et un moyen d'embellir les heures de la vie et les ennuis
de la solitude.
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