Consortium de recherche sur le lac Winnipeg


TEXTE :

SLATE :
Le lac Winnipeg est le dixième plus grand lac d'eau douce au monde. On constate actuellement une dégradation de la qualité de ses eaux.

SLATE :
Les algues y prolifèrent massivement en raison de l'accumulation de phosphore et d'azote.

Parmi les sources importantes du problème : l'industrie, l'agriculture, ainsi que l'afflux d'eaux usées attribuables aux infrastructures municipales et aux activités récréatives dans les quatre provinces canadiennes et les quatre États américains qui bordent le lac Winnipeg.

SLATE :
Le Lake Winnipeg Research Consortium pilote des travaux de recherche et des activités de sensibilisation sur la question.

Son objectif : inciter entreprises et citoyens à s'engager pour aider à assainir le lac.

SUPER :
Projet 40 | Consortium de recherche sur le lac Winnipeg

SUPER :
Lac Winnipeg
Gimli | Manitoba

AL :
Bonjour. Je m'appelle Al Kristofferson. On est le lundi 26 juillet, peu après 15 h. On nous signale une fleur d'eau du côté est du lac Winnipeg.

AL :
La première fois qu'on a pris notre navire de recherche, le Namao, c'était à l'été 1999. En août, on est allés au bassin nord du lac et une fleur d'eau couvrait plus de 160 km.

C'était environ la moitié du bassin nord. Quel choc !

On a bien compris que cette fleur d'eau n'était pas d'origine naturelle.

C'était largement le produit de l'activité humaine.

SUPER :
ROBERT T. KRISTJANSON
Pêcheur commercial

RT :
Je m'appelle Robert T. Kristjanson et je fais de la pêche commerciale au lac Winnipeg.

Nous sommes trois générations de pêcheurs dans la famille.

Cet été-là, on est allés à l'île George. Il y avait des bateaux de pêche qui arrivaient du lac, avec des tonnes d'algues. (1:50) Il a quasiment fallu les enlever à la pelle.

Ça, c'est un bassin avec des trous dedans. Il ne cale même pas quand on le met dans l'eau.

En hiver, regardez dans quel état nos filets ressortaient de l'eau. Imaginez ce qui circulait sous la glace.

On prenait plein d'algues, mais pas de poissons, évidemment.

Les gouvernements n'avaient pas l'air inquiets, alors on a fait venir des journalistes de la télé à Grindstone. Pour leur montrer ça.

Personne ne me croyait, faute de preuves scientifiques.

Et puis Al Kristofferson est intervenu, et les choses ont commencé à bouger.

SUPER :
AL KRISTOFFERSON
Administrateur délégué
Lake Winnipeg Research Consortium

AL :
Au début, j'étais très loin de tout ça. Je travaillais dans l'Arctique canadien pour le gouvernement fédéral. Mais je viens de Gimli. Et pendant une visite, j'ai vu Robert à la télé. Il disait qu'il avait passé sa vie sur le lac et qu'il n'avait jamais vu de fleur d'eau aussi immense. C'était grave selon lui. En tant que biologiste, j'ai pensé qu'il avait raison.

Les autres pêcheurs craignaient surtout que le problème nuise à leur industrie. Peu importe sa cause.

Alors ils disaient à Robert d'être prudent. De ne pas faire d'histoires. Pour protéger l'industrie.

Mais Robert a eu le courage d'insister. Il était sûr que ce serait encore pire pour les pêches si personne ne faisait rien.

Il a beaucoup de mérite d'avoir sonné l'alarme.

RT :
Ils pensent que je fais du tort à la région en attirant l'attention. Que personne ne va vouloir acheter notre poisson, le croyant contaminé. Mais ce n'est pas ça le problème. Je ne dis pas que le poisson est contaminé. J'ai peur qu'on n'ait plus du tout de poisson.

AL :
Le lac Winnipeg est le dixième plus grand lac d'eau douce au monde.

Pensons à tous les gens qui vivent et travaillent dans les environs.

Pensons aux lieux de villégiature comme Winnipeg Beach et Grand Beach, sur la rive est.

Et au millier de personnes qui vivent de la pêche.

C'est d'une grande importance économique.

Et c'est aussi important du point de vue culturel. Et spirituellement, pour les populations régionales des Premières Nations.

Sans les algues, il n'y aurait pas de vie dans le lac.

C'est la base même de la chaîne alimentaire.

Comme toutes les plantes, elles se reproduisent grâce à l'énergie solaire, à l'eau et aux nutriments qu'elles reçoivent.

Les nutriments s'écoulent naturellement dans le lac à partir du bassin hydrologique. Mais l'activité humaine des dernières décennies est venue accélérer l'afflux de ces nutriments. On peut dire que le lac est riche en nutriments.

Et qu'il l'est toujours plus depuis 50 ans. Les activités humaines ont augmenté la charge de nutriments.

Depuis un certain temps, les algues obstruent les filets de pêche.

Elles peuvent aussi polluer les plages et produire des toxines nuisibles à la santé humaine.

Mais le plus grave problème, c'est que les algues meurent et se décomposent au fond de l'eau.

Les bactéries de décomposition consomment l'oxygène des eaux de fond.

Et entraînent la mort de nombreuses créatures dont se nourrissent les poissons, car elles manquent d'oxygène.

Alors le lac finit par suffoquer, du fond vers la surface.

On ne s'imagine pas qu'on contribue personnellement au problème.

Mais il faut tenir compte des 6,6 millions de personnes reliées au bassin hydrologique. Même si beaucoup vivent très loin du lac. Près des Rocheuses ou du lac Supérieur, ou bien plus au sud, aux États-Unis.

Chacun peut aggraver le problème s'il utilise encore des détergents aux phosphates.

Ou si son système d'égout au chalet est inefficace.

Les toilettes extérieures n'aident pas, elles non plus. Les excréments humains contiennent des nutriments.

Il y a des pratiques d'exploitation que les agriculteurs doivent adopter pour réduire leur apport en nutriments.

Les municipalités doivent aussi traiter leurs eaux usées pour éliminer les nutriments.

Tout commence par une prise de conscience. Il faut comprendre le problème et vouloir participer à la solution.

C'est le seul moyen d'améliorer vraiment la qualité de l'eau du lac Winnipeg.

Tout le monde est responsable : les citoyens comme les gouvernements. On doit tous agir.

Le lac nous a beaucoup donné, à moi et à ma famille. J'ai une dette morale envers lui.

C'est l'occasion de lui rendre un peu de sa générosité.

On ne peut rien régler tout seul. Mais tous ensemble, on a le pouvoir de sauver ce lac qui est un joyau de notre patrimoine national.

RT :
Notre vie est bien courte dans l'histoire du monde. Et je veux profiter du temps qui me reste. J'ai un petit-fils. Et je lui souhaite de toujours pouvoir se promener librement au bord du lac et boire l'eau sans s'inquiéter.

Je sais que l'habitude est une seconde nature.

Je sais aussi qu'on peut changer le monde en changeant certaines habitudes de vie.