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L'avenir de l'investissement d'impact

L'investissement d'impact, en plein essor, prend une place de plus en plus importante dans le secteur du capital-risque, au Canada et ailleurs dans le monde.

On désigne ce mouvement de plusieurs noms, dont « stratégie du triple résultat », c'est-à-dire une stratégie axée sur le rendement sur les plans financier, social et environnemental. La société Phillips, Hager & North gestion de placements, dans son document Overview of Impact Investing, décrit ainsi l'investissement d'impact : « une approche proactive de l'investissement qui vise à résoudre des problèmes sur les plans social et environnemental en appuyant, par des initiatives de financement direct, les entreprises qui s'y attaquent tout en générant un rendement financier intéressant ».

Avant tout, l'investissement d'impact constitue une évolution par rapport aux modèles de distribution strictement axés sur la philanthropie, qui par le passé n'ont pas répondu aux attentes soit sur le plan du rendement financier ou de l'impact, ou sur ces deux plans à la fois. À grande échelle, le secteur de l'investissement d'impact pourrait représenter une forme de financement renouvelable et durable pour une vaste gamme d'initiatives, par exemple la réduction de la pauvreté et le logement abordable, ou encore la conservation des ressources naturelles et des projets d'infrastructures écologiques.

Ces investissements peuvent prendre de nombreuses formes, et sont généralement structurés d'une façon qui s'apparente à celle des actions ou des débentures de capital-risque traditionnelles. Il peut également s'agir d'obligations ; de plus, on a également vu se développer le financement par externalisation ouverte et le financement par emprunt.

Un changement sur le plan des valeurs

Dans un article intitulé A Case for Optimism, Bill Clinton décrit comment l'instabilité mondiale sur les plans politique et socio-économique découlant de la crise financière de 2008 ainsi que l'essor des médias sociaux ont mis en évidence notre interdépendance et les crises qui secouent l'individu, les classes et l'environnement. Cela s'est traduit par un désir d'innovation chez la nouvelle génération, chez les investisseurs fortunés, nouveaux et de longue date, et même chez l'investisseur moyen. Ces investisseurs sont maintenant nombreux à souhaiter harmoniser leurs investissements en temps et en capital à des initiatives conformes à leurs valeurs.

L'écart entre les besoins mondiaux en matière d'investissement d'impact et les ressources actuellement disponibles est énorme, et met en évidence la nécessité de mobiliser des capitaux privés. Judith Rodin, présidente de la Fondation Rockefeller, l'un des précurseurs et chefs de file du secteur de l'investissement d'impact, a déclaré : « Dans le monde entier, les besoins sur les plans social et environnemental se chiffrent en billions de dollars. L'apport des organismes philanthropiques n'est que de 590 milliards de dollars. Ainsi, les besoins dépassent de loin les ressources ».

Selon le Groupe d'étude canadien sur la finance sociale, les besoins de capital pour financer les entreprises sociales au Canada se situent entre 450 millions de dollars et 1,4 milliard de dollars. Fait encourageant, on a observé, à l'échelle internationale, que même un apport modeste de fonds publics, au niveau national, dans des programmes de « fonds de fonds » peut stimuler grandement la mobilisation de capital privé dans cette catégorie de titres. L'investissement de 20 millions de livres du gouvernement du Royaume-Uni dans Bridges Ventures (fonds d'investissement socialement responsable établi au Royaume-Uni), en 2002, a généré en six ans plus de 120 millions de livres d'investissement d'impact provenant de capitaux privés, et a vraisemblablement contribué à l'injection de plus de 325 millions de livres dans d'autres fonds de capital-risque du secteur de la finance sociale.

Qui participe à l'investissement d'impact ?

Nous n'en sommes qu'au début du développement d'un secteur durable de l'investissement d'impact au Canada. Toutefois, nous avons de nombreuses raisons de croire que nous pourrons nous tailler une place de chef de file mondial dans ce secteur.

Des innovateurs de la première heure, de même que de nouveaux participants, mettent sur pied des initiatives emballantes d'un bout à l'autre du pays. D'est en ouest du Canada se trouvent des innovateurs qui comptent dix ans ou plus d'expérience dans le développement de ce secteur, notamment Vancity, Renewal Partners, Social Capital Partners et le Chantier de l'économie sociale (au Québec). Voici deux de ces innovateurs :

Social Capital Partners : Fondé par Bill Young en 2001, Social Capital Partners (SCP) est un organisme sans but lucratif qui a mis sur pied deux initiatives d'investissement d'impact qui ont pris de l'expansion.

SCP a contribué à établir et à faire croître un ensemble d'entreprises sociales rentables d'un bout à l'autre du Canada, constitué principalement d'entreprises en démarrage devant d'abord générer un bénéfice, mais tout en créant, pour des personnes de milieux défavorisés ou à risque, un nombre important d'emplois de premier échelon assortis de possibilités d'avancement. Parmi les entreprises sociales parrainées par SCP figurent les suivantes :

  • Atira Property Management (Vancouver) – emploie des femmes qui ont été victimes de violence ;
  • Inner City Renovations (Winnipeg) – emploie des Autochtones en milieu urbain ;
  • TurnAround Couriers (Toronto) – emploie des jeunes à risque qui fréquentent des centres d'hébergement pour jeunes ; et
  • Renaissance (Montréal) – embauche des bénéficiaires de programmes provinciaux d'aide sociale.

En 2006, le modèle de SCP a évolué avec la création du « Franchise Community Hiring Program » de SCP. Dans le cadre de ce programme, SCP offre du financement par emprunt subordonné à faible taux d'intérêt aux franchisés qui s'engagent à embaucher des employés pour des postes de premier échelon par l'intermédiaire d'agences d'emploi communautaires, comme celle du YMCA. Les taux d'intérêt des prêts sont ajustés en fonction de l'impact social, c'est-à-dire que pour chaque personne supplémentaire embauchée par l'intermédiaire d'une agence d'emploi communautaire, le taux d'intérêt du prêt au franchisé est abaissé. Grâce à ce programme, SCP a contribué au financement de plusieurs partenaires franchisés, notamment 24 centres Active Green + Ross en Ontario et tous les centres qui sont la propriété de la société.

Le Chantier de l'économie sociale (Québec) : Il s'agit d'une association regroupant plusieurs parties prenantes qui est dirigée par deux grandes institutions financières, le Réseau d'investissement social du Québec (RISQ) et la Fiducie du Chantier de l'économie sociale. Elle compte aussi des entreprises membres avec lesquelles elle développe des outils communs, maintient le dialogue et améliore la collaboration. Parmi ses programmes figurent des prêts de capitaux patients allant de 5 000 $ à 1,5 million de dollars, sans remboursement de capital avant 15 ans. Pour en savoir plus sur les modèles québécois d'investissement d'impact, consultez l'article d'Erica Barbosa publié sur le blogue socialfinance.ca (ouvre un site Web externe dans une nouvelle fenêtre).

Nouvelles contributions

Grâce au travail des innovateurs de la première heure, de nouveaux organismes et instruments de financement ont récemment vu le jour dans le secteur, et en appuient la croissance.

MaRS Centre for Impact Investing : Mis sur pied à la fin de 2011, le MaRS Centre for Impact Investing est un centre national dont l'objectif est de sensibiliser le public à l'importance et à l'efficacité de la finance sociale, de manière à pouvoir appuyer, par des initiatives de financement, les entreprises qui s'attaquent aux problèmes sociaux et environnementaux les plus urgents au Canada. Conçu pour favoriser la collaboration entre les secteurs public, communautaire et privé, le Centre s'appuie sur les travaux de MaRS et de Génération de l'innovation sociale (Social Innovation Generation – SiG), notamment le rapport clé du Groupe d'étude canadien sur la finance sociale.

Banque Royale du Canada (RBC) : En janvier 2012, RBC a annoncé un engagement de 20 millions de dollars dans le cadre d'une nouvelle initiative visant à stimuler le changement sur les plans social et environnemental au moyen d'investissements. L'initiative comprend un engagement de capital de 10 millions de dollars qui procurera un financement essentiel aux entreprises qui s'attaquent aux problèmes sociaux et environnementaux tout en générant un rendement financier. Le fonds devrait commencer à générer des investissements directs et de tiers au cours de l'automne 2012.

RBC investit depuis longtemps dans des entreprises rentables qui génèrent un rendement sur les plans social et environnemental. En 2007, RBC a lancé la gamme de fonds Jantzi RBC, et en 2008, la gamme de fonds Valeurs communautaires de Phillips, Hager & North a été intégrée à la gamme de fonds de RBC Gestion mondiale d'actifs. En 2009, RBC, par l'intermédiaire de son fonds de capital-risque RBC Partenaires en Capital-Risque, a fourni un capital d'amorçage à JANA Inc., de Boston, pour le développement d'une plateforme informatique nomade conçue pour permettre à des entreprises de marques réputées de rémunérer directement des consommateurs de régions éloignées dans des marchés émergents, à qui l'on demande en contrepartie de répondre à des sondages sur des produits ou d'acheter des produits. Cette initiative contribue à l'autonomisation économique de personnes pauvres en milieu rural.

Défis à relever

Compte tenu de l'état naissant du secteur de l'investissement d'impact, l'un des défis constants consiste à déterminer quel rendement du capital investi global (sur les plans financier et social) il offre, et à en arriver à une norme pour le secteur ainsi qu'à des paramètres communs. Cela fera l'objet d'un prochain article.

Les éléments essentiels pour bâtir un secteur sont le leadership, la coordination et la capitalisation. Le Canada semble bénéficier de brillants exemples du leadership et de la coordination requis pour développer son secteur de l'investissement d'impact. Un autre défi, qui s'apparente à celui auquel fait face notre fragile secteur du capital-risque, consistera à capitaliser ce secteur et, au bout du compte, à générer les rendements qui entraîneront la vaste participation des investisseurs institutionnels.

Il a été démontré, ailleurs dans le monde, que des apports initiaux de fonds publics peuvent stimuler d'importante façon la mobilisation de capitaux privés dans le secteur. Cependant, les caisses de retraite, les entreprises et les fonds de dotation restent pour la plupart fidèles à un modèle de philanthropie traditionnel sans doute moins efficace.

En définitive, l'avenir de l'investissement d'impact repose sur l'évolution ; l'évolution du modèle économique de la philanthropie et l'évolution en vue d'atténuer les crises qui secouent l'individu, les classes et l'environnement, ce qui favorisera la création d'un cercle vertueux.

 


David Unsworth est associé à RBC Partenaires en Capital-Risque.

Pour en savoir plus, consultez le rapport « La mobilisation de capitaux privés pour le bien collectif » du Groupe d'étude canadien sur la finance sociale, qui contient sept recommandations pour contribuer à l'essor du secteur de l'investissement d'impact. Le rapport est disponible à l'adresse suivante : http://socialfinance.ca/uploads/documents/
FinalReport_MobilizingPrivateCapitalforPublicGood_30Nov10_fr.pdf
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