Des experts de RBC expliquent comment les investisseurs peuvent en faire plus pour l'environnement et pour la société au moyen de l'investissement socialement responsable (ISR).
Voici un entretien avec Jason Milne, directeur, Politiques et recherche, Préservation de l'environnement, responsabilité sociale et gouvernance (PERSG), Phillips, Hager & North gestion de placements ltée et Thomas Van Dyck, premier vice-président et conseiller financier, Investissement socialement responsable, RBC Gestion de patrimoine - États-Unis.
Que comporte un portefeuille d'ISR ?
Jason : Deux grandes catégories de fonds communs de placement s'offrent à vous lorsque vous songez à opter pour l'investissement socialement responsable. J'appelle la première catégorie celle des « fonds bénéfiques », c'est-à-dire qu'il s'agit de fonds qui investissent dans des projets d'énergie verte ou de microcrédit, par exemple. Ces fonds ont pour objectif l'amélioration du quotidien des gens partout dans le monde. J'appelle la deuxième catégorie celle des « fonds inoffensifs », un qualificatif en lien avec les résultats de nos analyses et de nos évaluations sur la façon dont les sociétés intègrent les facteurs de préservation de l'environnement, de responsabilité sociale et de gouvernance à leurs activités. Nous n'investissons donc que dans des sociétés qui font preuve de responsabilité à ce chapitre. Des exemples de ces types de fonds : les fonds Valeurs communautaires de Phillips, Hager & North et les fonds Jantzi RBC.
Thomas: Nous personnalisons tous nos portefeuilles en fonction des exigences précises de nos clients en matière de préservation de l'environnement, de responsabilité sociale et de gouvernance. À cette fin, nous demandons à nos clients de remplir un questionnaire axé sur les objectifs financiers et les critères PERSG, afin d'établir leurs objectifs en matière de risque et de rendement et le niveau de rigueur avec lequel ils souhaitent que soient appliqués les critères PERSG. Notre recherchiste en sociologie en interne applique les critères PERSG à tous les gestionnaires que nous sélectionnons pour le client. Nous pouvons donc retenir les services de tout gestionnaire de portefeuille sur le marché, sans limiter notre choix aux fonds ou aux gestionnaires qui utilisent les critères PERSG. De plus, nous aidons nos clients à respecter leurs engagements envers leurs actionnaires en leur offrant une gamme complète de produits de toutes les catégories d'actifs, y compris les obligations d'État, les actifs non traditionnels et les placements éthiques.
Qui sont les investisseurs socialement responsables ? Y a-t-il un « profil de l'investisseur » type ?
Jason : La popularité de l'ISR a suivi une courbe de croissance lente mais constante au cours des cinq à dix dernières années, principalement parce que de plus en plus de gens adoptent un mode de vie écologique. L'ISR est une option de placement idéale pour les particuliers qui, en plus de s'intéresser aux questions environnementales, ont concrètement adopté un mode de vie écologique. Ces personnes qui recyclent, utilisent des produits sans danger pour l'environnement et se rendent au travail en vélo, par exemple, souhaitent intégrer leurs valeurs à leur portefeuille de placements. En outre, ces fonds ont la cote auprès des investisseurs de la génération X, à qui l'on a inculqué l'importance de développer une conscience environnementale. La plupart des gens ont entendu parler des fonds d'ISR, mais hésitent à les intégrer à leur REER. En général, il faut encore démontrer à l'investisseur moyen que ce type de placement est une option viable. Quoi qu'il en soit, il est évident que l'intérêt pour l'ISR est à la hausse. J'espère donc que nous observerons une réelle croissance dans ce secteur au cours des prochaines années.
Thomas : Selon moi, l'investisseur qui opte pour l'ISR le fait afin d'intégrer à son portefeuille de placements des critères qualitatifs liés à la préservation de l'environnement, à la responsabilité sociale et à la gouvernance (PERSG). La plupart ont adopté une vision à long terme du placement et cherchent à intégrer ces facteurs à leur portefeuille de manière à éviter d'investir dans des sociétés qui affichent un piètre rendement en ce qui a trait aux enjeux qui leur importent. On trouve des investisseurs socialement responsables un peu partout : des investisseurs individuels fortunés, par exemple des entrepreneurs, des héritiers fortunés et des célébrités ; et des investisseurs institutionnels, par exemple des fondations familiales, des fondations, des organismes sans but lucratif, des groupes religieux et certains syndicats.
Le rendement des fonds d'ISR est-il semblable à celui des fonds
traditionnels ?
Jason : On croit, à tort, que le rendement sera moindre si le portefeuille contient des produits d'ISR. À PH&N, nous avons passé en revue toute la recherche disponible à ce sujet, afin de dissiper les idées fausses qui circulent, et nous en avons conclu que rien ne prouve que les fonds d'ISR sont sous-performants. Au contraire, nous avons démontré qu'à long terme, le rendement de ces fonds est comparable à celui des fonds « traditionnels ».
Chaque type de placement comporte sa part de risques ; il revient aux gens de décider quel placement convient à leurs objectifs et à leur mode de vie. Un conseil général : Si vous détenez un portefeuille bien diversifié qui comprend des produits d'ISR, le rendement de celui-ci devrait correspondre, à long terme, à l'indice ou à celui des produits comparables.
Quel est, à votre avis, l'avenir des produits d'ISR ?
Jason : Au Canada, je crois que les jeunes investisseurs seront de plus en plus conscients des questions liées à la préservation de l'environnement, à la responsabilité sociale et à la gouvernance, et qu'ils en viendront tout naturellement à intégrer les produits d'ISR à leur portefeuille. On enregistrera probablement une croissance du côté des investisseurs institutionnels, notamment les caisses de retraite, car ils sont de plus en plus nombreux à intégrer l'ISR à leur gestion de portefeuille. L'approche adoptée par le Régime de pensions du Canada en est un bon exemple. (Nota : l'Office d'investissement du régime de pensions du Canada a adopté en 2005 sa Politique en matière d’investissement responsable, qui exige que celui-ci tienne compte des facteurs liés à la préservation de l'environnement, à la responsabilité sociale et à la gouvernance, dans la mesure où ils influent sur le risque et le rendement.) Par conséquent, nous croyons que le marché des investisseurs institutionnels sera l'un des moteurs de la croissance du secteur des produits d'ISR.
Thomas: Le marché de l'ISR continue de croître aux États-Unis malgré la récente crise financière, et même en dépit d'une certaine stagnation dans le marché global des actifs sous gestion. Selon un rapport de 2010, le marché de l'ISR a enregistré une croissance de près de 400 % au cours des quinze dernières années et, actuellement, il totalise environ 12 % de l'ensemble des actifs sous gestion aux États-Unis (3,07 billions de dollars). Je crois que d'ici une dizaine d'années, l'ISR ou l'investissement tenant compte des facteurs liés à la préservation de l'environnement, à la responsabilité sociale et à la gouvernance (PERSG) sera la tendance dominante sur le marché pour deux raisons. D'abord, ces facteurs aident à cerner les meilleures pratiques et équipes de gestion, à réduire les risques pour l'investisseur et à améliorer le rendement à long terme. Ensuite, la majorité des investisseurs sont toujours en quête de moyens de faire de l'argent en investissant dans des solutions durables.